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20/05/2017

Américanah, Chimamanda Ngozi Adichie

9b16d91c0a06e0adadf811f53d558148.jpgQui pourrait avoir comme sous titre : " Comment une nigériane voit l'Amérique des blancs et des afro américains", c'est-à-dire, comment une nigériane devient une femme noire, vu qu'avant, elle était seulement nigériane, habitant Lagos, fille d'un petit fonctionnaire un peu snob et d'une mère excitée des églises. Cette jeune fille, parmi tant d'autres comme elle, avait aussi une tante, presque deuxième épouse, et pour qui le marché sexe argent était égalitaire.

Ifemelu, l'héroïne, donc, avait surtout un petit ami, un grand amour, Ohinze, qui lui rêvait d'Amérique. Elle ne partageait pas son admiration, et pourtant, c'est bien elle qui y partira en premier, dans les USA de cocagne. Et il ne l'y rejoindra pas. 

Ifemelu, arrivée étudiante désargentée et complètement paumée, s'y tracera un chemin ascendant, de baby sitter à reine des blogueuses et maîtresse exotique d'un play boy argenté qui avait vraiment tout pour plaire, beau, riche, gentil, amoureux et vraiment pas contrariant ... 

Je résume, hein, parce qu'évidemment, l'exil, la solitude, le regard des autres, le poids de soi, c'est quand même pas facile, facile, pour elle, faut pas croire ... Lui suffira pas d'être noire et d'avoir de jolis seins pour réussir à avoir tout cela, Ifemelu devra avaler quelques couleuvres, y pas de raisons. mais moins que le Obinze. Lui, c'est l'Angleterre qu'il va tenter, finalement, (pas bien compris pourquoi, mais sûrement pour construire une opposition ?). Il ne va rien y réussir du tout, coincé dans sa bulle de misère de migrant sans papiers.

Je vous rassure, on apprend le gros du parcours dès le début, vu qu'Ifemelu a décidé de tout planquer pour rentrer chez elle, près de quinze années après en être partie, redevenir nigériane, ne plus être définie par la question de la race noire, métisse, afro ou pas ... et que l'on a fait connaissance avec un Obinze, déjà revenu et devenu richissime. 

Il ne reste plus dans le reste du roman (et le reste est conséquent quand même ...) qu'à combler les trous d'Obinze et les pleins d'Ifemelu pour arriver au point de départ du retour. 

Les trous sont pour lui les affres de l'état de travailleur clandestin. Et comme son éducation cultivée et attentive ne lui a pas permis de devenir escroc, il sera donc victime. Les pleins sont pour elle, les amants successifs, un blanc (le play boy) et un afro américain, universitaire et converti au bio. Elle passera aussi de l'état de défrisage à celui de militante des cheveux naturels. De temps en temps, on peut réfléchir aussi en lisant les articles de son blog, où le défrisage en prend un coup, entre autres considérations sur l'hypocrisie américaine concernant le racisme, et autre peu reluisantes considérations sur une forme singulière de bien pensance ...

Une comparaison entre elle et sa tante  (exilée avant elle pour cause de remue ménage politique avec son général) est aussi possible par la construction narrative et permet de conclure que le pire, pour une nigériane cultivée, exilée aux USA, est de tomber sur un afro américain inculte. 

Vous l'aurez compris, les personnages ne m'ont pas convaincue. Le tableau des USA, si, il est croquant à souhait et juste assez détaché et pas correct pour me faire sourire. Mais eux, le couple du grand amour, non, rien à faire ... A chaque fois que je les laissais, et je les laissais souvent, faut dire, je me disais qu'avec un peu bol, ils auraient avancé le bouquin en mon absence, ils pourraient me faire un petit résumé vite fait au retour, et ça irait bien comme cela. Voire même qu'ils prennent de l'avance, je leur dis que j'arrive, on s'arrange comme ça ?

Ben non, à croire que les personnages de roman, parfois sont aussi têtus que peu autonomes ...

A lire l'avis d'Inganmick, j'espère que sa lecture du même roman lui fut plus trépidante !

18/05/2017

Quand sort la recluse, Fred Vargas

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Résumer une intrigue de Fred Vargas, quand son intrigue, dite policière, ne tient parfois qu'à un fil de la toile tissée bien large par les soubresauts capricieux des brumes d'Adamsberg est déjà une lourde tâche, mais quand les fils qui se croisent, croisent les intrigues du deuxième plan qui se superposent à celle du premier ... Pfff, j'abandonne ...

Quelques repères quand même : au début, Adamsberg est toujours en Islande et Danglard, devenu un peu moins con, le fait revenir pour cause de meurtre à sa mesure. Après, cela ne s'arrange pas pour Danglard, qui devient encore plus con qu'avant, par paliers successifs. Pour Adamsberg, on peine à le reconnaître, contrairement à d'habitude, il a la déambulation efficace, voire fébrile.

On n'arrive pas à le suivre, vous me direz c'est comme d'habitude, alors, mais non ! parce que normalement, on le perd dans la lenteur, alors que là il brûle les étapes, il va presque trop vite. Rien qu'en trois chapitres, il vous boucle un meurtre crapuleux, déjoue les plans d'un violeur voyeur qui espionnait l'intimité de la salle de bain de Froissy ( l'adjointe de la brigade qui cache dans son armoire les réserves en cas d'urgence et en cas de naissance de merles), et s'agrippe à vision de l'araignée recluse, la tueuse qui ne peut pas tuer.

Le bestiaire vargassien se remplit à la même vitesse qu'un nid de tarentules, ce qui n'exclue pas les pensionnaires fidèles, même si le pigeon joue les filles de l'air, le chat,  est toujours roulé en boule sur la photocopieuse, toujours nourri par Violette Retancourt, selon un rituel désormais immuable. Les araignées recluses font donc une entrée remarquée par le biais d'une tête de murène qui se liquéfiait dans le bureau de Voisenet. Le  point commun, me direz vous ? les deux se cachent dans des trous.

Les protopensées, ou bulles d'Adamsberg se mettent à bouillonner, ou plutôt, à cause de son nouveau rythme, à se télescoper en rafales. Les victimes des araignées pas tueuses, mais timides, sont des octogénaires, groupés autour de Nîmes, et dans leur enfance, orphelins dans le même pensionnat de la Miséricorde, où ils n'avaient rien d'enfants du bon dieu. 

Adamsberg se prend pour Magellan et guide la brigade, sauf Danglard, qui continue à devenir con dans son coin, dans des criques cul de sac en cherchant le détroit de la sortie ... Vargas, a du lire "Du domaine des murmures" et une recluse en appelant une autre, l'araignée télescope les souvenirs d'un pigeonnier qui avait frappé le commissaire, dans un coin de champ, près de Lourdes. Depuis, sa recluse lui pèse sur la nuque, quand il y pense, et il pense beaucoup dans ce volume. Il pense par mots interposés, il nous fait du Lacan en coup du coup de la chèvre de monsieur Seguin.

Et pendant que les merles se nourrissent de framboises et de cakes, Veyrenc va finir par se noyer dans la garbure avant de trouver le détroit socratique.

Bref, tout le monde est là, à sa place, ou presque, parce qu'il faudrait recadrer le Danglard quand même, sinon, dans le prochain, on va finir par le perdre. Et calmer aussi un peu les bulles d'Adamsberg parce que quand même, elle débordent un peu ...

 

 

13/05/2017

Le miniaturiste, Jessie Burton

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Un livre qui a le parfum décevant de ceux qui avaient tout pour plaire : Amsterdam prospère et hypocrite, argent et bombance replètement replié sous les costumes protestants, et les fraises empesées des guildes ( vous saviez que les gâteaux en pain d'épice représentant une figure humaine pouvaient être interdits ?), un riche marchand mystérieux, iconoclaste et insolent, la réussite flamboyante accrochée à la guirlande du vent, et quelques pains de sucre qui moisissent dans des entrepôts ...

Le roman commence par un enterrement, une histoire sûrement bien sombre,car l'enterré est bien solitaire, entouré d'une communauté aussi curieuse que clairsemée, et très affairée à observer une femme ravagée, soutenue par sa servante dans le même état. Un passereau passe par là, aussi inutile qu'éphémère, une minuscule maison de poupée et cinq figurines anonymes en guise de fleurs et de couronnes.

Début allégeant, mais le riche marchand, Johannes se fait encore un peu attendre, (mais est-ce lui le futur mort, rien ne l'indique). Ce qui est d'autant plus singulier que Johannes vient de se marier, et que sa jeune, très jeune et très innocente épouse, arrive dans son opulente demeure. Nella, dix huit ans se trouve face à Marin, sœur de son mari, femme fort peu avenante et très mystérieuse, aussi comme le frère, le mari, absent pour affaires ... mystérieuses, évidemment.

Nella n'a pas eu le choix, son aristocratique famille n'avait plus un sous, et mari et richesses l'avait choisie, enfin, on pourrait le penser. Sauf que le mystère s'épaissit. Étrange maisonnée que celle de Johannes où Nella dort seule sous des édredons brodés trop lourds, que les bouteilles de parfums se brisent sous le lit, alors qu'en bas bruissent les sonorités des altercations entre le frère et la sœur, et que les deux domestiques, Cordélia et Otto, semblent ourdir des relations maîtres valets quelque peu décalées. Secrets de la maisonnée que tous gardent bien fermés à Nella, qui n'y comprend goutte à ce drôle de mari, à sa sœur bien fière, à ce domestique bien noir (au sens propre, il a été racheté au Dahomey par le maître), à cette servante qui écoute aux portes et gardant sa langue bien pendue dans le fond de sa poche.. Pendant ce temps, une silhouette scrute Nella, une femme blonde aux yeux clairs.

Johannes offre à Nella un drôle de cadeau de noce, une luxueuse maison de poupée, reproduction parfaite de la sienne, aussi vide et obscure. Puis des figurines arrivent, entre fantasme et cauchemar, elles se mettent à raconter une autre histoire que celle que Nella voit, à tâtons. La miniaturiste reste invisible, à défaut d'être muette, elle écrit de mystérieux messages, pas de raison qu'elle soit claire, alors que personne ne l'est dans cette histoire, pas même le lecteur.

Parce que lui, entre tant de couches de mystères, il peine un peu à la tâche à attendre que ça se décoince (bon, quand ça se décoince ça peut aller vite, d'un coup, il se retrouve dans un autre roman, qui se cachait derrière le premier). Tour de passe, jeu de colin maillard, la souris verte et amstamgram, la chevillette cherra finalement, les voiles seront levés, mais entre le fantastique, le roman fleur bleu, le roman historique, c'est un confus et lourd, finalement, on digère un peu gras ... 

 

08/05/2017

La crique du Français, Daphné du Maurier

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Comme son nom l'indique, ce Du Maurier là appartient à la veine plutôt gothique romantique des romans de la grande dame. Point de tension psychologique à la Rebecca ou à la cousine Rachel, peu de noir de l'âme humaine, mais du grand amour à foison, un air de l'appel du large à larguer les amarres dans l'histoire de la belle Dona et de son pirate de Français qui lui ravira à jamais le cœur ... A l'ombre d'une crique idyllique qui a le gout des embruns interdits ...

Au départ, la très belle lady Dona Saint Colomb est une lady qui s'ennuie tellement dans son mariage et les mondanités de sa vie de grande dame, qu'elle s'évertue à créer un tourbillon de mauvaise vie  autour d'elle. Elle s'encanaille dans les bistrots de Londres. En belle compagnie quand même, dont celle de son mari, qui a tendance à rapidement crouler sous les tables, et celle du meilleur ami de celui-ci, Lord Rockingham, qui se verrait bien en amant en titre de la fantasque lady. Mais Dona ne goûte point de ces vils plaisirs. Dona aspire à être autre, elle même, donc.

Pour cela, elle prend ses deux enfants et une domestique dans une calèche et dévale les routes jusqu'au domaine de Narvon en Cornouailles, plantant la belle compagnie sans autre explication qu'une simple histoire d'oiseau qui avait une belle cage, mais qui, quand même, saisit la première occasion de s'envoler vers le grand large.

Narvon est un domaine abandonné, où, solitaire, un seul domestique a veillé à tout autre chose semble-t-il qu'à un séjour de Lady et de Lord Saint Colomb en ses murs. S'il se met au service de Dona et de ses caprices fantaisistes, ce n'est pas sans un sourire en coin, prometteur de bien des secrets. Rapidement, Grace au crayon magique de Daphné du Maurier, les pelouses se couvrent de fleurs bucoliques et Dona peut s'y rouler à loisir avec ses enfants, au mépris des conventions, dont elle ne veut plus entendre parler ! 

La rivière coule en bas du domaine, se jetant dans la mer, comme Dona dans les bras de la liberté. Et un soir, au couchant, se dessine dans un ciel flamboyant les ailes d'un voilier comme surgi des flots providentiels ...

Et voilà, vous avez tous les ingrédients, il n'y a plus qu'à laisser se dérouler le fil de l'intrigue telle qu'elle ne peut qu'être, lady emportée par la passion (mais en retenue quand même) déguisée en mousse qui n'a peur de rien , pirate droit et fier au courage audacieux et insolent, fidèles marins bretons qui œuvrent sans relâche, torses nus aux cordages, notables et aristocrates locaux volés sous leur propre barbe, le teint rougeaud et la perruque de travers, fulminant en gardiens de l'ordre ridiculisés par l'insaisissable français, et la Dona partagée entre passion et raison ...

La nature se peuple de signes : d'engoulevents et de mouettes, les arbres bruissent autour des amants, comme rôdent les dangers venant des obtus lords et maris, ce monde que Dona a fui et qui, sans cesse la rattrape de ses doigts crochus ...

Une lecture qui se doit de se couler dans le modèle voulu, sinon, elle ne fonctionnera pas, elle demande une lectrice parfaitement consentante à toutes les conventions romanesques, elle ! 

 

 

06/05/2017

Caché dans la maison des fous, Didier Daeninckx

caché dans la maison des fous,didier daeninckx,romans,romans français,romans historiques,déceptionsL'histoire se situe à Saint Alban, dans son hôpital psychiatrique planqué en pleine Lozère. Et quand on connait la Lozère, on sait ce que planqué veut dire, la cache mérite son nom. C'est même un coin où la cache est idéale, voire côtoie l'oubli.

En 1943, cet asile pour les fous, mais aussi pour les psychiatres finalement, est devenu le refuge de quelques résistants. Et pas des moindres en littérature, puisque Paul Eluard y séjourna en compagnie de Nush. Dans ce livre, ils passent dans l'histoire d'une autre célébrité, même si elle est bien oubliée aujourd'hui, Denise Glaser. J'ai dû rechercher un peu dans ma mémoire des temps anciens que je n'ai pas vécus, pour retrouver trace de cette dame qui anima une mythique émission "Discorama" ( que nous connaissons en général pour les extraits montrant Brel, Ferré, Brassens ...). Ce fut bien après cette rencontre à Saint Alban, évidemment, où Denise n'est encore qu'une jeune résistante, mise à l'écart de son réseau actif, pour un moment de pause.

 Pendant son séjour à l’hôpital, Denise s'occupe comme elle le peut, elle regarde, écoute, range les livres éparpillés de la bibliothèque, tente un recensement. Elle entrevoit  quelques silhouettes d'internés, ombres qui passent derrière des murs qu'elle ne franchit que par des bribes de récits des soignants, ou gardiens. 

A Saint Alban, on accueille d'autant plus volontiers les résistants que l’hôpital est aux mains de médecins novateurs qui tente de pratiquer autrement que par la seule rétention, le soin des déviants de la raison.

Le directeur en est Lucien Bonnafé, résistant politique et médical. Il tenait un discours iconoclaste pour l'époque, pensant que la pratique artistique pouvait aider les esprits fêlés. il respectait, voire encourageait, leur libre expression. A ses côtés, œuvrait un autre médecin, François Tosquelles : républicain, marxiste et libertaire, condamné à mort par Franco. Voilà pour le côté médecins.

Côté littérature, Eluard et Nush apparaissent soudés l'un à l'autre, sur un coin de table ou au coin d'un lit. Denise ne s'en approche qu'à pas feutrés, si feutrés qu'on les entend à peine. De même pour les médecins, un dialogue ou deux autour d'un repas, pour organiser la disette de ces temps d'occupation alors que l’hôpital se doit de continuer à fonctionner et à nourrir les corps malades.

Avec tous ces personnages, l'histoire de saint Alban, si singulière, le roman, même court, aurait pu être foisonnant. Il est court, mais surtout elliptique. On garde l'impression d'être passé à côté d'un terrain tellement riche que les échos qui nous en sont donnés à travers le seul regard (très partiel en plus) de Denise, nous le rendent d'autant plus frustrant.

Daeninckx est pourtant souvent très tatillon et rigoureux dans ses reconstructions historiques, c'est donc étonnant d'en découvrir davantage par les annexes de la fin que dans le fil d'un bien mince récit ...

 

 

29/04/2017

Manderley for ever, Tatiana de Rosnay

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Suite à mon  enthousiasme pour La petite femelle, je me suis laissée dériver vers une autre biographie. Comme j'aime les livres de Daphné Du Maurier, d'un amour sans faille depuis qu'Ingannmick m'a relancée dans Rebecca, je suis passée outre la renommée grand public un peu facile d'effets de l'auteure de la dite biographie, en me disant que Daphné allait tout emporter, forcément.

Bon non, en fait, pas vraiment tout, car la passion tant littéraire qu'amoureuse qui fait que Daphné est une auteure bien plus sulfureuse qu'à l'eau de rose, retombe ici dans des plis bien repassés.  Tatiana de Rosnay suit son sujet pas à pas, et c'est sans doute ce qui m'a coincée, après les dérapages de Jeanada. Ici, tout dans le bon ordre : l'enfance, la fille chérie de papa, adoratrice de ce comédien à la mode, un poil égocentrique. Daphné est déjà solitaire, mélancolique, à part, et poursuivie par sa vie intérieure de garçon. Après, ben le fil est tiré tout droit jusqu'à la fin. Daphné grandit et avec elle son goût pour la lecture, l'écriture dans le carnet noir du journal intime. Le sentiment de sa différence aussi, elle joue toujours les rôles de garçon .... Le goût pour la France, lié bien sûr à ses origines, le goût pour le passé trouble des familles et les secrets, vu que dans la sienne, il y a en avait pas mal. La pension, la première aventure "vénitienne" dans les bras d'une pétillante professeure, leurs escapades, mi cachées mi relookées en stage scolaire, sont rendues ici aussi lisses qu'une permanente pour caniche de la bonne société.

738_maxpeoplefr184742.jpgDaphné en femme forte mais fragile a été effectivement couchée "for ever" sur le papier. Le livre est sûrement fidèle à la chronologie (je n'en sais rien, je n'ai même pas lu la notice de Wikipédia). On y trouve les intérêts de la dame ; la mer, la Cornouailles, les grandes demeures qui l'inspirèrent, dont "Mana", modèle de Manderley. L'auteure, en ne croisant pas les perspectives, s'en tient, sans apologie, quand même, à des analyses de surface. Le mécanisme d'écriture de l'auteure est démontré, à chaque fois de même : une "patère" dans la vie réelle (une maison, une femme ou un homme aimé, un fantôme du passé ...) donne la "route" de la fiction à la romancière qui s'enferme et file jusqu'au bout. Publication, Daphné gagne (Rebecca) ou perd (les derniers romans). Entre temps, elle a un mari qui part à la guerre et trois enfants.

De la sulfure, point n'en a été gratté le cul de la marmite. De la passion exclusive, par exemple, de la romancière pour son fils ... Même lorsque devenu grand et cinéaste ( de peu de renom visiblement), la romancière, si avare de ses apparitions médiatiques, consent à donner une interview en échange du passage d'un film sur les ondes. Moi, je veux bien, mais je me dis qu'il y avait du poil à gratter, là ... Mais bon, comme on n'a rien voulu m'en dire, et que j'aime bien le poil à gratter, je m'en vais aller lire du Du Maurier, sans autre filtre que ses fictions à elle : potions magiques et poisons ... 

26/04/2017

Dans une coque de noix, Ian Mc Ewan

dans une coque de noix,ian mc ewan,romans,romans angleterreLe dernier roman d'un des auteurs anglais préférés est super intelligent, voire trop, voire seulement intelligent et brillant comme le fœtus qui en est le héros. Tout est, en effet, raconté de la voix de l'in utéro.

Le fœtus est à l'étroit dans sa bulle. Il ne peut quasiment plus bouger et il a la tête bien en bas, ce qui l'oblige à assister en première ligne aux ébats érotiques de sa mère, Trady, avec un certain Claude, pour la bêtise du quel il est d'une lucidité sans faille. Ses sentiments pour sa mère sont plus mitigés. Il admire sa beauté blonde aux yeux verts (il en a eu connaissance par un poème lu à sa louange par son père, John). Mais elle lui semble quand même, la plupart du temps, faire assez peu de cas de lui. Ce qui inquiète notre fœtus. D'autant plus que Trady fait preuve également d'une assez souplesse morale dans les égards qui lui sont dus, en tant que futur à naître, tant dans son rôle de mère que dans celui d'épouse. Elle a évincé John, le père donc,  de son champ d'action. John, sa poésie, son lyrisme amoureux, son admiration ébahie (enfin, c'est ce que l'on pourrait croire ... ) au profit de Claude, une sorte de superlatif du mauvais gout, agent immobilier, riche, avide, stupide et très porté sur l'aspect sexuel de Trady. Qui elle même n'y rechigne pas, comme elle goûte fort facilement les bons crus viticoles qui initient le fœtus aux goûts différents de l'ivresse ...

Notre fœtus, s'il n'a pas de regard, a des oreilles subtiles et un raisonnement solidement formé par les émissions culturelles qu'écoute sa mère. Il en sait donc très long sur notre monde. Bien conscient qu'il est destiné à naître du bon côté du monde, dans l'Angleterre imparfaite mais civilisée et en paix du XXI ème siècle. Même s'il en mesure les limites, il voudrait bien pouvoir profiter de cette vie et de ses avantages éducatifs, alors que les agissements troubles de Trady et de Claude, le menacent du pire ; le placement en famille d'accueil et sa suite de déplaisirs ; TV à fond, déficiences sociales et privations de ses droits à un avenir meilleur ... 

Seulement voilà, notre fœtus, qui veut échapper à cette déchéance prévisible, est complètement impuissant à faire échouer le sombre complot qui se forme ex-utéro ... Pendant que s'affine sa culture en cépages viticoles, la tragi comédie déroule ses inévitables circonvolutions.

L'écriture jubile, le Mc Ewan est en pleine forme, il distille des leçons morales pertinentes, fines, sur la détermination sociale et autres vérités climatiques ... Notre monde va quand même bien de traviole ... L'auteur jubile peut-être, mais moi, moins, je l'avoue. Parce que ce que j'aime dans le Mc Ewan, c'est la tension singulière, intime et ou sociale, qu'il balance en virtuose du récit. Alors que notre fœtus ici, je l'ai trouvé doctorant, pontifiant, même si parfois drôle quand même ... 

L'univers évoqué, d'ordures, de brics et de brocs moraux, file un certain cafard ; le foetus, moi, je me dis qu'à sa place j'aurais pas voulu sortir pour voir la suite (ça sent la famille d'accueil à plein nez ) !

 

 

23/04/2017

Marcher droit, tourner en rond, Emmanuel Venet

asperger.jpgOui, je sais, ce n'est pas le jour, mais avant d'arrêter de se marrer (si tant est que l'on se marrait avant d'ailleurs !), prenez dans ce livre un bol d'air d'amour ...

Le narrateur de ce court roman jubilatoire est un autiste Alzperger, ce qui réduit considérablement son champ de sociabilité. Le récit se limite donc à son champ d'analyse familial, mais il y a de quoi faire, et de quoi dire. Le temps de l'enterrement de son grand mère marguerite, il en tire le portrait de tous les membres qui la compose, incluant trois membres déjà morts, deux absents et ceux qui l'ont fui. Le narrateur voit et dit la vérité droite que lui permet son angle de vue de côté. 

 Sa passion du scrabble et des catastrophes aériennes, doublés d'une redoutable efficacité au jeu du petit bac, l'éloigne du commun de sa famille. Mais pas que ... Grand mère, tantes, cousines, cousins sont loin de lui qui voit clair sous leur masque et les mensonges débités à la gloire de la morte. La singularité de sa voix et de son regard lui fait croquer des portraits moraux qui se révèlent pitoyables de bêtise et d'égoïsmes, derrière les discours de façade de l'enterrement de la grand mère.

Son grand sujet à notre narrateur, c'est la vérité, mais aussi l'amour. Pas ceux que vivent ses proches : amours matérialistes et mesquins, qui intègrent dès le départ l'idée de leur fin, l'idée de la dissolution inévitable des sentiments dans le quotidien, ses amours toujours sexués d'un sexe triste que les siens évoquent en des termes vulgaires et crus, ces amours qui peuvent se succéder en mariages ratés et enfants enfantés. Non. Le sien est pur, éternel et à sens unique, aussi ... Son objet s'incarne en Sophie Sylvestre, sa star du lycée, intouchée et désormais inapprochable pour lui (il faut dire qu'il a un sens de la communication qui peut-être quelque peu radical). Elle est son idéal et si Sophie, qui se voulait comédienne, n'a pas fait une bien grande carrière, les traces de ses figurations, ses quelques secondes de présence en arrière plan sur la pellicule, font le bonheur du narrateur. Alors il s'en régale. Et aussi, il la rêve. Il rêve leur vie à deux, une vie où Sophie aimerait le scrabble et le jeu du bac ... une vie aussi puérilement sentimentale que les amours familiales sont minablement réelles.

Drôle et triste, Emmanuel Venet a une plume juste et singulière, un regard affûté des petits riens de la bêtise sociale, des vues basses et lasses, à la visée courte, autant que son narrateur, qui pense droit, même si c'est pour lui aussi, tourner en rond ... 

Découvert par ici et j'en profite pour dire qu'une autre pépite dénichée chez keisha est sortie en poche, "Une plage au pôle nord" ; c'est ici pour elle et là pour moi !

 Des antidotes dont on va peut-être avoir besoin !

20/04/2017

Le cas Malaussène, Daniel Pennac

480_17479_vignette_Photo-Pennac-2.jpgJe l'avais un peu perdu de vue le Benjamin, après mes lectures ennamourées du bouc émissaire le plus célèbre de la littérature française, un peu lassée, et c'est un comble, des ficelles qui m'avaient tant plu. Lecteur, lectrice, nous parfois bien pusillanimes et bien ingrats ... de rechigner à jubiler, encore et encore .....

Benjamin est de retour, un peu vieilli, un peu plus esseulé. La nouvelle génération a pris le large, loin du Vercors, l'enclave protectrice des remous du monde. Benjamin y est presque en vacances, entre deux skyppe avec ses rejetons partis faire œuvres humanitaires aux quatre coins du monde. Presque, parce que la Reine Zabo lui a confié la mission d'y planquer son nouvel auteur vedette de la nouvelle ligne éditoriale qu'elle impose à la maison ; la vévé, la vérité vraie. Pas le réalisme, mais la confession du pire vécu sans filtre. Alceste, l'auteur phare, est poursuivi par les membres de sa propre famille pour avoir dévoilé les supercheries de leurs parents (supercheries cruelles mais à la sauce Pennac, de la supercherie littéraire ...) dans un premier best seller "Ils m'ont menti". Alceste est donc forcément, l'ennemi de Benjamin, tenant de la fiction à tout crin, et de la fiction, il y en a ...

Un de ses fils conducteurs est l'enlèvement d'un racheteur d'entreprises en faillitte, parti toucher le chèque de son parachute doré en short et canne à pêche. Fort en gueule, cynique, il a résisté à Verdun, c'est dire qu'il a de la couenne, le bougre. Ben oui, Verdun est là, toujours aussi droite que la justice, et Julia, aussi, et la troisième version de Julius le chien, toujours aussi conforme à la première, il y a tous les anciens, ceux qui ont survécus, et même les disparus dont les mânes planent, protectrices, sur l'agitation échevelée d'une tribu en constante progression numérique, mais en parfaite continuité chimérique d'avec les valeurs tribales. Et les nouveaux venus se raccrochent comme ils le peuvent à la machine à histoire lancée par Pennac à toute allure, chamboulant en rigolant, sûrement, les frontières de la fiction.

Car, c'est bien du rôle de la fiction dont on nous parle ici, et l'auteur, particulièrement joueur, construit un puzzle rétrospectif et prospectif, point du tout nostalgique, ( j'ai particulièrement souri à la réutilisation du succès de la trilogie d'origine comme trompe l'oeil, effet "vache qui rit" garanti !) : un jeu de miroirs et de passe passe littéraire, dont les rides sourient, aussi pétillantes et malicieuses qu'un clin d'oeil. Une fiction qui dit une vérité sur un certain fonctionnement du monde, et du bien contre le mal, les Malaussène contre le reste du monde, en gros !

16/04/2017

Souviens toi de moi comme ça, Bret Anthony Johnston

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Dans les trois premières pages, un personnage saute d'un pont, un beau pont, un arc de cordes en acier, et vous allez passer le reste du roman à ne pas vouloir que ce soit un des Campbell.

Les Campbell sont quatre. Ils étaient quatre, puis trois et maintenant, ils sont à nouveau quatre. Cela aurait pu être des retrouvailles, mais l'auteur vous raconte une autre histoire. A onze ans, Justin Campbell a disparu. Un après-midi, il est parti faire du skate, juste comme d'habitude un peu énervé par son petit frère, une histoire pas grave, un truc de frère ainé et de petit frère. Et Justin n'est pas revenu. Quatre ans après, il est retrouvé, par le plus grand des hasards, parce qu'on ne le recherchait presque plus, à force de messages lancés sur les ondes, de battues en terre et en mer, de fausses pistes en erreurs, en fausses joies et fausses reconnaissances. Et Justin est retrouvé sur un marché, juste de l'autre côté du pont de Harbor Bridge, de l'autre côté de la ville où pendant quatre ans, il avait disparu. Un Justin presque pareil, avec un serpent et quatre ans en plus.

Pendant ses quatre ans, les trois campbell ont survécu, à la fois soudés par le même manque, puis séparés par ce même manque. La mère, Laura, fait dans l'humanitaire pour dauphin en danger, fuyant ainsi un foyer en rupture, Griff, le jeune frère aurait pu tomber amoureux de la fantasque Fiona, mais on ne tombe pas amoureux normalement quand on a un frère disparu. Il fait du skate dans une vieille piscine, à corps perdu, comme d'autres surnagent. et le père, Eric a tenté une relation adultère des plus moroses et vaine.

Mais le roman ne raconte pas cette histoire de l'attente, mais celle du retour de Justin, de ce même et autre Justin. Car le silence de l'attente ne se répare pas d'un coup de baguette magique, et Justin a quatre ans d' autre histoire que la leur. Alors quand elle se dessine, cette histoire, remords, hontes, vengeances, taraudent et les soupapes se tendent. Justin est revenu, mais c'est alors que chacun aurait pu avoir envie de sauter du pont. 

Dérangeant, haletant, à dévorer.

 

14/04/2017

Comment gérer sa frustration ...

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgJe ne sais si cela vous est déjà arrivé de vous installer en fin de journée, dans les rayons printaniers qui dorent et réchauffent ... dans un nouveau fauteuil de lecture ... savourant à l'avance le plaisir de prendre le temps ... Vous avez soigneusement sélectionné le livre qu'il vous fallait, un gardé exprès pour les vacances, une valeur sûre ... Moi, ce fut "Le pique-nique des orphelins" de Louise Erdrich.

Ce fut, car après deux pages, l'évidence me tomba dessus ... Je l'avais déjà lu. Et même pas chroniqué en ses pages, alors qu'il est super bien. J'ai dû traversé un autre espace temps, à un moment, mais lequel, impossible de me souvenir des circonstances de cette lecture, alors que d'habitude, tout me revient ! En attendant me voilà avec une frustration à gérer et j'ai horreur de la frustration. 

C'est alors que j'ai furieusement pris la direction d'une librairie, en compagnie de fiston qui n'avait rien de frustré mais qui apprend à conduire, et que cela amuse de servir de conducteur à sa mère ...

J'ai empoigné de mes petites mains avides le dernier McEwan, sans même lire le quatrième, c'est le dernier Mc Ewan, cela me suffit comme argument d'achat. Puis, "Americanah" de Ngozi Adichie, depuis le temps que je me dis qu'il faut que je le lise. J'ai tracé au rayon polar, toujours au pas de course (la librairie allait fermer), et toc, un Pierre Lemaitre "Trois jours et une vie" dont on ne dit pas franchement du bien, mais j'ai envie de voir par moi même quand Lemaitre est moins bon que dans les bons, Thomas H Cook, faut toujours avoir un Thomas H. Cook sous la main, moi je dis, "L'innocence pervertie", et "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" de Céleste NG, parce que je n'en ai jamais entendu parler et que le bouquin est lauréat du prix Relay 2016 (non, là je blague, je n'ai aucune idée de ce qu'est le prix Relay ...). Et temps que j'y étais dans les jamais entendus parler, j'ai rajouté sur la pile "Sirena Selena" de Mayra Santos Febres et "La porte" de Magda Szabo. Deux noms imprononçables, en plus ... Ce qui est une excellente raison, en soit.

Les vieilles anglaises me manquant aussi depuis un moment, j'ai alpagué "Persuasion" de Jane Austen et "La crique du français" de Daphné du Maurier. J'y vais doucement avec les vieilles anglaises parce que j'ai bientôt tout lu, là, juste deux petites bouchées pour boucher un coin de frustration presque plus impatiente. J'ai fourré le tout dans les bras de fiston, qui fait un très bon porte livres,  en murmurant, "mais il y en a encore plein d'autres ..." ce à quoi fiston, pas stupide, m'a répondu "On est dans une librairie, maman, tu ne les liras jamais tous", et il a rajouté, " Tu peux en prendre encore un, et c'est tout, parce la caisse est en train de fermer et que la jeune fille, elle nous attend pour fermer." Ce fut Gaëlle Josse, "L'ombre de nos nuits". (Il faut préciser que fiston est très à cheval sur les conventions sociales, et puis aussi qu'il avait déjà fait son propre marché ...).

Opération anti frustration terminée, je me suis souvenue que j'avais un osso bucco en route et que pour entamer la pile, c'était donc mort pour tout de suite, là maintenant. 

Pas grave, vous savez ce que je vais faire, ces lignes tapées ... me coincer dans le nouveau fauteuil de lecture avec le Mc Ewan, la pile bien au chaud au pied du plaid ( bien oui, la météo a changé ....). 

 PS : et puis j'ai toujours pas fait mes réponses au tag, alors faut bien que je me trouve une bonne raison de remettre à demain ...

 

 

 

25/03/2017

La mort en Arabie, Thorkild Hansen

En attendant que je cogite aux réponses de mon tag coopératif première version, voici une note bien plus conforme ...

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Au XVIIIème siècle, le Danemark a voulu rejoindre le cortège des nations civilisées en faisant d'une expédition scientifique le fer de lance de sa gloire. C'est toujours mieux qu'une expédition guerrière, qu'une entreprise colonialiste, et correspond à l'essor vers les Lumières. C'est louable, mais tout ne se passera pas comme prévu, ce dont on est prévenu dès le départ.

Lorsque l'expédition part, en janvier 1761, les cinq scientifiques sont comme les joyaux de la couronne (sauf que le vers est déjà dans le fruit). Lorsque l'unique survivant revient, en 1767, le Danemark est passé à autre chose. Les résultats de l'expédition, les caisses des précieuses collections amassées, les journaux des voyageurs, les notes, les illustrations, les relevés, les observations ethnologiques et botanistes, s'entasseront sous la poussière de l'indifférence ; éparpillées, négligées, oubliées, les pépites d'un savoir tout neuf se sont diluées dans le temps qui a passé sans eux, les morts et le survivant.

C'est donc cette quête, inutile et vaine, et si prétentieuse, que conte T. Hansen. Méticuleusement, en prenant le temps des détails, il retrace les pas égarés de cinq hommes qui allèrent de Copenhague jusque la capitale du Yémen pour trouver le secret de ce pays que l'on nommait encore l'Arabie heureuse, à cause d'une glissade erronée de traduction. C'est, en partie, à cause de cette petite erreur que fut mise en branle bas de combat l'ambition politique d'un pays, et surtout celle de deux hommes, aussi différents dans leur caractère, que similaires dans les résultats peu tangibles que leur ambition un peu folle, laissera ; l'un qui croyait pouvoir y échapper, l'autre qui pensait en revenir : Van Haven et Forssal. (il y a un petit ° sur le a, mais mon clavier fait ce qu'il peut ...)

Cinq hommes, deux qui veulent être le chef, un autre qui l'est ... Au départ, à chaque homme sa science, à chaque homme sa fonction, à tous les bien commun de la science, pour la renommée d'un pays et d'un roi (mort d'ailleurs lui aussi entre le départ et la Bérézina de la fin, comme quoi, l'ambition ...)

la mort en aradie,thorkild hansen,romans,récit de voyage,danemarkVan Haven est le philologue, imbu de lui-même (d'ailleurs, je ne veux pas dire, mais cela se voit sur sa trogne), pleutre et inconséquent, il passera à côté des trésors de Sinaï par crainte d'avoir faim. L'auteur en montre tous les défauts ; tout d'abord ses manœuvres pour avoir la place du chef, puis ses dérobades devant les difficultés à prévoir, ses entourloupes financières, puis ses oeuvres pour faire régner la discorde dans le groupe.

la mort en aradie,thorkild hansen,romans,récit de voyage,danemarkForsskal est un peu plus épargné par l'auteur. Insupportable frondeur, orgueilleux, buté, égocentrique, mais passionné, infatigable botaniste, négociateur sans diplomatie, mais non sans réussite, il se montre bien plus au service de la connaissance, et à celle de son maître à penser, Linné, qu'à celui du pays qui lui permet de mettre ses pas dans les pas de l'histoire.

la mort en aradie,thorkild hansen,romans,récit de voyage,danemarkDe l'illustrateur et du médecin, il est dit peu de choses, sinon que le premier accomplit sa tâche et l'autre non. Le cinquième, le futur survivant, Carsten Niebur est un simple arpenteur. Sans aucun titre ronflant, muni de son éternel astrolabe, il tentera sans ambition singulière d'accomplir la mission confiée, aller jusque Sanaa. Une fois l'échec consommé jusqu'à la lie  de la mort des autres, comme un vaillant petit arpenteur, justement, il arpentera sur le chemin du retour des sites jusqu'alors ignorés, Alep, Persépolis. 

Récit d'aventures, récit d'une quête, récit d'un échec, récit des fatuités humaines, récit passionnant surtout par l'évocation d'un monde oriental d'avant la colonisation. Paysages de caravanes qui s'étirent dans le désert, temps où les pyramides étaient encore ensablées, les civilisations orientales encore intouchées, belles, mystérieuses et cruelles, impénétrables à ceux qui ne savent s'y plier avec le respect qui très bientôt n'existera plus. Récit qui fait resurgir du passé une Palmyre encore debout, et une citadelle d'Alep qui grouillait de vies et de richesses humaines.

Merci à luocine, dont je relis la note avec délectation ... et vous devriez en faire de même ... et merci à Dominique qui fut l'initiatrice de ce voyage !

 

23/03/2017

Tag coopératif, première mouture ...


5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgVoici l'état actuel du tag que je bidouille à partir de vos commentaires ... 

Il a un côté complètement surréaliste qui est réjouissant, et prometteur de réponses inédites ! (enfin, je trouve). je le publie aujourd'hui tel quel, on peut encore faire des propositions ... 

Rappel du principe: Vous avez disparu du monde des blogs, mais pourquoi ?

Vous avez été engloutie dans votre dernière lecture, et vous faites dorénavant partie des personnages du roman que vous étiez  en train de lire... lequel ?

Prise de pitié devant  nos listes qui n'en finissent pas, vous voulez permettre à tout le monde d'écluser ses retards de lectures ... Avec quel titre faites vous votre retour  de super tentatrice ?

La blogueuse disparue s'est lancée dans la politique ....  Et vous, si vous deviez le faire, quel poste choisiriez-vous ? 

Vous recevez ce message dans une bouteille, disparue dans votre île déserte : "On t'attend de toute façon, on sera au rendez-vous de chaque billet", comment fêtez vous ce commentaire (votre île déserte est pourvue de tout le nécessaire ...)

Vous avez  été kidnappée par un auteur et vous avez adoré ça ! Que vous a-t-il fait ?

Cette année, c'est à vous qu'on a confié l'organisation du festival Etonnants Voyageurs (ou América ou le salon du livre ... ou autres, selon les festivals que vous fréquentez) , donc votre job est de prendre contact avec les auteurs... Mais, comme vous êtes joueuse, vous avez furieusement envie d'en égarer un dans les rayons. Lequel ?

Comme vous étiez partie à la recherche des programmes des candidats à la présidentielle... ça vous a pris un peu de temps... Surtout qu'en chemin, vous avez rencontré le lapin blanc d'Alice, que lui avez vous dit ?

Par contre, bonne chance pour les réponses ! Je m'y colle, mais si vous voulez me devancer, ce sera avec plaisir !

 

 

18/03/2017

Ben, où qu'elle est passée Athalie ?

C'est Racine qui l'a fichue au placard ? l'en avait marre de la voir s'esbrouée sous son  fallacieux pseudo ? Jonathan Coe l'a poussée au onzième dessous ? Elle a épousé Echenoz et est tenue au secret le plus strict, cause Gallimard l'a prise en otage depuis que Pennac est redevenu Malaussène ? Non, pire, elle se prend pour Malaussène ... depuis, elle a accouché de onze enfants, mais d'aucun article ? Elle a lu "L'amour et les forêts" et depuis, elle écume les brocanteurs pour savoir lequel est le bon ? (là, il y a une piste ...) ...

Blogueurs, blogueuses, vous qui passez encore en ces pages désertées, Athalie vous laisse le jeu des hypothèses dont elle compte bien faire un tag (mais pas sur elle, hein ...) qui aura pour thème " A la recherche de la blogueuse perdue" ... ou "La blogueuse à la perle", ou tout autre titre que vos réponses m'inspireront ...

Allez, et si on jouait un peu ...

 

07/03/2017

Ecoutez nos défaites, Laurent Gaudé

ecoutez nos défaires,laurent gaudé,romans,romans français,dans le chaos du mondeCe roman met en scène les vainqueurs et les vaincus du passé et du présent, et laisse le goût amer d'une répétition stérile de victoires qui ne peuvent en être que pour les nations (et encore). Le passé le plus lointain est celui des guerres puniques, il prend la figure d'Hannibal, celui qui a cru pouvoir vaincre l'empire romain. La guerre de sécession est racontée par celui qui deviendra le général Grant, le boucher des confédérés sudistes, mais aussi celui de ses propres troupes. Les combattants du présent, eux, sont deux exécuteurs d'ordres à sang froid, ils n'ont pas de troupes à mener au massacre, à porter au triomphe amer de la victoire, qui est toujours une défaite pour les morts, et même pour les autres.

Les hommes du présent accomplissent les missions affectées comme le feraient des tueurs : Assem, pour la France et Sullivan Sicoh pour les USA : la dernière mission pour Assem étant d'évaluer Sullivan, devenu Job ( l'auteur maîtrisant parfaitement ses références bibliques symboliques). En effet, après l'opération ultime, celle qui a éliminé Ben Laden, Sullivan a vacillé, et il touche Assem au cœur de ses propres doutes. Qu'est-ce qu'une victoire ? Non pas les américains ont-ils eu raison ou tort de tuer l'incarnation du mal terroriste, ce qui serait une interrogation journaliste, mais cette autre corollaire de la même action, plus littéraire, évidemment, le meurtre d'un homme est-il une victoire ? Sullivan est devenu Job parce qu'il a passé une frontière, et que ce secret le hante, quelle est la différence entre un combat et un meurtre ?

Victoire et défaite, noble lutte ou déchéance et perte de soi, la frontière est aussi celle qui se glisse dans l'histoire d'Aïlé Sélassié. Héros dans la lutte pour la liberté de son pays contre l'invasion des fascistes italiens, Héros encore, seul contre tous, dans l'enceinte de cette société des Nations lâches à qui il dira ses quatre vérités, puis reviendra dans son pays à la faveur de la seconde guerre mondiale, et enfin, redevenu roi des rois, mènera une politique égocentrique et succombera à la chute de sa grandeur, sans grandeur.

 A côté de ses combattants, de la lumière historique ou de son ombre, un autre combat est mené par la seule femme du roman, Mariam. D'origine irakienne, elle est versée dans l'archéologie. Son combat est celui des vestiges, de la conservation et la préservation des preuves antiques de la mémoire des hommes, et de leur humanité. Elle les caresse mieux que la peau des hommes qu'elle croise dans les hôtels qu'elle sillonne, du Caire à Zurich. Un seul la touchera, Assem, parce qu'il a su mettre les mots de la poésie à la place de ceux de la raison.

La question de la perte est celle qui relie les différents personnages, mais alors que l'histoire, la vraie, est politique et collective, la perte est intime, dit la littérature de Laurent Gaudé. Sa reconstruction des personnages historiques dans ce roman, comme des deux "inventés", est cohérente, les vainqueurs et les vaincus officiels sont lucides et conscients d'avoir marché au delà des normes morales, une modernisation qui fonctionne plutôt juste. 

Et c'est ainsi que ce roman m'a convaincue, malgré quelques traces de mes agacements précédents à lire les phases de lyrisme épique auxquels l'auteur se laisse parfois aller ( ce qui m'avait fait tellement grincer des dents à la lecture de "Pour seul cortège"). Il y a ici plus de retenue, de recul, et les horreurs évidentes des guerres sont dépassées quand elles deviennent celles des civilisations dites "modernes", celles où Palmyre redevient un tombeau.

 

 

 

04/03/2017

Comment tout a commencé, Pete Fromm

comment tout a commencé,pete fromm,romans,romans américains,base ballMa lecture de ce roman fut entrecoupée de relectures fastidieuses et stériles du lexique du base ball, heureusement placé à la fin du volume. Il y a même un schéma. malgré cette sollicitude de l'éditeur, le seul truc que j'ai à peu prêt compris est que le rôle du lanceur est primordial vu que sur le schéma, il est au milieu du terrain, et même sur un monticule, et qu'en plus, les deux héros de ce roman pratiquent le lancé avec une sorte de frénésie incessante. Pour les noms des différents lancés et ce qui se passe après sur le terrain, je suis toujours aussi coite. 

Les deux héros sont frère et sœur, Abilène est la sœur aînée d'Austin. Elle est surtout son modèle, son entraîneur, son monticule et aussi son tortionnaire. Il est sa victime consentante et radicale. Comme la pratique du base ball, et surtout, donc, celle du lancer, constitue le moteur principal et destructeur de leur relation, je me suis sentie bien souvent exclue, et j'ai survolé pas mal de récits de leur entraînements, ce qui fait malgré tout une somme conséquente de pages sur l'ensemble du bouquin.

Petit à petit, on comprends qu'Abi a voulu être une lanceuse d'exception. Selon son frère, elle est la meilleure. tout ce qu'elle veut elle est que son frère soit le meilleur, qu'il écrase de sa supériorité tous les autres, et d'abord les joueurs et le coach de l'équipe du lycée qui l'ont laissée toute une saison sur la touche. Austin fera la carrière qu'elle n'a pas pu faire, réalisera match parfait sur match parfait, lancera la balle à une vitesse écrasante. Il le fera parce que Abi le veut et Austin veut ce qu'Abi veut, passionnément dans une fusion quasi amoureuse et parfaitement exclusive. Austin la suit, cloué par son amour inconditionnel sur le siège passager de sa camionnette qu'Abi lance la nuit à l'assaut du monde. De tout le monde.

Ils jouent tous les deux contre leurs parents : Abi et Austin se veulent extraordinaires contre ce couple ordinaire qui s'est établi à Pacos et ne voient pas quel mal il y a à cela, ni à vouloir vivre normalement. Le père radote bien un peu ses vieilles histoires de lune de miel, mais bon, pas de quoi susciter chez sa fille une telle haine et un tel mépris, qu'elle a communiqué à son frère. 

Ce que l'on comprend aussi petit à petit est qu'Abi est bipolaire, ce qu'Austin refuse de voir et d’admettre, même si elle devient de plus en plus dangereuse pour elle et sa famille au fur et à mesure de ses crises et de ses dérapages incontrôlés. Abi disparaît, de plus en plus radicalement, Austin le vit comme un abandon. Lorsqu'elle revient, c'est en tyran qu'elle change les règles du jeu d'un petit bonheur possible. Incapable de voir que la réalité de sa sœur est la maladie, Austin, à son tour charge le monde entier de sa colère, juste avant le craquage final.

Cet aveuglement obstiné face à la pourtant évidence, en plus de l'omniprésence de ce fichu sport auquel je je comprends rien, fait que j'ai eu l'impression d'un roman qui n'avançait pas, que c'était juste la même partie qui se jouait, juste en un peu plus fort à chaque fois.

 

26/02/2017

Numéro 11, Jonathan Coe

numéro 11,jonathan coe,romans,romans angleterre,satire,burlesque,au jour d'aujourd'huiC'est un roman melting-pot pot où l'auteur semble si à l'aise avec son oeuvre, qu'il emmêle les pinceaux et construit, avec une  communicative jubilation, un tableau final, hétéroclite et super malin. Il balade son lecteur dans différents sous sols, lecteur qui se retrouve sans cesse à se demander ce qu'il est en train de lire, motivant une attitude distanciée qui sert parfaitement le propos, si tant est qu'il n'y en ai qu'un ...

La tonalité dominante serait sans doute finalement, après méditation avec moi même, le roman social, mais un social modelé fantastique ou fantasque dont toutes les occurrences se rattachent à un seul personnage, Rachel. Ce qui fait un social échevelé (du coup, je crée la catégorie, mais elle ne va pas être vite remplie, parce que des comme cela, il n'y en a pas beaucoup quand même ...)

Dans la campagne anglaise, mais une campagne de pavillons et de petits jardins clos, (on oublie Austen),  Rachel, en vacances avec son frère chez ses grands parents, est une petite fille qui fait connaissance avec le mensonge, la peur et rencontre pour la première fois, la folle à l'oiseau. L'envers du décor ne lui en sera révélé que bien plus tard.

On la laisse pour suivre, plus ou moins, son amie d'adolescence, Alison, perdue de vue par Rachel, à cause d'une lettre manquante dans un message sur un réseau social éphémère. Et c'est à partir d'Alison, et de la mère de celle ci surtout, Val, qu'est permis une virée au vitriol dans l'univers de la télé réalité, en un épisode caricatural de l'attrape cœur de la célébrité qui mange les âmes, même de bonne volonté. Val y perdra les quelques illusions que sa vie d'ex chanteuse d'un succès, lui avait encore laissé dans son pavillon que la crise refroidit sans pitié.

Alison fait une autre cible de choix à la force destructrice du nouvel ordre social à l'anglaise. Handicapée, de couleur et homosexuelle, ( ben oui, il y en a qui abusent quand même ... ), elle ne voit pas fondre sur elle le bec et les ongles vernis de la fille d'Hilary Winshak (oui les affreux Winshak du Testament à l'anglaise), Joséphine, qui, pour conquérir sa marque de fabrique journalistique : "la crise c'est la faute des pauvres qui profitent des allocs", n'hésite devant aucune vilenie. Digne fille de sa mère, de son père, de sa caste de privilégiés cloîtrés dans un monde douillet qui plane, menaçant et invisible. 

Dans ce monde des riches, Rachel s'y retrouve coincée, par hasard. Elle est est la préceptrice des enfants Gunn ; un jeune homme, deux petites filles, un père ultra mondialiste, une mère bâtisseuse d'une étrange extension en sous sol de leur demeure ultra sécurisée de Goulcester Road, près de Hyde Park où Livia, réfugiée albanaise, exerce avec une sagesse toute orientale, le métier de promeneuse de chiens, chiens dont elle ne voit jamais les richissimes propriétaires, comme Rachel voit peu les parents Gunn, de l'autre côté des portes à codes de la maison. Mais dans les sous sols grouillent des invisibles ....

Même si certains personnages sont les descendants des méchants du fabuleux "Testament à l'anglaise", ce roman n'en est pas la suite, il est parfaitement autonome, même si dans la même veine, à la fois satirique et drolatique. Il extirpe du réel les mêmes saloperies de l'exploitation, la même indifférence de la richesse envers ce qui grouille à ses pieds ; le monde des petits boys, prêts à même devenir des menus-potiches vivantes lors d'un banquet surréaliste où un inspecteur, Nathan, digne de son but humanitaire, fait, quand même avancer un peu de justice et pousser la romance.

Hétéroclite, soit, mais pas foutraque, on y retrouve sans problème le Coe à la plume de vitriol, et ses dérapages contrôlés vers le burlesque qui décape.

Dois-je vraiment rajouter que j'ai adoré ?

 

22/02/2017

L'orangerie, Larry Tremblay

l'orangeraie,larry tremblay,romans,romans quebec,terrorismeL'histoire se déroule dans un pays en guerre. Ce pourrait être n'importe quel pays divisé par la frontière de la haine communautaire, n'importe quelle communauté, n'importe quelle haine, du moment qu'il y a haine, qu'il y a les autres et nous.

Dans le livre, nous, c'est la famille de Amed et Aziz, deux jumeaux de neuf ans, leur mère Tamara, soumise à la loi du père Zahed, soumis aux lois de la vengeance. Les autres sont de l'autre côté de la montagne, les ennemis, les voleurs de terres , sans doute, ce n'est pas dit, mais on devine, que ce sont les mêmes depuis des générations, invisibles et tapis dans la même haine de nous, que nous d'eux. Un jour, une des bombes des autres tombe sur la maison des grands parents de nous, et il n'en reste plus rien, que du seuil et de la colère, plus de colère que de deuil, presque.

Alors, quand arrive la jeep de Soulayed, avec les mitraillettes et la parole qui tue, accompagné du futur martyr, Halim, le père des jumeaux n'est pas contre l'honneur qui leur est fait, aux nous contre les autres : qu'un de ses fils, comme Halim, se fasse exploser chez les autres. Tamara pleure, mais ne remet pas le principe en cause, le seul souci est pour elle que le père choisisse le bon des deux frères.

Pour les jumeaux, la ceinture d'explosif laissée par Soulayed dans la remise, en attendant le jour du bon choix, est à la fois un objet de curiosité et de convoitise : aller rejoindre Halim, le martyr au paradis, est aussi logique pour eux que faire planer un cerf volant dans le même ciel que ses propres morceaux.

Le récit retrace donc le chemin qui mènera au choix du père, en dehors de toute contestation et contextualisation, jusqu'au dévoilement du mensonge qui n'est pas plus horrible que le chemin qui y mène. Ce qui fait la force de ce récit, mais aussi pour moi, sa limite : jamais ne sont posés qu'en termes abstraits, ce qui fait qu'un père, qu'une mère, des enfants, en arrivent à ne plus voir l'explosion de l'un des leurs que comme un honneur. La troisième partie du livre, plus théâtrale et extérieure au drame, termine le parcours linéaire d'un engrenage logique dans l'horreur. Mais on y reste confiné, à hauteur de vue des nous. 

Je n'ai bien évidemment aucune début ni bride de réponse aux questions que je me suis posées en lisant ce très court texte, qui vaut par son sujet de toute façon, lecture, mais j'avais aussi dans l'esprit le souvenir de la force taraudante  d'"Incendie", et de la représentation de ce qu'un enfant peut faire quand la guerre l'a modelé, quand on la lui a fait prendre pour un jeu, et quand il en devient aussi coupable que victime.

 

 

19/02/2017

Mrs Bridge, Evan S. Connel

mrs bridge,evan s.connel,romans,romans américains,vintageMrs Bridge est une femme américaine d'une banalité à faire pleurer de rire jaune. Parce que Mrs Bridge n'est pas que banale, du moins à l'intérieur, elle sent parfois comme un frémissement d’ailleurs qui palpite.

Mrs Bridge est mariée depuis longtemps à Mr Bridge. Très occupé par son travail, il assure à la famille une posture sociale de premier plan dans leur petite ville. Mrs Bridge fait partie des happy few. Mr Bridge semble toutefois n'ouvrir les yeux sur elle qu'une fois par an, à l'occasion de son anniversaire, il lui offre alors des cadeaux somptueux, dont elle n'a guère envie et qui l’embarrassent. Mrs Bridge n'aime guère que les regards se portent sur elle et s'efforce avec constance à n'avoir que la même opinion que tout le monde. Mrs Bridge aime disparaître dans la conformité de son milieu social.

Mrs Bridge a des amies comme elle. Femmes au foyer, elles sont occupées de ces mille et une choses qu'elles réalisent par devoir : comme disposer à chaque réception les serviettes pour invités dans les commodités, serviettes spéciales de taille et de forme, dont l'usage social veut qu'elles restent immaculées après le départ des dits invités. Il serait cependant inconcevable de ne pas les proposer, au moins à la vue, sinon à l'usage ... Parfois, Mrs Bridge se sent une envie d'apprendre, l'espagnol, du vocabulaire, un peu de musique ... Après achat des cassettes de conversation ou du manuel de leçons progressives, Mrs Bridge abandonne, par ennui ou parce que son emploi du temps finit par l'envahir : les déjeuners au country club, les réunions de parents d'élèves, la préparation des partys. La lecture assidue du Tattler, le journal mondain de Kansas City lui indique ce qu'elle a à faire : lecture publique d'une poétesse de passage, pièce de théâtre à voir, buffets et réjouissances organisés à la gloire d'une célébrité locale. Mrs Bridge meuble le vide sans voir qu'il est vide, ou alors un court instant, et cela lui fait si peur que pour un peu, elle se mettrait à faire le ménage elle même.

Mrs Bridge vieillit, et avec le temps le regard de ses enfants sur elle se fait de plus en plus distant et cruel. Elle ne comprend pas en quoi ses usages sont des carcans, elle se heurte sans cesse à ce "comment faire ?" qui finit par l’envahir, toujours les gants blancs cramponnés au volant de sa trop grande voiture qui la domine, mais qu'elle se doit de manœuvrer à l'aveugle. Tout Mrs Bridge est là, dans ce corset d'obligations qu'elle prend pour une route à tenir. Assaillie par les chocs et séismes que consistent pour elle toute nouveauté, Mrs Bridge est finalement touchante.

Un portrait ironique et finement croqué, dont je lirai le pendant masculin, celui de Mr Bridge. 

15/02/2017

Histoire de l'amour, Nicole Krauss

histoire de l'amour,nicole krauss,romans,romans américains,pépiteJe ne sais pas si on peut faire un titre plus nunuche que celui-là, pour torpiller un bouquin, il est juste parfait, mais alors que l'on s’attend à du suintant et du dégoulinant du sentiment, on trouve du touchant et du tranchant en même temps et une délicate mise en abîme dont les facettes prennent tour à tour vie. Il faut donc suivre un parcours sinueux à la poursuite d'un livre qui a pour titre "Histoire de l'amour", dont l'auteur n'a tiré aucune gloire mais la jeune fille qui porte le prénom de celle pour qui il a été écrit, Alma, raconte l'histoire d'Alma.

Alma bis raconte son histoire, celle de son frère Bird, celle de sa mère qui pourrait se nommer Pénélope. Au départ, il n'est pas question du livre, mais du père, solaire, aventurier, qui est mort et qui pèse lourd. Son ombre gère leur quotidien et la première quête d'Alma est celle d'une autre histoire pour sa mère. Il s'agit de la tirer de son engourdissement sentimental, car toujours amoureuse, elle se cantonne dans le fantasque dépressif. Pour Alma, la tâche est rude, trouver un amoureux pour une traductrice d'écrivains exclusivement morts, et qui reste en pyjama toute la journée, n'étant pas chose facile, quand on a quatorze ans, de la peine au coeur, sans compter un frère qui s'est pris pour un oiseau avant de se consacrer à une carrière exclusive d'élu du dieu juif. Alma complote des rendez-vous voués à l'échec mais qui vont la mettre sur la piste du livre qui parle de l'amour pour l'autre Alma.

Pas très loin de chez Alma, à Chinatown, vit Léo, vieux célibataire, bourru et asocial. Autrefois, dans un autre temps, celui d'avant l'extermination, et dans un autre lieu, la Pologne, il a été l'amoureux éperdu de la fille la plus aimée du monde. maintenant, il cohabite plus ou moins pacifiquement avec son voisin, Bruno, couple bancal dont le lointain passé est devenu flou.  Léo fut serrurier, il sait crocheter les secrets, même si le sien est enfoui depuis longtemps à l'intérieur d'un cœur fichu. Il tape une histoire sur une vieille machine et une fois par jour, il s'arrange pour que son vieux corps délabré soit vu, au moins une fois, être regardé. Ce qui n'est pas toujours du meilleur goût pour ses victimes, d'ailleurs ...

 Plus loin, beaucoup plus loin, un autre exilé, Zvi Litvinoff, cache un manuscrit, dont le voyage est peut-être achevé, alors qu'un autre écrivain est mort, tout près d'Alma, qui ne sait toujours pas ce qu'elle cherche, mais qui aurait pu le trouver. Du coup, le livre aurait été un conte de fées, mais finalement, c'est juste un poil trop tard pour tout le monde, même si c'est très bien comme cela, finalement.

Un livre qui raconte des rendez vous manqués en réussissant à être drôle, ce n'est pas courant. Rechercher des amours manqués à tâtons demandent un peu d'attention au lecteur, c'est sûr, mais la drôle de gravité des personnages mérite de les suivre dans leur quête un rien déjantée. Leurs histoires reconstruit un puzzle magique, auquel, comme tout puzzle normalement travaillé, il manquera finalement, une seule pièce.