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07/12/2016

Mémoire assassine, Thomas H.Cook

mémoire assassine,thomas h cook,romans,romans policiers,famille je vous haisLa mémoire tue à petit feu ... Son absence aussi. Steve Farris avait neuf ans lorsque son père a tué sa mère, sa sœur et son frère. Les deux derniers corps, il les a laissés dans leur sang, le premier, il l'a couché dans son lit. Puis, il a attendu et il est parti. Les policiers ont cherché pendant des années, mais aucune trace, aucune explication et pas de procès. Seul reste Steve, persuadé que c'est lui que son père attendu, et que s'il a survécu, c'est parce qu'il était vraiment trop en retard, ce jour là.

Sa mémoire d'adulte est une terra incognita où règnent des dragons, ce qui fait qu'il n'y retourne plus depuis longtemps. Il a cessé de se heurter à l'énigme absolue, ce qui a amené son père à tuer. Il ne cherche plus pourquoi ils ne sont plus là ; Laura, la pétillante, la tant aimée grande sœur, Jamie, son frère, solitaire et taciturne, et sa mère qui est restée figée pour toujours en cette femme triste de trente sept ans, fanée dans sa vieille blouse rouge. Elle reste, comme son père, une énigme, cette femme qui lisait des romans d'amour, immobile dans sa lassitude d'être, sans eux et sans lui, le père quincaillier dont la passion consistait à remonter, de temps en temps, une bicyclette Rogder et Windsor rouge, tout seul dans son garage, là où il a tué sa femme.

La mémoire de Steve l'aurait peut-être laissé tranquille, dans sa vie adulte, reconstruite sur ce vide. D'ailleurs, il est architecte. Marié, un enfant, heureux autant qu'il puisse le penser, si Rebecca ne l'avait pas contacté. Elle est écrivain et récolte des témoignages à propos de ces hommes là, ceux qui ont tué leur famille et l'énigme du père de Steve l’intéresse beaucoup. Elle amené Steve à ouvrir la boite à souvenirs, et ils reviennent, des très précis, des plus vagues, auxquels Steve commence à donner sens, qu'il enchaîne. Les images des derniers mois, des derniers jours forment une chaîne, qui petit à petit l'enserre, lui et les siens. Steve perd pied, se laisse à penser, que, comme son père, il aurait pu vivre autre chose que sa vie, avec une autre femme, un autre fils, sans femme, voire sans famille ... La mémoire tue, quand on la cherche, mais peut-être pas qui on croyait !

Un bon polar, un noir plutôt, avec un poil dans la main à la fin quand même. Mais pas grave, ça gâche pas.

03/12/2016

La dernière fuigitive, Tracy chevalier

la dernière fuigitive,tacy chevalier,romans,romans américains,romans historiques,quakersHonor Bright est quaker, elle appartient à la communauté des Amis de Bridport, en Angleterre. Et avant de partir, de traverser l'Atlantique à bord de l'Adventurer, elle fait don de tous ses quilts, et patchworks, et n'en garde qu'un, dont elle aura d'ailleurs bien besoin, mais cela elle ne le sait pas encore. D'ailleurs, elle ne sait pas grand chose, Honor, sauf qu'elle accompagne sa sœur Grace vers l'inconnu d'une maison en bois, bâtie par son futur beau-frère, Adam Cox, à Faithwello, Ohio. Une lettre est partie de l'autre côté de l'océan pour prévenir qu'elles seront deux, au lieu d'une. Avec une seule attendue par un futur mari, quaker comme il se doit.

Honor se dit qu'elle pourra toujours revenir, mais la traversée lui a fait tellement rendre tripes et boyaux que l'océan devient un espace monstrueux, qui se dresse définitivement entre elle et son passé. Lui reste sa sœur et l'inconnu, et rapidement, il n'y a plus que l'inconnu, car Grace succombe à une fièvre maligne et c'est donc seule, sans statut et sans béquille qu'Honor débarque chez Adam. Qui lui même a perdu son frère, il reste Agibail, la belle soeur, dans la fameuse maison en bois, à Faithwello, Ohio.

En chemin, la décence a fait faire une halte à Honor, dans la petite ville voisine. Elle y a rencontré Belle, une modiste qui n'a pas froid aux yeux et le whisky facile, et qui a aussi un frère, Donovan, un redouté chasseur d'esclave en fuite qui sur la route, a commencé à faire des yeux doux à l'apeurée Honor, qui n'y comprend goutte, à l'esclavage. Mais dans la maison de Belle, des bruits clandestins se font entendre derrière les cloisons de la remise, les oreilles d'Honor se deshillent petit à petit, pendant que son don pour la couture lui fait réaliser des chapeaux hauts en couleur où naissent les bouquets de fleurs en tissus, et des oiseaux aussi, alors qu'elle ne porte que le modeste bonnet qui est de mise. Silencieuse, discrète, la jeune quaker noue cependant avec la fantasque modiste des liens dont la solidité lui seront bien utiles.
Le livre raconte la maturation de l’héroïne, échouée dans un monde où tout le monde parle haut et fort, où des esclaves noirs sont en fuite, alors que d'autres choisissent les tissus les plus moirés dans le magasin d'Adam, qu'elle a fini par rejoindre pour découvrir un monde sans horizon, fermé et hostile. Car dans la maison en bois, elle doit se caser dans les coins, pièce inattendue du patchwork qu'Abigail avait commencé à coudre dans le dos d'Adam, fiancé sans fiancée, alors qu'elle est la belle sœur sans frère et Honor la troisième roue d'un autre avenir possible ... Les tensions montent, larvées, alors que Donovan ne la quitte pas des yeux ... Mais en vaillante petite héroïne, Honor se fait une des places possibles.

Finalement, un quilt bien cousu, bien serré, peut tenir aussi chaud qu'un bon vieux bouquin !

 

 

 

27/11/2016

Vertige, Franck Thilliez

vertige,franck thilliez,romans,romans français,thrillers,romans noirs,romans policiersMon premier Franck Thilliez me laisse un goût assez mitigé, un arrière goût même d'un truc un peu trop poisseux pour être vraiment à mon goût. Pourtant, j'aime bien quand ça poisse dru et sévère, et pour cela, il faut en convenir, ce titre offre une version de trois hommes dans un bateau totalement dépourvue d'humour.

Les trois hommes ne sont d'ailleurs pas dans un bateau et encore moins dans une situation drolatique. Ils sont dans une grotte, enfermés sans savoir par qui, pourquoi, comment et combien de temps. Le narrateur se nomme Jonathan Touvier. A sa dernière connaissance, il était au chevet de sa femme, Françoise, qui se meurt d'un cancer à l’hôpital. Il fut un alpiniste chevronné, et des souvenirs d’ascension lui reviendront régulièrement et finiront par faire partie de l'histoire. Mais, en attendant de voir des bribes d'explication se former, il est enchaîné par le poignet droit sous une tente, avec juste assez de chaîne pour tourner autour. Il a aussi avec lui son chien, mi chien mi loup d'ailleurs, mais un chien, c'est aussi de la viande. Comme ses deux compagnons aussi. Le premier qu'il découvre est Michel, libre de toute entrave mais la tête enserrée dans une cagoule de fer, et le second est Farid, le plus jeune, qui lui en entravé par la cheville. Des instructions et consignes sont accrochées sur leurs vêtements et sur les parois de toile. La cagoule explosera si Michel s'éloigne trop des deux autres, et les voilà donc liés pour le pire. Autour de la tente, quelques ressources, un peu d'eau, un réchaud, mais aussi un vieux mange disque ... Il va donc falloir survivre à défaut de pouvoir sortir.

Le jeu à jouer est cruel, une fois que l'on admet, rapidement, qu'une grotte est froide, obscure, offre peu de ressources à cultiver, et que c'est donc le lieu d'une torture lente, où il reste pour les trois acteurs à décider si ils tiendront le rôle du bourreau ou de la victime, en alternance avec les deux autres, trois hommes dans un huis clos de glace, de sang et de rage. En fait, on se retrouve dans un remake de "l'enfer c'est les autres" de Sartre à la sauce thriller glauque. Sauf que chez Sartre, il n'y avait pas de chien, entre autre différence. Chaque personnage campe une des faces possibles et sordides de l'homme placé en conditions extrêmes, lorsque la folie rode et qu'un secret honteux se fait jour, dont la grotte ne serait peut-être, finalement, qu'un avatar un peu plus honteux que la vérité. Bon, pas de quoi convoquer Platon non plus.

 

 

23/11/2016

Cent ans, Herborg Wassmo

jardin.jpgEntre 1868 et 1870, le pasteur Fredrick Jensen a peint un retable représentant Jésus dans le jardin des oliviers, mais le véritable sujet en est l'ange auquel Jésus confie son angoisse d'avant la chute. Et cet ange a les traits de Sara Suzanne Krog, née Binglind, le 19 janvier 1842 à Kjopsvik dans le Nordland. Et Suzanne est l'arrière grand mère de la narratrice et la grand mère d'Elida, et celle de sa soeur, celle qui n'a pas eu d'enfants, et Elida est la mère de Hjordis, et alors la narratrice, on comprend à la dernière ligne du roman qu'elle n'est autre que l'auteure, Herborg, qui repart en arrière pour dire le destin de ces femmes du Nordland, entre neige ordinaire, froid et naufrage, pêche et maternité, fermes à tenir et mari à vivre, autant que faire ce peut.

Sara Suzanne est la sixième enfant. Elle a les cheveux roux. A la mort de son père, elle a six ans. Elle aurait bien voulu faire quelques études, mais ce n'est pas le genre de la famille. Elle tâte un peu de la carrière de gouvernante d'enfants à la ville, puis se voit guider fermement vers le droit chemin ordinaire et se marie avec un des frères Krog, le jeune Johannes, pêcheur de son état, dur à la tache et aimant. La demande en mariage fut un peu longue car le fiancé bégaye si douloureusement qu'il préfère se taire. Il a de l'ambition, des projets, des rêves. Et Suzanne les adopte car dans ce Nordland là, ce n'est pas dans le cœur des femmes de faire un vrai mariage d'amour. Elle sera bonne épouse et bonne mère, comme elle a été bonne fille. Il y a bien ce pasteur, Frédrick Jensen, de l'autre côté de la baie, qui l'a choisie pour être le modèle de l'ange. Un homme si triste, qui ne la touchera que du bout de son pinceau, en lui torturant l'âme d'une flamme inconnue et impossible.

Cent ans plus tard, l'auteure reprend à partir de ce pinceau, sa propre histoire, qui alterne avec celle d'Elida, la fille de Suzanna, celle de ses enfants et de sa soeur. Elida en a dix, des enfants. Elle a épousé Fredick ( non, ce n'est pas le même ...) et elle aussi, à son tour, les rêves de son homme, qui lui est si fragile, qu'elle devra laisser partir certains de ses enfants, dont une sera élevée par sa propre soeur, et Elida d'accepter de devenir celle qui les a abandonnés. 

Les souvenirs personnels de la narratrice commencent à la fin de la seconde guerre mondiale, chez sa grand-mère, et aussi sa tante et en même temps qu'elle dit son histoire, elle reconstruit la leur. Le récit n'est donc pas chronologique et l'alternance des époques permet de planter la prégnance des lieux et des caractères qui, si ils se succèdent, se répondent et s'unissent : femmes à l'amour solide, dans les frimas et les aléas des bonnes années, dans les fissures de la misère. Toutes portent leurs hommes comme elles ont porté leurs enfants, comme elles portent un fardeau, bien calé sur leurs hanches qu'on devine larges, comme on porte un panier de linge ou comme on touille une confiture.

Ces femmes sont parfois trop grandes pour les hommes qu'elles accompagnent, qui peinent à les comprendre, quand ils y pensent ... ce sont elles pourtant qui poussent pour que la roue tourne, toujours ou presque, du bon côté de la vie, celui où les coqs trépassent, mais où l'on continue à écraser les myrtilles sur les tartines. De femmes en femmes, la modernité avance pourtant, mais à très petits pas, sans vraiment troubler l'ordre immuable de l'univers. 

La dernière phrase donc, révèle que cette très belle fresque sociale et intime est aussi un hommage à ces déterminations vigoureuses qui ont coulé jusqu'à elle, Herborg Wassmo.

 

19/11/2016

Compagnie K, William March

compagnie k,william march,romans,romans américains,dans le chaos du monde,première guerre mondialeCe roman est à la limite du roman. Il s'agit en effet d'une succession de très courts textes, vrais faux témoignages de soldats américains engagés dans la première guerre mondiale. Ils appartiennent à la même compagnie et c'est ce qui fait le lien entre ces compte rendus individuels, chacun faisant part d'une anecdote, sombre, absurde, drolatique si cela pouvait se dire, de leur guerre, leur engagement, leur retour. Certains se répondent, la plupart non. Un ou deux noms reviennent, la plupart non.

Ils en restent anonymes ces jeunes gens que l'on ne retrouvera plus, profondement humains, parce que leur expérience, la seule dite, est souvent très simple, très concrète. En se succédant, ces fragments d'histoire forment un tableau, troué, décousu, incomplet, et d'autant plus à l'image des fusées éclairantes qui fusant au-dessus des tranchés, labourant les sols, ne laissait qu'une image confuse, à hauteur d'hommes.

Selon la postface,, que je n'ai aucune raison de ne pas croire, ces historiettes réalistes seraient inspirées de l'expérience de l'auteur. March fut un de ces engagés, combattant lors des grandes offensives de l'armée américaine, dans les tranchées, il a vécu l'arrière, l'hopital, le retour au front, puis le retour au pays. Dans son cas, ce fut avec médailles et décorations pour actes de bravoure, mais aussi semble-t-il une forme de traumatisme qui lui fera prendre ses distances avec toute forme d'héroisme.

Les gars qu'il fait parler ne furent pas forcément braves, pas forcément lâches. La majorité n'est pas à sa place, se trouve là où il ne devrait pas être, pas au bon moment. Ainsi Sydney Borstead fut affecté à la cuisine, parce qu'il était couturier dans le civil, deux métiers de mains, selon son sergent, Wadsworth est le soldat qui voulait rester chaste, au nom d'un serment donné de fidélité, et qui ne retrouvera jamais sa belle, Peter Stafford, blessé, commettra l'impair de confondre la reine d'Angleterre avec sa bonne voisine, il ne manquait que le bonnet ...

Le plus souvent, elles sont tragiques, ces percées dans le vécu du réel de la guerre, macabres, accablantes de bêtise ou de cruautés volontaires ou involontaires. La guerre rend les hommes laids, on le sait, mais l'auteur ici nous épargne toute morale. Personne ne vient tirer les leçons, ou soumettre au patriotisme de longs discours, sauf au retour, les officiels américains qui congratulent des soldats hébétés à qui la guerre a pris une main et la musique, un avenir avec une femme, la raison, les yeux, et pas mal d'illusions.

15/11/2016

Manuel d'exil, Vélibor colic

velibor colic,manuel d'exil,autobiographie,yougoslavieQuand Vélibor Colic est arrivé à Rennes, il s'est mis à pleuvoir au dessus du banc où il était assis, dans le parc des Tanneurs et il regardait les cailloux blancs de l'allée comme si il étaient neufs. Il a un sac, il a 28 ans, il est soldat, même si il est un ex-soldat de l'ex-armée de l'ex-Yougoslavie, un déserteur croate de l'armée bosniaque, un traître pour tous, et un soldat qui ne veut plus tirer. Son village n'existe plus, sa maison n'existe plus, son passé n'existe plus et sa langue est celle de la douleur. En exil et sans papiers, mais un exilé qui se voit royal, car il est poète. Un poète à la cosaque, à la yougo, entre deux ivresses et une immense tristesse qui le fait royal dans ses rêves, et paumé dans la vie.

Vélibor Colic dit ici, dans cette autobiographie de l'exil, alors que son carnet de soldat n'a pas encore l'écriture des "Bosniaques", ses premières années en France, de son arrivée en 1992, à Strasbourg en 2000, puis un peu plus tard, en Hongrie, en Italie, à Paris, en ces années où la Yougoslavie est à la mode et lui en colère et perdu. Il balade son errance de villes en villes, de cafés en serveuses, il pointe la solitude de celui qui vit dans l'ombre, dans la petitesse, chambres minuscules, suintantes et glaciales pour un espace à peine privé, espaces publics trop vastes, rues arpentées dans ses vieilles bottes en daim quand on ne sait où aller, dans ses vêtements entassés, de tellement seconde main qu'il font que rien n'est à soi. Et même son corps, son visage, surtout, qu'il ne reconnait plus. Avant, il était quelqu'un, maintenant il a la coupe à la mode des années 80, "le joueur de foot est-allemand". Dans cet exil, Vélibor Colic croise d'autres figures d'étrangers, tziganes voleurs, roi de la débrouille, un ex-déporté d’Auschwitz qui cultive son jardin, un concierge d'immeuble qui les soirs d'ivresse fait sa valise de retour, et dont la femme ressuscite le goût des poivrons à l'ail : " Dans mon pays c'est encore la guerre, mais il semble que je suis toujours vivant."

Vélibor Colic a le slave facile, sa nostalgie prend souvent des airs de violons qui beugle aux étoiles, avant de se noyer dans une blague absurde, un pied de nez, une forme d'auto dérision constante qui joue les contre pieds. Il nous égratigne peu, finalement, nous qui regardions les images du siège de Sarajevo, les philosophes et les écrivains qui péroraient sur les plateaux où il fut, une ou deux fois, invité avec eux, eux qui avaient tant à dire sur sa guerre à lui, lui qui peine à transformer sa rage en écriture. "Mother Funker" n'est alors qu'une ébauche, et le solaire de "Jésus et Tito" est encore loin de pointer son nez.

Le sous titre " comment réussir son exil en 25 leçon" est bien réducteur, ce sera mon seul bémol, en annonçant une sorte de pirouette humoristique sur le thème. Pourtant, il n'y a nulle rancœur dans le fil des souvenirs choisis par l'auteur à l’image de son alter égo, ce jeune poète en colère, qui dans la case "projet" de la fiche à remplir pour suivre les cours de français pour adultes analphabètes, écrivait "Goncourt".

Monsieur Vélibor, vous n'avez pas encore eu le Goncourt, mais vous êtes un poète aux étoiles, de ces étoiles qui disent l'exil comme peu.

12/11/2016

La huitième vibration, Carlo Lucarelli

figura-12-533x375.jpgDans ce roman noir, que l'auteur associe dès l'épigraphe à l'oeuvre de Joseph Conrad, "Au cœur des ténèbres", tout vibre, comme vibre une terre, des âmes, noires ou blanches, chauffées à blanc, comme vibrent les accents des dialectes italiens et éthiopiens. Sans cesse, les sonorités de ces langues se heurtent, rajoutent à la rocaille du désert qui entoure les murs immobiles et aveuglants de Massoua, la ville coloniale où s'agitent, moites, les multiples personnages des colonisateurs sanglés dans leurs uniformes collant de sueur.

Les Italiens règnent en maîtres factices dans une Érythrée de pacotille dont ils ont corrompus les femmes et les mœurs. Ils sont sardes, vénètes, pouilleux, engagés volontaires, ou forcés, et le livre retrace leur quête sans grandeur, d'argent, de justice, d'amour ou de haine, jusqu'à la bataille finale d'Adoua, la première où les forces du Négus vont faire un carnage des troupes coloniales mal entraînées, stupidement engagées sur un terrain dont ils méconnaissent les reliefs, qui leur seront autant de pièges.

Il est souvent fait référence également dans ce livre à ces photos, format sépia, où une madame noire pose avec son officier blanc, ou encore le simple gradé blanc, de première ou seconde classe, avec son fusil, où le blanc vibre sur le noir, mais c'est un livre où le noir l'emporte sur le blanc : galerie de portraits de salauds corrompus ou de salauds idéalistes, ou de salauds tout courts : Amara, celui qui rêve d'héroïsme, Cappa, celui qui pratique la magie de la corruption, Cicogna, l'ordonnance des basses besognes du major Flaminio, fantoche drogué, et halluciné, rejeton vicié et décadent d'une Italie qui tient son unique colonie comme un trophée dont elle ne sait que faire.

Les quelques personnages honnêtes sont aussi moites que les autres, et c'est un livre où l'on respire court, au rythme saccadé des chapitres, qui étirent d'abord le temps du vide colonial, le temps de sa fatuité sexuelle, puis, ils se remplissent des crimes, les plus mesquins comme les plus vicieux, vains et poisseux des petites ambitions, l'envers du décor d'opérette des photos sépia du soldat colonial, et de la colonisation, d'ailleurs, en général.

08/11/2016

La marche du mort, Lonesome Dove, les origines, Larry Mc Murtry

la marche du mort,lonesome dove,les origines,marry mc murtry,romans,romans américains,western et cieDes origines dont on aurait bien tort de se priver car on y découvre Gus et Call dans l'oeuf, encore frais comme des gardons pressés d'en découdre avec l'aventure, toutes les aventures, ils ne sont pas regardant sur la qualité. Ils s'engagent dans le corps des rangers , comme de vrais bleus, à peine si ils savent tirer, encore moins pister. Un Gus et un Call tout neufs, c'est mignon, comme des bébés chasseurs d'Indiens méchants (très méchants et très indiens) qui n'auraient jamais vu d'indiens, d'ailleurs.

Leur première expédition, on comprend tout de suite qu'elle est vouée à l'échec ; toute bâclée et complètement de guingois. Il s'agit, normalement d'ouvrir une nouvelle route vers Santa Fé, mais comme ils sont dirigés par un pseudo major qui n'a pas vraiment la boussole dans l’œil, ils se retrouvent rapidement en plan au milieu de fort, fort, grands espaces, totalement inconnus. Deux pisteurs seulement y connaissent quelque chose, Big Foot, est un de ces deux chevronnés, peu avares de recommandations, notamment sur le mode d'emploi du suicide avant capture par les Comanches. Le second, Shadrach, est un solitaire, taiseux et déjà vieux loup. L'expédition compte encore dans ses rangs clairsemés quelques autres néophytes du scalp, deux chasseurs d'indiens répugnants et lâches et une prostituée, la robuste  Matilda, qui les accompagne pour réaliser son rêve américain à elle ; ouvrir un joli bordel en Californie avant d'être trop vieille et de ne plus pouvoir s'allonger sur la couverture derrière un buisson ou deux pour satisfaire les besoins pressés d'un ranger.

En attendant, elle émerge du Rio Grande en brandissant par la queue une grosse tortue serpentine dont elle avait bien l'intention de faire son petit déjeuner, si une tempête de sable glacée ( ben oui ...) n'avait brutalement assailli le campement et rempli tout le monde de sable. Une vieille indienne et un jeune muet plus tard, la cavalcade commence à grandes enjambées : Comanches en embuscades invisibles, rivières en crue à traverser, cyclones, cadavres de chevaux efflanqués, Gus et Call échappent (presque) à toutes les flèches, lances et tortures , ballottés aux quatre coins du désert par la supériorité tactique de Buffalo Hump, le chef indien légendaire, que personne n'a jamais pu voir sans mourir et dont le regard se révélera, évidemment, insoutenable.

D’embûches en déboires, Call et Gus débutants font leurs premières chevauchées sur les grandes pistes de l'Ouest, sauf que comme elles ne sont pas encore tracées, ils vont souvent s'y perdre et y laisser des plumes. Et si ils finiront (presque) par trouver Santa Fé, ce sera après quelques scènes d'anthologie.

Mais, le grand avantage quand on a déjà lu les derniers volumes de l'épopée des deux ranchers (vieillissants), est que, même quand ils sont acculés entre un ravin et un feu de prairie, engagés volontaires au presque au milieu d'un troupeau de milliers de bisons, avec une cheville ou deux foulées, le dos encroûté de plaies, lacérés de coup de fouet, mourant de faim et de soif ou milieu du canyon de la marche de la mort, on tremble, soit, mais en prenant surtout le temps de savourer tous les ingrédients indispensables à un western bien relevé.

Alors, bien sûr, ils sont encore un peu jeunots, un peu fades, il leur manque l'épaisseur de couenne des durs à cuire qu'ils vont devenir, mais c'est quand même un régal, peut-être justement par cette naïveté qui leur fait tout oser comme tomber amoureux de Clara ou suivre une lady anglaise qui prend le temps d'une aquarelle au soleil couchant ...

So long ... 

 

 

 

 

05/11/2016

Hérétiques, Leonardo Padura

christ-rembrandt7200321157967693475_1_730_526.jpgDeux épaisseurs historiques pour le prix d'un seul pavé !

Dans la première couche (la première partie), Mario Conde traîne ses gueules de bois et ses désillusions au derrière de la quête d'Elias Kaminsky dans le Cuba contemporain où les langueurs de la fête communiste ont laissé des ressorts nostalgiques à l'ex-policier et ses amis, qu'il retrouve régulièrement autour d'une bouteille ou deux, pour se tenir plus chaud ensemble. Condé met ses compétences au service du jeune artiste peintre, revenu sur les pas de son père, Daniel, et de sa mère, Marta Arnaez, une pure cubaine espagnole. Daniel lui, est fils de juifs polonais qui n'ont jamais pu mettre les pieds sur l'île. Enfant, au début de la seconde guerre mondiale, il les a attendu sur le quai du port de La Havane, en compagnie de son oncle, Joseph, chez qui il avait été envoyé par avance.  Isaias Kaminsky, sa femme, et leur petite fille Judith, ont passé une semaine dans le port, sur le Saint Louis, un bateau venu de l'Europe en proie au mal nazi, et ancré là avec ses passagers en attente d'autorisation pour débarquer. Ils avaient acheté leur liberté au prix fort, mais à Cuba, d'autres bouches avides voulurent encore se servir de ces juifs errants que l'on supposait riches. Le saint Louis repartira, plein de ces familles qui cherchaient un port. Il reviendra en Europe et les Kaminsky disparaîtront dans la Shoah.

Daniel laissera dans ce drame sa foi d'enfant en un dieu sauveur et y gagnera la solide énergie de ne plus être juif, si être juif veut dire être victime. Il sera donc cubain, avant tout par amour et par amitié. Pourtant à son tour, il s'est exilé, aux USA, où vit son fils, Hélias, qui vient donc chercher l'histoire du départ de ses parents. Et surtout l'histoire d'un tableau, un Rembrandt, un portrait de Jésus en jeune juif. En effet, c'est ce tableau qui aurait dû acheter le passage de la famille Kaminsky du bateau aux quais. Or, cette oeuvre, supposée disparue vient d'être proposée dans une vente aux enchères à Londres.

Après cette première incursion dans l'épaisseur de l'histoire, dans les traces de la communauté juive de Cuba, dont il ne reste guère que quelques échos, le livre fait un demi tour toute et reprend l'histoire du tableau, ou plutôt celle du modèle de Rembrandt, dans la nouvelle Jérusalem de 1943.

Amsterdam accueille alors la communauté juive de tout bords, Séfarades ayant fui l'Espagne de l'Inquisition, Ashkénazes poursuivis par les pogroms. Tout semble possible pour ces proscrits, ou presque, car peindre, représenter la création divine reste un blasphème, une hérésie. Or, peindre, Elias Ambrosius Montalbo de Avil, en rêve. Il poursuit Rembrandt, le grand peintre des bourgeois d'Amsterdam, de ses assiduités, défiant les règles en une double vie qu'il n'aura d'autre choix que de fuir lui aussi, à nouveau, juif errant aux confins des croyances, alors qu'un messie autoproclamé rodait vers les guerres turques ... "Quel dieu, Elias ?-N'importe lequel ... tous."

Le grand écart temporel m'a un peu coûté, je l'avoue, en quittant la chaleur cubaine pour les quais humides de la riche Amsterdam, puis, finalement, comme un moteur qui tousse sa valda historique, je suis repartie, plus attirée en outre par le Elias du XVIIème siècle que par le Mario Condé du XXIème. Entre les deux, le second est un peu poussif, déjà vu en figure désabusée, amateur frénétique de rhum bon marché, amoureux en éternel retrait, il ne m'a pas vraiment conquise. Mais le livre, si.

 

02/11/2016

Cartel, Don Winslow

cartel,don winslow,romans,romans américains,pavés,dans le chaos du mondeArt Keller face à Adam Barrera, on en rêvait Ingannmic et moi. Alors, une lecture commune s'imposait à la sortie de "Cartel", vu que le premier, celui qui nous avait plantées là dans le genre grosse claque de lecture, "La griffe du chien", on l'avait déjà dévoré ensemble (ici et ici), chaque de notre côté avec la même boulimie glacée et enthousiaste.

Art est l'ex seigneur de la frontière. Il a remisé sa rancœur dans un monastère où il s'est fait gardien d'abeilles. En théorie, à la fin de la "Griffe", il est le vainqueur d'Adam Barrera puisque ce seigneur là, quant à lui, tout puissant des cartels de la drogue au Mexique, est emprisonné, et logiquement pour un temps certain. Assez de temps pour que ces deux là ne se retrouvent plus jamais. Mais, ce n'est pas si simple d'être vainqueur quand, dans cette guerre, on a autant perdu que Art. Sa famille, ses collaborateurs et surtout une certaine foi ... La foi qui avait fait que Art avait cru que changer le monde en tuant un seul homme était possible.

Art est fatigué et Adam reprend du service, de l'intérieur même de sa prison. Il joue un va-tout suicidaire en livrant aux autorités américaines des informations qui lui vaudraient la mort, si il n'était Adam, le grand ponte de la drogue aux allures de comptable élégant et bien élevé. Adam est un stratège, il maîtrise les failles du système judiciaire qui veut sa fin en se nourrissant du mal qu'il incarne. Donnant, donnant, le système a encore plus à gagner en lui accordant, en échange de ses informations, une autorisation de sortie à l'occasion de la mort de sa fille, pour après lui arranger une évasion dans un établissement dont il va pouvoir faire sa base arrière de luxe.

Une fois Adam libre (ou presque ....), le vrai duel commence, par comparses interposés, volontaires ou inconscients, du côté du bien, comme du côté du mal. Juges intègres, policiers corrompus, voyous incultes et barbares, le bal de la mort est ultra violent et n'épargne pas les bonnes âmes, quand il en reste. 

L'ultra violence est assurée par une galerie de personnages secondaires, qui sont souvent à la fois les victimes des cartels, et du système politique mexicain qui permet l’extension du trafic, et les bourreaux, une fois que l'engrenage leur a mis l'étau à la gorge. Ainsi, Chuy, dit Jésus le Kid, de gamins des rues, dealer presque malgré lui, se métamorphose en tueur frénétique et halluciné, décapitant à tour de machettes, après que son amour enfantin pour une prostituée pitoyable, a été broyé par des plus gros requins que lui. On suit aussi le cas d'Eddie, dit le dingue, presque à tort d'ailleurs, car les dingues, dans la réalité de la guerre entre gangs pour le contrôle d'un territoire, d'une plaza, ils fourmillent autant que les cadavres dans la vallée de Juarez.

Des territoires martyrs, des populations otages, Juarez en est le symbole. La ville, puis la vallée sont sillonnés par un trio de journalistes, impuissants mais sincères, Ana, Pablo et Giorgo. Ils montrent une décadence et une spirale, telle que l'on comprend que la loi, mais n'importe quelle loi, finalement, est acceptée comme préférable à l'hécatombe et la perte de toutes les illusions. Vraiment, toutes tombent les unes après les autres, comme une chute de dominos infernale, où reste le chaos, vainqueur. Car même quand des responsables du mal disparaissent, ce qui est aussi certain, est que d'autres, sont là, à attendre que la place se libère.

En tout cela, le duel tient ses promesses, et cette suite est aussi glaçante, que "La griffe", mais avec des moins. Des personnages auxquels on accroche moins, moins complexes et touchants, peut-être trop monolithiques, malgré de beaux personnages de femmes combattantes, et d'autres juste, juste humains. c'est un bon livre, bien calibré, bien documenté, mais ... il lui manque un foisonnement, une tension survoltée, une telle dilatation de l'histoire qu'on a l'impression d'être embarqué dans le wagonnet d'une montagne russe, lancé à toute vitesse dans le fracas d'une ossature qui, c'est sûr et certain, va se fracasser contre la muraille si on lâche le bouquin deux secondes. Et être dans un état de manque quand vous le refermez.

Pour lire la note d'Ingannmic, c'est juste .

 

30/10/2016

14 juillet, Eric Vuillard

Monet-montorgueil.JPGLe 14 juillet, tout le monde connait, ou, du moins, tout le monde reconnait les quelques traits que l'histoire en a gardé en esquisse, un peu comme un chromo que l'on ne regarde plus parce qu'il a été trop souvent vu sous le même angle ; la colère du petit peuple parisien, la prison royale comme un défi au cœur de l'enceinte de la capitale, Camille Desmoulin au Palais Royal , Versailles au loin qui n'y comprend rien ... etc ....

Or, dans ce très court récit, Eric Vuillard change la focale et se met à la hauteur des hommes qui y étaient, du moins, du peu que l'on sait de ces anonymes qui ont fait la multitude de ce jour singulier, dans sa chaleur et leur sueur. Il dit aussi l'oubli, le tri de l'oubli, et que finalement, on achoppe avec la reconstitution d'une vérité vraie.

Quelques jours auparavant, une foule disparate, menée par la misère a découvert l'ultime luxe de la Folie Triton. En ces temps où elle crevait de faim, monsieur le propriétaire de la manufacture et ses dames s'y roulaient dans la soie. Ce jour de la Folie, la foule semble avoir découvert la vengeance, comme un excès de trop à crever, quitte à crever. Les morts de ce jour n'étaient pas des voleurs, et ne deviendront pas des martyrs, ils resteront les anonymes qui ont contribué, peut-être, à mettre le feu aux poudres du 14.

Le texte de Vuillard ne tente pas de reconstituer, mais livre le hasard comme moteur de l'histoire. Hasard qui a réuni les hommes sur la place, devant cette Bastille qui les narguait; commerçants, artisans, vagabonds, laissés pour compte du royaume, dont le point commun fut la misère, la colère, la rage et la faim. L'auteur joue de ce hasard en listant les noms, dont on ne sait pas vraiment grand chose, parfois juste rien, le métier, l'origine provinciale, pour trois ou quatre, on connait les circonstance de leur mort, pour trois ou quatre, un bout de passé ou d'avenir révolutionnaire. Si l'histoire est écrite par les vainqueurs, ceux de la Bastille n'auront pas cet honneur.

L'auteur donne à cette litanie d'anonymes un souffle quasi épique. En quelques scènes, sporadiques et confuses, comme le furent sûrement les décisions de ce jour, il montre les bouts de ficelles et les improvisations ; bouts de ficelle des armes prises la veille dans la garde meuble de la couronne, lances des preux chevaliers du temps de Philippe Auguste, canons de parade offerts par le roi de Siam, armes de pacotilles ; bouclier de Dardanus, flambeau de Zoroastre, pillés dans les théâtres.

Cette image de la révolte est haletante, elle laisse le souffle court, mais ardent.

 

27/10/2016

Les réponses, Elizabeth Little

les réponses,elizabeth little,romans,romans policiers,romans américains,famille je vous haisJanie Jenkins est une sale gosse de riche, une it-girl genre Paris Hilton, elle n'a pas eu le temps de devenir aussi célèbre pour ses frasques sexuelles et alcooliques, mais elle a sans nul doute les mêmes marques dans sa garde robe. Janie commençait en effet tout juste sa carrière dans les tabloïds quand elle fut arrêtée pour le meurtre de sa propre mère, la richissime philanthrope mondaine et snobissisme Marion Elsinger. La fille y gagna la couverture de Vogue et dix ans de prison. Le mobile : la haine de l'autre, haine réciproque, il faut dire que dans le genre garces, la mère et la fille sont des pros. Sans doute une histoire de bottes Prada ....

Lorsque Jane sort de prison, à la faveur de la découverte d'erreurs dans les prélèvements du laboratoire scientifique, elle n'est pas blanchie pour autant, mais par contre, poursuivie par toute la presse à scandale, et principalement par Traque, un blog qui a mis sa tête à prix, dont le rédacteur est persuadé de sa culpabilité. Ben, oui, malgré toutes les preuves qui l'accablent, Janie clame son innocence, le problème est qu'elle ne se souvient de rien, elle était juste ivre morte quand elle a découvert le cadavre. De ce fait, elle part à la recherche de la vérité sur la base d'un indice tiré par les cheveux, qu'elle a épais, le dernier mot qu'elle a entendu dans la bouche de sa mère "Adeline", se révèle être le nom d'un trou du cul du monde, dans le Dakota du sud.

Et c'est ainsi que Jane, traquée par la haine de certains et la curiosité de tous, atterrit genre météorite people travestie en passionnée d'histoire, en plein festival des journées "poussières d'or", organisé dans une petite communauté totalement old fashion, et qui garde bien secret le mystère.

Mais le mystère de quoi ? C'est tellement alambiqué que j'ai rapidement renoncé à comprendre le pourquoi du comment du rapport entre l'avocat au sourire fluoré, les copines lesbiennes, les clefs de la penderie, le code du journal intime, les opossums, l'autre sale gosse, le méchant frère qui ne dit pas un mot, les gâteaux de l'organisatrice, le bal masqué, le coffre à la banque, et j'en passe ... L'intrigue est non seulement foutraque, mais les personnages sont aussi peu crédibles, l'intrigue se calque sur celle de Barbie et Kent (sous les traits d'un flic local)  au pays des ploucs. Et même si le rythme est assez enlevé par moments pour faire oublier les virages étranges du scénario, c'est un livre qui donne sans arrêt l'impression d'avoir loupé le début. ce qui est assez frustrant.

24/10/2016

La reine Margot, Alexandre Dumas

la reine margot,alexandre dumas,romans,romans français,famille,je vous hais,romans historiques,guerres de religionAlexandre Dumas en roman historique ne reconstruit pas la grande histoire, il en fait une autre, avec les mêmes ingrédients que la vraie, bien obligé, mais en plus hot, et c'est plutôt réjouissant ! Il nous tord les personnages vers Machiaviel, étoffe les personnages à son goût, pour plus d'épices. Il cuisine une histoire un peu plus relevée .... Ce qui n'est pas gênant, quand on admet le parti pris du Ah, qu'est-ce qu'elle bien méchante, la reine Catherine ...

Dans ce titre, Dumas reprend la trame des guerres de religion dans sa partie la plus connue, et la plus spectaculaire, ce qui est logique vu le projet de cape et d'épée. On commence au mariage de la fille de Catherine de Médicis, Marguerite de Valois, la seule fille de toute sa bande de frères futurs rois. L'ainé est déjà mort, et à laissé sa place au second, Charles VII, qui règne. Enfin, régner est un bien grand mot .... Il a bien du mal le pauvre à rester sur son trône ... Un roi à l'esprit retors, amateur de chasse aux sensations fortes, si pusillanime qu'au lendemain du mariage de sa sœur avec Henri de Navarre, union censée scellée une forme de paix entre catholiques et protestants, il décide de livrer son ami, son père, comme il le dit, l'amiral de Coligny, à la colère des chefs catholiques, et avec lui, tout ce que Paris compte de réformés, d'un coup d'un seul, et c'est, bien sûr, la Saint Barthélémy.

Avec Dumas, foin d'explications sociologiques, politiques, voire religieuses (ben oui, dans l'affaire, ça a dû jouer un rôle quand même ...), non, tout est affaire d'humeurs royales, de stratégies de pouvoir au sein de la famille, d'amours ou de désamours fiévreux, de luttes d'ambitions au sein des Valois, mère, frères, sœur, famille de fiel et de serpent dont la pire des vipères est la Catherine, de Médicis à souhait.

Dans l'histoire selon dumas, les poisons se cachent dans les savons parfumés, les poignards se plantent dans le dos, les grands écoutent aux portes des chambres secrètes, les chausses trappes du Louvre obligent à passer par les fenêtres, les manteaux écarlates s'échangent entre deux corridors obscurs ... La reine Margot y gagne si sa mère y perd. Dumas lui donne une place de choix. Erudite, sagace, elle fait une alliance de raison avec son mari et y reste fidèle, libertine juste assez pour succomber quand même aux charmes romantiques de De la môle, un petit gentilhomme éperdu d'amour pour la reine, mais aussi de fidélité au futur roi ... Henri est conforme à ce que l'on attend de lui, puant l'ail, courant le jupon, mais avec assez de roueries politiques pour se faire aimer du roi et sauver sa peau. Et pourtant la Catherine, elle en usera des stratagèmes pour le faire tomber dans les oubliettes ! Mais Dumas ne pouvant pas céder le romanesque à la dictature de l'histoire, il le protège d'un horoscope à toute épreuve à défaut d'une réelle intelligence politique.

Oui, c'est écrit à la louche, on sent bien que le Dumas tire à la ligne, pour une scène de cape et d'épée en plus, un sombre complot échoué en supplément, mais finalement beaucoup réjouissant que ce à quoi je m'attendais.

21/10/2016

Mudwoman, Joyce Carol Oates

mudwoman,joyce carol oates,romans,romans américains,famille je vous haisParfois, la magie noire de Oates opère, névrotique et anguleuse, elle pointe son scalpel sur les failles de l'individu, dans la nasse de ses mouvements confus, que le social fait à l'âme. Et parfois, elle n'opère pas du tout, et parfois, moins. Pour Mudwoman, c'est moins.

Mudwoman est l'un des noms-surnoms donnés à l'héroïne, seule référence de la narration durant tout le livre. Depuis sa naissance, elle s'est tapée tellement d'identités qu'elle ne sait plus laquelle est vraiment la sienne. Cette confusion, elle mettra quarante ans à s'en apercevoir, et entre temps, elle se sera perdue.

La première identité est celle de la toute petite fille, l'une des deux de Marit Kraeck ; une femme perdue en un dieu de colère qui les traine de taudis en taudis, avec parfois un homme qui a les cheveux ébouriffés. Marit croit aux signes spéciaux de dieu, qu'elle accroche sur les murs d'une cabane. Puis, en errance, en démence, elle abandonne sa fille et sa poupée au milieu d'un marais. Mudwoman sera sauvée de la boue par un trappeur simple d'esprit. Elle deviendra alors Jewell, le nom de sa grande sœur, qui, elle, n'a pas été retrouvée. De toute façon, les dates de naissance des filles ne sont pas vraiment connues, alors qu'importe qu'elle devienne l'ainée ?

Jewell vit un temps dans une famille d'accueil, dans une maison bruyante, sur un terrain vague où l'on ne va pas jouer. Les Skeed vivent près de Star Lake, où coule la Blake Snake, la rivière des marécages où la petite avait été abandonnée. Elle n'est pas encore bien loin du point de départ des cauchemars. L'ambiance est rude, les attentions rares, même si Jewell est la benjamine des huit ou dix enfants qui vivent là, dortoir des garçons et dortoir des filles.

Puis, adoptée par Agatha et Konrad, Jewell devient leur fille unique et chérie sous le nom de Meredith Neukirchen. Les parents sont quakers mais juste en morale, pas en pratiquants, ils ont quelque chose des agneaux qui viennent de naitre. Mérédith apprend à les nommer papa et maman et à lire, réfléchir, apprendre.

Elle commence sa carrière de petite fille douée et sage, enfouissant les identités précédentes dans le cocon surprotégé que lui assurent ses parents si aimants, si admiratifs de ses qualités, que Meredith intègre les codes de la perfection de cet amour et de cet équilibre. Elle réussit un parcours scolaire parfait, pour se retrouver au début du roman au sommet d'une carrière universitaire, sous les initiales de MR.

Première présidente femme et progressiste, même si il faut qu'elle s'en cache quelque peu dans le contexte de la propagande menée par l'administration Bush pour convaincre les USA du bien fondé de la guerre en Irak, elle s'en tire plutôt pas mal. Ce jour là, elle doit présider un congrès, dans une ville près des marécages, le discours est prêt, elle est en avance sur la réservation de l'hôtel, toujours en avance MR, toujours prête; et, cependant, MR s'en va, bifurque, prend la tangente de la petite route qui longe les marécages, sans prévenir. Les premiers remous commencent à l'atteindre.

Lieux déserts qui s'animent, silhouettes confuses qui bruissent, s'agitent quelques brides, quelques résurgences vagues d'une histoire de corbeau noir qui la ramène vers les rives de la folie qui fut celle de sa mère.

Le récit suit le mouvement descendant d'une descente incontrôlée en elle-même qui prend la forme de l'auto destruction de sa réussite, en apparence si flatteuse, si ce n'est l'oubli de son corps, sa négation dans un amour insensé pour un astronome si absent que l'on en vient à douter de son existence. On navigue dans des profondeurs troubles, où toujours plane un hydre, où les confusions entre fantasmes et réalité et si l’héroïne y perd pied, je dois avouer que moi aussi, saturant de cette psychanalyse littéraire d'un personnage auquel je n'ai pas réussi à croire.

18/10/2016

La septième fonction du langage, Laurent Binet

la septième fonction du langage,laurent binet,romans,romans français,déceptionsCe livre, je me disais qu'il était pour moi, un sucre d'orge du structuralisme revisité à l'aune du post modernisme, un ressussé sucré salé de ce que j'ai tant aimé, sur les bancs de l'amphi. Et oui, il fut un temps où je lisais le Barthes dans le texte, sans sous titrages, où "Mythologies" m'ouvrait des yeux comme des soucoupes, où le "Sur Racine" me révélait le dieu caché, où "le discours amoureux" me fragmentait le cœur, où, enfin, 'la chambre claire' me montrait que l'abime du noir et blanc fixait un instant de l'éternité éphémère.

Je savais bien que le Binet, il allait me le désacraliser le barthounet chéri, qu'il allait jeter un œil de jeune sur les ridicules de l’intelligentsia parisienne jusqu'au bout des nuits blanches de quelques substances apocryphes ...  Ce petit monde qui se croyait si grand, des Foucault et cie, que Barthes côtoyait au collège de France et dans les salons des must be, un Barthes, comme un phare clignotant, dans cette époque de remise en cause généralisée des poussiéreux aux lorgnons qui avaient pondu leur bible, le Lagarde et Michard.

Je me régalais d'avance de ce règlement de compte d'avec les tenants de la critique pontifiante et moraliste qui tenait l'utopie de l'université de Vincennes pour un zoo pour gauchistes pervers vautrés dans des pratiques masturbatoires, et m'apprêtait à rire autant de leur barbe que des travers gauchistes et excessifs de cette nouvelle critique qui se prenait pour une autre parole d'évangile.

Sauf qu'en fait, je n'ai pas rigolé beaucoup, un peu un début, et puis rapidement, je me suis lassée du tableau déjanté que l'auteur nous propose de Foucault et cie. Binet se moque des deux camps, soit, mais en reprenant les poncifs de cette vieille critique dont il semble prendre le contre pied ; il nous plante le Barthes à sa maman, l'intello homo refoulé qui tient par la main son dossier de sémiologie pour aller s'éclater avec un gigolo en douce, parce qu'il a peur de descendre dans les backs rooms tout seul.

Mis à part cela, Barthes n'est pas seulement mort, il a été assassiné, le commissaire chargé de l'enquête est poursuivi par une DS, et Giscard en fait une affaire de secret défense d'état. Pourquoi, et par qui, et bien je ne le saurais jamais parce que j'ai planté le bouquin au moment où Eco se mettait à faire des blagues au niveau du comptoir, ou du stade anal, je ne sais ...

Non, vraiment, ce tableau au vitriol ne me faisait pas rire, et Foucault en maître à penser grotesque et pontifiant, se faisant faire une belle fellation par un gigolo qui en a plein la bouche, c'est peut-être vrai, mais je m'en fiche complétement. Comme de Sollers et de ses rapports avec une Kristeva lesbienne au foyer, comme de BHL, le faux cul parfait dans le rôle de l'admirateur pervers. Même si ces deux là sont déjà de si parfaites caricatures que Binet n'a pas à forcer le trait. Sauf que, encore une fois, je m'en fiche un peu de leur tripotages d'en dessous de la ceinture et de dessous la table où trône la parole tronquée, quand même, de quelque types qui, pour être ridicules dans leur excès gauchistes, ne s'en envoyaient pas que de la cocaïne derrière la cravate.

Foucault, Eco, on peut supposer qu'ils pensaient, quand même, un peu ...  et pas qu'à la gaudriole ou à se faire mousser .... Sarabande sans queue ni tête, saillies pour entre soi, je me demande quel public visait Binet ? La désacralisation des maîtres, il faut bien y passer, mais au profit de quoi ? de nos idéologues actuels ? Car même si BHL n'ose plus la chemise blanche mais a gardé la langue de bois, il reste des toutous de ses maitres qui ne leur arrivent pas à la cheville, aux Barthes et Foucault,  si enflée qu'elle fut, leur cheville.

15/10/2016

Confiteor, Jaume Cabré

C'est une note qui, beaucoup plus que toutes les autres, pose le problème du point de départ de l’écheveau, parce des fils à dérouler dans ce livre, il y en a autant que de ramifications du mal à travers les âges, c'est dire si le choix est infini ! Alors, comme fil, entre Barcelone, le monastère de San Pere del Burgal, entre les tombes dumodest-urgell-appel-priere.jpg cimetière juif de Tubingen, les pignes, les graines de sapin et d'érable, le petit tableau d'Urgell, celui qui était dans la salle à manger, où depuis, sa disparition a laissé une ombre, entre toutes ses ombres, que l'auteur convoque sur la scène du monde occidental de l'Allemagne nazie à l'Italie de la Renaissance en passant par l'Espagne de l'inquisition et celle du fascisme, je choisis l'ombre du violon.

Ce violon a été fabriqué en Italie par Storioni, avec le bois que Joachiam de Parda avait emporté dans sa fuite, à la poursuite d'un rêve. Comme le roman, ce violon a une sonorité exceptionnelle, atypique, un son et des mots qui brassent l'art de la fugue avec des tonalités d'universel. L'archet est grave et l'amplitude de la gamme conséquente ; des persécutions de l'Inquisition au génocide perpétué à Auschwitz Birkenau ; l'humanité, en gros, celle de l'amour aussi, de l'amour de l'art, de l'amitié encore, à la maladie d’Alzheimer qui efface la mémoire, de l'amour et du mal solubles dans rien, même pas dans l'oubli.

Un roman qui vous laisse agrippé à trois personnages principaux, les plus contemporains, dont l'histoire fait la trame ; Adria et son amour fou pour Sara, et Bernat, l'ami, celui qui a un peu raté sa vie quand même ; celui à qui il confiera sa mémoire, le socle finalement friable d'Adria. Adria est le point de départ du roman, celui à partir duquel toutes les notes se déploient. Jeune garçon surdoué pour les langues, par atavisme mais aussi par goût, il aurait aussi pu être un violoniste virtuose, si sa mère ne l'y avait point obligé. Dans l'obscur appartement de Barcelone, Adria enfant solitaire, joue le rôle de l'enfant sage qu'il est, invisible aux yeux de ses parents, qui ne s'aiment pas plus qu'ils ne l'aiment. Il grandit, prenant conseil de ses deux figurines en plastique, l'indien et le cow boy, les dupont et dupond de sa conscience enfantine.

Puis, viendra Bernat, puis Sara. En même temps, tous les autres destins qui tissent la mémoire du mal éternel, toujours le même, quelque soit sa forme, ironique ou sarcastique. Pour Adria, la vie se terminera en boucle, dans ce même appartement sombre, entouré des mêmes fantômes. Il est, à la fin, rempli des silences honteux de son enfance, même si il a tenté de tromper le mal de son héritage, de tricher avec, le violon mal acquis par son père, antiquaire sans scrupules, mafieux de l'art, enrichi de magouilles, trafiquant de biens juifs spoliés par les nazis, et rachetant à ces mêmes nazis en fuite leur rapine artistique.

Confiteor, c'est une prière, un appel à la confession, pour tous les crimes commis au nom du dieu et des pères, le père de tous les crimes. La narration est singulière, les voix se mêlent et se glissent les unes dans les autres. Parfois, comme l'histoire des crimes, elles bégaient. Elle contribue grandement à cet effet de brassage continu des personnages, des lieux et des époques, où se croisent les mêmes fils, ceux de la malignité des gains, quand les violons deviennent tueurs, car laissés aux mains des hommes dont la partition est si étroite. Même celle de Sara et d'Adria aurait pu être jouée autrement si les avatars du mal, n'étaient pas d'abord en soi.

Un roman somme, à la fois fleuve et creuset, un roman rare.

11/10/2016

Agnès Grey, Anne Bronte

agnès grey,anne brontê,romans,romans anglais,déceptionsLes côtes casées, ça vous incite à faire dans le léger, côté poids du livre. Donc, ma liseuse a (re)pris du service. Elle était pleine à craquer de titres classiques que je n'étais mis de côté, au cas où ... du Dumas, du Austen, des vieux trucs dont j'avais oublié les titres ... Du bout des doigts, j'ai parcouru la liste des pas lus, indiqués par un 0 °/°. il n'y avait que cela et des 1 °/°, quand j'avais cliqué sur la couverture. Du coup, j'ai aussi découvert les KO. En langage liseuse, c'est pour dire court ou long, du moins, c'est ce que j'ai compris. Alors, j'ai pris 0 °/° à 400 KO epub, et c'est comme cela que j'ai découvert Agnès Grey.

L'histoire sent l'autobiographie, même si j'espère que la Anne fut moins cruche que la Agnès ... Fille d'un membre du clergé anglican, Agnès a été élevée en vase clos avec sa sœur dans un presbytère, loin du monde et sans famille extérieure, vu que sa mère a choisi le mariage d'amour plutôt que la fortune. Le père, un peu fantasque et vaguement dépressif, perd le reste de leurs espérances dans une opération commerciale hasardeuse, et voilà Agnès qui décide, pour le bien commun de devenir gouvernante, au grand dam de sa famille, qui bien qu'aimante, a cependant bien conscience qu'elle ne sait quand même pas faire grand chose.

Qu'a cela ne tienne, Agnès se lance dans une première famille. Bien sombre, la famille, la mère est idiote, le père violent, le fils torture les oiseaux et la fille se tord par terre en crises d'hystérie pour rester ignorante. Chouette, du gothique, à la Brontë !!!! Ben non, finalement, Agnès, au lieu de tomber amoureuse du père violent, voire de la mère idiote, ou de se compromettre définitivement en des affres de culpabilité morbides face à son incompétence et à l'incurie de son sort, ben non, elle se contente de jeter l'éponge et d'aller voir ailleurs si le diable y est. Enfin, c'est plutôt le bon dieu de la morale qui guide ses pas, à elle. Et c'est bien dommage, parce que le diable, c'est plus rigolo.

En fait de diable, elle en trouve quand même un petit, dans la jeune personne dont elle se voit confier la charge. Vous devrez vous passer du prénom, parce que ma liseuse n'a pas l'option retour arrière rapide. En gros, la jeune, fille n'est pas un parangon de vertu aux yeux d'Agnès, elle qui s'évertue sans succès aucun à lui montrer le bon chemin. Car malgré son inclination pudique et effacée pour un clergyman aussi froid qu'un hareng saur et aussi démonstratif qu'un poisson plat, notre nonne de l'éducation ne se permet aucune mauvaise pensée, aucune initiative, pas un regard plus haut que l'autre, même quand l'autre reste sur la Bible ... Pas comme l'autre, la mauvaise élève qui papillonne autant qu'elle le peut et tente de briser tous les cœurs possibles à sa portée, même si le cercle restreint du village ne lui permet quand même pas faire les conquêtes qu'elle pense mériter. Une fois mariée à qui elle devait être mariée, le sort se chargera de lui faire regretter sa condition, alors que la souris grise d'Agnès, coulera des jours heureux, ternes, mais moralement ternes.

Bref, un Brontë aussi plat qu'une limande sans citron.

09/10/2016

Misery, Stephen King

misery,stenphen king,romans,romans américains,polarsQuand on attaque son premier Stephen King à mon âge, on prend un risque. Soit on devient addict et alors adieu veaux, vaches, cochons  de la rentrée littéraire, veaux, vaches, cochons et pots de lait des nouveautés à découvrir, on plante là la Pile à lire, pourtant amoureusement élevée au rang de gratte ciel depuis les années que je blogue et que je note des titres, la production pléthorique du sieur auteur défiant les années à venir. Soit c'est bof, pas si King que cela le gars, et on passe pour une vieille nouille ringarde ( et accessoirement, en ce qui concerne mon cas particulier, je perds aussi toute crédibilité auprès de fiston pour lui faire lire Zola, et auprès de fifille pour lui dire que si, la littérature jeunesse, c'est drôlement bien, cause que eux, ils lisent le King depuis plus longtemps que moi)

Cette première incursion à haut risque je l'ai donc gérée en choisissant un titre dont je connaissais déjà l'intrigue, "Misery" ayant été adapté au cinéma, et que le film, je l'ai revu il y a peu.  Cette connaissance à priori me paraissant être le gage d'un esprit critique. Je ne courrerais pas vers la fin comme un lapin, je pourrais garder l'esprit lucide pour voir les éventuelles recettes et bouts de grosses ficelles que je soupçonnais. Ben que nenni, en réalité, cette avance m'a juste permis de savourer la dilatation de l'intrigue, ses chausse trappes, et ma foi, c'est rudement bien fait.

Stephen King part en en effet de peu : un huis clos, une chambre, deux personnes, l'écrivain, Paul Sheldon et son admiratrice number one, Annie. Complétement frapadingue. Misery est le nom que Paul Sheldon a donné à son héroïne, une sorte d'aventurière victorienne un peu gothique et tombeuse sur les bords. La série a fait son succès, sa notoriété, mais à présent, il l'a liquidée pour passer à ce qu'il considère être sa véritable oeuvre, plus sérieuse et dramatique, ancrée dans le réel. Il vient de terminer "Fast car", l'épopée prolétarienne d'un jeune malfrat. Dans sa chambre du du Boulderado hotel, il sacrifie à son rituel post dernière page, boit quelques coupes, un peu trop, et décide d'aller faire une escapade vers le grand ouest plutôt que de rentrer chez lui, à New York. Il n’entend pas vraiment l'avis de tempête, et ne voit rien venir avant de se retrouver cloué dans un lit et une chambre inconnue, les jambes plus brisées que son pare brise et avec une infirmière dont malgré le brouillard qui l'engouffre, il perçoit rapidement la dangerosité. Qui s’avère d'autant plus exponentielle qu'Annie est une admiratrice inconditionnelle de Miséry.

D'idole , il est devenu otage, et se doit d'être un otage très diplomate, s'il veut boire, manger et survivre. De s'échapper, il ne peut être question. Annie a ses caprices, et tient son écrivain préféré sous sa main de fer. Le piège monte d'un cran lorsqu' Annie se procure le dernier titre paru des aventures de Misery, dont elle ne sait encore qu'à la fin, Paul enterre son héroïne d'une fin de non recevoir. Misery est morte et Annie crève de rage, et comme elle a le responsable sous la main, elle compte bien le lui faire payer. Et lui compte bien y survivre.On pourrait se dire que l'acmé est atteint mais vu le nombre de pages qui reste après, il est évident que non.Le jeu du gros chat qui va faire souffrir la souris avant de la manger, peut enfin commencer et donner libre cours à des va et vient sadiques et pervers.

Bref, un régal jusque la fin, bien plus complexe que dans le film où le rapport entre la victime et le bourreau étaient bien moins ambiguës et tarabiscoté d'avec l'alliance dans l'écriture. Où on voit qu'écrire peut vraiment être une question de survie .... Au sens propre.

07/10/2016

La fille du train, Paula Hawkins

la fille du train,paula hawkins,romans,romans anglais,polarsVoici un polar qui porte vraiment bien son titre, attention lecture exprès, lecture TGV ... Avant d'en entamer la lecture, assurez vous que avez le temps de la terminer dans la foulée, lecture en aller simple, prévoir le manger et le boire sans descente dans le frigidaire, pas le temps d'aller au wagon bar, la pause pipi s'avère dangereuse, pensez à baliser le trajet pour l'effectuer livre en main ...

La fille, c'est Rachel et elle est dans un bien piteux état dans son train. Elle a perdu mari, amour, maison, rêve et tout éclat. Rachel boit, consciencieusement. Rachel est devenue laide. Rachel le sait, Rachel s'en fout. Rachel n'a plus de raisons, ni de raison, ni de maison. Elle tente juste de se maintenir dans un flot qui l'entraine vers des trous noirs de sa mémoire. Quand elle boit trop, elle ne souvient plus toujours bien des horreurs qu'elle a commises, des hontes qu'elle doit gérer au réveil. Et elle boit bien souvent trop.

Tous les matins, elle se remet à la place qui lui reste, dans le train qui va à Londres, pour faire comme si ...Tous les jours, le train s'arrête, quelques courts instants, travaux sur la voie obligent, devant son ancien quartier, celui où dans sa maison vivent son ex mari, sa nouvelle femme et leur petite fille. Ce n'est cependant pas sa maison qu'elle voit, mais celle d'un autre couple, arrivé après son départ, sa bérézina à elle. Elle ne les connait pas, mais ils ont l'air si heureux, si lumineux, sans faille, pas comme elle. Rachel fantasme, elle nomme la femme Jess, et l'homme Jason, leur invente un métier, des projets, un passé.... Un matin, pourtant, ce n'est pas Jason qui se tient derrière Jess sur la terrasse ...

C'est marrant comme polar, parce que Rachel, plus elle coule, plus elle entraine l'empathie, même quand elle fait tourner bourrique ce méchant Tom, pourtant si patient avec elle, ce mari qui l'a laissée, lassé de ces crises et de sa tristesse, et sa nouvelle femme, cette grue plate d'Anna ... Même quand ses trous noirs la laissent pantelante et grotesque, Rachel, on ne peut pas la croire méchante, pas vraiment, pas comme les autres, la vraie Jess, le vrai Jason ... Mais plus l'histoire des vrais et des faux se met à vaciller, plus le doute se mêle de tout ce que vous lisez, la vision se trouble, jusqu'à plus soif !

04/10/2016

Warlock, Oakley Hall

warlock,oakley hall,romans,romans américains,western et cieC'est un roman, un pavé, qui prend pied dans les origines du western, quand l'Ouest, jusque là sans aucune foi ni aucune loi, que celle de tirer plus vite que celui d'en face, a commencé à prendre du plomb dans l'aile, quand le chaos des cow-boys qui ne redoutaient aucune représailles, a commencé à se heurter à la volonté de quelques citoyens de vivre en paix et donc, de prospérer. c'est le début de la fin, le crépuscule des héros de la gâchette facile. Pourtant, la liste des noms des shérifs de la ville continuent à s'allonger sur le mur de la prison, parce que cette nouvelle règle du jeu n'a pas encore de code, et qu'il est encore bien difficile pour ceux qui tentent d'y croire de garder fermées les portes de la prison, aussi bien pour y faire rentrer les criminels, que pour éviter leur lynchage ...

Pour simplifier, car ce roman fourmille de personnages, disons qu'il retrace la lutte entre la bande de Mc Quow, des cow-boys voleurs, tireurs, massacreurs, qui n'obéissent qu'à l'absence de lois, si ce n'est les leurs, et les habitants de la ville de Warlock, qui tentent de s'en défendre et d'établir leur nouvel ordre des choses. La lutte se fait à coup de règlements de compte au revolver, de duels dans les rues poussiéreuses, de traquenards de diligences, mais la lutte est surtout morale, une lutte entre la lâcheté et les glorioles inutiles, et un ordre plus stable et relativement digne, l'idée qu'il aurait un devoir de civilisation à remplir, avant de remplir les verres. Cette idée, incarnée par Gannon, le shériff presque malgré lui, mettra le temps du roman à avancer. Et encore, c'est pas gagné non plus, à la fin.

De tous les personnages qui grouillent dans Warlock, c'est celui que j'ai trouvé le plus fouillé, le plus convainquant. Il a fait ses premières armes, à côté de son frère, du côté de la bande des cow-boys, après un massacre de trop, il a décidé de changer son colt d'épaule et de passer du "bon" côté, celui de la loi en train de se faire. Il est donc pour les uns, un renégat, et pour les autres un sujet de défiance. Les "bons" citoyens se cachant souvent derrière les murs, il doit, seul ou presque, se forger la conscience de ce doit être fait. Dans cette juridiction qui n'existe pas encore, les autorités se croient en effet encore au temps de la lutte contre les indiens.

A côté du droit chemin, il y a Morgan, qui se gausse de toute morale, joueur, tricheur, menteur, le riche tenancier du bar joue sa partie en solitaire et garde en mains toutes les cartes. Même au détriment de son éternel complice, le tueur Blaisedell, reconverti pour l'occasion en marshal, rétribué par la frileuse communauté des "bons" citoyens de Warlock, pour établir son ordre à elle. Mais on ne passe pas impunément les frontières du bien et du mal, surtout quand elles changent sans arrêt. Comment se battre contre ceux qui n'ont pas de lois quand on ne connait soi même que celles de la gâchette ?

En arrière fond de ces trois personnages, les misérables mineurs, incapables de se discipliner en un syndicat cohérent, une femme au grand cœur complétement secouée, un docteur moraliste mais impuissant, un juge alcoolique dont la morale apocalyptique contient pourtant une certaine logique ... Ils complètent ce tableau, sombre, âpre et rude d'une ville qui de poussière redeviendra poussière, un moment de l'histoire où la rédemption n'avait sans doute pas sa place.

J'espère qu'il n'est pas trop tard pour participer au challenge de Brize!