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01/01/2017

Mister Brown, Agatha Christie

mister brown,agatha christie,romans,romans policiers,déceptionsAprès quelques vicissitudes informatiques, me revoilà ! Avec pour commencer cette nouvelle année de publications un titre bien dispensable parce que j'ai beau me triturer les méninges, je me demande bien ce qui m'a mis ce livre dans les mains, un Agatha Christie, et qui plus est, un Agatha Christie sans Hercule Poirot. Déja que je n'adore pas avec (enfin, pas depuis que je n'ai plus quinze ans, ce qui fait que mon goût date quand même un peu ...), mais alors sans, je ne vois pas, j'ai dû avoir un problème d'espace temps, une histoire d'escalier sombre où ma mémoire a grillé une ampoule ... Le fait est en tout cas que le titre ne m'a pas fait jouvence !

Deux jeunes gens entrent en scène, Timmy et Tuppence. Ils sont alertes et parlent dans un style aussi daté que des jeunes qui auraient avalé un bon de ravitaillement pour un kilo de naphtaline. Lui, c'est "mon petit vieux" et elle "ma vieille branche". Ils sont aussi fauchés l'un que l'autre dans cette immédiate après première guerre mondiale dans une Angleterre si compassée que s’interpeller dans la rue comme ils le font, ces deux jeunes étourdis, est un motif d'embouteillages pour passants à chapeaux melons et vieilles dentelles amidonnées.

Autour d'une tasse de bon thé, ils décident de faire fortune en passant une annonce, une petite dans les journaux, proposant leurs services de jeunes aventuriers à qui en voudrait bien. Du moment qu'ils y gagneraient une forte prime, ils sont prêts à toute mission, même déraisonnable. En fait de déraisonnable, on va être servi ; mystérieux commanditaire, mystérieux documents, enlèvements mystérieux, victime mystérieuse ( mais à double visage, faut faire gaffe pour suivre), paquet mystérieux (mais vide), clinique mystérieuse et cachettes secrètes derrière des rideaux.

Tant de mystères cache sûrement une affaire louche ... Me suis-je dis, fine mouche, rattrapant de justesse une paupière qui avait tendance à tomber et à me masquer la résolution de l'énigme, pourtant aussi évidente que les pièges où la pétillante Tuddence et son toujours bondissant acolyte foncent tête baissée toutes les 10 pages, alors que le toujours mystérieux mister Brown s'obstine à leur filer entre les doigts avant d'être pris la main dans le sac.... 

Evidemment, on ne peut reprocher à Agatha Christie d'écrire dans un style compassé une intrigue sans relief, ce mister Brown doit être un amuse bouche, que j'aurais dû prendre comme une curiosité paléontologique, plus que comme un vrai livre.

Pour une première publication 2017, j'aurais pu trouver plus attractif, mais promis, on ne m'y reprendra plus ....

18/10/2016

La septième fonction du langage, Laurent Binet

la septième fonction du langage,laurent binet,romans,romans français,déceptionsCe livre, je me disais qu'il était pour moi, un sucre d'orge du structuralisme revisité à l'aune du post modernisme, un ressussé sucré salé de ce que j'ai tant aimé, sur les bancs de l'amphi. Et oui, il fut un temps où je lisais le Barthes dans le texte, sans sous titrages, où "Mythologies" m'ouvrait des yeux comme des soucoupes, où le "Sur Racine" me révélait le dieu caché, où "le discours amoureux" me fragmentait le cœur, où, enfin, 'la chambre claire' me montrait que l'abime du noir et blanc fixait un instant de l'éternité éphémère.

Je savais bien que le Binet, il allait me le désacraliser le barthounet chéri, qu'il allait jeter un œil de jeune sur les ridicules de l’intelligentsia parisienne jusqu'au bout des nuits blanches de quelques substances apocryphes ...  Ce petit monde qui se croyait si grand, des Foucault et cie, que Barthes côtoyait au collège de France et dans les salons des must be, un Barthes, comme un phare clignotant, dans cette époque de remise en cause généralisée des poussiéreux aux lorgnons qui avaient pondu leur bible, le Lagarde et Michard.

Je me régalais d'avance de ce règlement de compte d'avec les tenants de la critique pontifiante et moraliste qui tenait l'utopie de l'université de Vincennes pour un zoo pour gauchistes pervers vautrés dans des pratiques masturbatoires, et m'apprêtait à rire autant de leur barbe que des travers gauchistes et excessifs de cette nouvelle critique qui se prenait pour une autre parole d'évangile.

Sauf qu'en fait, je n'ai pas rigolé beaucoup, un peu un début, et puis rapidement, je me suis lassée du tableau déjanté que l'auteur nous propose de Foucault et cie. Binet se moque des deux camps, soit, mais en reprenant les poncifs de cette vieille critique dont il semble prendre le contre pied ; il nous plante le Barthes à sa maman, l'intello homo refoulé qui tient par la main son dossier de sémiologie pour aller s'éclater avec un gigolo en douce, parce qu'il a peur de descendre dans les backs rooms tout seul.

Mis à part cela, Barthes n'est pas seulement mort, il a été assassiné, le commissaire chargé de l'enquête est poursuivi par une DS, et Giscard en fait une affaire de secret défense d'état. Pourquoi, et par qui, et bien je ne le saurais jamais parce que j'ai planté le bouquin au moment où Eco se mettait à faire des blagues au niveau du comptoir, ou du stade anal, je ne sais ...

Non, vraiment, ce tableau au vitriol ne me faisait pas rire, et Foucault en maître à penser grotesque et pontifiant, se faisant faire une belle fellation par un gigolo qui en a plein la bouche, c'est peut-être vrai, mais je m'en fiche complétement. Comme de Sollers et de ses rapports avec une Kristeva lesbienne au foyer, comme de BHL, le faux cul parfait dans le rôle de l'admirateur pervers. Même si ces deux là sont déjà de si parfaites caricatures que Binet n'a pas à forcer le trait. Sauf que, encore une fois, je m'en fiche un peu de leur tripotages d'en dessous de la ceinture et de dessous la table où trône la parole tronquée, quand même, de quelque types qui, pour être ridicules dans leur excès gauchistes, ne s'en envoyaient pas que de la cocaïne derrière la cravate.

Foucault, Eco, on peut supposer qu'ils pensaient, quand même, un peu ...  et pas qu'à la gaudriole ou à se faire mousser .... Sarabande sans queue ni tête, saillies pour entre soi, je me demande quel public visait Binet ? La désacralisation des maîtres, il faut bien y passer, mais au profit de quoi ? de nos idéologues actuels ? Car même si BHL n'ose plus la chemise blanche mais a gardé la langue de bois, il reste des toutous de ses maitres qui ne leur arrivent pas à la cheville, aux Barthes et Foucault,  si enflée qu'elle fut, leur cheville.

17/04/2016

La part de l'autre, Eric Emmanuel Schmitt

star.jpgIl est rare que je fasse une note sur un abandon de lecture, d'abord parce qu'il est très rare que j'abandonne un livre en cours de lecture, et ensuite parce que je n'ai pas abandonné une lecture depuis des années. ce qui fait deux très bonnes raisons. Quand je m'ennuie, je m'ennuie jusqu'au bout, consciencieusement, la main devant la bouche, parce que je suis polie, et les yeux parcourant en diagonale les mots que je ne lis plus. Mais ils ne s'en rendent pas compte, donc, ce n'est pas grave, et je peux en toute bonne foi, dire que, si, je l'ai terminé, ce livre. Et comme j'ai assez peu l'occasion de faire preuve de vraie bonne foi, alors j'en profite.

Mais en ce qui concerne cet abandon ci, il est tellement remarquable que je peux l'argumenter, par conséquent, je ne vais pas m'en priver. Un abandon lâche, puisque sans combat, un abandon exprès, le temps d'un aller retour en bus de chez moi vers une terrasse et de la terrasse à chez moi, quinze pages à l'aller, et quinze pages au retour, ce qui fait que j'ai abandonné à la page trente, et encore j'ai lu les trente parce qu'au milieu de l'aller de retour, lorsque j'ai décidé d'arrêter, je n'avais pas d'autres livres dans mon sac.

A vrai dire, j'avais quasiment décidé d'abandonner avant de le lire, en l'achetant, mais je voulais voir si j'avais raison. Ce qui fait aussi de cette note la plus chère de mon blog. Huit euros 10 pour le livre,  plus le prix des deux tickets, j'ai explosé mon budget de l'abandon. La prochaine fois, j'accepterai de ne pas savoir si j'avais tort ou raison.

Et tout cela parce que je ne peux pas me mettre dans la tête d'Hitler, ni celui qui a été refusé aux Beaux Arts, ni l'autre, celui qui a été accepté, le livre alterne les deux, alors que déjà un, cela fait beaucoup, mais alors deux, cela fait deux de trop. J'ai un barrage anti-fiction qui explose la lecture, ça m'avait déjà fait le même coup avec "Il est de retour" . Ce pourquoi, je me doutais bien que je n'y arriverai pas. J'ai quand même demandé à mon amie A., mon mentor en terme de littérature, (il faudra quand même que j'arrive à faire une note sur "Les gens dans l'enveloppe") entre la page quinze et la page trente, c'est-à-dire sur la terrasse, en gros, "tu l'as lu ?". Elle m'a juste dit "non".

Et vient mon argumentation, sommaire, parce qu'en trente pages, c'est vite torché : voilà un livre où l'on me présente un Hitler trop aimé de sa maman pour pouvoir supporter la vision d'une femme nue et qui s'évanouit quand il doit en dessiner une, le pauvre ...,  un frustré sexuel qui nourrit son complexe de supériorité du rêve inassouvi de tuer son père, qui a fait tant de mal à maman, un malade que Freud se mêle de guérir, la maman étant morte d'un cancer du sein, le pauvre garçon ne peut pas en supporter la vue, ni même dire le mot, "sein" ... Je me suis arrêtée là.

Je ne saurai jamais ce qui est arrivé à l'Hitler admis aux Beaux Arts, mais je sais ce qui est arrivé par l'autre. Ce savoir fictif est rendu non valide par celui de la réalité. Alors peu importe le Hitler et sa maman, son papa, son saint frusquin et sa quéquette molle. Je m'en tape le coquillard de la quéquette d'Hitler et de son complexe d’œdipe. Face à l'histoire, c'est un postulat qui me parait accablant, et je me dis que lire et relire la banalité du mal d’Hanna Harendt est le seul vrai devoir de celui qui mêle la réalité et la fiction à la sauce psy à deux balles.

 

 

10/04/2016

Deux messieurs sur la plage, Michaël Köhlmeier

deux messieurs sur la plage,mickaël kohlmeier,romans,romans historiques,déceptionsEt pas n'importe lesquels de messieurs, puisqu'il s'agit de Winston Churchill et de Charlie Chaplin. Deux monstres sacrés pas exactement partis du même pied dans la vie, et pas vraiment à la même place non plus sur l'échiquier de la célébrité. L'aristocrate et le clown se rencontrent pour la première fois au hasard d'une réception donnée par le gratin de la fine fleur Hollywood, ils s'en écartent et sur la plage californienne, entamèrent leur premier "talk-walk" dixit Chaplin, c'est-à-dire discussion dont le sujet est le suicide, enfin, sa tentation, lors des crises dépressives qu'ils connaissent tous les deux. Churchil rajoutant "duck" à "talk-walk", se désignant comme le gros dans ce couple de Laurel et Hardy mal assorti.

Ils se sont reconnus, atteints du même mal de vivre, proies régulières de ce trou dévastateur que l'homme politique surnommait le "chien noir". Liés par cette laisse imprévisible, ils auraient, cette nuit là fait un pacte : chaque fois que l'un sombrera et qu'il appellera l'autre au secours, l'autre devra rappliquer. Ce pacte secret les aurait finalement conduits à échanger trucs et astuces pour sortir de la crise, dont la plus évoqué serait de s'allonger nu sur une grande feuille de papier et de s'y parler et écrivant dans le sens de la rotation du corps sur la feuille (L'image de Churchill nu comme un nouveau né tournant sur son ventre, on frôle le génie créateur de Chaplin, franchement, une scène à tourner en ridicule le pire des politiques ...)

Le pacte semble avoir été plus que secret et peu respecté, ce qui fait que ce livre raconte surtout des rendez-vous manqués. ( D'ailleurs le rendez-vous avec mon intérêt aussi, par la même occasion). Pour meubler entre les deux rencontres du pacte, l'auteur reconstitue quelques scènes biographiques de l'un et de l'autre. Il évoque quelques épisodes connus de l'enfance de Churchill, enfant surdoué dont l'éducation fut tellement laissée à vau l'eau qu'il passa pour un imbécile borné dans le pensionnat chargé de le redresser. Quelques traits de la misère de celle de Chaplin sont esquissés. Mais, c'est surtout sur le créateur génial, au fait de sa carrière (Chaplin est en train de réaliser "Le dictateur") que l'auteur construit quelques gros plans, quelques peu déjà lus aussi, même pour moi qui n'y connait rien, Chaplin sortant de Charlot, Chaplin autiste népotique, Chaplin qui ne croit pas au parlant ... etc ...

Le pacte avec le lecteur est quant à lui assez flou, et c'est véritablement ce qui m'a dérangée. Sur la couverture, il y a écrit roman, soit, mais quand on prend ses deux là comme sujet, le romanesque est quand même coincé dans l'historique. L'auteur se réfère sans cesse au témoignage de son propre père qui aurait eu connaissance du secret ... (Pourquoi, on ne sait pas), puis à des interviews de Chaplin, qu'il dit être incomplètes ou mensongères, et enfin à des lettres, jamais retrouvées ou alors qui ne furent même pas expédiées par leur rédacteur. Ce qui fait quand même assez faiblard comme preuves, et moi j'aime bien savoir si que je lis, c'est du vrai-faux ou pas. Sinon, ça me mélange et j'aime pas me mélanger. Rendez-vous manqué ....

 

 

06/03/2016

La fractale des raviolis, Pierre Raufast

la fractale des raviolis,pierre raufast,romans,romans français,déceptionsPassée la première réplique, " Je suis désolé ma chérie, je l'ai sautée par inadvertance", qui m'a fait sourire, (et encore, pas tant que cela vu que je l'avais déjà lue ailleurs), dieu que je me suis ennuyée dans ce livre ... Le terme est assez faible, d'ailleurs, mais j'ai la flemme d'en chercher un autre, et ma note sera aussi terne que cet ennui attentiste et passif qui aura teinté ma lecture. L'ennui n'est même pas l'agacement, l'ennui, pour pasticher très librement la définition de l'inadvertance donnée à la suite de cette première phrase, serait une sorte de "défaut accidentel d’intérêt, manque d'attention à ce que l'on lit, manque d'implication d'une lectrice qui voit le coup de la poupée russe arriver." Après un frémissement de curiosité (qu'est-ce va surgir du chapeau ?), la lectrice ne voyant toujours rien venir, se lasse ...

Une narratrice non identifiée surprend son mari en plein ébat adultère. Comme visiblement, ce n'est pas le premier, elle met en place un plan dit diabolique pour s'en débarrasser, plan qui consiste à lui faire acheter lui même le sachet d'herbes de Provence qu'elle va ensuite empoisonner et répandre sur le plat préféré dudit mari, des raviolis, donc. Arrive un jeune voisin confié en urgence, le plat devient piégeux, c'est le sauve qui peut vers la fractale ...

Elle s'enclenche ainsi, en forme de marabout-de-ficelle narratif où chaque dernière phrase d'un très court chapitre, met en marche une histoire racontée au très court chapitre suivant et ainsi de suite, jusqu'au bout de la ficelle et après on remonte le truc vers le plat de ravioli empoisonné, laissé en plan dans la cuisine. Un plat de raviolis froids, quoi, dont l'histoire va se terminer en queue de poisson.

Je me suis quand même demandée ce qu'était une fractale, au cas où un truc d'envergure m'aurait échappé. Je n'ai rien compris à la définition, pas plus qu'au livre, d'ailleurs, ce qui m'a vaguement inspiré ce dernier pastiche un peu plat : " sa dimension romanesque est strictement inférieure à sa dimension formelle". N'est pas Perec qui le croit.

 

15/10/2015

Qui touche à mon corps je le tue, Valentine Goby

qui touche à mon corps je le tue,valentine goby,romans,romans français"Qui touche à mon corps je le tue" croise l'histoire de trois personnages dont deux se retrouveront , à la fin, mais "croiser" et "retrouver" sont deux bien grands mots pour cette ultime rencontre. Comme personnages aussi, en fait, d'ailleurs, disons ... silhouette de personnages ou "écorchés de personnages", comme les écorchés du Moyen Age regardent leur peau posée à côté d'eux, et c'est un peu le cas pour ces trois là.

Il y a Lucie L., "Lux" pour les intimes, c'est-à-dire elle même et sa mère, (sa mère de quand elle était petite). les autres n'ont pas le droit d'entrer. Lucie est en train d'avorter par ses propres moyens, elle attend que le corps étranger se détache d'elle. Son mari est au front, et au lieu de donner naissance à un futur soldat, ainsi que le voudrait l'idéologie alors dominante, elle se débarrasse de sa future maternité, pour elle impossible, sans remords et dans la plus grande solitude.

Il y a Maie G., faiseuse d'anges, elle attend son exécution dans la cellule où jamais la lumière ne s'éteint. Pétain a refusé sa grâce, forcément. (personnage inspiré de Marie Louise Giraud ?). Elle est devenue avorteuse, sans conviction féministe, elle a tenu la poire et le savon presque par hasard, pour rendre service et puis aussi pour "en" profiter un peu, pour toucher du doigt une vie plus soyeuse, de ses mains crevassées de blanchisseuse.

Enfin, il y a son bourreau, Henri D. (personnage inspiré de Jules Henri Desfourneaux, là, c'est certain, c'est marqué à la fin du livre). Lui, il connaît la date et l'heure de la mort de Marie. Dans une journée à peine, il va appuyer sur le bouton de la guillotine. Alors, son corps, il le travaille vers la déshumanisation pour pouvoir couper en deux un autre corps, sans rien ressentir, en s'oubliant et en oubliant l'enfant qu'il a été.

Les trois récits, et là encore récits est à nuancer car ils sont très impressionnistes, emplis de pointillés qui dessinent les contours des mêmes motifs ; la mère, l'enfant, l'oubli, la fusion et la déchirure, s'étendent d'une aube à l'autre, des récits en clair-obscur.

Après avoir beaucoup apprécié "Kinderzimmer", avoir été un peu refroidie dans mon parcours découverte de l'auteure avec "Banquises", me voilà encore plus circonspecte après la lecture de ce troisième titre, dont je me demande s'il ne sera pas le dernier ... Non pas qu'il soit piètre, il est de bonne facture, mais les mots m'ont glissé dessus,comme la bruine sur un ciré. Même, je me suis surprise à me regarder le lire, tableau d'une lectrice accomplissant son devoir avec application. Je me suis forcée à lire tous les mots, alors que mes yeux étaient déjà au bas de la page, je les remontais d'un coup de lunettes. "Pas de triche, Athalie, pas de ça, tu reprends la phrase, non, tu ne l'as pas vraiment lue, plus haut, c'était juste un peu la même, c'est tout ..;"

Finalement, c'est surtout la singulière figure du bourreau qui m'a retenue. Dépressif, alcoolique, servile et quasi mutique, il exécuta la mort de quelques centaines de personnes en même temps que la sienne. Un personnage de l'ombre que j'aurais aimé voir davantage mis en lumière, justement, du coup. (Mais bon, j'ai bien compris que tel n'était pas le but de l'auteur, tant pis pour moi !)

06/10/2015

Esprit d'hiver, Laura Kasischke

esprit d'hiver,laura kasischke,romans,romans américainsUn titre de Kasischke qui, dans mon souvenir, avait divisé ses lectrices, un petit goût de too much. J'avais hésité, et il aura fallu la boule avec neige de la couverture pour me décider à tenter de renouer avec l'auteure. Loupé. En refermant ce livre, une seule phrase me cogne à la tête, "tout cela pour ça ..."

Cela :  un huis-clos neigeux et morbide. Une matinée de Noël, Holly se lève plus tard que d'habitude (pour ma part, je ne vois pas trop la gravité du truc, mais bon, j'admets pour les besoins de la tension narrative, je suis bon public), un abus de lait de poule la veille au soir l'a conduite vers cet écart. Le mari lui aussi, jette les couvertures, il file chercher ses vieux parents à l'aéroport. Et voilà Holly seule avec sa fille, qui dort encore, elle.

Le drame commence : les rituels habituels de Noël sont en danger, les cadeaux n'ont pas été ouverts, le repas risque de ne pas être prêt (alors que tout a été acheté la veille tout préparé, c'est Holly même qui le dit dans sa pourtant panique, elle n'a plus qu'à mettre le rôti dans le four et à le laisser cuire ...). Cette cuisson, qui dans la vraie vie n'a strictement aucun intérêt, devient alors l'objet d'une narration à rebondissement. Comme quoi, chez Kadischke, même un rôti peut devenir spectral et support d'un suspens finalement assez surréaliste.

D'ailleurs, rapidement, tout devient spectral dans cette maison, où Holly se démène avec le rôti (je sais, je me répète, mais je ne suis pas la seule, l'auteure aussi), et une phrase qui lui cogne à la tête : "Quelque chose les avait suivi depuis la Russie". Il se trouve, qu'en effet, sa fille adoptive, Tatiana, ancienne Sally (un nom de poule blessée), vient d'un orphelinat sibérien où des enfants sont "offerts" à des couples d'américains, comme Holly et son mari. Cet orphelinat devient l'objet de toutes les suspicions de cette mère qui, au fil de la journée, et de son combat avec le rôti, reconstruit ses souvenirs, tout en essayant de faire obéir ce bébé Tatie, devenue adolescente agressive.

Tatiana se dérobe sans cesse, enfermant sa mère à l'extérieur de sa chambre, cette chambre où elle passe son temps à changer de robe de Noël ; la noire, la rouge, la rouge, la noire. Pendant ce temps là, la guirlande clignote quand ça lui prend, les invités se désistent entre deux coups de téléphone d'un inconnu injoignable. (donc, en plus du rôti, se méfier des portables aussi, ils peuvent cacher des fantômes qui les transforment en plaque électrique ou en tapis volant trucideurs de verres à eau).

Huis clos, tension du passé, objets à la limite du malveillant, point de vue qui vacille et tangue vers la folie, délire d'interprétation ménager qui vous fait douter de toute conclusion logique possible, on a tous les ingrédients habituels de l'auteure. Et pourtant, ce que je retiendrai principalement de cette lecture ( qui en plus, m'a fait reposer sur le présentoir de ma librairie habituelle, le "Mudwoman" de Oates, que l'amie A. m'a dit être excellent ...), c'est que, la prochaine fois que je mets un rôti à cuire, je l'enferme à double tour dans le four pour éviter qu'il ne me saute à la gorge.

 

12/05/2015

L'arabe du futur, Riad Sattouf

l'arabe du futur,riad sattouf,romans graphiques,autobiographiesQuand mon homme est rentré à la maison avec cette bande dessinée sous le bras, honte à moi, mais j'ai lâché le Modiano en cours illico presto ( ce qui lui vaudra quelques aventures ...) et je me suis ruée sur ce titre, ô combien louangé, me semblait-il. (voir les restrictions d'Hélène)

Et rapidement, je n'ai pas compris ce qu'il y avait à louanger autant là ... Je passe sur le dessin, je n'y connais rien et il m'a semblé assez classique pour un roman graphique tels qu'on les lit depuis un certain temps, monochrome tirant vers le gris, avec des nuances de vert, jaune,bleu, pour distinguer les époques ( enfin, je suppose ...), et des gros traits noirs pour les personnages, très cadrés moyen.

Il est donc question de la jeunesse de l'auteur au Moyen Orient de 1978 à 1984. L'auteur est blond, très blond, ce qui lui vaut l'admiration de tous, vu qu'il est né d'un père sunnite syrien et d'une mère bretonne. Mère que le père a draguée de manière pitoyable au restaurant universitaire de la Sorbonne, et elle, prise de pitié, futla bonne copine qui se rend au rendez-vous.

Pauvre mais ambitieux, le père court après son titre de docteur en histoire, l'obtient sans gloire, se branche les oreilles de rancœur à Radio Monte Carlo avant de décrocher un poste de "maître" en Lybie. Premier séjour en dictature pour la famille. La mère, soumise, se convertit à un repassage éternel et à l'ennui. L'auteur ne découvre pas grand chose du pays, et nous non plus, du coup. Les affiches de propagande, les lézardes des murs des appartements, les restrictions alimentaires ... Cependant, rien n'entame les certitudes paternelles dans la croyance en la réussite de la politique de Kadhafi, et surtout dans la recherche de la sienne, qui si, elle pouvait se concrétiser sous la forme d'une Mercedes serait davantage la bienvenue encore.

Profondément agaçants, les personnages se limitent à leur hauteur de vue, et le narrateur à celui de son enfance, pas de distance critique, il reste dans l'admiration du père, et on se demande bien pourquoi, vu qu'en même temps, il en dresse un portrait de faux-cul de première.

La famille retente sa chance en Syrie, un retour aux sources auprès de la famille paternelle, et un nouvel espoir pour le père, construire une grande maison. Hafez El Assad remplace Kadhafi et le même point de vue d'un appartement vide sur un autre pays encore plus pollué, plus sale ... les habitants y sont les mêmes, ils puent la sueur, pour les femmes, l'urine, pour les hommes, les enfants y sont violents, stupides et morveux. Ils ne jouent pas avec les chiens, ils les enfourchent ... 

Le père est toujours aussi borné, l'enfant, toujours aussi, blond, la mère suit.

Je n'ai jamais fichu les pieds dans une dictature arabe, la véracité de la vision donnée n'est donc ce qui m'a dérangée, vu que je n'en sais rien. Juste, je me demande quel est l'intérêt de livrer cette vision, peut-être enfantine, mais justement, parce qu'enfantine, réduite à des sensations primaires et égocentriques et aux "analyses" politiques à très courtes vues d'un père spongieux et incohérent ....

 

14/01/2015

Zombi Joyce Carole Oates

zombi,joyce carol oates,romans,romans américains,déception"Zombi", c'est un peu "Américan psycho" en mode pas bien. Pourtant, d'habitude, j'apprécie Oates. Mais, là, non.

Le texte se présente sous la forme d'un journal intime, celui d'un tueur psychopathe qui ne se désigne que par ses initiales, Q.P. Il est le fils d'américains moyens- supérieurs, intellectuels. Le père, professeur à l'université, a une barbichette, un peu d'entregent et surtout une capacité d'auto aveuglement à toute épreuve. Pourtant averti par une première condamnation qui a pris Q.P. en flagrant délit d'attrapage de bistouquette dans la culotte d'un autre plus petit que lui, il ne voit pas en son fils ce que le lecteur, lui, est bien obligé de constater. Q.P. est un être profondément malsain, incurablement cruel et sadique, d'un sadisme sans remords. 

Q.P. est obsédé par la recherche du zombi parfait, un sex-toy décervelé qui assouvirait toutes les pulsions de son maître : pulsions dont je vous fait grâce. Le problème avec le zombi, c'est qu'il n'existe pas encore.  Il faut le traquer (parmi les pauvres et les noirs, de préférence), le trouver, l'enlever, et le transformer en zombi à l'aide (entre autre) d'un pic à glace. Opération qui s'avère plus difficile que prévue à maîtriser. Et Q.P. loupe souvent l'introduction de l'instrument et ça gicle et ça sperme à tout va.

Pourtant, il passe à travers les mailles de la justice donne le change à ses parents, il connait le rôle à jouer, passe la tondeuse sur la pelouse de la grand-mère qui lui finance du coup, quelques petits "extras" ...Les chapitres enchaînent les sévices sans créer de tension, et les méthodiques et laborieuses tentatves du tueur pour parvenir à son but, sont juste ignobles et tombent à plat. Même pour les victimes, on ne frémit pas, tant elle n'ont pas de consistance humaine, ce qui est logique, puisqu'on est dans la tête du tueur qui ne compte qu'en faire un usage limité, de leur humanité.

Ajoutez à cela quelques parti-pris visant à faire psychopathe et qui ne font que neuneu : les parents, nommés comme "papa et maman", l'insertion de dessins dignes de la dextérité d'un gamin de trois ans, la troisième personne utilisé à la place de la première (pour faire schizophrène ?), et un vocabulaire plus pauvre que celui d'un zombi playmobil, même moyen et normal, et on peut passer à un autre titre de l'auteure, ce n'est pas ce qui manque ...

 

27/10/2014

Il est de retour Timor Vermes

Un livre qui m'a presque mise en colère, avec l'impression de m'être faite avoir dans les grandes largeurs, d'avoir été tripotée du cerveau par de sales mains mercantiles et vicelardes ... et je n'aime pas le tripotage, même si c'est bien fait pour moi, j'avais qu'à pas me mettre dans la gueule du loup.

"Il", c'est Hitler, il n'est pas mort, et se réveille dans un terrain vague, de nos jours, en uniforme,  inchangé et c'est par son regard que l'on suit son analyse du monde (postulat fantaisiste déjà insupportable, j'aurais dû fuir, mais non, curiosité littéraire me tenant, la tête constamment entre deux chaises, "je continue", "j'arrête" ...). La déambulation du personnage dans notre monde lui fait constater la disparition du salut nazi, des ruines, de la guerre et le grand nombre de turcs dans les rues. Il est pris sous l'aide d'un marchand de journaux dans un quartier où grouillent les acteurs histrions des reconstitutions historiques de la deuxième guerre mondiale, et il est pris pour l'un d'eux. Repéré par les producteurs d'histrions, il va passer pour un imitateur particulièrement doué, fait le buzz sur internet et le livre se termine sur la possibilité politique de reconstruire son parti. Je fais vite parce que c'est juste très dérangeant comme posture de résumer ce livre-là.

Sûrement, on peut le supposer, l'auteur est de bonne volonté, cela se veut manifestement une fable politique. Mais quel en est le propos ? Montrer qu'aujourd'hui, le discours de la haine xénophobe fonctionnerait encore, et même en pire grâce à la manipulation médiatique ( le personnage en découvre les rouages, nullement manipulé, il en prend rapidement le contrôle, face à des fantôches, producteurs et animateurs quand même particulièrement stupides et d'une naïveté confondante et peu crédible) ? Montrer que le discours national-socialiste a gardé une puissance quasi intacte dans l’inconscient collectif, qui l'aurait intégré comme un arrière-fond, honteux, soit, mais faisant parti de l'Histoire ?

Un livre facilement manipulable dans l'autre sens, qui plus est. En effet, les discours sur la dignité européenne qui croule devant l'invasion des étrangers qui prennent tous le le boulot et des juifs qui font toujours fortune sur les ruines de cette Europe vendue aux marchands, résonnent ici d'une telle platitude stylistique qu'ils peuvent parfaitement être entendus au premier degré de la bêtise consentie, un vrai salmigondis de clichés alignés dont la dangerosité stupide ne rencontre que le vide.

Un flop de la provocation, une lecture malsaine. 

Je rajoute le lien vers la note de Sandrine que j'ai découverte après la publication de la mienne, parce que son avis final est très divergent du mien, et son argumentation est éclairante. 

30/09/2014

Le phare P.D James

Ma première lecture sur liseuse !!! ( celle de mon fiston, en réalité,  lui, il est re-passé au papier), et je dois le dire, une première tentative mitigée.
Tout d'abord, l'objet fut apprivoisé assez rapidement, je dois le dire fièrement, il s’avère notamment très pratique pour manger en continuant à lire. Manger autre chose que des fraises tagada, je veux dire. J'ai ainsi pu, sans dommage, assouvir une fringale express et irrépressible de tartines de "rillettes Hénaff sur pain italien", alors que l'inspecteur principal (le roman est un policier, de facture classique) se faisait réchauffer un osso bucco. Le pain, c'est ce que j'avais de plus italien chez moi sous la main, et, je peux l'affirmer, la liseuse permet un parfait tartinage de rillettes bretonnes en boite en kit mains libres.

Un truc gênant, mais ce n'est pas la faute de la liseuse, l’affichage des pourcentages. 75% de lu, j'imagine que cela veut dire que c'est bientôt fini ... mais bientôt fini, c'est combien de pages à lire encore ? Bon 25 %, je suppose, mais 25 % de pages sur combien ? Parce que cela fait combien de pages 100 % ? Le livre, vous allez me dire. Mais les pourcentages, moi, ils ne me causent que pendant les soldes : à partir de 50 %, je sais que c'est moitié moins. Fastoche. Mais; là moitié moins de quoi ? Une liseuse, c'est plat et n'affiche pas les prix de départ.

Le principal obstacle, quand même, fut le texte en lui même, d'où mon intérêt croissant pour les pourcentages. Mais qu'il est long, qu'il est long, mais vraiment long ( et je vois la longueur de ma note s'allonger, pas de pourcentages à l'horizon, Hautetfort ne comptabilise pas le nombre d’arrêt en route de la lecture des notes, heureusement pour moi ...). A 47 %, l'inspecteur principal interroge son premier suspect. Dans les 20 % du début, on a eu la présentation de l'inspecteur, de l'inspectrice et du sous inspecteur ( il faudrait que je rouvre la liseuse pour retrouver les noms et les caractéristiques de chacun, et comme je ne sais plus à quels %, ils apparaissent, j'ai la flemme. Disons, un poète, une complexée sociale et un arriviste bel homme mais qui se tient à sa place (pourquoi en dire qu'il est arriviste bel homme, alors ? je ne sais pas, Y'a pas la fonction explication sur la liseuse)

Sur une île au large de l'Angleterre, une mort suspecte nécessite que les trois s'y rendent dare dare, vu que le mort est un écrivain très célèbre. En chemin, on apprend qu'ils font leur sac ( chacun leur tour), ce qu'ils y mettent et pourquoi, qu'ils prennent l’hélicoptère et que l'inspectrice, elle lit pendant le voyage parce qu'elle a un peu peur. On ne sait pas si elle lit sur liseuse, elle. Mais moi en hélico, j'aurais peur aussi, liseuse ou pas ... Surtout qu'elle vient de quitter un amant super top.

L'île a un statut très particulier ; n'y sont reçus que des invités de marque et de marque prestigieuse pour y retrouver calme et sérénité : comprendre, ils sont hébergés dans des cottages en pierre d'où l'on voit la mer, il n'y a pas un seul magasin, ni même une piscine. Les falaises sont battues par les vents, les cheminées fonctionnent, pas de soucis, et le phare est rouge. Normal. 

La paix, le silence, les repas, les bons vins, le bois de chauffage et tout le reste sont fournis par les résidents de l'île, chargés de son administration discrète : le commandant, le médecin, l'infirmière ( sa femme), le marin, la cuisinière, l'intendante, une jeune fille recueillie sur l'île par le marin. Il y a  aussi une invitée à demeure permanente, une intello irascible et son ex-chauffeur (vu que sur l'île, il n'y a pas de voitures, normal) ....On a droit à un portrait pour chacun pareil que les trois autres, sauf qu'ils ne font pas leur sac, mais que certains ont un passé trouble ... Ha, oui, il y a aussi la fille de l'écrivain, et son fiancé, les deux furent exploités par l'écrivain. L'écrivain étant très méchant, personne ne le regrette vraiment. Sauf moi, parce qu'il aurait pu rendre toute cette histoire un plus plus coriace. (on  est a 40%, là)

Voilà, je m'y copieusement ennuyée dans ce texte, comme on l'aura compris, et même, je pense qu'à des moments, mon handicap des pourcentages a contaminé ma logique des phrases. Ainsi, lorsque je lis qu'un homme, retrouvé mort le crâne fracassé sur le sol d'une église, a dû mourir sur place parce que les draps de son lit ne sont pas défaits, je secoue la liseuse pour voir si l'engin n'a pas une fonction boule de neige, ou boule de cristal qui s'est mise sur le mode off, sans prévenir. 

Bref, dernier handicap de la liseuse, elle ne veut pas tourner les pages plus vite, enfin, pas la mienne, elle s'embrouille ...

 

20/12/2012

Grand-père avait un éléphant Vaikom Muhammad Bascheer

grand-père avait un éléphant,vaikom muhammad bascheer,romans,romans indiens,contesOu comment se faire avoir totalement de son plein gré et en toute conscience par une couverture rose kitch, le genre fluo à paillettes, qui vous fait cligner des yeux sur l'étalage. Avec une grosse éléphante glamour dessinée dessus qui rigole, ma fibre Bollywood  a vibré. La quatrième disait "conte et sagesse indoue", trop tard, le rose m'avait convaincue. Mais trop de rose nuit.

C'est la très courte histoire d'une jeune fille qui porte, par contre, un prénom à rallonge, si bien que je vais pas l'écrire souvent, KounnioupaHoumma ( le genre de nom à vous faire faire une faute de frappe de plus !). KounnioupaHoumma est fille de Houmma, elle même fille chérie de Anamakkar, le grand père qui avait un éléphant, visiblement un signe de gloire et de respectabilité, vu que la Houmma (mère), elle n'en démord pas. La famille est riche, très riche, supérieure, très supérieure, mulsulmane, très musulmane, fermée, très fermée. Pas comme ces "égarés", les Kafir. Pas trop compris ce que cela recouvrait comme religion ou comme caste, sauf qu'il peut y avoir des Kafir mulsumans et qu'une Kafir se reconnait à ce qu'elle porte un sari et un corsage à manches courtes qui découvre la taille. Ce que KounnioupaHoumma rêve de porter quand elle sera grande, ce dont il n'est pas question pour l'instant et pour ses parents. En attendant son mariage, elle reste immobilisée, dans la maison, couverte d'or et sans révolte. Elle attend qu'on vienne l'épouser. La mère est difficile et le père bientôt ruiné. Plus de mariage en vue, mais toujours pas de sari. Peut-être une liberté nouvelle en vue grâce à la pauvreté (oui, là, je tique un peu ...) un puits, une mare miroir du monde méchant, des toilettes sèches et déplaçables (non, je n'exagère pas).

Fable légèrement troussée sur (me semble-t-il) :

  • la différence religieuse et les apparences à dépasser, parce que ce n'est pas bien de ne pas dépasser les apparences, et qu'en les dépassant, on peut être heureux,
  • l'acceptation de son sort mais qu'on peut améliorer quand même un peu grâce aux toilettes séches et à la sagesse pragmatique d'un prince charmant.

Se laisse picorer en passant, mais bon, moi et la sagesse indoue, j'ai encore du boulot, faut croire.

 

Athalie

 

 

09/11/2012

Le septième fils Arni Thorarinsson

le septième fils,arni thorarinsson,romans,romans islandais,romans policiers"AhhhAhhhAhhh",AhhhhhhhhhhhhhhAhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhAhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh", comment dit-on baillements en islandais ?

A peu près au milieu de la lecture en survol de plus en plus plané de cette lecture , je me suis dit "Tiens je vais prendre celle-là en note". Vu que, pour une fois, je lisais près d'un stylo, je l'ai fait. Le narrateur-journaliste mène l'enquête et en même temps, il pense à des choses essentielles, comme les rapports hommes-femmes, ce qui donne : " Tandis que je rentre à l'hôtel dans l'air froid et tranquille, une phrase d'Agatha Christie me revient en mémoire : un archéologue est le meilleur des époux que puisse trouver une femme : plus elle avance en âge, plus il s'interresse à elle".

Je me suspecte moi-même ne n'avoir poursuivi que pour en trouver d'autres, des comme celle-là. Plus loin encore : " Mon appel de ce matin l'a déconcertée, mais grâce à ma dextérité et et la souplesse naturelle qui me caractérise dans les échanges humains, elle m' autorisé à passer la voir (...)" On pourrait se dire que c'est de l'autodérision, ben non. Parce que notre narrateur, il est cultivé, faut pas croire. Ainsi : " Ainsi, le temps a suspendu son vol numérique pendant que la maison brûlait" ou encore " La vue qui s'offre (...) sur le rivage et sur le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle" ou alors le traducteur s'ennuyait autant que moi, je compatis ... Faut dire que des fois l'action est palpitante : " Des filets de pluie s'écoulent le long de la vitre. j'attrape un morceau d'essuie-tout pour éponger l'eau qui a goutté par terre". Ouf, j'avais eu peur ... Il se serait passé un truc que j'aurais loupé pendant les trois ou quatre derniers chapitres ? Heureusement, non. Faut dire qu'il ne se passe pas grand chose, mais qu'est-ce qu'il en cause, le gars ....

Une maison incendiée, une vieille, historique, dans le fin fond de l'Islande, un camping car volé à des touristes lithuaniens dont on peut,évidemment, se demander ce qu'il font là, trois adolescents gothiques, une commissaire revêche qui fait de la poèsie, un brigadier chef plus réactionnaire qu'alccolique, des avions qui passent leur temps à ne pas décoller, et donc notre journaliste-enquêteur-narrateur, plus une palanquée de personnages qui n'ont pas vraiment d'utilité utile à une intrigue plate à n'en plus pouvoir d'attendre qu'elle se termine ....

Sur la couverture, il est marqué "l'autre islandais", je préfère l'autre.

 

Athalie

 

 

31/10/2012

Easter parade Richard Yates

easter parade richard yates,romans,romans américainsLà, j'arme mon crayon virtuel de courage, faire une note sur ce livre m'est un exercice masochiste. Non pas qu'il ne soit pas bon, non pas que je me sois ennuyée, c'est juste qu'il m'a fichu une dose de cafard carabiné, un cafard crasse, à tourner les dernières pages le plus rapidement possible sous peine d'enlisement mral définitif dans la litanie des malheurs ordinaires.  J'en lis des livres pas gais, ce sont même plutôt mes tasses de thé, mais "Easter parade" tellement triste qu'il en ferait pleurer une princesse de Walt Disney.

Emily et Sarah sont soeurs et la première ligne l'annonce clairement : " Aucune des soeurs Grimes ne seraient heureuses dans la vie". Soit, me suis-je dit, voilà qui me plait. et me voilà partie bille en tête vers la découverte de cet auteur que je ne connaissais pas, estampillé " grand classique de la littérature américaine".

Leur mère, dite Pookie, n'a pas été heureuse non plus. Leur père non plus. Ils ont divorcés, mais visiblement, cela ne fait pas leur bonheur non plus. Les deux fillettes passent leur enfance à déménager selon les différentes lubies de la mère dont on sait peu de choses, sauf que sa vie n'est pas celle qu'elle aurait voulue avoir, ridicule, versatile, elle fume trop et boit trop ( ce qui ne va pas s'arranger par la suite, je vous rassure).

Les deux filles grandissent : l'une est superbe, (Sarah) l'autre a les seins trop petits (Emily). Sarah aligne quelques fiancés minables et peu fiables, avant de trouver le bon, un qui a l'allure de Laurence Oliver, mais seulement l'allure, pour la classe intellectuelle, c'est morne plaine, plutôt morne et pas pleine. Sarah se réalise donc en ménagère de cinquante ans avant l'heure, tandis qu'Emily tâte de son indépendance en couchaillant à droite et à gauche et en poursuivant ses études, avant d'épouser un premier mari, impuissant mal soigné, et cela continue comme ça jusqu'au bout. Avec d'autres hommes pour l'une, et le même pour l'autre. Des événements plats, moroses se succèdent (je vous passe la mère), pour l'essentiel, les deux femmes passent leur vie à pousser des caddies dans des rayons de supermarché mal achalandés sans jamais prendre la bonne boîte de corn-flakes, celle avec le cadeau Bonux dedans.

La quatrième précise que l'auteur évite "tout pathos". j'en conviens des deux mains, et normalement, j'aime bien "sans pathos" sur l'étiquette, mais là, la pas-ménagère vieillissante et la ménagère de même, ça m'a fait trop. Du coup, j'ai eu envie de grands espaces et j'ai attrapé mes rênes pour rejoindre Angustus qui chevauchait dare dare pour sauver Lorena, la belle putain des griffes du méchant bandit.

 

J'avais mis "Un été à Cold Spring" dans ma pile prévue, mais du coup, j'ai comme un coup de doute ...

 

Athalie

 

28/08/2012

En cuisine Monica Ali

4447130-chef-de-desespoir.jpgJe pourrais faire le coup des ingrédients pas frais, de la recette manquée, du soufflé qui retombe ... etc ... Mais non, c'est plutôt une erreur d'aiguillage ( et puis, je me suis défoulée sur Angot, donc, là, j'ai la mandoline paresseuse). Alors je vais juste dire est long, trop long et la quatrième de couverture m'a fourvoyée. Elle annonce " une radiographie sans concession de l'Angleterre actuelle" à travers la prise de conscience d'un chef de cuisine de la condition sociale précaire et de l'injustice humaine faite aux hommes composant sa brigade, qui d'une situation honorable dans leur pays d'origine, se retrouvent à suer sur des grills à viande, ou à touiller les sauces avec grumeaux. Donc une critique sociale, me suis-je dit. Or, que nenni. Y'a pas plus de radiographie que de lait sur le feu de la béarnaise. Ou plutôt si, mais le seul radiographié, c'est le chef, Gabriel, dit Gabe. Il a la crise de la quarantaine, tout l'énerve, sauf se sentir seul aux commandes de son navire de bras cassés exilés. Et encore. Son égo (surdimensionné) ne supporte pas ce qui est autre chose que lui et ses ennuis, bref, il déprime, réalise que cela fait un sacré moment qu'il se goure sur pas de choses et pète les plombs. Sauf qu'arrivée là, il m'avait déjà tellement ennuyée le pauv'gars qu'une marmite lui serait tombé sur le début de calvitie que j'aurais volontiers jeté mon tablier. Seulement voilà, je suis consciencieuse et suis allée jusqu'au bout.

Donc, Gabriel est à la tête des cuisines d'un grand hôtel londonien, mais son but secret est seulement d'y rester le temps de monter sa grande affaire, son propre restaurant de cuisine française. Accessoirement, Yuri, un plongeur obsur est découvert la tête fracassée dans les caves, jusque là invisible, laissé pour compte, un intello exilé réduit à une ombre. Seulement voilà, sa mort donne des cauchemards culpabilisés à notre quarantenaire de plus en plus instable. Il croise le regard de Léna, plongeuse aussi, passée par les limbes de la prostitution forcée, et elle l'emplit d'un tel désir, la maigrelette biélo-russe, qu'il en néglige la superbe créature, chanteuse de cabaret matînée femme fatale, qui lui servait de fiancée jusque là. Comme tout cela le fait pédaler dans la garniture, il se venge sur ce qui lui passe sous la main, entre autre Oona, autre employée qu'il tente de faire virer sous prétexte qu'elle s'obstine à lui proposer des tasses de thé .... (remarque accessoire : autre chose qui m'a énervée, cette dame étant censée être originaire des îles, la transcription de ses paroles fait dans le petit nègre, genre "Tintin au Congo", alors que les autres "étrangers" parlent un français traduit de l'anglais parfaitement correct ....)

Ah oui, le père de Gabe se meurt d'un cancer, sa soeur a grossi, sa mère était bipolaire, un de ses associés pontifie longuement sur les choix gouvernementaux, mais à la fin Gabe sauve le monde, donc tout va mieux, finalement, et lui aussi.

Athalie

 

06/07/2012

Bleu catacombes Gilda Piersanti

bleu catacombes,gilda piersanti,romans,romans policiersUn petit polar bien énervant et frustrant.

J'aurais dû m'en douter parce que cela a commencé dès le moment du choix devant les rayonnages. Je savais qu'il s'agissait d'une série de quatre romans, formant un cycle saisonnier ( "Les saisons meurtrières"), mais je voulais le premier, or pas moyen de savoir lequel l'était. Chaque titre comportant une couleur, je me suis dit bêtement que la couleur était symbolique de la saison. Donc, j'ai procédé logiquement (pour moi) : "Rouge abattoir" ? le rouge, c'est l'été, donc pas le premier. " Vert Palatino", le vert, c'est le printemps, donc pas le premier. Que je sache, l'année débute par l'hiver, même si on apprend à réciter les saisons à partir du printemps à l'école, ce qui n'est pas logique. (mais bon, c'est peut-être parce l'année scolaire commence en automne qu'après, c'est tout chamboulé, allez savoir ...). Le "Jaune ..." n'était pas là, mais je me suis dit que c'est n'était sûrement pas le premier, parce jaune, c'est proche de l'orange, et que donc, c'est l'automne. Donc, j'ai pris "Bleu catacombes", un peu par déduction, comme je viens de l'expliquer quelque peu longuement, et aussi parce que les catacombes, c'est la mort, le bleu celui des glaciers (très logique avec les catacombes), et donc l'hiver et donc le premier et enfin parce qu'il fallait bien que je me décide. Ben non, c'est le troisième de la série et c'est le printemps. (le bleu du ciel, sans doute ?)

Rome, le printemps, des têtes coupées en série, une escapade à Venise, un fond d'histoire de l'art (Judith et Holopherne, Arthémisia ...), un soupçon d'histoire romaine, le tout shaké bien malsain, il y avait tout pour me plaire.

Sauf que :

  • On connait les coupables dès le premier chapitre et les coupables sont des femmes fatales au charme envoutant.
  • Le récit s'attarde sur la description détaillée des sous-vêtements de l'enquêtrice avant leur lavage. Vu qu'elle ne veut pas les laver chez son nouvel amant qu'elle aime et qui l'aime ...
  • Que le commissaire a une otite et que son fils a disparu depuis longtemps (en Inde, je crois), que sa femme est malade depuis et que l'enquêtrice, c'est comme sa deuxième famille, parce que la première, elle n'est pas terrible.
  • Le petit copain de l'enquêtrice, il est historien d'art et sa collaboratrice lesbienne, ce qui ne change rien à leurs rapports ni à l'absence d'enquête (mais pas à l'absence d'enquêtrice, on ne voit qu'elle !)
  • Les concierges raisonnent en flic et les flics en concierge.
  • Les victimes sont aussi transparentes qu'un glacis sur une fresque du quatrocento ( ce qui ne veut rien dire, mais c'est exprès)

Pour conclure, des ingrédients savoureux noyés dans une sauce insipide.

Athalie

La note que j'aurais dû lire avant :

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/04/bleu-catacomb...

25/04/2012

La salle de bain du Titanic Véronique Ovaldé

titanix.jpg"Tous ceux qui n'ont pas de nombril sont des martiens". Deux enfants sur une plage en été scrutent les ventres des vacanciers : Jules, neuf ans et Vienna, six. Quelques étés plus tard, sur la même plage, elle, elle, ne quitte plus sa serviette, assise près de sa mère qu'un cancer oblige à porter perruque, et Jules,lui,  n'a plus de consistance. Parce que cet été-là, elle n'a pas trouvé de martiens, non, mais deux orques se sont échouées sur la plage et qu'un matin de cet été -là, la petite fille blonde, blonde sable, dont le père s'est assoupi un moment, va aller un peu trop loin et pas toute seule dans les dunes.

J'ai échoué sur ce livre-là, entre autre, mais principalement parce que la petite fille blonde qui est allé trop loin dans les dunes toute seule, et qui ne va rien dire à son papa assoupi,  aurait mérité un traitement littéraire moins par dessus la jambe. J'ai échoué parce qu'après le premier chapitre, je n'ai plus vu l'intérêt du second, ni du troisième (encore moins du troisième en fait, mais comme il n'y en a que trois, ça fait quand même deux en trop, enfin, à mon petit avis).

Selon A.B., qui avait mis son veto sur cette lecture, Véronique Ovaldé s'est égarée dans la pub pour Citroën, ( Renault, Twingo ... pas retenu le nom du truc qui roule et qui ne vogue pas, ça c'est sûr). Le Titanic s'est échoué aussi, ce qui n'est pas une raison pour surfer sur la vague de la commémoration. Je ne sais pas si cela a un rapport, ni cela vaut vraiment la peine de se poser la question, tellement le charme, volatile, de cette lecture anecdotique ne passe pas les premières pages. Passons donc notre chemin et voguons vers d'autres moyens de locomotion littéraires.

Athalie

Du même auteur sur le même blog : Des vies d'oiseaux

PS : ce qui ne remet pas en cause, le beau principe de l'échange des A. Je finis de digérer Bifteck (offert par A.B). 

REPS : A.B. avait raison

Im-renault.jpg

14/02/2012

Le gardien du phare Catherine Hermany-Vieille

imagesCALP07YF.jpgUn roman d'atmosphère, pas vraiment ma tasse de café. Un roman de femmes qui commence par une mystérieuse traversée pour un non moins mystérieux exil. Trois femmes (condamnées ? consentantes ?) se retrouvent coincées sur un îlot minuscule visiblement, sans vivres ni abri, non loin de l'île aux chiens d'où elles viennent. Pas avenant, plein de brumes hivernales du grand nord canadien. Un univers rude de marins et fermé, bien clos, sauf aux vents, évidemment, et aux poissons. Un monde de taiseux rabougris ; le curé, le médecin, le notaire, un père, et de taiseuses sans enchantement ; les mères, l'épicière, les exilées elle mêmes ; Mathilde, la scandaleuse, la révoltée par le sexe, Anne, l'étrangère, venue s'échouer là pour perdre un amour fantômatique, Camille, la fragile aveugle à la peut-être langue de vipère. Chacune va livrer sa petite histoire au compte gouttes. Et encore, on n'a pas toutes les gouttes. Sur l'île aux chiens, ceux qui y pensent donnent d'autres liens bien ténus.

Tout cela respire l'artifice à plein poumons et du coup on sent à peine la mer, ce qui est dommage vu qu'il y en a partout. Remarquez, on ne sent pas non plus les poissons, ce dont on ne peut pas se plaindre. Et puis, le coup du gardien du phare reconverti en ange de la mort ... Et la vie des femmes est parfois bien dure, ben oui, ma bonne dame ! Heureusement, c'est pas mal écrit et tellement court qu'on s'ennuie peu et que l'on passe à autre chose ...

Athalie

25/12/2011

Le ciel de Bay city C. Mavrikakis

9782264052100.jpgOn finit par ne plus trop savoir de quelle couleur il est d'ailleurs ce ciel, vu que la narratrice change sans arrêt d'avis, mais ce qui est sûr, c'est qu'il n'est pas rose, mais alors pas du tout, du tout.

Amy est une adolescente quand elle commence à raconter son histoire et celle de sa famille et de ses fantômes. Elle habite une sorte de bunker en tôle surclimatisé et sur "amélioré" par des extensions diverses et variées qu'on ne peut imaginer que de guingois. Bay City est un trou dont elle veut s'échapper, sa maison un étouffoir, une boîte de conserve régulièrement balayée par les crises de propreté intensive de sa tante et vaguement habitée par son oncle, prêtre défroqué, son cousin adulé et plat comme un maillot de football américain. Elle le veut tellement qu'elle va s'accuser de les avoir fait flambler dans la maison, avec aussi le chien, sa mère et son petit frère au soir d'un barbecue qui aurait pu être filmé par Cassavettes, tellement on est dans cette tonalité tremblée d'"Une femme sous influence". C'est dire si on rigole. ( Je précise que j'adule ce film, même si j'évite de le regarder tous les jours ...)

Mais la famille, elle était cramée d'avance. La mère d'Amy la méprise et vit dans le culte de sa "grande soeur" morte née, la tante la prend pour une figure de la révélation, les deux soeurs sont des immigrées venues de France juste après la seconde guerre mondiale, imprégnées du passé, rêvant encore de croissants et de tailleur à la Chanel, inadaptées à ce ciel là. La mère ne veut plus rien savoir de l'Histoire, la tante vit dedans et y entraîne Amy. Et le passé resurgit, par les portes, les fenêtres, la cave, le réduit de la cave ... On étouffe là-dedans.

C'est une lecture cuisante, au sens où l'on y cuit, on y mitonne dans le malheur, dans la complaisance de la répétition du pire, dans le ressassement des couleurs de ce ciel qui prend sans relâche les couleurs de la Shoah. Mais à trop le dire, "Je suis une petite juive, une enfant violée de la vie, une condamnée à mort", qui n'a pas eu "la chance de mourir morte née comme sa salope de soeur", la lecture devient vite stérile. Et la narratrice en prend des allures de fabulatrice gênante, se peignant les ongles en noir et écoutant Alice Cooper en s'envoyant en l'air sur des banquettes arrière, roulant et déroulant les mêmes cauchemars vagues, les brasiers enfumés, les fosses phantasmées. Le souci, c'est que la Shoah, c'est pas un cauchemar d'adolescente tourmentée, c'est du vrai.

Le pire peut-être, la fin crépusculaire : "le ciel mauve de Bay city a gagné la guerre". Rien compris.

Athalie

27/11/2011

Plage Marie Sizun

marie sizun,plageLa couverture est ninichisme  : de de "nini", "ni kitsch ni à faire" et de "chisme", dérivé poli de "à chier". Le ninichisme n'a peur de rien, même du pire. Donc vu que le titre du roman est Plage, la couverture représente une plage, genre bretonne, vu que ça se passe en Bretagne, on reconnait à cause de la petite presqu'île rocheuse qui s'avance vaguement derrière avec la grande maison dessus et les pins parasols. La Bretagne sud quoi ... ou nord d'ailleurs, mais pas Lorient et son port de pêche en tout cas, ni Quiberon et ses baraques à frites, ni Saint Malo et les plateaux de fruits de mer avec les algues en plastique dessous, histoire que les anglais ne les mangent pas en salade, non, la vraie Bretagne, celle des cartes postales ou des aquarelles vendues la peau des fesses à Carnac ... Vu que l'héroïne est une femme seule qui attend son amant marié pour une semaine (sauvage ??? on n'ose y croire, vu comment elle est coincée ...), sur la couverture, on a une femme seule. Elle dessine ou écrit, un grand chapeau de paille sur la tête, avec une fleur rouge dessus (la symbolique de l'âme passionnée qui se cache en elle, on n'ose y croire non plus ...). Coincée, donc, toute habillée, pas le pull habituel et le paréo, mais une sorte de sarreau bleu ( en contre point harmonique avec la couleur de la mer aquaréllisée, je suppose, sinon, je ne vois pas, parce que les vrais sarreaux bretons sont noirs, je le sais, j'en ai un, acheté à la foire à la brocante de Saint Jacut, A.B. peut témoigner)

Mais une couverture peut être trompeuse. Donc, fi des clichés étalés. L'idée me disait bien : une plage et ses estivants, une petite station balnéaire, un rien surannée, un hôtel. Une femme attend son amant marié (je sais, c'est laborieux, mais faut remettre l'ennui en ordre) et regarde les autres, en famille eux. Voilà, c'est ça qui me disait bien au départ, le voyeurisme solitaire, la petite sociologie du quotidien et du rien. La plage, ça révèle des bouts de conversation (la queue aux caisses de Super U aussi, mais là, je suis moins réceptive à l'écoute des petites humanités qui ne sont pas les miennes...), des saynètes drôlatiques, des morceaux d'intime, des sourires vagues que l'on fait caché derrière les pages de son bouquin dont on tourne vaguement les pages, des petits aperçus de la vie des autres, comme la sienne, mais en moins bien quand même (sinon, c'est pas drôle et je n'écoute pas...)

Il y a quelques traits de cela au début, clichés de vacances tristes, nostalgiques, touchantes quand même : l'ado coincée entre ses parents snobinards, la vieille dame au chien super ridée-bronzée qui crève de solitude, la colonie de vacances pour cas sociaux, la jeune femme divorcée et ses deux enfants, les Allemands qui prennent toute la place (pourquoi des Allemands, les Italiens aussi, ça prend de la place sur une plage, mais pas forcément en Bretagne, soit.). Et puis vient la pluie, et l'ennui, pas seulement celui du personnage, du coup. Y'a bien la virée lamentable à la pointe du Raz, un ratage touristique qui aurait pu être troussé, mais non, les couleurs de l'aquarelle se diluent ... Le pire, c'est qu'après, comme elle perd son portable, l'amant ne peut plus la joindre. Là ça devient vraiment dindissime, tellement qu'on en craint un rebondissement. Le pire, c'est qu'il y en a des tentatives, aussi plats qu'une mer d'huile sans sardines.

Mais je ne vous dirai pas si l'amant arrive ou non, trop fastoche ... De toute façon le quatrième le dit "Qu'il vienne ou non, elle ne sera plus jamais la même", un bouleversement intime les pieds dans le sable et le chapeau de paille sur la tête.

Athalie

PS : explication pour l'illustration : je voulais trouver aussi ninichisme que la couverture, mais trop de choix. Du coup, là, c'est du sable de Gâvres, du vrai. Gris. Avec des cailloux dessus. En face de Lorient.