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28/07/2011

Meurtres entre soeurs W. Marsh

cds50.jpgUne autre lecture quelque peu anodine, mais point sans un certain charme à l'anglaise, un certain suranné, un côté mug de thé avec des roses roses dessus, un thé de Noël, un peu épicé et bien sucré, avec des buches dans le feu et un chat persan sur les genoux ( ce me change des cochons). Mais ce n'est pas la saison, enfin, normalement ...

J'attendais quelque chose du type Le divin secret des petites yaya (bouquin que j'avais adoré mais lu il y trop longtemps pour que j'en retrouve la saveur, même tenace, et qui était plutôt celle du gin amer que du thé sucré ) Quoique du gin, il y en a aussi dans Meutres entre soeurs, mais il fait plutôt sourire. En fait ce serait peut-être plus une flagrance d' "Arsenic et vieilles dentelles".

L'histoire commence dans les années d'après deuxième guerre mondiale, d'abord un veuf et une veuve, qui s'unissent, chacun solitaire avec une fille chacun, puis qui deviennent Mo et Pa, figures fantôches, dont les deux petites capricieuses tirent les ficelles, très facilement. Puis arrive Rosie, la seule commune de Mo et Pa, leur princesse, la aussitôt détestée des demi, qui vont s'unir pour l'empêcher de vivre. Sauf que la vraie nuisance, c'est la petite, qui dès le berceau va s'arranger pour la leur pourrir leur vie, et en grandissant, elle va sacrément bien y arriver, n'hésitant devant aucune trahison, aucune vengeance, plus pourrie et cynique comme soeur, y'a pas, même en demi, celles de Cendrillon, à côté, c'est des  mollasses... Pourtant, tout cela reste si léger qu' on n'y croit pas deux secondes, faut dire qu'il n'y a pas idée d'être aussi naïves que les deux anciennes stratéges de la manipulation qui se laissent avoir comme deux godiches télécommandées par une sorte de poupée mécanique aux plans clairs comme de l'eau du puits.

ça se laisse lire, parce qu'il y a, en plus de l'odeur de thé, celle des petites tartelettes qu'on peut manger avec. Sauf que la tartelette peut être fourbe ...

Athalie

 

27/07/2011

La terre des mensonges Anne B. Ragde

1ggpiq.jpgVu que ce bouquin est en présentation sur toutes les gondoles des supers et "recommandé par vos libraires", que je me suis faite avoir par le quatrième et les premières pages, je chronique juste pour avertir qu'on peut facilement s'en passer et perdre son temps à autre chose, regarder sa pelouse pousser, la pluie tomber, le linge à repasser s'amonceler ... à moins d'être passionné par l'élevage porçin en Norvège, évidemment. Auquel cas, il doit être d'une lecture fascinante (du moins, je le suppose).

Au départ, il n'y a pas trop de cochons, ce qui fait que c'est trompeur. Les toutes premières pages résonnent un peu à la Wasmo, une attente fébrile érotisante qui fleure bon l'étreinte dans le foin. Puis, un suicide bien troussé, inquiétant, violent, et toujours pas de cochons, mais un croquemort, passionné par son métier, absorbé même dedans, englouti dans une torpeur mentale qui s'annonce bien psy ... Vu que le quatrième annonce une sombre histoire de famille et un huis clos sanglant, ça colle, c'est un peu long, mais on veut bien admettre qu'il faut présenter les protagonistes, le décor du drame annoncé qui ne saurait tarder, classique. Puis, le deuxième frère, quelque peu frapadingue aussi : lui, son truc, c'est les vitrines, c'est son métier et sa passion les bidules qui brillent, les bibelots qui clinquent, obsédé jusqu'au sapin de Noël. Homosexuel jusqu'à la caricature ... ( On est pas obligé d'être homo pour aimer les préciosités débiles qui servent à rien et encombrent les étagères et passer son temps à les bouger d'un millimètre ou deux pour voir si ça fait mieux, j'en sais quelque chose ....). C'est encore un peu long, mais bon, faut bien attendre le troisième frère, ça va peut-être se décoincer, on attend le secret, le huis clos et qui attendait qui pour faire des choses bien chaudes dans le foin, on voit le suicide prendre du plomb dans l'aile de la fiction, par contre.

Là où j'ai commencé à sérieusement sentir le filoutage de la quatrième, c'est au troisième frère, parce que lui, son truc, c'est son élévage de cochons, on apprend aussi qu'avant, il avait des vaches, et qu'avec les vaches, il avait moins de travail parce que là ses truies sont en train d'accoucher, et qu'il y en a une qui a du mal, alors, il faut qu'il s'en occupe jour et nuit .... Alors quand la mère se met à calencher, le père à baver, la petite fille inconnue à faire le ménage là dedans, et que l'autre, il est toujours avec ses petits cochons, moi, je suis retournée regarder ma pelouse pousser, la pluie tomber. Ce qui est quand même plus passionnant. En tout cas, pendant ce temps-là, le tas de linge à repasser n' a pas diminué. Ce qui aurait été étonnant.

Athalie

 

 

25/07/2011

HHhH Laurent Binet

9782253157342.jpgPour ce livre là je me suis dis, "je crois que je vais déléguer",non pas qu'il ne soit pas bon, mais le sujet m'est par trop sensible. Finalement, je tente quelque chose.

"Pour que quoique ce soit pénètre dans la mémoire, il faut d'abord le transformer en littérature. C'est moche mais c'est comme ça". Y'a mon historien de prédilection qui n'aimerait pas ça. Et pourtant, je trouve cette phrase de Laurent Binet profondement juste, c'est la fiction qui fait voir la réalité du monde, plus que les reconstitutions historiques qui se veulent être parfois d'une telle précision qu'on se perd dans les détails. (Bon, je sais, c'est pontifiant et sûrement faux, mais tant pis, j'assume mon manque de logique, moins le côté donneuse de leçon moraliste sur comment on écrit un livre sur le nazisme, un nazi, une résistance).

Laurent Binet retrace un épisode historique : l'attentat qui causa la mort d'un SS particulièrement efficace et redoutable, Reinhard Heydrich, surnommé "le boureau de Prague", entre autre, perpétré par deux résistants tchèques, parachutés de Londres pour accomplir cette mission "suicide". Et l'auteur se bat aussi contre l'histoire, la tentation de romancer, d'inventer, de combler les incertitudes avec des certitudes fictionelles. Le livre alterne donc, entre reconstitutions et commentaires. c'est pas mal fait du tout et on se laisse prendre aux deux.

Je ne connaissais pas du tout cet épisode de la seconde guerre  mondiale, je ne connaissais pas non plus Heydrich, "le cerveau d'Himmler s'appele Heydrich", d'où le titre, et puis depuis La mort est mon métier et Les bienveillantes, rentrer dans le cerveau de ces gens-là me répugne quelque peu. Mais qu'est-ce qu'une répugnance individuelle quand quelqu'un veut dire ce qui ne peut être dit, n'aurait pas de mots si quelqu'un ne s'y lançait pas finalement.

L'auteur est peut-être trop présent, dès fois, dans ses interrogations sur comment dire cette histoire, dans ses commentaires sur ceux qui l'ont écrite avant lui, dans ses commentaires sur ses propres commentaires, dans ses doutes : il dit ne pas vouloir céder au lyrisme, et y cède, même si on le comprend, cela gêne parfois. Après on se rue sur internet pour voir si cela a vraiment existé, si ils sont vraiment morts, Gabck et et Kubis, parce que on aimerait bien que non. Mais si.  Le roman avait raison.

Athalie

PS : http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/03/02/le-prix-...

21/07/2011

Entre dieu et moi, c'est fini K. Mazetti

ma-soeur.jpgHier, je suis allée m'acheter des livres, cartes de fidélité en poche (plus ou moins au complet, cause, j'en ai paumé une mais c'est pas grave, je suis dans la machine informatique, et une autre, cause, il faut la faire valider avec une pièce d'identité, trop dur de penser à tout en même temps) et ma liste de "lectures prévues pour un été lourd" dans une autre poche de mon sac. Blindée, prête à faire une bonne razzia (genre certaines chez IKKS pendant les soldes). Je n'en avais plus que quatre ou cinq d'avance, par conséquent, angoisse possible devant un possible manque de choix et, de poids : ceux d'avance, c'étaient que des gros. Par contre une inconnue de taille : en avait-il des petits dans la liste des "prévus" ?

Suspens insoutenable ... D'autant plus que sur les rayonnages, juste un des "prévus". Mais, petit, donc, pris. Hors de question de rentrer avec si peu, on va en trouver des pas prévus sur les présentoirs ... Résultat, retour avec un petit tas de petits "pas prévus" en alternance avec des sujets lourds (L'origine de la violence, HHhH,  ... ) et des légers dont Entre dieu et moi s'est fini de K. Mazetti, parce que j'avais bien aimé Le mec de la tombe d'à côté.

Les quelques 20, 30 premières pages, j'ai vraiment eu envie de le laisser tomber. Envie de légereté, mais quand même ... j'avais l'impression de lire un des sélectionnés du prix ado, je n'ai rien contre le prix ado, bien au contraire, mais bon, là je suis en vacances ... C'était drôle et bien écrit mais bon, sujet grave d'ado ... UNE HISTOIRE D'AMITIE BRISEE PAR LA MORT !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

La narratrice Linnéa, ne peut accepter la disparition de sa meilleure amie, Pia, son double, son âme soeur. Pia était une tombeuse, Pia était drôle, Piapiapia ... Mais voilà, Pia a gardé son secret et est partie avec. Linnéa n'a gardé qu'une grand-mère excentrique tireuse de cartes, son petit frère adoré, les soucis amoureux de son mère, son mur des lamentations perso et même plus de chagrin d'amour.

Résumé comme ça, évidemment, ça fait ado grave. Pourtant, au fil des pages, l'impression de s'être égarée dans le rayon taille 16 ans, et "vous n'auriez pas le même mais en rose avec des paillettes et des bretelles transparentes" (citation véridique que je tiens de ma frangine préférée, responsable du rayon vêtement dans une grande enseigne, aussi fréquentées par les A., mais où on va moins faire les soldes, vu que ...), s'estompe. Car c'est quand même fitrement bien écrit, de moins en moins drôle et de plus en plus attachant. J'ai fini par lire avec un brin de sourire nostalgique aux coins des lèvres. Ben, oui, pas si loin d'une certaine tristesse, celle de cet âge là et puis comment on fait avec la peine, celle que les autres n'ont pas, quelque chose comme ça.

Pas tout à fait une bluette rose bonbon, et sans paillettes, finalement.

Athalie

 

20/07/2011

Mon chat n'est pas du rabbin (1)

065%20Morphologie%20chat.jpgMon chat est un chat. Basique. C'est surtout une chatte. Elle a pour nom Bonnie, dont l'orthographe est variable, c'est un peu comme la mastaflache, sauf que c'est vivant et que ça n'a pas la même couleur. Pas homologuée, mais conforme à la race chat, le genre inutile. Elle vient de Lozère, pour venir chez nous, ce qu'elle ne savait pas, elle a voyagé une journée entière dans le fourgon de la A. lozérienne, surnommée Bonnie à cause de Clyde, son homme, qui se nomme Casi en vrai, le temps d'une chanson à la noix, que ma A. de 20 ans m'a forcée à chanter, le temps de leur fête des 40 ans, ce qui fait que ça doit être plus être 20 ans maintenant, mais comme je ne veux pas compter, je reste sur une globalité.

Bonni, elle, n'a pas l'air de s'en souvenir, ni même de se rendre compte du poids de l'affectif qui pèse sur son poil, basique. Elle miaule pour qu'on lui ouvre la porte, les portes, celles de la maison quand il se met à pleuvoir et qu'elle était étendue en boule sur la terre tiède de la plate bande où j'avais mis des graines d'annuelles, pour que le jardin soit encore joli en aout, mais bon tant pis ... Celle du frigidaire quand elle a daigné dormir à la maison et qu'elle descend de dessus notre couette, affamée, et que nous on n'a pas encore pris notre café et que l'odeur de la patée de chat en petit dej, c'est bof ... Mais que de miaulement incessants en miaulements carrément énervants, elle va encore son mouron avant qu'on prenne le nôtre .... Celle du bureau quand elle a passé la nuit dehors et que maintenant qu'on est enfin levé, on pourrait quand même se dépêcher un peu ! Jamais, celle de devant, celle-là c'est pour sortir. Pourquoi ? On sait pas.

Bony, elle dort aussi avec les enfants, dès fois, on pourrait même se dire qu'elle les aime. Seulement, ils se disputent sa royale présence et ma fille pleure parce qu'elle pense que cette pétasse de chat qui se prend pour le sphinx, préfère son frère.... Vicieuse et perverse, Bony triomphe sur la couette et ferme avec nonchalance des yeux verts de chat qui savourerait un jubilé .... Quand elle a été malade, ça été d'une maladie rarissisme chez les chats, seulement vue chez les vaches, a dit le véto, mais super chère à soigner, tant qu'à en faire une .... On a eu la trouille, elle aussi sûrement, mais elle n'a pas miaulé une once de reconnaissance pour notre dévouement sans faille. Elle fait rire aussi des fois, tellement, elle est chat. Elle miaule dès qu'elle voit mon homme, dès qu'il rentre dans la pièce, alors qu'elle comatait peinard sur le pouf rouge (c'est celui qu'elle préfère, dans mon bureau, je lui tiens souvent compagnie, ça doit être pour ça, pour pas dormir seule), faut dire c'est le seul qui lui donne à manger sur commande. Parfois, il lui parle même, il la gronde. Elle miaule alors en décochant son regard qui caresse. 

Moi, elle s'en fout.

Athalie 

 PS :  si toutes les A. n'ont pas de chat, c'est pas grave, on peut faire une série sur les sans chat mais avec canari, par exemple ... pas grave non plus si y'en a qu'en ont plusieurs.

18/07/2011

Jours d'Alexandrie Dimitris Stéfanakis

51zdLjYfnzL__SS500_.jpgUn des inconnus ramenés de la pêche au gros sur les rives malouines. Bonne  pioche !

Pourtant, ça démarrait poussif, trop de wagons, et puis, comme dans les romans russes, plein de personnages avec des noms pas pareils à chaque fois, occupés à leur grande affaire : signer un accord entre politiques et industriels pour une histoire très confuse de commerce de cigarettes en Egypte, mais avec des Grecs et des Anglais là dedans,  avec plein de références et de trous dans la narration, moi, je me disais, fumeux,  cachochyme, cacophonique, ce truc....

Et puis, finalement, de pages en pages, on entrevoit des trous dans le brouillard, ça s'éclaircit et ça se laisse lire jusque la destination, prévisible, car vu que comme c'est annoncé dans le quatrième, c'est une fresque familiale et historique. Donc, on reprend les bagages, comme Dans la main du diable et on entasse les secrets, les revirements, les trahisons, les espoirs déçus, les engagements divers dans une époque troublée qui mêle les destins d'exception, sans y croire vraiment, mais avec le plaisir d'une bonne histoire qui va quelque part, et que c'est déjà pas si mal, vu le départ genre bison futé un samedi de juillet.

Bien sûr, on part du père, Anthonis Haramis, fondateur de l'usine de cigarettes, travailleur impénitent et membre éminent et jalousé de la communauté grecque d'Egypte, de sa femme Daphné. Elle, d'abord petite figure secondaire, va prendre de la voile (j'ai adoré les textes des cartes postales dans sa période "voyage en Europe"), décalée, peu crédible mais elle s'accroche à la fiction, romanesque à souhait. Encore plus romanesques et encore moins crédibles, Yvette, la petite française au charme d'espionne de la Belle époque, tenancière de bordel pour le compte d' une figure encore plus  hollywood de carton pâte si possible, Elias Khouri, dit le libanais ( et là tout est dit...), truqueur et dandy des coulisses, sur lequel tous les drames glissent. Les deux fils, ensuite, fils conducteurs qui permettent de sortir du microcosme de cette "bonne" société, afin de mieux y revenir accomplir deux destins là encore empruns d'exemplarité historique, accrochant au passage une juive hollandaise qui n'a rien d'une Anne Franck.

Du mythe cosmopolite d'une Babel qui aurait quelque chose de l'Eden, mais dont les dieux aristocratiques auraient quelque peu oublié les arabes, quand même ...  

Athalie

PS : peut-être à conseiller particulièrement aux amatrices de " Sissi l'impératrice" et de "Angélique marquise des anges", finalement .... 

17/07/2011

Tonton Clarinette Nick Stone

Edouard_Manet_018.jpgBon, alors le titre ... ma douce  a eu un petit sourire moqueur quand je l'ai acheté surtout que le bandeau rouge qui barrait la couverture indiquait "Grand Prix SNCF"... bon ben j'ai pris quand même. J'avais vu et écouté l'auteur dans un salon feutré de l'hôtel Chateaubriand le matin même: Nick Stone, beau métis d'une quarantaine d'année (çà, c'est pour les A, elles vont m'en vouloir à mort de donner ce genre de précision) et surtout possédant une connaissance impressionnante des milieux criminels de Miami, Haïti et d'ailleurs.

-une A: "Bon allez, çà va, çà vaut le coup ou pas?"

Un peu ma nièce (faut qu'je féminise...): on rentre tout de suite dans un polar d'une noirceur totale et dans la vie, évidemment cabossée, d'un privé, Max Mingus employé par un certain Carver (les noms, fallait oser mais ça passe) pour retrouver un môme à Haïti, je n'en dirais pas plus sur l'intrigue. Nick Stone nous prépare le terrain dans les bars de Miami à la façon noire des années quarante avant de nous balancer sans bouée ni parachute dans l'enfer de l'île -ça fait un peu cliché mais il n'y a pas d'autre mot- victime de toute la rapacité humaine, indigène ou autre. Malgré des scènes de violences inouies et des tableaux faisant passer Jérome Bosh pour Walt Disney, on suit Mingus de Port au Prince à Piétonville jusqu'à la frontière Dominicaine sans jamais vouloir s'arrêter. Tonton Clarinette nous mouille, nous rend tout crasseux, un peu plus lucide? Je ne sais pas.

Anonymus

Je vais mourir cette nuit Fernando Marias

piege-souris.jpgJe vais revenir sur une vieille lecture, vu que, en réalité,  je revitrifie des planchers à tours de ponceuses hurlantes, les narines pleines de poussière de bois et que je repeins, des autres mains, un ou deux radiateurs, et quatre ou cinq murs, et que donc, je n'ai pas trop le temps de me prélasser pour lire sur les plages "ensoleillées" de ce début "d'été".

Je vais mourir cette nuit est une délicieuse petite lecture ( de plage, éventuellement, mais attention alors de ne pas se laisser pièger par la marée montante), un piège noir très bien huilé, une histoire de vengeance sourdie avec grand art, et écrite au quart de poil, un poil pas dans l'engrenage dont on se dit qu'il ne peut être si bien huilé ... Ben si ... C'est l'histoire d'un homme, Corman, arrêté par un commissaire, Delman, qui n'a fait que son boulot de brave commissaire, vu que le brigand n'avait rien d'un ange. Dès la première page, le méchant annonce son suicide, il est en prison et livre son "journal intime" à celui qui, seize ans après cette première page et donc cette mort, va comprendre comment sa vie a été pilotée et orchestrée par celui-là même .... et que le texte que l'on est en train de lire est lui-même une sorte de grenade dégouillée à retardement, vachement efficace. Je sais, m'en rends compte, c'est nébuleux, tortueux comme note, mais pas autant que ce petit bouquin qui est à la fois jouissif et glaçant. Se lit en une après-midi, par contre, se méfier du rapport prix / temps, par conséquent, pire que Le homard.

Fernando Marias a aussi écrit La lumière prodigieuse, sur une idée quelque peu similaire, la reconstruction d'une biographie imaginaire, en partant de l'idée que Federico Garcia Lorca ne serait pas mort en aout 1936, mais aurait été retrouvé amnesique, sur le bord d'une route, par un jeune livreur de pain dont la vie va devenir l'ombre du poète qui lui, n'est plus l'ombre de rien. J'ai bien aimé aussi ; faut dire que je suis fan de Lorca et que "La romance de la luna négra", je suis encore capable de la relire en espagnol, tout haut, juste pour la nostalgie des mots et des sons. Il y a aussi L'enfant des colonels, un gros pavé que mon homme a trouvé génial. Et mon homme, il a souvent raison. Sauf pour la couleur des murs que je repeins, mais c'est une autre histoire.

Athalie

13/07/2011

Les derniers jours de Stephan Zweig Laurent Sekick

vangogh-ennui.jpgStéphan Sweig, je le connais peu, voire pas. Je me souviens de n'avoir rien compris à ce qui est considéré comme son chef d'oeuvre, Le joueur d'échec, et d'avoir eu de l'intérêt pour sa Marie Stuart. Mais bon, cela ne veut rien dire, il y a bien des fous de Joyce, ce que mes petits neurones ne peuvent envisager, et de certains qui pensent que La recherche du temps perdu est trop longue, (c'est vrai qu'avant de le retrouver, cela demande un certain temps), mais c'est pas long, c'est juste trop beau pour être plus court. Sans compter des gens qui ne pensent pas comme moi que Le combat ordinaire ou Le chat du rabbin sont des oeuvres majeures et que La route tient de la masturbation intellectuelle .... Donc, pas de préjugés. On peut écrire un bon livre sur un "auteur symbolique de la fin d'un  siècle finissant". On peut même le lire.

Donc, j'ai commencé avec un certain enthousiasme, l'idée de cette biographie restreinte et sans suprise, je me demandais bien ce que l'on pouvait en faire, puisque la fin est connu et le suspens nul. L'auteur  ne pas faire que Zweig ne se suicide pas, au Brésil, avec sa femme, en exil, en fuite. Et puis quelques jours, je me disais que ça allait me reposer du voyage au long de Dans la main du diable. Je me mise dans mon transat pas fin de siècle pour naviquer quelque peu dans d'autres eaux, calmes.

Juste quelques jours et seulement deux personnages, Sweig et sa femme, Lotte, un seul lieu, Pétropolis au Brésil ( quelques retours arrière quand même, la regrettée Vienne, Londres embrumée et New-York, vite expédiée), pas de quoi se perdre. Les quelques jours se suivent, dans l'ensemble et puis rapidement atones, se suivent toujours mais se ressemblent. Zweig est à la fois désespéré et écoeuré, de la victoire du nazisme, de lui même, de sa lacheté, de ceux qui ont décidé de lutter même en de l'exil, de ses dents qui tombent, du carnaval de Rio... On compatit et on comprend pour le nazisme, évidemment, puis, comme tout est sur le même plan, on se lasse. On s'ennuie un peu, la compassion ayant des limites en littérature. En plus, ils ne sont que deux, et le personnage de Lotte, sa femme, qui est désespérée aussi, mais surtout inconsistante, genre flan gélatineux qui tremble d'amour passif. Zeig n'a pas l'air d'en faire une grande consommation d'ailleurs. Ce que l'on comprend, elle fait pas envie.

Un petit livre, une longue note, pour une anecdote.

Athalie

10/07/2011

Dans la main du diable Anne Marie Garat

montreux_bateau.jpgUne rencontre sur un plateau littéraire à Saint Malo, je suis avec la copine A.O., je ne sais plus pourquoi on avait décidé de voir ce plateau-là, pour garder nos bonnes places pour le suivant ? comme souvent ? parce que l'on était interessées par un des auteurs ? autre que Anne Marie Garat, puisque elle, et là j'en suis sûre, on ne connaissait pas, niet, nada ... qui  n'a d'ailleurs pas vraiment parlé de son livre, plutôt de l'acte d'écrire, en général, comme habitée par ça, allumée de l'intérieur par ça ... Une drôle de bonne femme, s'est-on dit (A.O. dira).

Après, passage au salon du livre, juste pour un dernier tour, il est tard, on va partir, et puis Anne Marie Garat est aussi entourée de ses lectrices, admiratrices, ferventes, elles aussi. Elles parlent, mais parlent vraiment, comme je ne savais pas qu'un auteur pouvait parler à ses lectrices, l'auteure est dans son oeuvre et parle de ses personnages, elle semble là encore les habiter, comme si ils étaient vivants, elle cause sans arrêt, ne les vend pas, elle les retrouve. Impressionnant.

Et c'est comme cela que je me suis retrouvée avec un gros pavé écrit tout petit entre les mains, énorme paquet de mots. Pas livre, mais un navire, un paquebot, un transaltantique de la Belle époque avec des femmes en voilettes qui passent dans la brume. L'équipage, les personnages sont chacun bien à leur place, à leur poste : au premier plan, l'héroïne, Gabrielle, orpheline d'origine hongroise, recueillie par sa tante et la servante, amoureuse transie du beau cousin aventurier ténébreux qui a disparu ..., par grand amour desespéré, elle se fait passer pour une institutrice et s'introduit espionne, galvanisée par un mystérieux "ami", aux motivations d'emblée énigmatiques, dans une famille fortunée pourvandeuses de gâteaux en sachets. Il y a aussi la petite fille oubliée par son "papa" mais qui va retrouver goût à la vie ;  la vieille grande bourgeoise, chef de famille tyrannique et égoîste, fidèle fiffille de son père tutélaire, qui ne quitte pas du coeur un vieux bol de café, mais ses enfants, si ;  le fils médecin, bel homme sensuel qui s'ignore, rongé par un mal secret, mais fidèle à la parole donnée ; l'autre fils, enfiévré de cinématographe, pionnier insouciant à la recherche de sa muse ; les deux filles, l'hystérique amoureuse de son fils, et l'autre, la délaissée genre Madame Bovary des temps post modernes ... Ne pas oublier la grande amie fidèle, pianiste aux tendances saphiques, le jeune anarchiste aux yeux de biche, le commissaire débonnaire mais dont il faut se méfier, son parapluie est "piégeux" dirait Vargas et plein d'autres, les bonnes, les gouvernantes, le père grand voyageur collectionneur aristrocratiquement détaché de ce monde, le jeune patron d'industrie juif, dont on se doute que ... au prochain tome .... (parce qu'il en a trois comme ça)bi3ba3qv.jpg

C'est gros, donc, ça foisonne, parfois de clichés,47980324.jpg comme un bon gros roman noir populaire à la Eugène Sue, les bas fonds, les crimes impénitents, un petit tour à Venise qui se berce au Lido, croisement de "Mort à Venise" et de dévociatons (j'assume ce néologisme incongru) révolutionnaires . Parfois, des longueurs, des répétitions, mais aussi des gourmandises, des trouvailles de rythme, des tournures, pas seulement de robes, mais aussi de mots, les dernières pages : descriptions de photos, une analyse du rapport au temps et aux souvenirs qui bruissent d'un temps qui était aussi celui de Proust.

Une jolie lecture, mais pour s'embarquer là dedans, beaucoup de temps devant soi, pas grand chose à faire, juste tourner les pages, et il y en a beaucoup.

Athalie

 

08/07/2011

Sukkwan Island David Van

utopia%201.jpgC'est un livre dont j'aurais aimé dire beaucoup de bien, parce que l'auteur, d'abord, il est vachement beau, et qu'en plus, il a l'air un peu tout cassé, genre Boyden, mais en plus jeune, moins massif, un côté ado fragile.  Mais je ne sais trop quoi en penser, au final. Déjà, y'a un côté La route, la relation père-fils, ça fait écho, ça gêne.ça gêne aussi de savoir que le père, le vrai, de David Van, lui a demandé de vivre avec lui en Alaska, que le vrai auteur a dit non, et que son père s'est suicidé quelques temps plus tard. Il (l'auteur) n'a pas dit si cela avait un rapport avec son refus, mais on peut penser que c'est ce qu'il peut penser, forcément. Il dit aussi que c'est le roman de l'autre scénario, celui où le fils aurait dit oui. ça gauchise un peu la lecture, peut-être.

Sur le quatrième, le roman est classé sous l'étiquette "Nature writing", soit. C'est vrai que l'action se situe en Alaska, donc, Alaska oblige, pas beaucoup de monde, mais un plein de solitude, d'arbres, de saumons, un ou deux ours, de la neige, du froid évidemment, du froid. Un père qui demande à son fils de vivre avec lui pendant un an sur une île, rien que tout les deux, c'est plutôt de cette nature dont il s'agit, pas de la beauté des grands espaces, mais du piège de l'espace intime. Le fils qui croyait que son père avait tout prévu, le père figure paternelle angoissante, défectueuse, centré sur ses propres échecs, amoureux, ceux d'avant,  de maintenant. Impudique (enfin, j'ai trouvé), Jim (c'est le père) se sert de Roy (le fils) comme d'une béquille, sauf qu'il n'a que treize ans, le fils. Une sorte de prise d'otage moral, Roy flotte dans cette mission imposée trop grande pour lui, il ne sait qu'en faire. Alors, comme  c'est le début de l'été, il pêche des saumons, chasse des provisions, collabore comme il le peut avec ce père de plus en plus inquiétant, veut fuir, puis reste, puis la neige, puis le huis-clos.

On sent bien qu'on va vers le drame, mais j'ai quand même sursauté quand il est arrivé. Et puis après, ça sonde l'âme, ses lachetés, ses errances. L'écriture est lente, comme retardée par les échos de la neige, comme au rythme d'une marche en raquettes qui n'aurait pas vraiment de fin, ni de but. C'est peut être pour cela que je suis restée à l'extérieur, attendant autre chose que cette sonde douloureuse d'introspection qui ne mène vers pas grand chose en fait, du moins me semble-t-il ... 

Athalie

PS : mais c'est vrai que moi, les relations père fils ...

07/07/2011

Lectures prévues pour un été lourd

P3240022.JPGJe ne sais pas ce qu'il faudra avoir lu cet été mais puisque A cachotrice sort du bois avec de nouveaux Eureka à pousser : voici ce que je me suis prévue, sans garantie de résultats ... et en attente d'autres suggestions, donc vous compléterez ...

En cours de lecture : Dans la main du diable de Anne Marie Garat : un énorme pavé qui se lit pénard, genre roman feuilleton à la Eugène Sue avec rien à voir avec en même temps, pas mal du tout dans le genre.

Pas en cours de lecture mais déjà achetés, en attente sur l'étagère:

Istambul était un conte Mario Levi, Jours d'Alexandrie Dimitris Stefanakis, Le plaisir ne saurait attendre Tishani Doshi, trois gros pavés trimballés du salon du livre de Saint Malo jusque sur mon étagère des "pas encore lus", avec les risques que comporte toujours l'achat avec auteur dont seule la A érudite a déjà entendu parler, et sous peine d'avoir succombé à un charme éphèmère ...

Histoire de mes assasins Tarun J Tejpal : un autre pavé, issu de la même origine malouine mais datant de la pêche de l'année dernière et dont la consommation immédiate a été empêchée par la production trop fraîche en provenance de la librairie de Banon.

Le cimetière de Prague U. Eco : un pavé offert par un collègue-copain qui me prend pour une intello, lecture retardée par celle du premier chapitre.

Entre ciel et terre Jon Kalman Stefansson : acheté finalement, après l'avoir reposé sur l'étalage quand il était sorti parce que je m'étais dit que c'était un truc pour intello, genre méditation sur l'existence, et que depuis La route, entre autres, je me méfie de ce genre de trucs philoso-machin. Mais bon, finalement ...

Pas encore achetés, mais notés en cas de raz le bol des gros pavés malouins ou  méditations transcendantes (sauf que pour la plupart, je ne sais pas de quoi qu'ils causent)

Les "je ne sais plus pourquoi" : Meurtres entre soeurs W. Marsh, Un pied au paradis R. Rash, Le garçon de la lune K. O' Rindam, La route de tous les dangers K.Nelacott ...

La suite de la liste de mes collègues grandes lectrices : Les derniers jours de Stéphan Sweig Selsik, L'échappée V. Goby, Seul ce qui brûle C. Singer, La chambre de Mariana A. Appelfeld, Le gardien du phare Hermany Vieille, Compartiment pour dames A. Naire

L'équilibre du monde Mystri, juste pour ne pas perdre la thématique indienne de vue ...

La couleur des sentiments K. Stockett, juste parce ça a l'air d'un bouquin de fille et que celle qui m'en a parlé avait adoré Terre des oublis, dont je lui avais parlé, donc faut être réciproque.

Séance de rattrapage :  Panique à Porterhouse de Tom Sharpe (chère A aux points d'interrogation) et  L'élu de Chaim Potok !!!!!!!! Comme aime s'exclamer la A. cachotrice, qui, si elle ne nous dit pas, nous, on ne peut pas savoir.

C'est ambitieux, oui, ce ne sera pas tenu, non.

Athalie

PS : promis, bientôt une note sur Le livre de Dina de Wassmo

 

 

 

06/07/2011

Eureka street Mac Liam Wilson

 

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Il y a des collègues grandes lectrices et des A. cachotrices. " C'est comme dans Eureka street". "Ben, dans quoi ?" " Ben dans Eureka street ! " "C'est quoi Euréka street ?" "Ben, c'est un bouquin génial, tu connais pas ? Ben, comment ça se fait ?" Ben , comment ça se fait ? ça se fait qu'on ne m'a rien dit, qu'on a gardé Eureka street pour soi toute seule, que je suis la seule au MONDE à ne pas connaître Eureka street et que je vais faire la gueule (deux secondes, durée maximale envisageable) 

Et ben, j'ai lu Euréka street. Et j'ai refait la tronche, toujours deux secondes, parce que je l'avais déjà fini. Elle avait raison, la cachotrice, c'est un génial de petit bouquin, le genre qui redonne la pêche à une lectrice engourdie, qui met du soleil (irlandais, il faut le lire pour le croire) dans le ciel hivernal (breton, il faut être une douce réveuse pour le croire aussi). Il donne même envie d'aller à Belfast, et quelle lectrice bretonne pourrait avoir envie d'aller en Irlande en plein hiver ? Il en fait une ville littéraire, belle et forte, un des personnages les plus attachants du roman, qui pourtant n'en manque pas.

Dans la petite ruelle d'Euréka vit Chukie, gros, pas beau et pauvre, avec sa mère, image même de la banalité, pauvre aussi et pas belle non plus, mais maigre, par contre (ce qui n'a strictement aucune importance, quoique ... ). Grâce à une superbe arnaque légale, bâtie sur du vent libéral, auquel il ne comprend pas grand chose, sur fond de pacification et de mondialisation forcenée et inconséquente, ce paumé invisible va devenir un millionaire naïf et amoureux, la ménagère se révéler à des plaisirs, comment dire ... résurrectionnels (mais peut-être pas très catholiques) ?

Et tout est comme ça, et pourtant ça sonne vrai et juste : la réalité politique de l'Irlande du nord, les derniers attentats, oui, ils y sont aussi, l'omniprésence de l'importance de l'appartenance religieuse, les obligations de choix à ceux qui en ont marre et aussi à ceux qui ne veulent pas lâcher, sinon, quelle lutte ? Jake, qui ne veut pas de ce poids historique, juste tomber amoureux, et Aoirghe qui, elle, y trouve sa raison de vivre et pourtant ....

Ce pourrait être grave, c'est drôle, même lorsque (comme moi), on se mélange les pinceaux dans les enjeux politiques, qui manifeste contre qui, pourquoi il faut parler (ou non) gaélique .... on est du côté de l'histoire qui fait du bonheur : Chuckie, toujours, qui avance sans le savoir vers sa rédemption de loser triste en héros romanesque, de Jake, de ses histoires d'amour bancales et égarées.

Sortir de ce qui a été une vraie tragédie, sans même sembler en parler. Très fort !

Athalie

03/07/2011

Une séparation Asghar Farhadi

imagesCA6GDYPA.jpgJe ne savais absolument rien sur ce film, aucune idée de quoi il pouvait bien être question, sauf que ceux de nos connaissances qui l'avaient vu en disaient du bien, on avait un petit moment, pas trop la flemme, mon homme et moi, alors on s'est retrouvés devant le ciné.

Incrédulité quand je regarde l'affiche : "Y'a Téhéran marqué dessus". Je n'ai strictement rien contre le cinéma iranien, rien du tout. Sauf que, nous, on ne voit pas beaucoup de films sans qu'il y ait Téhéran dedans. On sait pas pourquoi, un destin. ( ce qui montre bien que l'on ne va pas souvent au cinéma, parce que des films avec Téhéran dedans, c'est pas la majorité de la production cinématographique mondiale, non plus. Mais, nous on tombe dessus.) Mon homme me rétorque qu'il semblerait que ce ne soit pas grave, je ne réponds pas que je ne vois pas pourquoi ce serait grave, ou pas, c'est juste que "Téhéran sans autorisation", on avait juste réussi à ne pas s'endormir.

Le titre annonce un mélo, j'avais prévu de pleurer. Première scène, ça colle plus ou moins. Une femme demande le divorce, son mari refuse, sous le prétexte (pense-t-on, du moins), qu'il ne veut pas quitter le pays parce qu'il doit rester s'occuper qui n'a plus toute sa tête. Sauf que c'est pas glamour, pas de violons, ni de trémolos, presque amusant, lègèrement décalé.  Ensuite, j'ai craint le pire. Comme sa femme le quitte, sans que cela ait l'air de lui beaucoup de peine, le bon fils et bon père s'occupe de trouver une femme pouvant l'aider, passer la journée à garder le malade. Côté glamour et strass, c'est complètement loupé. C'est voile islamique, circulation chaotique, elle est embauchée, s'en va, revient, toujours avecsa petite fille, son mari qui ne sait rien, le salaire peu satisfaisant, elle habite loin. Elle vient quand même, le père malade lui cause des soucis, ne veut plus revenir mais revient quand même ... Là moi, je me disais " ça dure deux heures ..."

Pourtant, dès le départ, il y a quelque chose, bien filmée, bien jouée, bien bruitée, on s'attache à cette histoire, en apparence d'une simplicité quotidienne relativement affligeante et pourtant ... Deux heures plus tard, je sautais intérieurement sur mon fauteuil priant le bon dieu des cinéphiles, pour que cela s'arrête, la spirale, pour qu'il y ait une issue, pour que tout le monde s'en sorte, pour que cela finisse bien, mais non. c'est l'histoire de gens biens, tous, les deux couples, les deux hommes, les deux femmes, pris dans un engrenage que chacun a nourri même si aucun ne l'a voulu. Le scénario est terriblement efficace, certains face à face poignants. Pris au piège de leurs peurs, croyances, profondement humains, tous sincéres, tous, tour à tour, on les comprend, on les aime et les trouve nuls, énervants, obtus, égoïstes. On a envie que l'histoire se désembobine, que l'on revienne à la première scène, quand on croyait encore que séparation voulait dire divorce. Alors que la séparation, elle est pourtout, dans la revendication d'une existence sociale, dans une revanche, parfois violente, parfois désespérée, dans la volonté d'exprimer un amour père-fils-mère, dans les regards qui se croisent et les mensonges pour faire le bien, la recherche d'une intégrité qui mène à la catastrophe.

Je n'ai pas pleuré, pourtant, quand j'y repense, c'est une machine à sanglots, ce film, pire que le pire des mélos. Mais drôlement plus secouant.

Athalie

Le monologue de la carte bleue (3)

0810_BelleDesChamps.jpgBen voilà, la fin de la journée approche et  c'est  pas les sacs qui lui manquent à la petite blonde ... déchainée, presque que du pour elle, la veste en cuir, top classe qui lui va super bien qu'elles lui ont dit les deux autres ... "Comme si elle t'attendait" ( c'est clair, les blousons matent, pensent et restent accrochés sur leur cintre en attendant une A blonde ...) "Super la couleur, avec tes yeux, ça va génial" ... Non, mais elles ont encore régressé ! Encore heureux y'avait pas de jupette ni de robette à fleurettes, elle aurait été capable de s'en saisir avidement et de tournoyer avec devant la glace. " Et celle-là les filles ???" Mais elle a déjà plein sa garde robe, des fleurettes, même sur les petites culottes et les soutiens gorge .... C'est son style, qu'elles lui ont dit, les copines, plutôt tendance old black en 38 ( y'en a une qui dit 36, la menteuse !), le bleu marine c'est "pour changer". La A "petite blonde" a même essayé un truc rouge, pas bordeau nuit, pas pourpre obscur, pas garance profond, non, juste rouge. Hérésie et anathème, pourquoi pas jaune canari, bleu grenade, voire (là, j'allucine) "taupe" !!!! ou "sésame" ... Et ses enfants, elle y pense ? surtout le plus petit qui n'a plus rien à se mettre, tout juste si il ne va pas en costume spiderman à l'école (trop petit, en plus, le costume), et son homme .... même pas une chemise à fleurs. Elle dit qu'il n'aime pas, tu parles, il en rêve, il en fantasme même, la nuit, il se relève pour y penser.

De mauvais poil, moi? pas du tout, c'est juste que j'ai mal à la tête, à force de chauffer, moi, et elle s'en fiche en plus, s'occupe même pas de me laisser un temps de répit... Si elle continue, je vais faire une crise et manger mon code ....

( A. "petite blonde" , c'est juste pour que tu la refasses, la tienne ...) 

Athalie

02/07/2011

Les fleurs de lune Jetta Carleton

fleur_de_lune.jpgJe ne savais plus quoi lire et c'était avant "Etonnants Voyageurs", donc je rechignais à entamer le potentiel des découvertes, et ne souhaitais guère dilapider, dans tous les sens du terme, le capital à investir dans du papier qu'on tourne en gardant les yeux dessus et en ayant la tête ailleurs. (Ce qui veut dire que l'on ne REGARDE même pas ce que l'on achète ...)

Donc, recours à d'autres sources pour avoir une idée ou deux pas trop nazes. En l'absence de conseils des copines ou de mes collègues grandes lectrices, deux moyens possibles et récurrents : les blogs de lectrices (dont je me méfie à cause des trop grandes tentations) ou la sélection des librairies.

Les fleurs de lune, ce fut donc la sélection des librairies. A priori, avis favorable, quoique le bouquin était aussi estampillé " sélection du Prix des Lecteurs", dont je me méfie comme de la promotion des éditions du livre de poche, vu que les lecteurs d'une seule maison d'édition, c'est pas fiable, et que je ne les connais pas, en plus. Pas comme les A. Donc erreur possible.

Finalement, pas une erreur, pas une découverte. Classique sans plomber le poncif (ou juste ce qui est supportable) Il faut quand aimer le thème "histoire de famille avec secret caché se déroulant dans l'Amérique profonde des années 50". Moi, je suis fan, donc ça fausse.

Les fleurs de lune, ce sont des fleurs qui s'ouvrent quelques instants à la tombée de la nuit, spectacle rare et précieux, du moins pour la famille à secret caché dont il est question. Ce sont, je le suppose, symboliquement, aussi les quatre filles de Matthew et Callie Soame, dont on suit tour à tour les secrets de vie, en alternant les points de vue, évidemment, classique et pas déroutant, j'ai dit, on suit. (Le premier chapitre a quand même un goût de pépin de pommes au pays de Oui-Oui : on fait des confitures toutes ensemble, on se baigne toutes ensemble dans la rivière ... Papa est quand même quelque peu absent, mais bon, comme on sait qu'il y a un secret , on s'attend, on suit.)

Les quatre fille ont chacune leur destin , leur récit, leurs tentatives de sortir du carcan moraliste de cette époque-là, de cette société-là. Pas plus, pas moins. Plus ou moins féministes ou révoltées. Pas plus pas moins. Le carcan s'ouvre petit à petit, mais reste un carcan, quelque chose par rapport à quoi on est jugée, jaugée, conventions sociales, familiales, religieuses. Et, finalement, ce que j'ai trouvé de plus interressant, c'est les deux récits des parents qui encadrent quasiment ceux de leurs filles : le père à double face et la mère à fond secret, alors que tout paraissait si limpide de son côté à elle et si trouble, de son côté à lui.

Lecture balisée, soit, mais moi, j'ai suivi jusqu'au bout le chemin de lectrice que l'on m'avait tracé.

Athalie