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14/08/2011

Istanbul était un conte Mario Levi

C'est conteux, ça c'est sûr, et méandreux, très, très, très méandreux même. On flotte, quelque part dans le Bosphore,ou sur d'autres rivages, on peut se laisser flotter sur sa bouée, ou se lasser et dériver, en laissant la bouée ...

" Saga familliale", sauf qu'en général, quand on lit saga, on pense plutôt événements qui s'enchainent, un tant soit peu de bruits et de fureurs ... Il y en a aussi ici, mais en sourdine, genre sonate quand on attendait une symphonie, avec les cymbales et les coups de clairons des choeurs de "Nabuccho", tant qu'à faire dans l'exotisme.

5949.jpgLa famille, on finit quand même par la reconstituer, petit à petit, très petit à petit (le glossaire des personnages du début est très poétique, mais parfaitement inutile pour s'y retrouver, vaut mieux encore flotter). Madame Roza, monsieur Jack, monsieur Rober et la myriade d'autres sont des exilés qui s'accrochent à une ville, Istambul, ou bien c'est la ville qui s'accroche à eux ... des exilés d'un lieu originel dont on ne sait pas grand chose, des exilés d'un temps d'avant, dont on ne sait pas très bien non plus ce qu'il recouvre, avant, quand la famille était réunie (mais elle semble ne l'avoir jamais vraiment été ...) dans le temps du magasin de tapis du grand-père, Avram Efendi, l'expert, quand la grand mère Perla y voyait encore et ne se cognait pas aux meubles, dans la solitude et l'obscurité poignante d'un crépuscule sans fin, quand tante Tilda se croyait encore la reine des écrans et dansait jusqu'au bout de la nuit dans son cinéma imaginaire, quand Ceri rêvait de révolte, quand Mimiko jouait aux billes et n'avait pas encore épousé la tigresse qui ne lui fera pas oublier sa solitude, quand Nessim n'avait pas encore été déporté, quand c'était la saison des roses cent-feuilles, quand Ukram n'avait pas encore été assassinée dans la chambre d'un hotel qui ne peut être que sordide ...thumb.jpg

Un temps que la famille tente de garder, de rattraper, à coups de journées de Pessah et de Yiddish cosmopolite, de bateaux qui passent ou qui repartent, à coups de raki et de mezelers : valse mélancolique et langoureux vertige dirait l'autre ou alors "Longtemps j'ai flotté de bonne heure" ...

Le narrateur est insituable, ce qui n'est pas le problème, mais c'est surtout que souvent, trop souvent, pour moi en tout cas, il s'interroge, médite sur le cours de l'histoire, prend son temps, ne sait plus, nous le dira plus tard, ou ne peut pas dire, que c'est un secret que le roman doit garder. Trucages si frustrants et agaçants que plusieurs fois, je me suis dit que j'allais le poser son bouquin et ses mystères, il allait se retrouver sur une étagère, avec son poids de nostalgie qui commençait à me courir sérieux ! et non, parce qu'il y a de sacrées belles pages, des accélérations parfois (surtout à la fin, ouf !) des images qui raccrochent la bouée, j'ai fini ce voyage long au lent cours, qui vaut quand même par ces parfums surannés, ses couleurs sépia et ses sons aphones, ses gens, ses gens fantomatiques au destin parfois drôlatique, parfois dramatique, mais surtout pas héroïque, surtout pas, juste comme des petits morceaux d'un service à thé à moitié ébréchés.

Athalie

Commentaires

Bonjour Athalie,

Comme promis, me voilà...
Votre critique me semble très juste, et reflète ce que j'ai ressenti moi aussi à la lecture de cet étrange roman.

Bonne journée.

Écrit par : Ingannmic | 31/08/2011

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