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30/08/2011

Compartiment pour dames Anita Nair

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C’est fait pour raconter la condition des femmes en Inde, c’est dit dès le départ qu’on va avoir une galerie de portraits de femmes, injustement traitées, que l’on va suivre une trame de différents destins pas mêlés. C’est artificiel mais pourtant  pas très grave finalement, puisque c’est dit. Ce n’est pas virulent, ni démonstratif, juste des petites touches d’une peinture entre résignation, petites victoires et tristesses, des facettes, des entrevues entre aspirations et possibles, des tiraillements, un poids les relie, celui de la tradition.

Une histoire de femmes, donc. Celle qui fait le lien, ou l’encadrement, qui donne le rythme et le prétexte de celles des autres,  est celle d'Akhila,  célibataire de 45 ans, fonctionnaire pâlichonne et morne à la vie plate comme un sari amidonné. Elle n’a rien vécu, ou plutôt n'a rien voulu vivre, elle a fait son devoir d'aîné, sa vie est passée dans un acceptement non consenti dans celles des autres, sa  mère, peu compréhensive, sa jeune sœur, exigeante, ses frères,  dont il a fallu qu’elle assure la subsistance puis les études et le mariage,  suite à la mort d’un pére falot pitoyable mais  tyrannique dans sa médiocrité. Le récit débute par sa fin, sa première décision pour être elle.  Elle va pendre le train pour se rendre dans un endroit inconnu et y passer quelques jours, sans raisons. Prétexte fictionnel peu crédible mais qui lui permet de poser ses fesses (et nos oreilles) dans un wagon, celui réservé aux "femmes et aux handicapés", de rencontrer les autres histoires, des brides ou des vies entière selon les narratrices qui succèdent à sa voix et à sa question « une femme en Inde peut-elle vivre seule ? » Ben apparemment, c’est pas facile, facile … mais avec un mari, cela n’a pas l’air évident non plus, sans compter les mères castratrices, les pères qui meurent en laissant leur filles aller à la prostitution et les mères qui les pousser vers un mariage forcé, les frères exigeants, les sœurs égoïstes. La famille indienne parait dévorante, même la liberté que quelques unes ont pu se donner les a enchaînées …  La toute jeune Sheela  conspuée parce que a fait ce qu’elle pensait être juste, juste rendre sa beauté à sa grand-mère morte,  Janaki, qui s’est endormie dans l’amour et la protection d’un homme, toute sa vie, sans même s’en rendre compte, ni s’en soucier,  Margaret ou l’amour vitriol, Prabha Devi ou comment retrouver sa voix et son corps  en se réussissant à , en cachette, flotter dans une piscine vêtue d’une sorte de combinaison anti impuretés …  et le pauvre chemin de Mari, substitut balottée au gré des intérêts ou des envies des maîtres , des amours des autres, jamais les siens.

Leurs paroles, nous parviennent, comme en sourdine, des confessions murmurées au fur et à mesure du voyage, les unes après les autres, sagement alignées dans leur boîte à train. La technique de la tranche de vie n’est pas lassante, elle semble tenter de boucler un tour d’horizon, une boucle qui ne serait pas complètement refermée sur elle-même, mais qui aurait un peu bout d’ouverture, un souffle entre les barreaux de la fenêtre, même illusoire et fugace.

Athalie

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