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30/10/2011

Sanctuaire du coeur Duong Thu Huong

Le hors d'oeuvre

Un des problèmes avec Duong Thu Huong, c'est d'orthographier son nom correctement. Par contre , pour le prononcer, on peut aussi dire, "Tu sais, l'auteure de Terre des oublis (le souci étant que celle (celui), à qui l'on parle ait lu Terre des oublis....). Après, c'est pour ranger le bouquin dans la bibliothèque. On le met à D ? T ? ou H ? En ce qui me concerne, j'ai choisi D, ce qui n'est pas non plus un choix définitif : puisque je ne lirai pas T. Tjepal, j'ai gagné de la place sur les T par anticipation. A H, je n'ai pas de désistement. Le truc, c'est que si je déplace Terre des oublis, Au zénith et les autres, il va falloir que je m'en souvienne, et ne pas accuser les A. de me les avoir empruntés. Les pavés, ça prend de la place. c'est un souci récurrent.

 

L'entrée

Une autre récurrence, le Vietnam. Du coup, je m'étais préparée à garder en permanence le nez en aguet des effluves, papilles dilatées au vent, résignée à rêver de nems pendant quinze jours ou plus ... Et changement, on mange par procuration, un peu quand même, mais moins. ce qui n'enlève rien aux saveurs littéraires ... Autre changement, le plat principal n'est pas une figure féminine, mais un jeune homme, aux contours féminins,soit, mais dont l'histoire a fait une bête de sexe. 

Pas dès le départ, qui part d'ailleurs lentement. De loin, on l'entrevoit, on le respire à pas feutrés, il met du temps à prendre forme et goût. Sa cousine en trace quelques traits : elle a été appelée par ses parents, maîtresse Yen et maître Thy, couple d'enseignants et d'amoureux modèles, dont le fils chéri unique vient de se faire la malle avec toutes leurs économies. Thanh, le petit garçon si sage, si studieux, si promis à un si bel avenir n'a pu qu'être entrainé par l'autre,le fils du poète fou, le responsable, le tentateur. Derrière la quête, on commence à l'apercevoir, l'absent,une silhouette absorbée par la contemplation des lucioles et le goût sucré des fleurs de pamplemoussiers.

Les accompagnements du plat principal

Avant de retrouver le fantôme du garçon sage transformé en gigolo de luxe, on se fait balader, d'histoires en histoires. Le lingot d'or pur est tombé dans la mare fangieuse, mais on prend le temps de faire le tour des centres concentriques le poète fou, sa femme, l'oncle Qué, la belle jeune veuve ... Un rythme indolent qui berce sa lectrice, pas pressée de retrouver Thanh, finalement, pourquoi se presser, il a l'air si loin, immobile jouet. Et puis, ses souvenirs prennent forme, les parts d'ombre s'entrelacent comme des poupées gigognes, sans que l'on n'ai trop d'efforts à faire pour les ouvrir. C'est l'intime de la blessure que l'on creuse en continuant les circonvolutions quelques peu balzaciennes, il y a bien quelque chose de pourri aussi dans cette société de l'après révolution : on nous ouvre les échoppes, on regarde dedans, pendant que Tranh avance, en semant ses illusions perdues, plutôt Rubempré que Rastignac.

Peu de miettes sur la nappe, juste deux trois scènes redondantes vers la fin, comme si l'auteure n'arrivait à le laisser marcher tout seul, le frêle et mélancolique étalon.

Athalie

28/10/2011

Polisse Maïwenn

polisse.jpgJe ne comptais pas faire une note sur ce film, comme A. B. était passée par là avant moi et qu'elle avait dit l'essentiel (sauf que pour Joeystar, je trouvais quand même dommage qu'il s'en sorte aussi bien, cause que vu que que l'on peut savoir du personnage "en vrai", il semble être plutôt un petit peu plus pourri sur les bords que grand sentimental au coeur chaud mais à la main quelque peu leste ...).

Sauf je viens de lire la critique du "Monde" et du haut de ma petite voix, je clame mon désaccord (tout le monde au "Monde" s'en fiche, mais ce n'est pas grave). L'idée générale de l'article est que ce film instrumentalise les enfants pour mettre en valeur les flics, leur névroses, et que c'est du condensé de séries télévisées pour plaire aux stéréotypes du grand public. Ben, si toutes les séries TV étaient comme ça, on pourrait enfin les regarder en toute bonne conscience 'et sans se cacher derrière sa plante verte qu'on a mise devant la télé pour faire croire qu'on faisait autre chose que regarder la télé.

Dès le générique, c'est poignant et drôle. Et puis après, ça embarque, le montage est serré rapide, ça sent le juste.(les gens du "Monde", ils auraient dû regarder "Urgences", du temps où "Urgences" décapait ...) Les enfants sont beaux, respectés, ils ne sont pas montrés avilis, pace que ce n'est pas du vrai, c'est pour cela qu'on peut regarder, sinon, ce serait de l'insoutenable voyeurisme. Déjà qu'il y a des scènes où l'on s'accroche au fauteuil ... l'accouchement de l'enfant mort né d'un viol, la petite fille qui avoue à sa mère que son papa "l'aime trop", la descente dans un camp de roms et les enfants embarqués dans des foyers qui se mettent à danser dans le bus, la maman sans domicile fixe qui vient confier son fils à la brigade, pour qu'il puisse se reposer et dormir au chaud. C'est vrai, il y a des moments qui ne font pas réalistes, mais qui font souffler et rire, ce qui fait que c'est une fiction. Je n'aurais jamais cru rire d'un échange fellation contre portable, d'une définition de la polygamie, d'une policière qui cède le professionnel à l'affectif, tout Coran dehors ... Oui, la réalisatrice aime bien se filmer, oui, il y a des longueurs, parfois décalées (moi, j'ai adoré la scène de danse dans la boite de nuit), oui, Joeystar est (un peu trop) touchant (à mon goût). Mais retour au commentaire de A.B., les acteurs sont vraiment dans une sorte d'humanité, fragile et convaincante, sur un fil qui parfois se casse. Je ne sais "en vrai" comment on rentre chez soi après avoir vu "le vagin d'une fillette de 11 mois explosé". Ce film parle de cette enfance volée sans que l'on ait honte de regarder et d'entendre les horreurs de derrière les portes, sans non plus sauvegarder toute bonne conscience "fleur bleue", épargner désirs névrotiques et stigmatiser les classes sociales plus ou moins "pédophiliques".

Athalie

PS : je mets le lien vers la critique du "Monde", vous me direz si j'ai tout bien compris ...

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/10/18/polisse-v...

 

 

25/10/2011

Après les mezze

mezze.jpgJe vous laisse le soin de digérer tranquilles, mots et autres mets échangés .... Après la soirée restauration, la copine A.L.M. et moi même, avons picoré dans des rayons aussi romanesques que des saveurs d'ailleurs, moi avec mon cahier de recettes, notées mais oubliées pourquoi, et A.L.M avec rien (très forte).

Résultats de la flanerie pour mes vacances à moi et dans l'ordre de lecture prévue ( je copie A.B. qui va au cinéma dans l'ordre) :

La Cucina Lily Prior :  cadeau de A.L.M, donc à dévorer ensemble, je n'ai fait que survoler le prologue, délicieux .... (si ce nouveau rituel, instauré par A.B., perdure, ça va être le défi de chaque rencontre "officielle", trouver un nouveau bouquin, non lu encore par aucune d'entre nous .... pire que vendre le vase de David à la braderie de l'année prochaine)

Le désert de la grâce C. Pujade-Renaud : parce que sur Port-Royal, et moi, Port Royal me fascine : l'envers d' "Angélique marquise des anges", le best seller de mon adolescence. (pour celles qui n'auraient pas passé une bonne partie de leurs soirées entre douze et quatorze ans à lire et à relire en cachette avec une pile sous les draps ce sirupeux et improbable loukoum, je déconseille fortement, c'est trop tard, comme pour "Sissi l'impératrice")

Mille femmes femmes blanches Jim Fergus : je disais à A.L.M. que j'en avais vaguement entendu parler, et la dame à côté a dit qu'il était bien. Donc, en vertu de la loi de l'inconnue ...

Une femme simple et honnête Robert Goolrick : sur le bandeau,c'est marqué "Par l'auteur de "Féroces", je n'ai pas lu "Féroces", n'ai jamais entendu parler de "Féroces", mais comme le titre était sur mon cahier, je me suis dit qu'il devait il y avoir une autre raison. Reste à savoir laquelle.

Entre ciel et terre Stefansson : parce que ça parle de mecs, et que je pense que d'ici que j'en arrive à celui là, d'une part, je vais vomir les histoires de filles et qu'en plus, se sera les vacances de Noël, voire de février, et que ça ira bien avec la neige.

Le ciel de Bay city C. Mavrikakis : parce que après février, normalement, il s'éclaircit.

Plage Marie Sizun: parce qu'à pâques, même sur une Banche, on peut caresser l'espoir de pouvoir ouvrir un livre.

Loin des bras M. Arditi et Nous étions les Mulvaney de J.C. Oates : parce qu'en été, on peut lire des pavés.

Voilà de quoi calmer l' appétit angoissé de "ne plus rien avoir à lire", mais en surgit un autre : comment tenir sans mettre les pieds dans une librairie d'ici six mois ? et donc mettre le désordre dans mon ordre ?

Athalie

PS : A.L.M. n'avait pas une grosse faim ... s'est laissée tentée par Les extravagantes aventures de TS ... (j'espère qu'elle ne regrettera pas) et avait sous le coude une petite histoire qui avait l'air bien sympathique, un jeune homme séquestré par une grand-mère ( avec des relents de dentifice). Me souviens plus du titre (une fois de plus !!!)Tu nous diras ?

 

 

22/10/2011

Le roman de Bergen Gunnar Stalessen

bibliotheque_xix_eme_siecle2.jpgOu les Rougon Macquart en Norvège. Vu que Zola n'est plus disponible, c'est un autre qui s'y est collé. Pas sûre que c'était vraiment son but à notre norvégien d'auteur, mais comme j'ai du Zola sur la planche en ce moment ...

Ce livre, ça faisait un moment que je lui tournais autour, il a dû sortir au moment de du début de la vague du nord, du côté de Millénium et Indridarson, seulement, il était bien gros, il y avait plusieurs tomes, du coup, je l'ai souvent reposé, après avoir souvent lu le quatrième, et la première page qui s'annonçait engageante, un bon vieux meurtre d'un notable, genre on va sortir les affaires sordides du placard, les odeurs de renfermé et d'alcoves d'un autre siècle, des relents de cuisine de sous les dentelles et les haut de forme. Alors, comme il vient de sortir en poche, cette fois, il s'est retrouvé dans mon sac.

Le notable assassiné à la première page avait bien une sordide histoire aux fesses, une maîtresse, et cette maitresse avait bien d'autres amants, notables aussi, mariés de même , les deux policiers, lancés illico sur l'enquête, sont bien chargés de faire la lumière sans faire de vagues, l'affaire tourne bien court. Le scandale mis au panier.

Mais alors du coup, il se passe quoi, après ? Ben, qu'il faut faire rentrer les autres classes sociales dans les étagères du placard, après les notables et la courtisane libérée, place au peuple ! Seulement voilà les pauvres en Norvège avant 1914, ils ne semblent pas trop il y en avoir plusieurs sortes, alors, on a le premier paysan qui arrive en ville après l'épisode construction du chemin de fer, le deuxième paysan qui arrive en ville, puis la paysanne qui arrive aussi, et ça copule entre classe sociale, comme convenu, les maitres troussent les bonnes, les bonnes aiment les valets, les femmes des notables se voilent la face, la courtisane est toujours dans les parages, mais bon le temps passe et la saga se répète, la lectrice se lasse ... Le placard est rangé, on a les torchons et les serviettes, soit. Mais alors ? le coup de pied dans le linge propre ? ou sale, pas grave, on triera après. ça doit être pour le deuxième tome....

Au moins Zola, on s'en paye une tranche, comme dirait la Gervaise, du bon vieux gras de sous les aisselles, là, ça pue doucement, seulement.

Athalie

20/10/2011

Les limons vides (tome 1) du Livre de Dina Wassmo

imagesCA1GCXGY.jpgChose promise, devant être faite, j'ai ressorti de mes étagères, cette très, très ancienne lecture, un peu une lecture fondatrice du blog, en fait, (je crois bien que c'est un des premiers livres que A. B. m'a conseillé. C'était une époque où je datais encore mes lectures sur la première page, ce pourquoi cela semble plausible, il y a écrit aout 2000 ...)

Chose promise, chose devant être faite. Je tente de me souvenir de cette impression délicieuse de découvrir une lecture qui décoiffa sa lectrice. Nouvel exercice. Il faut refeuilleter les pages, se replonger, du coup, j'ai failli le relire en entier.... faut dire que c'est un tourbillon, ce bouquin, court mais long comme une épopée, dense comme une fureur, ça charrie de la passion et de la mort. Bref, Eros et Thanatos, comme d'hab'.

ça commence par un monologue qui annonce le flot poétique sang écarlate : "Je suis Dina, qui regarde le traineau et sa charge dévaler la pente. D'abord, il me semble que c'est moi qui y suis attachée. Parce que la douleur que je ressens est plus forte que tout ce que j'ai ressenti jusqu'à présent", puis une scène de meurtre, aussi glaciale que sanguinolente, puis la folie muette, et ça s'enchaine comme ça, sans s'arrêter, de retour arrière en retour arrière, on comprend que ça saigne tragique depuis le début : la mort de la mère, l'enfance sauvage, la maudite, toute dans l'excès de la crasse et des chevaux. Dina ne connait pas les règles, dérange, on la laisse, asociale plutôt qu'insoumise, pas du tout à sa place dans ce monde policé et régulé par les saisons et la place dans le monde social, les conventions et la norme, puis,  le mariage, le pauvre Jacob, il ne pouvait pas faire le poids ... d'autres personnages apparaissent entre deux bourrasques; Oline, la cuisinière, Mère Karen, Tomas... Une saga, mais qui tranche et qui taille. L'histoire ne tient pas debout, (Zola n'aurait pas aimé), tant pis. (En plus, Zola, il est mort)

Dina, c'est une sorte d'ogre baroque pas à sa place dans le froid et les glaces norvégiennes, ou alors comme un volcan islandais qui aurait percuté une banquise (la banquise n'a aucune chance).

Les deux autres tomes sont à dévorer à la suite, pas de baisse de régime du cyclone.

Athalie

PS : pour une fois, une explication pour le choix de l'illustration de la note, j'ai cherché quelque chose entre "Millénium" et Esclarmonde (  Du domaine des murmures)... et puis y'a banquise dedans ...

18/10/2011

Le crieur de nuit Nelly Alard

filet-de-peche_940x705.jpgUn petit livre, tout petit et en poche, un livre en passant, qui passait par là et s'en repartira, non sans avoir jouer sa petite musique, cependant.

Le livre commence par la mort du père détesté. Une mort sans joie ni larmes, d'abord montrée du petit bout de la lorgnette : comment faire rentrer le nouveau cercueil dans le caveau familial, qui est déja bien occupé et où les anciens ont été posés sans souci de l'avenir, ce qui fait que le nouveau, il ne va pas pouvoir rentrer, faut réorganiser rationnellement la chose, comme un jeu de bataille navale, comment décider d'un choix de textes pour la messe quand on descend d'une famille de mécréants notoires dans un coin de bigots bretons confits, que dire au prêtre, gentil, mais quelque peu désarçonné devant le vide sans tristresse que laisse le mort, que dire d'admirable sur un père tellement égocentrique, tyrannique et caractériel qu'il vous a bouffé toute crue votre enfance à coups de filets de pêche et de zapping télévisuel. Sans coups directs, juste de l'indirect bien senti.

A petits pas, on va comprendre, le tableau noircit, mais en douceur, si l'on peut dire, la fille dit sa destruction, celle de sa soeur, son frère, (pas sa mère, étrangement, épargnée on ne sait comment) par un homme finalement pitoyable sans être digne de pitié. Des notes burlesques font passer le tout, on se s'attarde pas, on donne juste les grandes lignes, des traces d'explications ce n'est pas fouillé, ressassé, pas martelé. Pas du De Vigan (le dernier, j'entends, Rien ne s'oppose à la nuit) quoi.

Athalie

17/10/2011

Les âmes grises P. Claudel

jardin-evolution-belles-jour-img.jpgDes femmes fleurs et des hommes passent et vivent dans un brouillard ... La guerre tonne derrière, des soldats se soulent et meurent après, d'autres arrivent, les fleurs fanent ou sont déracinées, par des hommes, noirs.

La figure centrale est celle du procureur, veuf lugubre qui traine une sorte de carcasse vide, de masque solennel, glacial. Il demande la peine de mort comme d'autres un dessert qu'ils ne finiront pas. Pas un monstre, mais une machine à rendre la justice, enfin, une certaine idée de la justice, tranchante. Ce n'est pas vraiment de sa faute, mais bon, on ne le saura qu'après. Il croise la route de la première fleur, un petit bouton de Belle de jour, la fille de l'aubergiste, petit chaperon pas éclos, qui va rentrer trop tard chez elle un soir, ou trop tôt, en tout cas, pas au bon moment. Qui l'a cueillie ? C'est le fil rouge du roman, l'enquête sur ce meurtre, mais la pelote se mêle d'autres fils, celui de Véra, la belle institutrice, venue dans le petit village pour être au plus près du front, et donc de celui qu'elle aime, à qui elle écrit, patiemment, peut-être est-il là derrière la colline. Le procureur qui la croise et la regarde, l'invite, parle. Peu, mais bon, c'est un homme qui est perdu dans son silence depuis si longtemps, dans son chateau de la Belle au bois Dormant qui ne s'est pas réveillée ... Et puis les affreux, les salauds, Mierk, le juge, se délecte d'oeufs à la coque devant le cadavre de la petite, le porc satisfait de lui-même, et l'autre, le pas mieux, le militaire fanfaron sanglé dans sa ritournelle à deux balles, traquent les déserteux comme des criminels, méprisent vérité et justice. Le meurtre de Belle, finalement, il disparait dans la grande tuerie de 14-18, là-bas, donc, juste derrière la colline. Et puis le narrateur enquête, comme une ombre lui aussi, entre souvenirs et fascination, lui aussi, il a eu sa petite fleur, sa chance et son grand bonheur.

Un roman lu il y a longtemps, je sais, j'ai eu envie d'y revenir en passant, le côté comédie sociale, image des notables en place que rien ne bouge même quand tout vacille, alors que les petites gens sombrent (ah ! la scène de folie de l'instituteur, le chagrin du père de Belle, tout seul dans son café, pleurant sa peine à coups de gnôle). Un truc comme ça, et puis, c'est un vraiment bon bouquin, il manquait dans les notes.

Athalie

 

16/10/2011

The artist

astarisbornjudy-garland-a-star-is-born-1.jpgAvec la copine A., on est retournée au cinéma. Le moral moins dans les chaussettes, mais toujours que toutes les deux vu que la lâcheuse de "Il faut qu'on parle de Kévin" a décidé unilatéralement, de suivre un ordre précis de sorties cinématographiques (on ne sait pourquoi ... si ça se trouve, elle a vu ça dans le marc de café ...), et que nous, on ne suit pas le ryhme des trois cinés à suivre, enfin, pas moi, en tout cas. Faut dire aussi que j'avais oublié de le lui dire.

Même pas presque en retard, tranquilles et tout, on s'est bien calées dans nos fauteuils Gaumont super star sans pop corn (A. O. elle avait pourtant un bon de réduction !) et on a tranquillement décollé dans l'OVNI. Le scénario est cousu de fil blanc (et dans toutes les critiques et blogs, donc je passe vite fait) , une star du muet, orgueil et décadence, une figurante, fraicheur, audace, qui tente et qui gagne dans un Hollywood de paillettes et de strass. Pas grave, le scénar, le plaisir est ailleurs. Dans une sorte de dépaysement qui se fait plaisir et joue avec les codes sans se prendre une tête d'intello réflexif sur l'histoire du cinéma.

Quelques longueurs, mais peu, quelques scènes étonnantes de trouvailles, le jeu de jambes devant derrière un écran de pacotille, le jeu des mains de la future starlette qui se caresse dans le costume de l'acteur tellement admiré, celui des regards lors d'une danse si tendre que la caméra la suit, l'intrusion du bruit des objets dans un monde sans voix ...

On ne sait pas trop où l'on est, du vrai faux muet ou du faux vrai parlant, mais là non plus pas grave. La musique est génialement travaillée, elle devient narrative, les paroles semblent du coup superflues, un vrai tour de passe passe, on n'entend pas leur absence. Jean Dujardin est l'acteur, mais l'actrice est vraiment l'actrice, une réminiscence de Liza Minelli, avec un soupçon de Marilyn, et quelque chose de Judy Garland.

Ce qui fait qu'on ne peut que revoir " Boulevard du crépuscule", "Une étoile est née" et "Eve". Dans cet ordre là.

Athalie

Désolations David Vann

Désolations, le pluriel est juste. Des désolations, au sens d'être désolé devant un paysage qui l'est aussi, de faire le constat de ce qui est devant soi est tout cassé, peut pas être réparé, que ça c'est cassé la figure, en route de route. Que c'est tout par terre.

598599_david-vann.jpgComme dans Shukkand Island, il y a une histoire de cabane, il y a une histoire de cabane, de bois, mal fichue, mal conçue, un projet de survie, pour de mauvaises raisons, il y a une histoire d'île, de tempête, de neige, de froid, de solitude à deux (sauf que celle-là, elle datait d'avant l'île), une histoire de famille, cette fois, ils sont quatre, ça fait plus de possibilités quand même, surtout qu'il y a aussi les conjoints et deux autres figures "touristiques" qui traînaient leur rêve d'Alaska sauvage.

Iren et Gary se sont mariés il y a longtemps, trop, sans doute, les deux enfants, Mark et Rhoda sont partis, lui les fuit, elle reste autour, s'inquiète pour eux, surtout depuis que le père a décidé de construire une cabane sur l'île d'en face et d'y vivre, ce qu'il voudrait bien faire seul mais Iren le suit, malgré elle. A la retraite depuis peu, sdans rien d'autre que lui et elle, elle s'enfonce dans ses méandres migraineux et Gary dans l'illusion de faire peau neuve, devenir enfin un libre conquérant, comme dans ses rêves d'enfant, ne veut pas voir que c'est un peu raté d'avance. Lequel des deux est le bourreau de l'autre ? lequel a commencé à reporter la faute sur l'autre ? Lequel s'est retourné et a pleuré ? La construction de la cabane, c'est pas une nouvelle vie, c'est la même qu'avant mais en concentré de rancoeur. Des grains de folie s'installent et on attend l'explosion de la marmitte conjugale. Pas moyen de faire autrement.

En contre-point, Rhoda, la fille, sagement équilibrée et presque aimante, prépare de bons petits plats à son dentiste de fiancé. Elle a la grande maison, la vue sur la baie, le confort et l'assise, et commande des kits mariage "clefs en main" sur des îles baignées de soleil celles-là, au sable qui caresse les pieds et la traine légère de la robe en dentelle qui flotte sur les vaguelettes. Pendant ce temps, le dentiste, il fait un peu autre chose en fait, ce qui n'augure pas très bien de l'état de l'assise conjugale, vue par David Van, elle fait un peu peur en fait .... (pourtant, l'est bien joli, l'auteur, il a une femme ?)

Moins coup de poing dans la tête que Shukkand Island, moins, "je vide ma névrose sur les pages", même si on reste dans le lourd, c'est du lourd moins lourdinge, avec un peu plus de trous pour respirer, peut-être même une porte de sortie. Enfin, elle n'est pas grande ouverte, faut pas exagérer.

Athalie

PS : j'ai vu qu'il avait un autre titre, Caribou Island, je crains le dépeçage de la bête ...

 

13/10/2011

Les livres que je ne lirai pas (1)

J'adore faire des listes de rien du tout, parce que ce sont des bouts d'ellipses, jamais finies ...

Je ne lirai jamais La Bible en entier, parce que j'ai lu des extraits et que c'est assez.

Je ne relirai jamais L'éducation sentimentale, je ne comprends pas que le génial Flaubert ai pu pondre un truc aussi soporifique, avec autant de pages sur l'attirance insatisfaite. J'avais tout le temps envie de dire à Frédéric de laisser tomber la mère Arnoux et d'aller voir ailleurs se satisfaire un bon coup, au lieu de rester là comme une andouille de potiche à la regarder manger son pic-nique. Mais je ne suis pas Jasper Fforde.

Je ne lirai jamais un livre de Jean d'Ormesson, parce que j'ai ma dignité. A moins que cela ne devienne du dernier snob, auquel cas, je reverrai ma position. J'en ai un dans ma bibliothèque, au cas où.

Je ne lirai jamais La Comédie humaine en entier, y'a trop de petits bouts qui traînent partout.

Je ne lirai jamais Les Essais de Montaigne, parce que cela fait si lontemps que je fais semblant de l'avoir fait, que j'ai fini par le croire.

Je ne lirai jamais Tom Sayer : à cause d'une gravure vue quand j'étais petite, j'ai toujours pensé que c'était l'histoire d'un gars qui passait son temps à pêcher le saumon, avec une fleur dans la bouche et à trouver la nature belle et verte. Ce qui est faux.

Je ne lirai jamais On the road de Kérouac, trop mythique pour jeunes révoltés d'avant, pas envie de régresser. de même pour Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir.

Je ne lirai jamais La nouvelle Héloïse. Rousseau, j'ai jamais compris l'intérêt du truc. C'est un peu comme les films d'Harrison Ford, j'hermétise toute seule.

Je ne lirai jamais un livre de Musso ou de Levy parce que ce ne sont même pas des livres.

Je ne lirai jamais Histoire de mes assassins de T. Tjepal parce A.L.M. trouve qu'il est trou du cul. Que A. B. l'ai aimé  ne rattrape pas. C'est bête, je l'ai en dédicacé, vous me direz que je peux toujours lire la dédicace. Heureusement, elle est écrite en anglais. En indou, je pourrais pas.

Je ne lirai jamais La plaine de Caïn de S. Zariâb parce que cela fait si longtemps qu'il est sur mon étagère des "pas encore lus" que si il en partait, il y manquerait quelque chose. Si ça se trouve, je le chercherai.

Je ne lirai jamais L'absolue perfection du crime de Tanguy Viel parce que je suis persuadée de l'avoir déjà lu et que j'en garde la quasi certitude d'un profond ennui, en même temps, je n'en ai aucun souvenir. Ce qui n'est pas un critère.

Je ne finirai jamais Tout est illuminé de Safran Foer, ni L'enfant bleu de Bauchau. ça fait trop de fois que j'essaye. Que ce soit des livres mythiques pour certains, n'y change rien. Comme La route, Les corrections, La conjuration des imbéciles ..., je n'accède pas aux mythes, faut croire. 

 

Athalie

 

 

 

12/10/2011

Le soulèvement des âmes Smartt Bell

0tr8frwn.jpgJe continue les métaphores "moyens de transport" ... Après le train fantôme de L'extravagant voyage de TS ...., voilà le gros track de Smart Bell, le semi remorque, le convoi exceptionnel lancé en pleine descente, phares explosés, allumés dans le noir. grouillant, sanglant saignant, la grosse machine à histoires qui fouille traque, cingle, enchante, entortille son lecteur désarticulé. Comme, en plus, c'est le premier d'une trilogie, y'a intérêt à tenir les chocs et rester sur le siège passager, c'est l'auteur qui a les pédales, le volant, on ne sait pas.

Labyrinthe historique fascinant, qui repousse les limites de la fresque historique à la papa (mais ce livre a-t-il des limites ?) ou cocktail instable intello-historico-sentimentalo explosif. Explosif. Rester sur le siège passager demande donc une A. en vacances, pour en avoir le temps et éviter de se retrouver au soir d'une journée de travail, le coeur au bord des lèvres devant son dîner bien mérité.

Ce pourrait être une fresque historique : cadre général Saint Domingue, colonie française, exploitation des richesses par de riches et puissantes familles, pas vraiment compatissantes envers la population d'esclaves qu'ils dominent de leur blancheuse apparence et distinction aristocratique variable, entre brutalité sauvage et mépris même pas dit. Seulement voilà, la Révolution en France métropole parle de droits de l'homme et d'égalité, les idées et les mots se répandent dans l'île, les torches s'enflamment, la révolte gagne, puis l'orage se lâche ...

Ce pourrait être aussi, une biographie de Toussaint l'Ouverture, une analyse politique de comment la première république d'un peuple colonisé n'a pu qu'échouer. D'ailleurs, s'en est une. Sauf que moi, ces chapitres-là furent ceux que je passais le plus rapidement possible, l'image de ce Toussaint vaincu, prisonnier, solitaire, frigorifié, réflexif, je l'ai traversée en diagonale pour retrouver l'autre, celui de la fresque, où cela cogne, brûle, fume, ou nom de la liberté et de la révolution. Mais lesquelles de libertés et de révolutions ? Celles des blancs ? des petits blancs ? des marron ? des demi marron ? des commerçants ? des militaires ? de toutes les autres ?

Ou ce pourrait être encore l'idylle romancée d'un docteur venu de France, pour retrouver sa soeur mal mariée, l'humaniste, le fil plus apaisé qui guide, soigne, écoute, comprend, tente de ..., aime, finalement, qui il n'aurait pas dû aimer. Mais bon, dans tout ce bazar, il a fait comme il a pu le bougre.

Donc, à dévorer mais en évitant de mordre à côté de sa tartine de confiture de groseilles. D'ailleurs, pour le temps de la lecture, prendre plutôt une autre couleur de confiture.

Athalie

 

L'affaire Furcy M. Aïssaoui

Garreau1849.jpgOu comment retarder la lecture du Sanctuaire du coeur, en douceur. Un prétexte, une lecture entre deux, c'est bien, aussi. Un petit bouquin, à intérêt documentaire : avec des intrusions d'auteur quand même ( c'est une manie actuelle, ou c'est moi qui tombe dessus ???) : donc, moi auteur, je vous explique que je reconstitue une histoire vraie, avec de la documentation ( ben, encore heureux) mais aussi de la fiction, parce que je, auteur, suis bien obligé d'inventer pour vous interesser, vous lecteurs .... Mais bon, la quantité reste raisonnable.

L'histoire reconstituée avec des trous est celle de Furcy, esclave qui n'aurait pas dû l'être, parce que sa mère avait été affranchie, deuis bien longtemps, et qu'il était, en fait, né libre. Mais, elle ne le lui avait pas dit, ou alors, elle ne le savait pas trop elle-même, c'est un des points d'interrogation de l'auteur, ce qui est légitime. En tout cas, Furcy va mettre 27 ans à faire reconnaître cette liberté à l'administration française.

La Réunion se nomme encore l'île de Bourbon, les blancs commandent et exploitent. Sauf que dans le livre, on pourrait être en Belgique (j'exagère, évidemment ... mais peu) ce serait un peu la même chose, pas pour les personnages, bien sûr, le Belge était lui aussi du côté des colonisateurs mais sans avoir importé chez lui, comme le Français., mais pour le cadre. Je croyais que c'était exotique, moi, l'île de Bourbon, ben là, c'est plat. Il n'y a pas de couleurs, pas d'odeurs, pas de bruits ... Tant pis pour les palmiers, finalement, c'est l'histoire d'un esclave, on peut supposer que les cocotiers c'était pas son truc.

Sauf que c'est plat aussi pour le reste, peu de sensations, de plantations, le minimum pour situer. Quelques figures d'esclavagistes se dessinent puis renoncent à vraiment exister, absorbés par le plat. Même Furcy, on ne le voit pas bien, noyé dans une histoire qui n'a pas été écrite, qui n'a laissé de traces, la sienne, celle de l'esclavagisme du côté des esclaves. c'est le mérite de ce petit bouquin, il sort quand même d'une totale obscurité une petite silhouette.

Autre intérêt complètement égoïste, celui là, c'est que cette petite lecture de transition m'a donner envie de m'attaquer au troisième tome de la trilogie de Smartt Bell ( superbe premier tome Le soulèvement des âmes). Et puis, on se rapproche du Vietnam, géographiquement parlant.

Athalie

 

 

11/10/2011

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S Spivet Reif Larsen

Délicieux OVNI fantôme, une figurine de Mac Do en plastique mal peinte sur la plate forme d'un train passant dans le désert, alors qu'on buvait, en équilibre sur un fauteuil à bascule légèrement grinçant, un thé sépia de la main gauche, et que la droite fourrageait dans un pot de beurre de cacahouettes volé sur l'étagère cachée de l'épicerie de Ma Dalton, ou autres Mark twainetterries possibles, imaginaires et magiques, dont les saveurs me sont totalement inconnues. Je n'ai pas lu Mark Twain, n'ai aucune intention de m'y mettre, et encore moins de m'empiffrer de beurre de cacahouettes à la place de galettes saucisses. Mais les galettes saucisses, c'est moins poétique. De toute façon, T.S. il carbure au TaB (sorte de soda dopant nébuleux) et de barres de carottes (?).

lextravagant-voyage-jeune-prodigieux-ts-spive-L-VWb51G-175x130.jpgT.S. , c'est le héros, il a douze ans. Il vit dans un coin du Montana, dans un autre siècle qui est le nôtre. Son père se vit cow-boy du temps du grand temps, articule quelques métaphores tant bouseuses qu'énigmatiques, rarement quitte son stetson avant de planter ses bottes dans le sanctuaire dédié à tous les Billy the kid, whisky chronométrés en main. Le docteur Clair ( "mère" dit T.S) laisse griller les grille pain tandis qu'elle s'absorbe dans la description du dernier insecte capturé dans son filet, à la recherche d'un impossible spécimen rarissime de coéloptère. Sauf que cela fait déjà un sacré bon moment qu'elle le cherche. Trop peut-être. T.S a aussi une soeur, la seule qui semble être de son temps, celui des ordinateurs roses et des élections de miss stupides. Il avait aussi un petit frère.

T.S est un petit cartographe, petit, mais génial. A l'ancienne, il dessine, classe, inventorie, répertorie, à coups de compas, de crayons, de notes, tout ce qu'il voit : le monde visible, le Montana, les adultes, les sourires, les sensations, les bruits, ce qu'il ne voit pas. C'est un maniaque de la précision, un obsédé du rationnel. Ce pourrait être inquiétant (kévinesque, oserai-je ...) mais c'est juste attendrissant. Faut dire que c'est le narrateur, et moi, je suis tombé sous le charme de son obsession, décrivant ce monde du tout et du rien, du foutraque et du pas grand chose, et du reste, du rêve de totalité, un peu à la Jules Verne ou à la Perec. Univers poussiéreux sans limites , entre bloc-notes et rayonnages , livres et papiers, secrets et enfance, peurs de ne pas être aimé et envie de Mac Do interdits. Les dessins et schémas envahissent les marges des pages, commentaires, listes, disgressions qui amusent, touchent, font mouche, partent et repartent, restent, ajoutent, élident, inconcongrus, obsessionnels, ils nous lancent dans une recherche de côté (peut-être finalement la plus au centre) et nous oblige à une lecture sautillante, fantaisiste, presque onirique et fantastique par moment, comme le voyage de TS. 

Parce que oui, il a quitté son ranch au fait, (depuis un bon moment déjà, mais je me suis un peu égarée en cours de note) il doit recevoir le prix, consécration ultime pour un cartographe, Braid (?), décerné par le prestigieux musée de Smithsonain, de Whicago, ce qui n'est pas tout près du Montana. Le long des rails, et au bout des rails, il y a encore une autre histoire, en dessous, ou à côté, avant notre monde ou alors coincé entre deux. Sûrement, la plus au centre. Ou alors, je me suis encore paumée.

Un petit régal, comme un livre pour enfant qui se déploie, des poupées gigognes, un Mac Do plein de tranches de ketchup, un lait de poule dans Magazin zinzin et le sourire de Little Miss Sunshine.

Athalie

 

 

08/10/2011

Il faut qu'on parle de Kévin, le retour

oui oui.jpgAvec deux des copines A., trois avec moi, c'était notre petit défi de copines A. d'aller voir le film (adapté du roman Il faut qu'on parle de Kévin, de Lionel Schiver). Histoire de s'en reprendre un coup de trauma, voir si on avait bien tout vu, tout compris, l'amour maternel pervers, le fils pervers, mais lequel des deux le plus ???  La troisième copine A. a déclaré forfait, il parait qu'elle devait garder sa petite fille ....

L'équipe A. retreinte à deux vigoureuses battantes,  avait le moral dans les chaussettes tombantes, le nez poudré de petites angoisses et le portable à portée de main en cas de crises d'étouffement subits. Il faisait gris et on est rentrées dans la salle obscure. Et on en est ressorties. Finalement, on a survécu. On ne savait plus trop articuler en sortant, mais on marchait quand même droit (enfin, je crois ...). 

Le film est-il bon ? Je ne sais pas trop, en fait. Les premières scènes m'ont semblé nulles, (mais j'étais morte de trouille) : des corps pateaugeant dans une sorte de sauce bolognaise pas cuite. D'autres encore après, très symboliques, presque fantasmagoriques : le sang macule des surfaces, du bon sang de peinture rouge bien gras et poisseux, la poursuite des fantômes d'Halloween, comment manger un litchi à la place d'un oeil ... d'autres scènes tapent juste, bien juste et bien fort : comment résister à l'envie de passer par la fenêtre un bébé qui hurle pendant des heures, rien que pour vous les briser menu, (les oreilles, s'entend), le réconfort du bruit du marteau piqueur qui crie plus fort que lui, ou comment décocher des flèches en plein coeur, au figuré d'abord ....L'actrice est excellente, elle est la mère coupable, pas coupable, mais quand même pas innocente, coupable qui résiste à la culpabilité, Kevin est parfaitement sournois, lucide et terrifiant, la grande maison trop belle, trop grande, déserte et froide, le père ne voit toujours rien, et rien ne vient arrêter le duel, le face à face de ce qui aurait dû être autre.

Qu'est-ce qui dérange dans cette histoire ? Qu'elle soit possible, on le sait, elle l'est, il y a des fils qui tuent. Pas les nôtres, mais ceux des autres, les mères de fils tueurs. Seulement voilà, là, la mère est normale comme nous, elle l'a voulu son fils, lui a sacrifié quelques trucs mais pas trop, comme nous, a voulu un truc normal, qu'il parle, qu'il joue, qu'il dise maman avant papa ... comme nous. Ce qui fait froid dans le dos.

Heureusement que, finalement, la mise en scène se mette en scène, que certaines ellipses se glissent, cela rend l'insupportable presque supportable.

Du coup, ouf, même pas mal. Mais peut-être quand même un peu, parce que y'a la copine A. qui est rentrée à pied, et moi qui suis passée dans une librairie, et qui n'a rien acheté. Ce qui n'est pas normal.

Athalie

PS : désolée pour la pub avant l'extrait, pas trouvé sans ...

06/10/2011

Seul dans Berlin Hans Fallada

Curieuse lecture, un entre deux pas confortable, faut dire aussi que comme au départ c'était pour le boulot, ça m'engageait moins.

L'histoire se passe à Berlin, dans les deux premières années de la seconde guerre mondiale, plus ou moins, et met en scène des petits personnages,  petits et obscurs, les sans pouvoir, les qui subissent ou qui profitent, comme ils peuvent, du troisième reich millénaire, ceux, plus rares, qui tentent de petitement résister à la puissance de la peur nazie, insidieuse et couvercle invisible mais nauséabond, par en-dessous.

les bas fonds.jpgOn entre dans un immeuble-microcosme où se concentrent les facettes des insectes : les Persicke, SS alcooliques de père en fils, glauques, brutaux, ridicules, prétentieux sans envergure véritable, des cloportes, qui songent rapines mesquines; madame Rosenthal, vieille juive du dessus, le mari a déjà disparu, elle l'attend, terrée dans l'appartement, une cible à portée des mains envieuses, notamment de l'autre minable, celui du milieu de la cour, Borkhaussen, pas de marques politiques ni autres, juste celle de la débrouille ratée, de toutes les arnaques qui passent, ratées, un faible malsain qui fait entrer dans la danse macabre Enno Kluge, pas mieux, triste figure de lâche s'empêtrant dans ses lâchetés, lâché à la dérive, et sa femme, Eva, une sorte de mini mère courage de la lutte quotidienne, la seule qui arrivera, plus ou moins, à choisir un chemin plus solaire, dans l'ombre. Il reste les héros, si l'on peut dire, un menuisier taciturne, radin et tétu, sa femme, souris grise. A la nouvelle de la mort de leur fils au front, ils vont se sentir tigres de papier, et écrire sans relâche et avec application des cartes postales dénonciatrices, accusatrices, lyriques, le dimanche, pour les déposer, au hasard dans des cages d'immeubles, vite, au rythme de leurs peurs. Ils pensent vraiment que leurs mots vont changer les choses, au moins un peu, au moins y croire, penser que leurs mots volent de mains en mains, font parler d'autres mots ... au moins.

Et puis de dominos en dominos, la cascade va se casser la figure, les erreurs vont entrainer des fautes, les fautes, des faux coupables, les vrais étant de l'autre côté de la pile de jeu, les mécanismes et les rouages nazis se déroulent, le défi des deux humbles prend des allures de sacrifice, un chemin de croix sans utilité, mais avec quelque grandiose trace d'humains normaux.

C'est ce qui m' a gêné dans cette histoire parce qu'ils sont où, dans ce Berlin là, les gens normaux ? Il n'y avait quand même pas que des SS ivrognes, des voleurs, aventuriers du minable burlesque, des asociaux, des protituées ... Les autres, les moyens, les transparents, les qui se vautraient pas dans la frange en aimant çà, les tout propres en façades, ils étaient bien là aussi ? Ou non, ce qui excuserait, ce qui me gêne, que ça excuse. Hitler élu par les bas fonds, ça me gêne aux entournures. Mais ce n'est pas la faute du bouquin.

Athalie

01/10/2011

Eux sur la photo Hélène Gestern

barthes.jpgLa première page a quelque chose de délicieusement surrané, une belle femme, deux hommes, une complicité, un instant fixé. A chaque fois que je lis une description de photo, je pense à ce qu'en a dit Barthes (je sais, ça fait pédante, mais c'est vrai) dans La chambre noire ; quelque chose qui dit dans que lorsqu'on regarde une photo, on regarde forcément la mort d'un instant. (Evidemment, c'est plus long et c'est mieux dit, mais j'ai la flemme d'aller chercher l'extrait). Je ne sais pas pourquoi, ça résonne juste, pour moi en tout cas. Je ne pense jamais à ça lorsque je regarde une photo, une vraie, celle de ma vie normale, mais uniquement quand j'en trouve une dans les livres. (J'arrête ma psycho à deux balles, les A. sont moqueuses)

Une femme, Hélène, ne sait rien de sa mère, sauf que la belle femme, à la raquette de tennis, sur la première photo, c'est elle, rien de rien du tout d'autre, à un point que s'en est quand même quelque peu artificiel.  Pourquoi qu'elle a pas régi avant que son père soit mort et sa belle mère atteinte de la maladie d'Alzermer ? (Trop fastoche Alzermer ....) Donc, au lieu de demander avant, elle a passé une petite annonce dans Libération après. Un certain Stéphane répond, un des deux hommes de la hoto, c'est son père, sauf que lui non plus ne sait rien de rien. Le fils du troisième, on saura plus tard pourquoi il ne risquait pas de se manifester. Une mère disparue dans la nature depuis l'enfance, un père mort depuis des années mais qui, même vivant, était un fantôme, atone. Sans être devin, c'est bon, on a vite compris, et pourtant, malgré quelques platitudes et un côté  bleuette, peut-être dû au côté roman épistolaire, résurgences du truc machin chouette des amateurs d'épluchures de patates, et avec un goût de pépin de pommes dans la bouche, je me suis laissée prendre par les circonvolutions autour d'un secret de polichinelle.

Pour une fois, je mets un extrait pour que l'on m'excuse ce penchant pour les ritournelles nostalgiques.

 La photographie a fixé pour toujours trois silhouettes en plein soleil, deux hommes et une femme. Ils sont tout de blanc vêtus et tiennent une raquette à la main. La jeune femme se trouve au milieu : l’homme qui est à sa droite, assez grand, est penché vers elle, comme s’il était sur le point de lui dire quelque chose. Le deuxième homme, à sa gauche, se tient un peu en retrait, une jambe fléchie, et prend appui sur sa raquette, dans une posture humoristique à la Charlie Chaplin. Tous trois ont l’air d’avoir environ trente ans, mais peu être le plus grand est-il un peu plus âgé. Le paysage en arrière-plan, que masquent en partie les volumes d’une installation sportive, est à la fois alpin et sylvestre : un massif, encore blanc à son sommet, ferme la perspective, en imprimant sur la scène une allure irréelle de carte postale. 

Tout, dans ce portrait de groupe, respire la légèreté et l’insouciance mondaine.

 Athalie