Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/11/2011

Plage Marie Sizun

marie sizun,plageLa couverture est ninichisme  : de de "nini", "ni kitsch ni à faire" et de "chisme", dérivé poli de "à chier". Le ninichisme n'a peur de rien, même du pire. Donc vu que le titre du roman est Plage, la couverture représente une plage, genre bretonne, vu que ça se passe en Bretagne, on reconnait à cause de la petite presqu'île rocheuse qui s'avance vaguement derrière avec la grande maison dessus et les pins parasols. La Bretagne sud quoi ... ou nord d'ailleurs, mais pas Lorient et son port de pêche en tout cas, ni Quiberon et ses baraques à frites, ni Saint Malo et les plateaux de fruits de mer avec les algues en plastique dessous, histoire que les anglais ne les mangent pas en salade, non, la vraie Bretagne, celle des cartes postales ou des aquarelles vendues la peau des fesses à Carnac ... Vu que l'héroïne est une femme seule qui attend son amant marié pour une semaine (sauvage ??? on n'ose y croire, vu comment elle est coincée ...), sur la couverture, on a une femme seule. Elle dessine ou écrit, un grand chapeau de paille sur la tête, avec une fleur rouge dessus (la symbolique de l'âme passionnée qui se cache en elle, on n'ose y croire non plus ...). Coincée, donc, toute habillée, pas le pull habituel et le paréo, mais une sorte de sarreau bleu ( en contre point harmonique avec la couleur de la mer aquaréllisée, je suppose, sinon, je ne vois pas, parce que les vrais sarreaux bretons sont noirs, je le sais, j'en ai un, acheté à la foire à la brocante de Saint Jacut, A.B. peut témoigner)

Mais une couverture peut être trompeuse. Donc, fi des clichés étalés. L'idée me disait bien : une plage et ses estivants, une petite station balnéaire, un rien surannée, un hôtel. Une femme attend son amant marié (je sais, c'est laborieux, mais faut remettre l'ennui en ordre) et regarde les autres, en famille eux. Voilà, c'est ça qui me disait bien au départ, le voyeurisme solitaire, la petite sociologie du quotidien et du rien. La plage, ça révèle des bouts de conversation (la queue aux caisses de Super U aussi, mais là, je suis moins réceptive à l'écoute des petites humanités qui ne sont pas les miennes...), des saynètes drôlatiques, des morceaux d'intime, des sourires vagues que l'on fait caché derrière les pages de son bouquin dont on tourne vaguement les pages, des petits aperçus de la vie des autres, comme la sienne, mais en moins bien quand même (sinon, c'est pas drôle et je n'écoute pas...)

Il y a quelques traits de cela au début, clichés de vacances tristes, nostalgiques, touchantes quand même : l'ado coincée entre ses parents snobinards, la vieille dame au chien super ridée-bronzée qui crève de solitude, la colonie de vacances pour cas sociaux, la jeune femme divorcée et ses deux enfants, les Allemands qui prennent toute la place (pourquoi des Allemands, les Italiens aussi, ça prend de la place sur une plage, mais pas forcément en Bretagne, soit.). Et puis vient la pluie, et l'ennui, pas seulement celui du personnage, du coup. Y'a bien la virée lamentable à la pointe du Raz, un ratage touristique qui aurait pu être troussé, mais non, les couleurs de l'aquarelle se diluent ... Le pire, c'est qu'après, comme elle perd son portable, l'amant ne peut plus la joindre. Là ça devient vraiment dindissime, tellement qu'on en craint un rebondissement. Le pire, c'est qu'il y en a des tentatives, aussi plats qu'une mer d'huile sans sardines.

Mais je ne vous dirai pas si l'amant arrive ou non, trop fastoche ... De toute façon le quatrième le dit "Qu'il vienne ou non, elle ne sera plus jamais la même", un bouleversement intime les pieds dans le sable et le chapeau de paille sur la tête.

Athalie

PS : explication pour l'illustration : je voulais trouver aussi ninichisme que la couverture, mais trop de choix. Du coup, là, c'est du sable de Gâvres, du vrai. Gris. Avec des cailloux dessus. En face de Lorient.

26/11/2011

Une saison à Venise W. Odojewski

une saison à venise,odojewskiSauf que lui, le petit Marek, il n'ira pas à Venise, pas comme son grand-frère, sa mère, ses tantes, avant, destination de villégiature traditionnel pour cette famille polonaise aisée, on imagine la Venise des cartes postales du temps d'avant, celle de "Mort à Venise", mais sans le choléra (le typhus ? je ne sais plus ...) 1939, la Pologne va être envahie, tout s'arrête et son rêve de Venise aussi, sa légende fabriquée, sa collection d'images découpées. Son père file dare dare à la guerre, sa mère se plonge dans ses comités de soutien aux soldats, et le voilà expédié en quelques pages dans la maison de sa tante, une grande maison art déco avec plein de recoins, mais en pleine campagne, plantée au milieu des jardins, sans gondoles. La tata est un peu doucement frapadingue, le reste de la famille arrive, une autre tante, et Marek va avoir sa Venise ...

C'est ouaté, en sourdine, des petites fuites ou fugues mineures avant qu'une source ne coule dans la cave ... un plein d'images flottantes. Un tout petit roman, comme un point de suspension, une lanterne aux fées, un jeu de masques et de bergamasques dirait Verlaine,  et d'ombres délicieusement, hop, pas vu pas pris ... La fable, les lampions d'une lagune souterraine et les notes d'un violon font un temps se taire les fracas qui arrivent. Un moment. Et puis, la Pologne sera bien envahie, la réalité rattrapera bien la fausse insouciance de l'enfance. Faut pas rêver.

Mais la mascarade était bien jolie.

Athalie

18/11/2011

Les déferlantes Claudie Gallay

Quand Les déferlantes déferlaient (facile ...) en grosses piles compactes sur tous les rayonnages et que tout le monde disait que c'était le "Best seller" des lecteurs, moi, je faisais un peu la tronche car du coup, ce phénomène de bouches  z'à z'oreilles éclipsait celui du Martinez "Coeur cousu", et que mince qu'est-ce c'était que ce bouquin-là, forcément moins bien que mon succès à moi de ma bouche à mes z'oreilles et pas que moi, évidemment, mais quand même.

KS-POLOCHONBLAN-65X20_B.jpg

Finalement, une fois qu'il fut sorti en poche, je l'ai laissé attendre encore un peu, histoire qu'il comprenne bien que je faisais encore un peu la gueule, et puis, "bon, ben, oui, allez, je te pardonne et je ne te lis mon gros coco ...". Gros, oui, coco, on ne peut vraiment dire, moins bien que Martinez, forcément. Mais je me suis quand même laissée prendre ... Comme tout le monde connait l'histoire, je passe et dis juste ce qui m'en reste de bons souvenirs, un peu palis par le temps :

  • Le fantôme de Prévert,
  • L'impression de lire en ayant les coudes posés sur une table de formica derrière une vitre de café embuée,
  • Un huis clos en plein vent, avec un couvercle dessus, comme un ciel breton, même si c'est pas en Bretagne,
  • la maison qui bouge, toujours à cause du vent, et la chambre avec un lit qui doit sûrement avoir un polochon et un édredon. Surtout un polochon, j'adore les polochons, je rêverai d'avoir un polochon, en fait.
  • Les sculptures  de Raphael et son chien empaillé
  • Les chats
  • un certain rythme lent, qui prend son temps pour dire peu de choses, finalement, mais bon.
  • L'art de d'écrire sérieusement des phrases parfaitement inutiles, l'inutilité, c'est reposant : "Il est monté dans la voiture. j'ai entendu le bruit de la portière quand elle s'est refermée. J'ai pensé à la personne qui avait inventé ce bruit". Heureusement, que ce n'est pas un ressort dramatique, sinon, on serait mal. Mais dans le flot, ça passe. Etrangement.

imagesCAY84CMJ.jpgEt finalement, je ne lui en veux plus à ce bouquin. Il a réussi à m'avoir de son côté, un moment calme et doux, presque sans histoire ... peut-être juste pas assez, justement.

Athalie

PS : bonne lecture A.M.L. .....  et autre roman du même auteur à éviter par contre, Seule Venise, la même chose, en plus court et moins bien, beaucoup moins bien, très nostalgie d'une femme seule, aussi, mais à Venise, ça passe moins bien qu'à la Hague, allez savoir pourquoi ? Peut-être qu'il a moins de formica ? et puis les pigeons de la place Saint Marc, ils sont moins porteurs de symbolisme que les goëlands et les mouettes sur la falaise ...

15/11/2011

Cinq mille kilomètres par seconde Manuele Fior

Première note sur une B.D....,enfin presque pas une B.D., en fait

 

Je l'ai déjà lue trois fois en quatre jours. Pas pour réviser, je n'en suis pas à ce point, mais la première fois pour l'histoire, la deuxième pour regarder les images, parce que comme je voulais vite connaître la fin, la première fois, je n'avais pas trop regarder les dessins, je m'étais juste dit qu'ils étaient beaux, mais c'est une B.D. quand même, donc j'ai repris mon temps pour mieux regarder. En fait, je me suis gourée, ils sont superbes, poétiques et pourtant ciselés. Mais je n'y connais rien, au point d'avoir été vérifier si c'était de l'aquarelle. Bingo, c'en est. Et la troisième, juste pour le plaisir. Pourtant, c'est de la beauté pas gaie, nostalgique, voire poignante, comme un corps qui a grossi, un temps qui est devenu gris.

Au départ il y a une ado, Lucie, piquante comme une ado italienne et les deux ados-super copains qui lui tournent autour quand ils ne roulent pas en vespa ; Piero, le plus doué à l'école, Nicola, le promis à la reprise du magasin de son père, un peu plus balourd. Lucy va jouer un peu, très peu, puis choisir, comme un jeu dans une palette de couleurs qui disent la lumière resplendissante de l'Italie, d'un début de vie et des corps épanouis, une légereté allègre. Puis, ellipse. On retrouve Lucy, sans les deux autres, ailleurs, dans d'autres couleurs, un peu plus bleues et froides. Puis ellipse. Piero, à son tour, ailleurs et  un peu plus tard ... Et, l'un et l'autre, ellipse, retrouvailles d'absences, ellipse, faux happy-end, ellipse.

C'est plein de non dit que l'on comble avec des hypothèses. Et si, et si, si, elle avait fait un autre choix ? et pourquoi celui-là, on ne nous dit pas, pas vraiment, ellipses. Les trois trajectoires  continuent à se croiser, les moments se suivent comme autant de choses qui auraient été possibles, mauvais choix ? bons choix ? ils sont faits, on dirait un peu au gré des pages et des vents, des exils intérieurs ou géographiques, finalement, ce serait un peu pareil ? et les rêves les poursuivent, amertume d'avoir loupé un truc sans voir quoi. Moi, j'ai trouvé ça super ambitieux pour une B.D., ( mais tellement beau à lire et à regarder, on dirait un roman (j'ai appris depuis qu'on dit roman graphique, ce qui convient bien effectivement) ... ( la scène de Hilde et Lucy, un pur régal, et celle, poignante d'une retrouvaille pitoyable ...)

Athalie

PS : super merci A.M.L.

14/11/2011

Loin des bras Metin Arditi

imagesCALAUCAA.jpgLoin des coeurs aussi, des bras cassés pas encore plâtrés, en attente d'attelles (ça prend autant de doubles consonnes que ça, ce mot ? ...), de béquilles perdues ; des bras pas trop ouverts, repliés, un envol ne semble pas pour tout de suite, un envol claudiquant d'oisillons secoués.

Dans un internat, en Suisse, se pratique le culte du corps sportif, avec une façade d' éducation policée de jardin à l'anglaise. Le prestigieux directeur de cette école qui fut prestigieuse est mort, et depuis, le prestige rabat les oisillons sur d'autres institutions. Les élèves s'envolent et les difficultés financières pointent leur nez. Les professeurs s'inquiètent de la permanence de leur gagne-pain. Vu leur passif, ils ne semblent pas avoir d'autres nids possibles pour dispenser leur savoir, bras cassés pour oisillons riches mais laissés pour compte par des parents occupés à bien d'autres choses, dispersés de par le monde cosmopolite. Eux, ils restent là pendant que les mères vaquent à leur dépression oisive.

Madame Alderson, tenancière d'origine, tente le sauvetage , sa soeur accrochée derrière, une bouée de sauvetage bien peu fiable. Brunet, un des professeurs, s'accroche, lui, à son appareil photo, son lacs et ses rituels, lesté par une mère qui lui a cassé les ailes, il y a bien longtemps déjà. Et Véra qui arrive là presque par hasard, l'esquif qui butte contre toutes les rives, les élèves, son fils perdu, un trop plein plein de soumission. Gügül, né dans les entrailles d'un palais oriental, enseigne football et danses de salon, mais que fait-il échoué sur ces rives là ? Et puis, Nadelmanne, le juif amoureux de la langue allemende, au point d'en retraduire pour lui tout seul tout Kafka, celui-là se trouve les pépites qu'il peut, son radeau de survie à lui. Il reste Irène, dont le bateau prend l'eau par le fond et pour qui " pleurer la mort d'un mari boche, ça doit rester un exercice solitaire". ( faut dire que un peu collabo nazi, le mari quand même). Les deux autres, sont des fantôches qui se prennent pour des aigles, le Berthier ,juste assez fasciste pour en être suintant et le MacAlistair qui drape sa lâcheté dans une philosophie de pacotille.

Chapitres courts après chapitres courts, on avance de petits faits en petits faits, sans pathos, tableau d'une arche de Noé où le luxe serait celui des sentiments, un monde en bocal, on les regarde faire la brasse. Avec plaisir, c'est ça le pire !

On a lorgné avec A.L.M. du côté du dernier roman de M. Arditi Le Turquetto, à suivre ...

Athalie

 

10/11/2011

Un envoi de A.M.L.

Un truc forcément pour nous, au lieu de dépenser des sommes indignes pour des trucs qu'on aurait pu faire nous mêmes, enfin, quand on en aura le temps ....

Athalie (de la part d'A.M.L.)

 

08/11/2011

Courir Jean Echenoz

Avant hier matin, entre autres choses, j'ai essayé de ranger ma bibliothèque, enfin, pour être plus juste, j'ai tenté (en vain), d'y faire rentrer Sanctuaire du coeur à une place logique. Du coup, j'ai dû déplacer les E, et dans les E, il y a les Echenoz, tous les Echenoz, depuis le début, dans leur blanche combinaison de chez minuit, blottis les uns contre les autres, loin des Zola aux grandes machineries qui couinent tellement qu'on les entend venir, avec leurs couvertures toutes différentes, dépareillées et foutraques. Non, les Echenoz, ils respirent l'élégance aristocratique d'un mec qui se permet de ne publier que tous les deux trois ans ce qui fait que ce ne sera pas cette année qu'il y en aura un de plus. Lequel noter ? Parce un blog de lectrices, sans Echenoz, du coup, me paraissait boiteux, presque indigent, voire illégitime.... mais comment noter un truc qui ne tient que par le fil d'un style ? j'ai frôlé l'abandon, le découragement avant même la ligne de départ. Bon, Courir, alors, parce qu'au milieu de Ravel et Des éclairs : la trilogie biographique.

Courir raconte l'histoire de Zatopek, enfin, une histoire possible, revue par Echenoz. Emile de son petit nom, a 17 ans lorsque les Nazis envahissent la Moravie et autre chose à faire que de s'en occuper. Non qu'il s'entraine, il n'est même pas sportif, non, qu'il soit vraiment quelque chose d'ailleurs, il est apprenti dans une usine de caoutchouc et aspire vaguement à autre chose, une figure esquissée, sans grande forme, pas beau, pas laid, mais gentil, avec de grandes dents qui sourient tout le temps. Par hasard, il se met à courir, par hasard, il se met à y prendre plaisir. Et puis, le voilà militaire sous les Soviets, et puis voilà qu'il se met à gagner, une sorte de funambule aux gestes maladroits, aux sourires grimacés dans l'effort, il gagne sans aucun style par contre lui, alors que tout le récit tient dans celui d'Echenoz. A coups, comme toujours, de petites phrases courtes, d'adjectifs rares et juste là où cela dérange l'évidence, l'écrivain rythme la course de celui qui va devenir un héros national, bien que à sa foulée défendante, ou même pas, indifférente et différente, un destin qui passe. C'est drôle aussi, au détour d'une carrière qui se termine un peu comme elle avait commencé, sur des malentendus, simples serrements de coeur quand les défaites arrivent, qu'elles s'enchainent, le corps trahit, c'est logique, pas pathétique, mais toujours sur le fil tenu d'une mélancolie douce d'une légende sportive (paraît-il ...) Zatopeck semble hors du temps, la guerre froide, la réalité du réel, il la voit floue, il n'a pas l'air d'y croire vraiment. Il court dans une histoire décalée, décalquée, comme si elle n'était pas la sienne. C'est prenant comme des images d'archives en noir en blanc, d'un temps qui n'est plus celui de la course, mais juste celui d'un temps qui est passé, pas restitué, entre deux.

Le livre se termine avec une pirouette échozienne digne de toute distance parcourue : "Bon, se dit le doux Emile. Archiviste, je ne méritais pas mieux. "

Athalie

PS : mais comment on fait pour rattraper les mecs qui courent devant, avec si peu de classe ? Bon, je dirais une autrefois ma fascination pour la course à pied. C'est comme Port Royal, l'ascétisme, tout ça ...

 

05/11/2011

Une femme simple et honnête Robert Goolrick

imagesCA8GXVG8.jpgHeureusement que j'ai pris une dose de grâce divine avec Port Royal avant d'entamer cet opus de la lubricité et du mensonge, après La cucina, je fais finir damnée, même par les jésuites, qui pourtant ....

Raph Truit est richissisme, un magnat local tout puissant dans une petite ville perdue sous la neige du Wisconcin. Ce qui n'est pas une raison pour être obsédé par le désir de la femme et poursuivi par des rêves oncessants de luxure, mais lui, il l'est depuis tout petit. Pourtant, sa maman (genre mormonne gorgonne plutôt janséniste dure) l'a puni, mais ça n'a pas suffi. Du tout. Il s'est (plus ou moins joyeusement ...) vautré dans la luxure, puis amoureux, a pris belle jeune femme italienne et est rentré refaire fortune dans son petit enclos. Heureux qui comme Ulysse, disait l'autre ? Ben pas vraiment ... Vingt ans de veuvage plus tard, il a passé une petite annonce pour rompre sa solitude et surtout arrêter de luxurer tout seul en rêve, et on le trouve sur le quai de la gare, sous la morsure des regards et du froid, à attendre celle qu'il a choisi parce qu'elle avait commencé sa lettre par "Je suis une femme simple et honnête" et que sur la photo, elle en avait l'air. Le train est en retard, il attend, et on va dans le train, pendant ce temps, pour faire connaissance, avant lui, de la dulcinée destinée à éteindre "honnêtement" les désirs par les feux sacrés du mariage.

Catherine Lang est en train de se déguiser en celle attendue, elle révise son rôle, repasse son objectif : l'amour et l'argent, l'amour et l'argent, l'amour et l'argent, (l'argent, on sait de qui déjà mais l'amour du même ? Cela parait improbable vu comment elle se récite une vie autre que la sienne. Evidemment la photo n'est pas la bonne, évidemment elle a une explication et puis de mensonges en mensonges, se met en place l'intrique : une chatte et une souris, plus un piège à rats et comment on élimine les rats ? et les souris ?

Il y a des trucs qui ne tiennent pas : ce qui m'a le plus génée c'est les changements de psychologie par à coups brusques et revirements à 120 degrès et les montagnes russes, ça finit par donner le tourni, à force, on ne sait plus si on monte ou si on descend : Catherine change de vérité, de facettes, de certitudes aussi vite de garde robe, Ralph pas mieux, le seul qui reste sur ses positions, c'est le rat qui grignote les cales du navire. Mais lui, il est monolythique, et monobloc, ce qui gêne aussi finalement vu que les autres font l'inverse.

Finalement, je ne suis pas descendue en route (même si j'avoue une certaine lecture en diagonale vers la fin) parce qu'il y a aussi une certaine atmosphère cotonneuse et lentement piègeante (ben oui on quand même envie de savoir comment ils vont finir, la chatte, la souris et le rat ..) Et puis aussi à cause de "La sirène du Mississpi", ce pourquoi je l'avais acheté ce livre. Du coup, j'ai appris le titre d'un de mes Truffaut préféré en italien " La mia drogua si chiama Julie". Aucune trace de palourde par contre.

Athalie

 

 

 

03/11/2011

Le désert de la grâce Claude Pujade-Renaud

Pour moi ce roman, c'est une lecture vallonnée ...le désert de la grâce,claude pujade-renaud

L'histoire du monastère est retracée par une multitude de voix féminines, qui en disent chacune un petit fragment, (d'ailleurs parfois plus au moins le même) ; la tranquilité, la douceur, la magie du vallon, l'élévation de la grâce, la grâce du lieu, celle d'une volonté d'être autre que dans le siècle, d'avoir une pensée propre face au monarque tout puissant qui irradiait là-bas, à Versailles ... Elles sont  nombreuses ; la propre fille de Racine, l'archiviste copiste, une prieure, une deuxième, une soeur converse, le fils du médecin de la communauté (quand même un homme), la soeur de Pascal ... elles prennent parole et papote de la grâce jansénistes et des persécutions suite à la bulle papale, comme les A. de leur dernier Etonnants Voyageurs quand elles auront 80 ans.

Port-Royal me fascine, soit, ce site détruit par un harcharnement hors de proportion, Louis XIV en a même fait exhumer les corps du cimetière, mais trop de Port Royal tue le Port-Royal. Tous les personnages parlent de Port-Royal, s'occupent de Port Royal, se souviennent de Port-Royal, ont été arrachées à Port Royal. A croire que toute les femmes du Paris de la fin XVIIème n'avaient que cela à faire. Il y a aussi la Duparc, maîtresse aimée de Racine, qui s'en fiche comme de son premier rôle, elle, de Port Royal, mais elle ne cause pas beaucoup.

Pourtant, ce bruissement des voix, cette répétition du souvenir, échappe à l'ennui, comme si ce lieu et cette foi, cette résistance au pouvoir, cette sorte d'épopée en sourdine que fut celle de ces religieuses, insoumises dans un siècle où le pouvoir ne pouvait tolérer un murmure contre les clairons du roi soleil, ne pouvait être éclairée qu'ainsi. Le mystère demeure, pas tant celui de savoir si cette fameuse grâce est donnée par dieu (les jansénistes)ou s'acquière par les actes (plus ou moins les autres), mais celui d'avoir pu faire entendre une volonté d'agir selon sa conscience, de lire et d'agir par soi-même, d'instruire, de transmettre.

Je ne comprends toujours pas Port-Royal et on ne sait toujours pas si Racine a, ou non, assassiné la Duparc. Zut. Mais bonne nouvelle ; Pascal n'était pas une pure pensée, il avait des brûlures d'estomac, suite à une histoire de chat qui aurait été tué à sa place quand il était petit. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me rassure.

Athalie

01/11/2011

La cucina Lily Prior

la cucina,lilly priorUn petit régal que ce petit livre là, qui a failli me coûter un endormissement très tardif, vu que je n'arrivais pas à le lâcher, on se lèche les doigts en dévorant les pages. Cependant, ne pas se tromper dans l'ordre des activités, parce qu'on n'y suce pas que des plats et on n'y plonge pas que les lèvres, ou les yeux ...

Rosa Fiore aime faire la cuisine, réfugiée dans la fattoria de son enfance, à l'est de la Sicile où se cotoient légendes, superstitions, prêtres et mafia, où la terre engrosse les olives aussi sûrement que sa mère enfante, même en double, là où se mêlent sang et plaisir, chair et chair, pâte et meurtres : "C'est le moment de commencer à étaler la pâte. Saupoudre la table de farine et divise le pâton en huit sections égales. Une à une, aplatis-les avec le couteau à pâtisserie, en excerçant une pression vers l'avant, de manière à obtenir une forme rectangulaire. Procède ainsi jusque chaque section de pâte forme une longue bande de l'épaisseur de la lame d'un couteau. Le couteau qui a tranché la gorge de Bartoloméo. Qui est entré dans cette chair jeune et tendre comme un coltello dans du lard". C'est à la deuxième page du premier chapitre, donc c'est comme si je n'avais rien dit .... Le drame suggéré là va faire prendre au personnage un autre chemin dans une autre ville, une autre cucina, pour des plats qui soulagent de sa peine d'amour perdue.  Et quand se présente un prince des sensations fortes, les fantasmes de Rosa Fiore brûlants et dévorants, dodus comme une explosion de rondeurs débordent d'un corset trop longtemps contenu, de l'uniforme de la sage bibliotaire, s'échappent des volcans .

Y a du Fellini dans cette cuisine-là ... un Fellini qui aurait croisé un Botero.

Une tourte à la viande et quelques huitres plus tard, il reste un fumet drôle et excessif, entre burlesque et ridicule, mais aussi un soulagement, trop d'excès aurait pu tuer l'excès. A lire comme on mange des palourdes "a la vongole" avec les doigts, en faisant du bruit avec la bouche et sans renverser la sauce partout.

Athalie