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27/03/2012

L'insomnie des étoiles Marc Dugain (note de rattrapage)

marc dugain,roman françaisCe n'est pas le roman de Dugain que j'ai préféré, mais " le pas mal du tout quand même" étant plus facile à rattraper, parfois, que "l'excellent "qui résiste à la note, ( voir en bas de la page deux liens vers deux présentations du Seigneur des porcheries, roman qui m'avait si sciée que je me lancerai pas dans un rattrapage sur ce coup là, vu que tout y est dit), je reviens vers cette "insomnie", moins percutante que La malédiction d'Edgar ou Une excécution ordinaire, mais quand même.

Dans un monde d'abord "infini et clos", flottent Maria, sa faim, sa soif, ses bribes de souvenirs. On ne sait quand, ni où, ni qui elle est. Une ferme, un silence, une adolescente, on avance dans un brouillard dense et lourd. Y a du danger autour, c'est sûr, ça se sent dans le vent, dans l'immobilité humide et froide. Maria a perdu ses lunettes, c'est peut-être aussi pour cela qu'on y voit pas très clair. En tout cas, du coup, elle ne peut plus lire les lettres qui sont arrivées, celles de son père, lettres silencieuses, donc d'un disparu en uniforme. On dirait que c'est tout ce qui lui reste. Mais de quoi ? Le brouillard stagne et l'écriture, prégnante et serrée fait qu'on voudrait le trouer. Doucement, quelques éléments bougent, profilent des contours : une sorte de débacle, des profiteurs rodent, inspectent repartent, reviennent, se servent. Maria s'en cache, se terre dans les coins. Mais où et quand est-elle ? La ferme est vidée, un cadavre reste, encombrant, se décompose sans se laisser oublier. Le temps passe, c'est un eu plus de lumière, et apparait droit dans ses bottes un capitaine en uniforme, Louyne, sauveur ? prédateur ? sauveur, ouf. Il récupère Maria et on commence à peu mieux voir le paysage historique.

Donc, on est en Allemagne, après la défaite nazie, les alliés viennent faire le ménage. Le village où les français ont été affectés à la remise en marche du normal, est dans le sud du pays. Petit, perdu, rien de bien grave ne semble s'y être passé. Le nazisme les a frôlé de son aile, à en croire les habitants, sans que l'apocalypse fasciste n'y ai pris corps, ni âme. Soit.

Sauf que Maria a un truc qui cloche, et le village aussi, finalement, et que les deux sont quelque peu liés, ce que Louyne va chercher et trouver. Enquête policière au pays des amnésiques volontaires, le roman donne à voir l'arrière du fond du crime, rend visible l'infâme ordinaire, puis l'infâme tout court. Ce qui est petit à petit ainsi révélé n'est peut-être pas  aussi surprenant, aussi mystérieux qu'on ne soit complètement chamboulé et retourné. On peut  y voir évidemment une faiblesse romanesque. Maria ne devient qu'un prétexte, un fil d'Ariane, elle s'efface, se dilue dans l'histoire si sombre de la Grande. Louyne, oui, un peu trop toujours droit dans ses bottes, sans doute, justement parce qu'il n'en a pas des doutes. Résolument du côté du bien. Le romanesque aurait aimé un rien de vacillement, un peu moins de minimalisme lapidaire, un pas de côté, même un petit ...

Dommage, sans doute, pour le roman, ce qui n'enlève rien me semble-t-il, à la qualité du propos, la justesse de la démarche. Le romanesque peut sûrement passer après l'histoire, quand l'Histoire doit être dite. Ce qui est super sentencieux, comme phrase droite dans ses bottes, d'ailleurs.

Athalie

Donc, Le seigneur des porcheries ....

http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2012/03/le-seigneur-...

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2009/12/seigneur-des-...

qui est aussi un "must" de A.B, d'ailleurs, c'est par elle que comme souvent, j'ai ouvert ces pages !

 

25/03/2012

La comtesse de Ricotta Milena Agus

9782867465956.jpgLa ricotta, c'est un fromage mou, qui tremblote sous les coups de fourchette, selon wikipédia, il doit s'égoutter, se laisser aller, sinon il se répand, c'est pour cela qu'il est dans un petit panier, qui le tient.

La comtesse, une des trois femmes de ce roman est donc "de ricotta", non de provenance de , elle n'a jamais bougé de Cagliari, de substance de. Elle tremblote de la vie, de l'intérieur, ne sait rien faire sauf aimer "ceux qui ne la mérite pas".

La comtesse a donc deux soeurs, et un fils, Carlito. Celui-là, on ne sait trop d'où il lui est venu. D'un homme qui ne l'a pas reconnu, lui non plus, à la faveur d'un hasard, d'une mollesse. Le petit apprend à jouer du piano, deux heures par semaine avec son papa fantôme. Le reste du temps, il cherche à s'échapper, rêve de papa dragon sur la plage. Il n'est même pas beau, semble quelque peu idiot, du moins, autre, ce qui fait que les autres, eux, l'évitent.

La plus âgée des deux soeurs, Noémie, est justement trop âgée pour se marier, se maquiller, s'habiller, séduire. Elle ne tremblote pas, elle a l'analyse de la situation cruelle. Son seul souci : racheter les appartements vendus de l'hotel particulier où elles habitent encore, et qui fut entièrement le leur, du temps d'une splendeur d'antan, quand la famille avait offert au roi de Sardaigne un service à vaisselle digne de sa table. Pour l'instant, elle doit se contenter d'une restauration de la façade, ce qui va lui coûter bien plus cher qu'un simple ravalement, finalement.

La troisième a un mari, elle, mais pas d'enfant. Seulement un chat qui fait office de, en attendant. Magdalena aime son beau mari et Salvadore, le beau mari, aime sa femme, les seins splendides et le cul voluptueux de sa femme. Ils s'en donnent à coeur joie tous les deux ( il y a quelques pages qui sentent bon La cucina), mais l'enfant tarde. Et le neveu ne remplace pas, trop décevant, vaut mieux encore le chat.

Il a aussi un voisin qui remet et retire son alliance, sans que l'on ne sache trop pourquoi, ce qui fait aussi trembloter. Et une gouvernante, qui a connu les temps où la mére des trois soeurs était presque là et le père aussi. Elle a su faire les tartes à la ricotta, puis a oublié, mais là, on sait pourquoi.

La ricotta donc, c'est blanc, et mou. Il paraît même que le blanc peut-être laiteux voire lumineux. Ce qui n'est pas le cas de ce roman : plutôt tourné vers l'intérieur, l'intérieur du palais qui s'effrite, intérieurs des trois seours qui s'agrippent, un rêve d'amour qui se tient dans une légère brise de l'écriture, si lente et douce qu'on ne dirait pas la Sardaigne ardente de Mal de pierre. Les mots ne se répandent pas malgré quelques redites, quelques échos de Mon voisin ( que j'avais trouvé trop douceâtre) ou de Quand le requin dort, mais trop atténués.

Le roman manque d'apreté, tant pis,  la prochaine fois, j'en reprendrai quand même encore "du même auteure"

En plus, les couvertures des romans de Milena Agus sont souvent géniales, ce qui fait que je ne vais pas me fouler pour l'illustration, vaut mieux ça qu'une image de ricotta qui se répand.

Athalie 

19/03/2012

La couronne verte Laura Kakische

imagesCA4STF03.jpgEn fait, je ne sais pas de quoi il parle ce livre ... Juste que j'ai enfilé les pages comme d'autres enfilent les Sky juice. Enfin, auraient dû les enfiler, jusqu'à plus soif même, en bikinis ravageurs, toutes cloques de coup de soleil explosées à l'ombre du bar de la piscine du grand hôtel pour ados passablement regressifs. Et finalement, ça va pas être le paradis prévu.

Trois ex-lycéennes-futures-étudiantes-petites-filles-sages-petites-bougeoises partent pour trois jours de vacances, "un rituel de passage" vers l'âge adulte, pour fêter de devenir grandes en fanfare d'exotisme banal et de cocktails acidulés dans un paysage limité au grand hôtel et à la mer où vivent des poissons. Exotiques aussi, les poissons.

Terri, c'est la blonde, un peu troisième roue du carosse, mais qui s'en moque et compte bien "profiter". Anne, c'est l'amie de toujours, celle sur qui on peut compter ( elle m'a fait un peu penser à Claude, dans Le club des cinq, mais en moins aventureuse, une Claude avec du Annie dedans). Michelle, c'est pareil, un mélange des deux, Annie d'abord, Claude après, sauf que en plus mystique, (faut dire que, le mysticisme du club des cinq ...). La timide se transforme en diva dès qu'elle ose chanter, sauf qu'elle se demande bien où se trouve le porteur de spermatozoïdes à qui elle doit la couleur de ses yeux. Elle sait seulement que sa maman a payé cher le sperme musicien.

Depuis que ces deux là sont amies, c'est-à-dire depuis toujours, elles ont bien écouté les conseils de leurs maman : ne pas parler aux inconnus, ne surtout pas, de surcroit, suivre un inconnu, ne pas jouer seule devant la maison etc. Facile à faire dans la petite ville de l'Illinois. Mais dans le "rite de passage", cela s'avère plus compliqué. Parce qu'elles sont seules dans l'aventure organisée du "rituel" de l'hôtel mexicain, peuplé de plein d'autres comme elles, qui sont venus sea, sex and sooner jusqu'à déborder. Terri, ça lui va. Anne et Michelle, moins. A côté de l'hôtel, se trouvent les ruines d'un temple maya, ruines témoignant d'un rite millénaire, pyramide du haut de laquelle a coulé le sang des vierges, en hommage au dieu, en un temps où les vierges se laissaient faire. Et puis voilà. Le guide croisé au bar a les yeux bleux du spermatozoïde manquant, ce qui va mettre en sourdine les derniers écho des bons conseils de maman.

Il est trop "récit métaphorique d'un itinéraire d'une enfant angoissée à la quête de soi même" avec autres clichés cartes postales exotiques ou psychologiques. Mais moi, je me suis laissée prendre, parce que quand le vernis craque, ce n'est pas beau ce qu'il y a sous les peaux bronzées. J'aurais presque préféré la quête du spermato.

Athalie

15/03/2012

Prodigieuses créatures Tracy Chevalier

220px-Maryanning.gifLe truc facile, évidemment pour l'entame de cette note, ce serait "prodigieuse lecture", sauf que non, on ne peut pas aller jusque là. "Prodigieuse surprise" non plus, alors cela va être "bonne pioche" plutôt, parce que après avoir adoré La jeune fille à la perle, comme beaucoup et plein de monde, en un temps lointain où le blog des A se tenait à la terrasse d'un troquet après avoir fait le marché des Lices, plutôt que sur la toile, où l'on ne peut même pas se couper la parole en commandant un deuxième verre de vin blanc ( c'est un temps tellement lointain que certaines A. ne l'ont même pas connu), j'avais été super déçue par La dame à la licorne. Du coup, j'avais classé Tracy Chevalier dans la catégorie "auteur que je ne lirai plus". Et puis, finalement, un avis en entrainant un autre ...

Dans Prodigieuses créatures, foin de licorne et de perles, foin de peintre et artisan tisseurs au long cours, mais des gratteuses de falaises, par tous temps et tous vents, découvrant leurs trésors enfermés dans la glaise, par le temps, l'autre, celui qui dure. Pour l'une, les trésors, c'est les poissons fossiles, en plus, elle s'appelle Elisabeth Philpot, vieille fille de sucroit pas trop contrariée. Avec ses deux soeurs, pour équilibrer des intérêts familiaux bien pensés et raisonnables, leur frère les a plantesé à Lyme Regis, une sorte de futur centre balnéaire démodé avant même d'exister. 

Leur petit cottage est ciré à la théière. Leur vie aussi dans ce coin de la côte anglaise où les mondanités se résument aux bonnes oeuvres et aux cancans, et où les notables se piquent de curiosité, d'abord, pour les trois arrivantes. Puis, moins. Il faut dire que la passion des poissons fossiles, ce n'est pas très affriolant. Elizabeth se voit étiqueter excentrique, c'est marqué sur sa robe et sur ses gants troués. Ramasser des poissons fossiles, ça sali, et les gants troués d'avance, c'est plus pratique. ( c'est fou ce que l'on apprend des trucs dans les romans !)

Sur la plage, Elisabeth rencontre Mary Anning. Trop jeune fille piquée aux fossiles aussi, mais terrestres, cette fois. Les deux vont faire la paire. Mal vue aussi Mary, mais elle parce qu'elle vient du village ( comme quoi, c'est bien aux femmes qu'on en veut dans cette histoire, des femmes qui n'ont pas à savoir, ni à chercher à savoir, surtout pas à savoir scientifique ...). La famille de Mary est pauvre. Pour vivre, elle va faire le commerce de ses ammonites, gryphies et autres traces d'un monde disparu. Ces preuves des ratages de dieu se ramassent à Lyme Régis, à la même vitesse que A.O. cueille les palourdes sur la grève de S.J à marée basse, c'est là où l'on de la chance qu'elle préfère les palourdes vivantes au "crocodiles" morts. Ce commerce est aussi celui de la  passion de Mary  que les scientifiques londoniens vont utiliser à leur guise, sans même prendre conscience de son importance à elle, la découvreuse, la cheville laborieuse : condescendants péroreurs, parfois plus sympathiques, parfois plus loufoques, rarement reconnaissants.

Un roman bien solide et bien écrit, classique un rien féministe ( mais pas virulent), un rien historique ( mais ce voit à peine) , un rien romanesque ( ce qui n'est pas dérangeant ...)

Athalie

12/03/2012

Désaccords imparfaits Jonathan Coe

désaccords imparfaits, Jonathan Coe, roman anglais, Billy wilder, la vie privée de Sherlock HolmesImparfaites, elles le sont peut-être ces petites nouvelles en passant, alors évidemment on leur pardonne un désaccord ou deux : imparfaits comme l'est un apéro sans olives mais avec saucisson (il faut alors autant aimer les olives que le saucisson, ce qui est mon cas, ou imparfait comme l'est un bain sans perle de bain rose, alors on met une violette et bien sûr il faut aimer autant le rose que le violet, ce qui est aussi mon cas.

La première pourrait être un souvenir d'enfance, une histoire de Noël, une histoire de peur comme les enfants aiment avoir peur, ou avoir un canif, ou avoir vu un fantôme, ou ne pas avoir perdu le Noël, l'enfance, le canif, les fantômes, en grandissant. Tonalité d'ensemble : La pluie avant qu'elle tombe.

La deuxième pianote sur deux touches d'un piano bar le blues bluette d'un croisement de regards, celui qui aurait fait la suave histoire d'amour parfaite, mais bon, non. tonalité d'ensemble : La pluie avant qu'elle tombe.

La troisième décline les errements d'un musicien de cinéma dans un festival improbable de films gores et fantastique : une croisette un peu toc, une journaliste et un acien amour plus trd, il va enfin pouvoir aller s'acheter une paire de lunettes de soleil. Tonalité d'ensemble : La vie très privée de monsieur Sim ou Une touche d'amour, avec des accents en sourdine de Testament à l'anglaise.

La quatrième est le récit visiblement autobiographique de l'obsession de Jonathan Coe pour un film de Billy Wilder "La vie très privée de Sherlock Holmes" : l'air de rien, elle dit le goût de laisser l'imparfait, le pas fini, l'innacompli, de ne pas combler les trous, les vides, on ne sait jamais, le fini pourait décevoir. Le triomphe du pas fini sur le fini, ça me plaît bien, moi.

Et en toute modeste harmonie, finalement, ces désaccords imparfaits touchent juste.

Athalie

08/03/2012

Nouvelles fraiches des rayons ...

Il y a un nouveau Jonathan Coe sur les rayonnages des libraires !!! Enfin, un presque nouveau puisque ce sont, dixit lui même, un peu le gratte fond de son disque dur : des nouvelles de ses débuts. Pas grave, j'ai acheté quand même. Il faut dire que comme je n'avais même pas lu le quatrième avant, je n'ai pas vu que c'était des nouvelles.En général, je n'aime pas les nouvelles.

J'ai lu la première. Au début, je me suis dit que c'était dommage qu'il n'en ai pas fait un roman. A la fin, non.

Il y a le dernier Milena Agus dans les librairies aussi. J'ai acheté aussi. Je n'ai pas lu le quatrième de couverture non plus. Si ça se trouve, ce sont des nouvelles, et je ferai moins la maligne.

Athalie

06/03/2012

Les passagers anglais Kneale

les passagers anglais,kneale,roman anglais,tasmanieOu comment un voyage au petit pied peut se retrouver au très long cours ....

Le capitaine Kewley trafiquait tranquille  du côté de son île de Mann avec ses marins ravis dans son bateau à double fond, "la sincérité", (gloups et une bouteille de rhum)  en une journée qui aurait dû être la dernière de cette aventure là et non la première d'une toute autre histoire, pas du tout, mais du tout prévisible. Arrivent les "douanes volantes" anglaises et bien contraints de se taire et de ne rien dire, les marins mannois et capitaine matois se retrouvent assignés dans le port de Londres, ce qui, vu ce que contiennent les soutes secrètes, ne leur convient que peu. Pour sortir de la souricière, ils vont aller se jeter dans la gueule du loup, chargés d'une mission civiilsatrice et vaguement scientifique de l'autre côté de la planisphère dans une toute récente colonie anglaise, la Tasmanie. 

A bord de la "Sincérité", le capitaine a dû embarquer quelques spécimens humains qui seraient burlesques si ils n'étaient animés des plus purs délires racistes : le révérend G. Wilson, totalement allumé de la lumière divine, persuadé que le paradis terrestre est sur terre et en Tasmanie, justement, une histoire de frigidaire géant qui l'aurait conservé intact, ce qu'il veut prouver de visu à ceux qui se gaussent de sa théorie (et houps, une bouteille de rhum !) et le docteur Thomas Potter qui est quant à lui un défenseur convaincu de l'inégalité des races, matiné de relents sadiques. De l'autre côté du monde anglais, et pendant que notre "Sincérité" s'y achemine, Kneale, l'auteur, (je précise pour ne pas me prendre en route, moi, et à cause des bouteilles de rhum ...), donne voix à Peeway, le "sauvage". Il raconte son histoire, seule voix de sa civilisation, alors que les autres, les "civilisés", ils sont plein.

Il raconte sa mère, qui veut "tuer son papa", un violeur et voleur blanc, les tentatives de lutte de cette mère courage, de son peuple, de plus en plus réduit, pourchassé comme un troupeau par les colons. A leurs yeux, ils ne sont que des montres primitifs, ils les tirent au fusil comme on le ferait de monstres malfaisants. D'autres colons, plus "humains", vont les regrouper, les éduquer. Ce sera presque encore pire. Peeway, le "sauvage", raconte la perte de soi, de la culture, la faiblesse, l'impuissance de ceux qui ne comprenaient pas. Il raconte ce qu'il peut voir, sentir, et c'est à la fois naïf et ignoble.

Les autres narrateurs, il y en a donc à peu près 20, dont les trois principaux : les deux délirants et le capitaine, plutôt bonhomme, complètent, interprètent, motivent, l'entreprise raciste. Selon ces voix de la "civilisation", on jubile, on savoure le cocasse d'une périgrination burlesque, sans cesse contrariée (houps ...) , et/ou on s'indigne, on s'horrifie, on se lamente, impuissants nous aussi en témoins de cette construction drôlement efficace : chaque regard qui croise la voix du "sauvage" est monolithique, quand il n'est pas monomaniaque, chaque regard ne le voit même pas.

Je ne suis pas sûre que la fin mérite une dernière bouteille de rhum ...

 

Athalie

 

04/03/2012

Petit lexique de Rosa Candida

imagesCADAK4QU.jpgQuelques extraits d'un "petit lexique de Rosa Candida" que j'ai trouvé sur le site de l'éditeur, ( mais qu'est-ce j'allais y faire au départ ... mystère ! ). Avec en exclusivité, le jardin d'hiver de Barbie et Kent, version fermée pour que les roses poussent plus vite ... le plastique, ça adore la chaleur humaine.

Athalie

 

Biologie végétale


« Nous devions sans doute causer de biologie végétale et avant que j’aie pu m’en rendre compte, nous étions en train de nous déshabiller. Tout le reste est resté flou dans ma mémoire. Il m’a semblé pourtant voir brièvement une lueur dans la nuit, étrangement près, comme s’il faisait jour au niveau de la congère. Cela a donné l’espace d’un instant une clarté aveuglante dans la serre, la lumière s’est frayé un chemin à travers les plantes et a dessiné un motif de feuilles sur le corps de mon amie. J’ai écarté les pétales de rose de son ventre et au même instant, nous avons senti nettement tous les deux un courant d’air, comme le bruit d’un ventilateur qu’on aurait allumé. »

Hasard


« Ce que moi j’appelle hasard ou occasion, selon le cas, est pour papa un élément d’un système complexe. Trop de coïncidences, ça n’existe pas, une à la rigueur, mais pas trois ; pas de coïncidences qui se répètent en série, dit-il : l’anniversaire de maman, la date de naissance de sa petite-fille et le jour de la mort de maman, tout ça le même jour du calendrier, le sept août. Pour ma part, je ne comprends pas les calculs de papa ; d’après mon expérience, c’est justement quand on se met à escompter quelque chose de précis, que toute autre chose arrive. Je n’ai rien contre la marotte d’un électricien à la retraite à condition que ses calculs n’aient rien à voir avec ma négligence en matière d’utilisation des préservatifs. »

Rose
« — Rosa gallica, rosa mundi, rosa centrifolia, rosa hybrida, rosa multiflora, rosa candida, énumère frère Matthias.
Tandis que je le parcours avec lui, « Le Merveilleux Jardin des Roses Célestes », tel qu’il est nommé dans les vieux livres, prend corps peu à peu dans mon esprit. Il va falloir commencer par arracher les mauvaises herbes et tailler les plantes — ce qui pourrait prendre deux semaines en travaillant dix heures par jour ; ensuite il faudra élaguer et planter à nouveau. Je choisis déjà un endroit abrité et ensoleillé pour la nouvelle espèce de rose que je vais ajouter. Elle ne sera peut-être pas très visible au début et ne fleurira pas tout de suite, mais ici sont justement réunies les conditions et la lumière pour qu’une nouvelle variété de rose inconnue se mette à pousser dans le terreau fertile. Il n’est pas possible de s’en remettre plus longtemps aux fioles de l’hôpital, on ne peut cultiver éternellement la vie dans du coton. »

Serre
« Je suis bien obligé de me demander comment deux personnes, qui ne se connaissent pas, ont pu faire pour fabriquer un enfant aussi divin dans des conditions aussi primitives et inadéquates que celles d’une serre. Il s’en faut de peu que je n’éprouve du remords. Plein de gens ont tout juste, se courtisent de manière constructive, accumulent peu à peu les biens du ménage, fondent un foyer, ont la maturité nécessaire pour résoudre leurs différends, paient leurs traites à échéance et n’arrivent quand même pas à fabriquer l’enfant dont ils rêvent. »


Trou
« Une fois dans mon lit, entre les draps propres, avec un livre sur la langue que l’on parle autour de moi, je me sens terriblement seul. À vrai dire, je ne comprends pas ce qui m’a pris de venir ici, dans ce trou perdu. J’arrange l’oreiller et m’allonge de manière à pouvoir regarder par la fenêtre dans la nuit noire. Si je ne m’abuse, c’est la pleine lune. J’inspecte mieux le firmament ; il n’y a pas à s’y tromper, la lune est d’une grosseur inquiétante et elle est beaucoup trop proche ; quant à mes étoiles natales, elles ont disparu de la carte, elles ne luisent nulle part ; on voit à leur place d’autres astres hostiles, une configuration stellaire inconnue, un schéma nouveau, indéchiffrable, inscrit sur la noire voûte céleste. »

02/03/2012

Tangente vers l'est Maylis de Kérangal

Construction-du-Transsiberien--3-.jpgTangente vers l'est, prendre la tangente, sortir de la liste prévue, pour aller voir ailleurs. Va falloir que je me recadre. C'est parce que j'avais un moment à attendre, près d'une libairie, et donc, je suis rentrée dedans :  autant attendre dans un endroit où l'on puisse lire quelque chose plutôt que de rester sur le trottoir à faire semblant de s'intéresser à l'affiche qui trône au milieu de la vitrine d'à côté annonçant la prochaine exposition  de l'aquarelliste local. (Je n'ai rien contre les aquarellistes locaux, je m'empresse de le préciser, juste contre le fait que sur leurs affiches, il n'y a pas grand chose à lire). Et A.B. m'avait touché un mot de cette dernière publication de Maylis de Kérangal, vu qu'on a bien aimé toutes les deux Naissance d'un pont.

Il semblerait que ce soit un ouvrage de commande, un voyage payé dans le Transsibérien contre une production écrite parlant du voyage dans le Transibérien : ce qui se sent un peu, j'ai trouvé. Autant Naissance d'un pont avait réussi à, comme le dit A.B. faire qu'on se retrouve passionnées par des histoires de plaques de béton, de fils aériens en acier et de boulons, autant là, ma foi, les wagons m'ont peu transportée. Pourtant, il est attachant Aliocha : un jeune recru embarqué pour le service militaire et une destination inconnue, quelque part en Sibérie. Et il ne veut pas y aller. Il a tout fait pour ne pas y aller, jusque errer la nuit dans les bars pour se trouver une fille avec qui faire un enfant ( Ben oui, visiblement, un sixième mois de grossesse suffit au pas encore jeune père pour être exempté). Du coup, il est balloté dans ce wagon de troisième classe, où les autres comme lui, éructent, s'imbibent et jouent à qui aura la quéquette la plus grosse. Ce qui l'interesse peu, lui. Donc, déserter, quitter le train, sans même savoir ce qui il y a autour. C'est lourd, collant et poisseux, et en même temps, on lui met un visage, une histoire. C'est lorsque les figures féminines rentrent dans le plan de l'évasion que l'histoire se gâte, quelque chose de plus convenu : la belle étrangère qui fuit un amour qui s'est égaré, deux maternelles protectrices dont ne sait trop ce qui les fait pousser le balai, et la chansonnette presque finale et vraiment de trop.

En attendant le prochain, par conséquent. Et "les prodigieuses créatures" piaffent ...

PS : il y a quand même une scène croquignolesque sur les passagers découvrant le lac Baïkal.