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12/04/2012

La souris bleue Kate Atkinson

la souris bleue kate atkinson,roman anglaisMon homme vient de le commencer, et il me dit, "ça commence, bien, La souris bleue", un bain de sang ! Moi "Ah tu es au troisième antécédent ?" Lui : "Non, au deuxième". Il a raison. J'avais oublié les bains de sang. C'est parce qu'ils sont en sourdine, giglant mais en sourdine, comme une douleur qui ne jaillirait pas vraiment, du moins dans l'écriture qui tournicote autour.

La souris bleue est le nom du doudou d'Olivia, une peluche rapée et un poil fatiguée d'avoir été tortillée, un doudou normal. Olivia est la soeur cadette d'une famille de quatre filles, c'est elle la parfaite, la mignonne, l'attachante, la seule aimée, la future victime, la disparue depuis trente ans, un soir d'été, de la tente surchauffée dans le jardin, elle n'est jamais revenue. Fille de Victor et Rosemary ; Victor, pas vraiment un père, une ombre de grand mathématicien et un pauvre type, Rosemary, une mère déjà lassée de l'être à force de l'être trop souvent et de l'avoir été trop tôt. Les trois autres soeurs ont survécu. Premier antécédent.

Deuxième antécédent ; Théo et Laura. Théo, le père en mère poule bien ronde, et Laura, sa fille préférée et parfaite. Un hasard ou deux et le sang gicle.

Troisième antécédent ; Michelle, Keith et le bébé qui pleure, les heures de sommeil qui se grapillent, le temps pour soi contre le temps de la perfection, sauf que l'exaspération rode et la hache flotte par là.

Ouais, mon homme a raison, ça a l'air grave, finalement.

Fin des antécédents ; arrive Jackson, il est détective privé, enfin plutôt vaguement quand même, parce qu'il a surtout mal aux dents et recommencé à fumer. Avant, il avait une femme, une maitresse femme depuis  reconvertie en femme d'intérieur, mais avec un autre, et il a lui aussi une fille : huit ans, elle lui claque le coeur comme une petite bombe qu'elle menace d'être. Lui aussi, il a un antécédent, le numéro quatre, mais on ne le saura que quand les fils des autres seront emmélés les uns dans les autres, sans que l'on ai vu vraiment comment. Pas grave.

Jackson rêve d'une retraite dorée dans un pays de cocagne où la baguette pousserait sur les placettes à pétanque. Sans rire. En attendant, il n'a qu'une enquête sur le feu, et elle ne brûle pas, ni ne fait bouillir la marmite : une hôtesse de l'air bonâsse soupçonnée d'infidélité par son mari idolâtre alors qu'elle passe son temps à tondre sa pelouse, faire des courses et la gueule. Il la suit d'ennui, clopes au bec. Une vieille aux chats lui fait faire quelques premiers détours : toquée fasciste persuadée qu'on ne lui vole que ses félins négros.

De fil en pas d'aiguilles, de suiveur pépére en séducteur malgré lui, de détours en méandres, Jackson va arriver au bout du labyrinthe ; et nous avec, accrochés aux fils de ses virages, circonvolutions, têtes à queues improbables et illusoires romanesques, on s'accroche à la lenteur d'enquêtes qui n'en sont même pas. Enfin, pas des vraies, sauf que c'est juste à savoir comment les pères aiment leur filles, que deviennent les filles disparues (ou pas) dans la tête des autres, ceux qui restent à compter leur âge, trouver, retrouver leur visage et que sont les pères devenus.

C'est drôle et triste comme une souris bleue au fond d'un tiroir, comme une vieille fille qui va à l'enterrement de son père en collants rouges, comme une comédienne ratée mais super sexy.

Une histoire de gâteau en chocolat avec de la crème anglaise dessus et un couteau à l'intérieur. Un vrai régal.

Athalie

 

 

 

 

 

 

Commentaires

c'est un joli résumé :)
je suis totalement d'accord, c'est très drôle et triste à la fois

Écrit par : Hanane | 13/04/2012

Bonjour !
Merci pour votre visite sur nos pages et votre commentaire !
Ce roman de Kate Atkinson ne fait pourtant pas l'unanimité, trop compliqué, trop de personnages, trop d'invraisemblances ... C'est vrai qu'au départ je me suis un peu perdue dans les prénoms des filles (toutes ou presque finissant par A, en plus ...) mais le labyrinthe n'est pas si sans issue qu'il n'y paraît. La récompense de la lectrice est dans l'homme-lecteur qui lui demande " Tu n'en aurais pas un autre comme ça ? Ben, si "Dans les coulisses du musée", par exemple !
A bientôt
Athalie

Écrit par : Athalie | 13/04/2012

Une suite de confessions féminines étourdissantes pour le souriceau innocent que je suis (enfin, un peu). Kate Atkinson nous balance, sans ménagement, Tess d'Urbervilles et ses soeurs, et ses cousines, dans une Angleterre contemporaine peu ragoutante où l'on peut être con sans même aimer le football, mais c'est toujours la même histoire dont on ne se lasse jamais:
"You don't give me your mouth and kiss me back. You never willingly do that-you'll never love me I fear."
et ce n'est pas fini...
Anonymous

Écrit par : Anonymous | 14/04/2012

Bonsoir Anonymous,
Toujours un plaisir de vous recevoir en ces pages, et en y repensant, ben oui, vous avez, comme souvent, raison, il y a du Tess dans ces filles, trop tôt mangées par des ogres qui ne semblaient leur vouloir que leur bien ...
A bientôt !
Athalie

Écrit par : Athalie | 17/04/2012

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