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28/04/2012

Bifteck Martin Provost

bifteck,martin provost,romans françaisIl était une fois un bébé boucher, baptisé platement André. Il n'a pas ni chateau, ni coursier blanc mais des parents, propriétaires d'une boucherie, à Plomeur, en Bretagne, Bretagne  qui semble profonde. Prédestiné successeur de ce royaume étriqué, son premier mot sera "Bifteck", ses lectures du soir se contenteront d'un os à moelle à ronger, son alphabet à la liste des noms des morceaux d'animaux tranchés et découpés, qui en deviennent parfois poétiques. Il n'est même pas beau, cheveux gras et corps adipeux, quand il est content, il se tâte les entrecôtes. La bidoche comme passion, ça sent pas le prince charmant. Et pourtant ... L'acorte Jeannine Le Meur, comme un aimant attiré, va être la première à profiter et à gouter de ses talents jusque là ignorés  : il fait " chanter la viande" et vibrer d'extase celle de sa conquête involontaire. La langue de Jeanine ne va pas en rester là et soucieuse du bien être de ses congénères, dont les maris sont partis à la guerre, elle répand la nouvelle merveille. c'est alors que la queue se fait devant la boutique pour tâter de la bestiole sous couvert de ravitaillement ( j'ai oublié de dire que cela se passe pendant la première guerre mondiale ...) : il y en a tellement que l'élue sait qu'elle est l'élue lorsque le morceau de choix, l'araignée, lui échoit.

Evidemment, toutes ses copulations mirifiques ( et derrière la cathédrale) ne sont pas sans conséquences ... Et comme les six mains et une princesse au petit pois, arrive l'élément perturbateur. Les maris au front reviennent du front et l'amant va devenir papa-bifteck et entrainer ses petits dans une étrange odyssée,bien loin de la boucherie et des femmes à la chair blanche.

Un conte, une fable, une affabulation, un Rosa Candida mais à la sauce bien mineure, pas sanguine, mais moins lumineuse, sans roseraie mais avec île. Ce n'est pas le même étrange charme mais pourtant le même fil de ce que l'amour paternel fait aux grands enfants. C'est drôle et distancié au début, et puis on finit  on finit par s'égarer dans une sorte de remake de Vendredi ou les limbes du pacifique, plutôt pas appétissant et dans le pied de nez final, j'avais perdu l'entrain.

Athalie 

26/04/2012

Manifeste pour l'édition et la librairie indépendantes Colette Lambrichs

Manifeste pour l'édition et la librairie indépendantes, Colette lambrichs, manifeste, lecture, combat

 

http://www.ladifference.fr/Edito,1867.html#lettre1867

Lorsque le débat pour ou contre le livre électronique avait fait rage chez les A., je m'en étais tenue à une position peu tranchée. Comme j'aime bien les joujoux informatiques, même si je confonds toujours sans souci les iphone et epad, et ne sais m'en servir, tout juste si j'arrive à envoyer un texto de dix mots en moins de dix minutes, mais bon, je trouve ces "petites boites" marrantes, étranges, mais marrantes. les "liseuses" électroniques, alors oui, pourquoi pas avais-je dit (en gros), elles ne tueront pas le livre, le roman, pour des lectures utilitaires, pourquoi pas, faut varier, même si moi, je ne vois pas renoncer au plaisir de tourner des pages en vrai, qui sentent et qui ont du granulé, ni à celui de passer en revue leur reliure plus ou moins jaunies et fatiguées, comme pour refeuilleter les pages passées, et avec elles, des souffles d'autre chose ....

Du coup, quand j'ai lu les quinze petites pages de ce manisfeste, je me suis dit que j'étais décidemment une bonne vieille naïve, et du coup, j'ai un peu froid dans le dos. Je crois que je vais clouter des étagères partout dans la maison, louer un garage supplémentaire, voire la maison de la voisine et faire des provisions de vrais livres pour ( au moins) les cinquantes prochaines années. Autre solution, moins réaliste, me faire une pancarte " Non au livre électronique" et faire un seat-ing sur mon trottoir.

Athalie 

25/04/2012

La salle de bain du Titanic Véronique Ovaldé

titanix.jpg"Tous ceux qui n'ont pas de nombril sont des martiens". Deux enfants sur une plage en été scrutent les ventres des vacanciers : Jules, neuf ans et Vienna, six. Quelques étés plus tard, sur la même plage, elle, elle, ne quitte plus sa serviette, assise près de sa mère qu'un cancer oblige à porter perruque, et Jules,lui,  n'a plus de consistance. Parce que cet été-là, elle n'a pas trouvé de martiens, non, mais deux orques se sont échouées sur la plage et qu'un matin de cet été -là, la petite fille blonde, blonde sable, dont le père s'est assoupi un moment, va aller un peu trop loin et pas toute seule dans les dunes.

J'ai échoué sur ce livre-là, entre autre, mais principalement parce que la petite fille blonde qui est allé trop loin dans les dunes toute seule, et qui ne va rien dire à son papa assoupi,  aurait mérité un traitement littéraire moins par dessus la jambe. J'ai échoué parce qu'après le premier chapitre, je n'ai plus vu l'intérêt du second, ni du troisième (encore moins du troisième en fait, mais comme il n'y en a que trois, ça fait quand même deux en trop, enfin, à mon petit avis).

Selon A.B., qui avait mis son veto sur cette lecture, Véronique Ovaldé s'est égarée dans la pub pour Citroën, ( Renault, Twingo ... pas retenu le nom du truc qui roule et qui ne vogue pas, ça c'est sûr). Le Titanic s'est échoué aussi, ce qui n'est pas une raison pour surfer sur la vague de la commémoration. Je ne sais pas si cela a un rapport, ni cela vaut vraiment la peine de se poser la question, tellement le charme, volatile, de cette lecture anecdotique ne passe pas les premières pages. Passons donc notre chemin et voguons vers d'autres moyens de locomotion littéraires.

Athalie

Du même auteur sur le même blog : Des vies d'oiseaux

PS : ce qui ne remet pas en cause, le beau principe de l'échange des A. Je finis de digérer Bifteck (offert par A.B). 

REPS : A.B. avait raison

Im-renault.jpg

24/04/2012

Biftecks à la moëlle (vrai ou faux)

 

Épluchez les échalotes ; hachez-les très finement.
 

barbie cuisine.jpgFaites bouillir de l'eau ; salez-la ; ajoutez l'os à moelle dans cette eau bouillante ; baissez le feu et laissez pocher (cuire à petit frémissement) pendant 5 minutes; retirez la casserole du feu et laissez l'os dans l'eau.

Faites chauffer 50 grammes de beurre dans un sautoir à fond épais (de préférence en cuivre étamé) ; ajoutez les 2 steaks dans ce beurre chaud et laissez- les cuire 2 à 3 minutes de chaque côté, selon le degré de cuisson souhaité.
Faites chauffer le four et également un plat de service.
Quand la viande est cuite, retirez-la du sautoir ; disposez-la sur le plat chaud et laissez-la reposer, au chaud, à l'entrée du four.
Ajoutez les échalotes hachées dans le beurre de cuisson de la viande ; faites-les revenir à feu moyen, sans les laisser brûler ; dès qu'elles sont colorées, ajoutez le vin et la glace de viande ; laissez réduire (évaporer) le tout de moitié, à feu moyen.
Coupez le reste de beurre en 4 à 5 morceaux; ajoutez un à un ces morceaux de beurre à la sauce en battant vivement au fouet et en attendant que le morceau précédent soit complètement fondu pour en ajouter un autre.
Salez et poivrez la sauce ; goûtez-la pour en vérifier l'assaisonnement ; nappez les steaks avec cette sauce ; laissez le plat au chaud.
Égouttez l'os à moelle ; à l'aide d'un couteau fin, retirez délicatement la moelle; coupez-la en 4 tranches ; disposez 2 tranches sur chaque steak; servez aussitôt dans des assiettes chaudes.

1 - Hacher les échalottes était  l'activité préférée des incas astèques.

2 - L'os à moelle est le plat préféré de monsieur Jules.

3 - "Battre le beurre pendant qu'il est encore chaud" est la devise de la comtesse de la ricotta.

4 - Esclarmonde a laissé le passe-plat  au chaud.

5 - La cuccina n'a  rien d'un plat de service.

6 - Quand le guga est cuit, retirez-le du feu.

7 - A l'aide d'un couteau fin, on peut découper un homard ou des petites filles.

8 - Nappez les steacks dans des assiettes chaudes ne veut rien dire.

9 - Laisser réduire à feu moyen peut se faire sur une plage.

10 - L'os à moelle se gratte jusqu'à l'os.

Athalie

 

 

23/04/2012

Biftecks aux champigons (jeu des sept erreurs)

Dans un petit bol, mélanger le poivre, la coriandre et le sel.
Frotter le bifteck de ce mélange. Très fort pour que cela rentre dans les couvertures. Réserver pour le quatrième.

barbie cuisine.jpgDans un grand poêle, de préférence en fonte, chauffer 10 ml (2 c. tout les trois mots) d'huile d'olive à feu moyen-élevé.
Y faire couiner le bifteck au degré de cuisson désiré.

Transférer la viande cuite sur une page, couvrir et laisser la se reposer, le temps d'un chapitre ou deux.

Dans le même poêlon, ajouter le reste de l'huile et faire courir les champignons contre  les oignons verts 3 min. ou jusqu'à ce qu'ils soient crevés.

Ajouter l'ail émincé puis cuire 1 min. en brassant l'eau du bain.

Ajouter le bouillon et retourner lire un chapitre ou deux et faire brûler la sauce. Incorporer au contenu de la poêle les Biftecks et cuire jusqu'à plus soif.  

Servir les Biftecks nappés de la sauce champignons avec une salade verte prédécoupée. Ne pas oublier les assiettes, les voyelles et les consonnes. Se munir d'un coupe papier tranchant.
 
Bonne chance !
 
Athalie

21/04/2012

Avenue des géants Marc Dugain

avenue des géants,marc dugain,romans français "Etre, c'est être coincé" nous annonce Dugain en citant Cioran avant de commencer son histoire. Pour sûr, Al Kenner, le narrateur de cette histoire est coincé de toutes parts : coincé entre ses divers aieux déglinglés, mère, pére, grand-mère... coincé entre son corps et son mental. Le pauvre gars mesure 2m20 et a un QI exceptionnel, ce qui semble toujours être un paradoxe. Mais aussi coincé dans son époque (les années 60 au USA) qu'il ne comprend pas parce qu'elles ne lui ressemblent pas. Al n'est pas le monstre du Dr Frankenstein, ni  George de Steinbeck pas plus qu'il n'est Ignatus de "La conjuration des imbéciles" de John Kennedy Tooole. Et pourtant on ne peut s'empêcher de penser à ces géants prisonniers de leur corps luttant contre un monde qui n'est pas à leur mesure. La différence, c'est que Dugain ne rend jamais Al un tantinet sympathique. Pas de sympathie donc, ni même d'empathie, terme que le narrateur finit par employer lui-même vers la fin du récit. Ce qui transporte le lecteur, c'est le regard mauvais que jette Al sur ces années qui souvent nous fascinent. Les hippies:"On n'avait jamais vu une humanité si loqueteuse, peinturlurée des pieds à la tête (...). Ce parti pris de l'enlaidissement devait bien correspondre à quelque chose". Al ne comprend pas et Dugain ne livre que peu d'indices pour remettre le phénomène hippie dans son contexte social et politique.  Ce n'est probablement pas son sujet et c'est un peu là le problème de ce roman: les passages psychologisants du début cèdent la place à une sorte de road movie mais on va où? Difficile à dire, mais il reste un rythme, des passages en couleurs dans un roman en noir et blanc, des passages qui tentent de brosser un tableau abstrait de l'innocence et de la culpabilité.

Sur cette avenue, Al semble être le seul géant, et çà, c'est insoutenable.

Anonymous

Du même auteur sur le même blog : L'insomnie des étoiles

20/04/2012

L'île des chasseurs d'oiseaux Peter May

Gugas_at_Port_of_Ness.jpgFin est écossais, et policier. Il voudrait bien être autre chose, ingénieur en informatique par exemple, mais pour l'instant, non. Comme il vient perdre son fils de huit ans, il est plutôt mal en point, son couple avec Mona bat de l'aile et lui aussi. Juste avant ce drame personnel, il y avait le professionnel : un meurtre avec pendaison et éventration post mortem. Fin vit à Edimbourg mais vient de l'île de Lewis, qu'il a fui dix-huit auparavant, il va devoir y retrouner parce qu'un meurtre similaire au premier vient d'y être commis, une île sombre comme sa mémoire, comme échappatoire imposée à sa douleur intime, une cautère sur une aile de bois .... Pas vraiment chargé de l'enquête, pas vraiment de retour non plus, entre deux, il retrouve, suit des fils, des trames qui se dispersent dans la brume, des vieux copains qui se trainent des souvenirs pas en meilleur état que les "black house" qui se délitent face à la mer, et le souvenirs font des trous à l'âme.

C'est un policier pluvieux et venteux, avec un enquêteur à qui il arrive plus de tuiles en une vie qu'un toit écossais puisse en perdre pendant une tempête, sans compter qu'on y glisse beaucoup, des toits, des falaises, des illusions, dans ce roman. 

L'île de Lewis est un drôle de monde, à l'écart des siècles, avec ses croyances qui vacillent mais plombent quand même sacrément l'atmosphère. Fin y a vécu, d'abord dans une maison repeinte en violet parce que son père avait dégotté sur la plage un énorme baril de peinture, comme un naufrageur des temps d'avant, quand la fureur des tempêtes était aidée par les feux que la pauvreté des hommes allumait sur les rives. Puis, la première tuile est tombée.

D'autres relents des temps anciens taraudent encore, surtout une, celle de la chasse aux bébés oiseaux des albatros, les gugas. Une fois par an, douze hommes de Lewis partent pour ce rite initiatique et fondateur : pas moyen d'y échapper. Quinze jours en autarcie sur un rocher pour massacrer des oiseaux sur un îlot rocheux qui pue et qui glisse, pour ramener sur la terre ferme ce met de choix, qui sera savouré sans savoir, délicate chair en bouche, ce qu'il en coûte vraiment. C'est un peu comme la lectrice de polar, en fait, qui s'en délecte les babines, des tuiles de Fin.

La cruauté de la lectrice n'a d'égal que celle des amatueurs de tourbe brûlée. ( dicton dictée par une faute de faute, et complètement idiot, j'assume)

 

Athalie

PS : merci A.B. encore un conseil qu'Ark vAdor aurait  gardé pour elle (lui ?)

17/04/2012

Olive Kitteridge Elizabeth Strout

olive.jpgLe quatrième de couverture annonce que l'on va découvrir une femme, " une personnalité hors norme " et contradictoire, au destin cependant fort ordinaire, à la fois tyrannique et capable de coups de folie de bonté, de coups de semonces humanistes (enfin, je traduis un peu). C'est en partie vrai, même si la fameuse Olive, brutasse en paroles, femme d'un délicieux pharmacien, humaniste sous perfusion constante en ce qui le concerne, est en fin de compte plutôt un fil conducteur, rouge, qu'un personnage. Quelques chapitres la suivent, la livrent, et d'autres s'éparpillent autour d'elle, son fils, ses brues, les habitants de la petite ville où elle vit, où elle a été professeur de mathématiques pendant des années, certains personnages la connaissent, d'autres pas ou peu, de réputation.

La construction du roman m'a fait penser à celle de La vie mode d'emploi (et finalement, ce titre lui irait bien aussi, sauf que de mode d'emploi, justement, de ce drôle de truc qu'est la vie, il n'y en a pas vraiment). En plus linéaire quand même, sans les contraintes oulipiennes, et sans Bartheby, qui est parti voir ailleurs et Moby Dick qui s'en fiche comme de son premier navire déchiqueté.

On entre dans quelques maisons, sans pousser la porte, sans grincements, et on regarde qui y bouge. Au début, je me suis dit "Bon, il va finir par y avoir un lien, les histoires des maisons vont se croiser... " Ben parfois oui, vaguement, et parfois non, vaguement aussi. Et puis, j'ai fini par abandonner l'idée des narrations à tiroir, puisqu'il n'y en avait pas et j'ai poursuivi ma visite du village : Crosby, sa marina et ses donuts.

Il y a la pianiste Angéla qui boit un peu trop pour se donner chaque soir le courage de jouer les mêmes standards du blues dans le même bar. Il y a Harmon, le père de cinq fils qui sont partis et le mari d'une femme qui est restée, la même, aussi. Il y a Molly, la gentille épicère dont le mari vient de mourir et qui ne méritait pas ça. Il y a la mère de Julie qui voudrait bien abattre à coups de fils son ex-futur gendre alors que son homme construit un bateau dans leur cave, sans savoir vraiment si la porte en sera assez grande pour qu'il puisse flotter un jour.

Et Olive, quand même, qui se retrouve parfois aux croisements, ou en ombre chinoise, quelque peu encombrante, trop grosse et trop grande gueule, qui aime planter des tulipes et n'a pas su faire grandir son fils à ses côtés, Christopher, dépressif podologue qui doit s'enfuir pour s'affranchir. Olive, l'éléphanteau.

Aussi délicates que soient ces histoires, je me suis sentie rentrer en manque d' éclats, de rire ou autres sourires, d'un truc un peu gai, sans trop de nostalgies et de de mariages ratés, sans trop de départs loupés et d'amours ratés, juste à côté. Ou alors d'un bon vieux truc qui saigne, genre La religion, mais bon, le donut retient son nutella, faut croire.

Athalie

15/04/2012

La noce d'Anna Nathacha Appanah

Elle m'a bien énervée, celle-là, la narratrice, la mère d'Anna, Sonia, qui en ce jour, marieimagesCA5E1FTT.jpg sa fille. Depuis quand les mères qui marient leur fille se mettent à être plus jeunes que moi, qui fais toujours des couettes à la mienne. ça m'a fichu un coup de vieux ! presque un coup de cafard. En plus, ce mariage la déprime, la contraint, l'afflige et lui nuit. Je me suis dit que j'étais bien partie là pour poser le bouquin. J'avais craqué sur la couverture, elle m'avait fait penser à Coeur cousu, un beau tissu moiré et de fines mains qui brodent ...

Que nenni ! Que nous en sommes aux antipodes de la mère courage hispanique et féérique. Nous sommes dans l'ici et le maintenant. Mais, elle a aussi son courage à elle, cette mère qui marie sa fille, finir la journée sans faire honte à Anna, c'est son chemin de croix à elle.  

Pensez ! Elle est ultra normée, Anna, et sa mère est trop originale pour elle. Pensez ! Anna ne boit pas, ne fume pas, a fait des études scientifiques, se marie en blanc ivoire, des petites fleurs discrètes dans les cheveux, a fait l'emploi du temps chronométré de la journée de sa mère, surtout, pour que cette dernière ne fasse pas un pas de travers. C'est vrai que moi, ça me ferait un peu peur une fille pareille. En plus, elle se marie avec un notaire, un jeune, qui semble aussi lisse qu'une page blanche. On espère juste qu'ils ont un peu consommé avant, quand même, ces extra terrestres.

Sonia fait tâche parce qu'elle est originale. Pensez ! elle écrit des livres, aime les vieux bouquins qu'elle stocke dans des caisses, fume des cigarettes et aime parfois marcher pieds nus ( comprendre qu'elle a une fois enlevé ses chaussures pour se poser dans l'herbe, et elle a même une photo de son pied, avec tatouage, prise par un inconnu qui flashait par là. C'est dire la classe). Le livre raconte donc ses efforts pour se contenir dans les marques posées par sa fille, car c'est son jour à elle, son grand jour, et Sonia se contient. Un flash-back nous explique sa solitude, le mal-être ne date pas d'Anna, mais d'avant, de son départ d'origine, celui de son île paradisiaque d'enfance, de ses parents jamais revus, de son silence à la fin de l'histoire avec Marc, le père inconnu d'Anna, un père au corps constellé d'étoiles filantes et qui a filé, sans savoir qu'il était père. Jamais elle ne l'a recherché et jamais elle n'a connu sentiment aussi entier et serein que cet amour-là. Mis à part cette nostalgie qui la tient, cette mère finit par toucher juste dans cette pudeur impuissante des mots, cette voix qui ne peut dire son amour à sa fille, sa si aimée et si différente fille, qu'elle voit partir, qu'elle a toujours vu partir en fait, qui l'a toujours retenue aux bords des paroles. Dans cette relation mère fille si fragile que finalement, tout bien compté, l'époque des couettes, je veux bien qu'elle dure plus longtemps.

Athalie

14/04/2012

Brothers Yu Hua

1002016-Bruegel_lAncien_les_Mendiants.jpgOu comment mettre sous cloche, sous boule de verre, un village, ses habitants et plusieurs décennies d'histoire chinoise, de la Révolution culturelle à la modernisation du capitalisme déguisé par les rouages corrompus du parti des "Masses", un concentré de la métamorphose des choses et de ce que les choses font aux gens.

Le microcosme, c'est le village des Liu, les deux spécimens principaux sont deux frères que rien ne lie par le sang mais tout par l'enfance, frères de coeur et de survie. Li Gangtou pourrait être la face noire : vantard jusqu'aux mensonges de bonne foi, hâbleur, obsédé par le sexe jusqu'à orgasmer les poteaux électriques, vulgaire, excessif en tout, aveugle à ce qui n'est pas satisfaction de ses désirs, forcément réalité. Mais pas toujours, ce serait trop facile : il peut aussi mettre tous ses défauts au service d'un bon sentiment : organiser un pélérinage " tout confort", rembourser ses dettes à ceux qui n'en attendaient pas tant ... Song Gang, le deuxième frère n'est pas la face blanche, plutôt l'agneau, doux jusqu'à l'impuissance, fidèle à la parole donnée jusqu'au don de soi, sensible, faiblard, se contentant des restes, il donne parfois envie de lui cogner des beignes, ce que ses décisions ne manquent parfois pas de faire, en un cruel boomerang.

Leur histoire pourrait être l'épopée burlesque de deux trajectoires ratées ; la figure fondatrice serait le père, le vrai pour un, le pas vrai pour l'autre, même on finit par ne plus savoir pour lequel. Le vrai de Li Gangtou a fait de sa mort l'humiliation de sa femme,  noyé dans la fosse des excréments pour avoir voulu trop mater les fesses des femmes du village. Li Gangtou est élévé dans l'obscurité de la honte jusqu' à ce que, le nouveau père apparaisse au détour d'un cortège d'enterrement ( des cortèges, d'ailleurs, il y en a souvent, sorte de point d'orgue, ils dégénèrent en bagarres cruelles, poussièreuses ou franchement drôles, ça dépend). Cet homme-là, c'est un soleil, grand, fort et bon, il va lui faire relever le regard, à cette femme qui ne sortait plus que la nuit, prendre tout le monde sous son aile, et  marquer le seul drunk de toute l'histoire du village. Mais la Révolution culturelle arrive et de conquérant, il va passer accusé " propriétaire terrien", la pancarte au cou et le balai à la main, un écrasé des circontances au sourire sans faille, à la parole fidèle.

Les deux héros  se dépatouillent dans les rues du village. Li Gangtou, le voyou, Song Gang le frère fidèle, "l'âme damnée" bien malgré lui. Le premier a déjà une légende, une solide réputation depuis que, comme son père, il s'est régalé des fesses des femmes dans les toilettes publiques. Sauf que lui, non seulement il n'en est pas mort, mais il a fait commerce de la beauté du postérieur de la sublime Ling Hong, la beauté du village, celle qui fait fantasmer la bande des "fidèles" : amis ou ennemis selon les circonstances et la politique qui tourne , les accolytes qui sont la deuxième strate du roman, ceux qu'avec les héros on suivra dans les étapes de la grande marche vers la modernisation, liés  ou déliés, témoins ou complices des entourloupes de l'un, de sa course à la gloire autoproclamée, de sa réussite autogérée, du bonheur tranquille de l'autre, Song Gang, dont la seule gloire sera de posséder une bicyclette, pour conduire sa femme, conquise sans le vouloir sur son frère, à la porte de l'usine, même quand les vélomoteurs prendront le pas sur son bonheur passé.

C'est un livre de parades, conduites de main de maître, jubilatoires et cocasses qui se succèdent et qui mènent à l'échec : ni la quête de la vierge, ni celle de l'amour pur, seul un escroc en faux hymens tire son épingle du jeu. Et encore, il n'y a même pas de leçon, juste pas de pitié pour les faibles ( et encore), juste aux queutards, aux chanceux, aux profiteurs, aux jouisseurs ( et encore). Il colle aux doigts, parfois gras et sale, ça pue, ça rôte et ça pète. D'un anti-romantisme primaire mais génial.

Athalie

Ps : merci à Ingannmic !

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2011/10/brothers-yu-h...

Athalie

12/04/2012

Luçon 1 - Virgin mégastore 0

Toujours à l'abri sur mon transat provisoire  (hélas ...) , à l'abri de la pluie, à l'abri du vent, des nuages,  je ne savais pas le dernier Dugain était sorti.

Surprise, dans la librairie de Luçon, sans méandres ni clarinettes, je l'ai acheté. Sans carte de fidélité aucune. Vu que Luçon, c'est la première fois que j'y pousse la porte d'une librairie.

Ce soir, un message anonyme de Virgin me l'annonce avec tambours et trompettes .

Je m'en fiche, j'ai gagné. 

Athalie

La souris bleue Kate Atkinson

la souris bleue kate atkinson,roman anglaisMon homme vient de le commencer, et il me dit, "ça commence, bien, La souris bleue", un bain de sang ! Moi "Ah tu es au troisième antécédent ?" Lui : "Non, au deuxième". Il a raison. J'avais oublié les bains de sang. C'est parce qu'ils sont en sourdine, giglant mais en sourdine, comme une douleur qui ne jaillirait pas vraiment, du moins dans l'écriture qui tournicote autour.

La souris bleue est le nom du doudou d'Olivia, une peluche rapée et un poil fatiguée d'avoir été tortillée, un doudou normal. Olivia est la soeur cadette d'une famille de quatre filles, c'est elle la parfaite, la mignonne, l'attachante, la seule aimée, la future victime, la disparue depuis trente ans, un soir d'été, de la tente surchauffée dans le jardin, elle n'est jamais revenue. Fille de Victor et Rosemary ; Victor, pas vraiment un père, une ombre de grand mathématicien et un pauvre type, Rosemary, une mère déjà lassée de l'être à force de l'être trop souvent et de l'avoir été trop tôt. Les trois autres soeurs ont survécu. Premier antécédent.

Deuxième antécédent ; Théo et Laura. Théo, le père en mère poule bien ronde, et Laura, sa fille préférée et parfaite. Un hasard ou deux et le sang gicle.

Troisième antécédent ; Michelle, Keith et le bébé qui pleure, les heures de sommeil qui se grapillent, le temps pour soi contre le temps de la perfection, sauf que l'exaspération rode et la hache flotte par là.

Ouais, mon homme a raison, ça a l'air grave, finalement.

Fin des antécédents ; arrive Jackson, il est détective privé, enfin plutôt vaguement quand même, parce qu'il a surtout mal aux dents et recommencé à fumer. Avant, il avait une femme, une maitresse femme depuis  reconvertie en femme d'intérieur, mais avec un autre, et il a lui aussi une fille : huit ans, elle lui claque le coeur comme une petite bombe qu'elle menace d'être. Lui aussi, il a un antécédent, le numéro quatre, mais on ne le saura que quand les fils des autres seront emmélés les uns dans les autres, sans que l'on ai vu vraiment comment. Pas grave.

Jackson rêve d'une retraite dorée dans un pays de cocagne où la baguette pousserait sur les placettes à pétanque. Sans rire. En attendant, il n'a qu'une enquête sur le feu, et elle ne brûle pas, ni ne fait bouillir la marmite : une hôtesse de l'air bonâsse soupçonnée d'infidélité par son mari idolâtre alors qu'elle passe son temps à tondre sa pelouse, faire des courses et la gueule. Il la suit d'ennui, clopes au bec. Une vieille aux chats lui fait faire quelques premiers détours : toquée fasciste persuadée qu'on ne lui vole que ses félins négros.

De fil en pas d'aiguilles, de suiveur pépére en séducteur malgré lui, de détours en méandres, Jackson va arriver au bout du labyrinthe ; et nous avec, accrochés aux fils de ses virages, circonvolutions, têtes à queues improbables et illusoires romanesques, on s'accroche à la lenteur d'enquêtes qui n'en sont même pas. Enfin, pas des vraies, sauf que c'est juste à savoir comment les pères aiment leur filles, que deviennent les filles disparues (ou pas) dans la tête des autres, ceux qui restent à compter leur âge, trouver, retrouver leur visage et que sont les pères devenus.

C'est drôle et triste comme une souris bleue au fond d'un tiroir, comme une vieille fille qui va à l'enterrement de son père en collants rouges, comme une comédienne ratée mais super sexy.

Une histoire de gâteau en chocolat avec de la crème anglaise dessus et un couteau à l'intérieur. Un vrai régal.

Athalie

 

 

 

 

 

 

10/04/2012

Une journée avec monsieur Jules Diane Broeckhoven

une journée avec monsieur jules, diane broeckhoven, roman belgeMonsieur Jules devait être un insipide tartignole de son vivant, charentaise en éventail, les sentences hautes et le canapé en skaï comme domaine. Seulement voilà, on ne le saura jamais vraiment, puisque quand le livre commence, il est déjà mort.

Comme tous les matins, visiblement, il s'est levé avant Alice sa femme, a fait passer la café, unique concession aux tâches ménagères, a disposé comme en ordre de bataille bols et confitures. Et puis, la faille silencieuse, il s'est assis sur le canapé, sans ses pantoufles, et il y est mort. Alice s'est levée, après lui, comme tous les matins, prête à suivre sa, leur, routine, mais l'a trouvé là. Nuque raide. Définitivement muet.

Alice s'en trouve remise à elle même, ce dont elle n'a pas du tout l'habitude, toujours obéissante, toujours aux désirs de ce monsieur Jules, qui savait tout faire, édictant les règles de leur bonne conduite. Que faire maintenant ? Comment aller chercher le journal quotidien dans la boîte aux lettres ? Lui, il y allait après le petit déjeuner, douche prise et dans une tenue décente. Pas comme les autres voisins de l'immeuble qui se contentent de mettre un peignoir par-dessus le pyjama. Mais elle, Alice, quelle option va-t-elle choisir ? sans le cadre, elle est toute décentrée.

Sans compter le repas du midi programmé ; que faire des côtelettes d'agneau prévues, elle ne les aime pas. Peut-elle maintenant manger des crevettes ? faire une mayonnaise maison ? Monsieur Jules péférait les toutes faites en bocal.La tête lui valdingue à Alice, parce qu'elle n'aimait peut-être pas les côtelettes d'agneau mais elle l'aimait son Jules, son mari, son homme, elle avait encore des secrets à lui dire, enfin un surtout. Et puis, c'était le sien d'homme, de mari, de jules, dès qu'elle aura pris son téléphone, appelé son fils, mit en branle le rituel social de la mort, il ne sera plus à elle, plus jamais. Alors, elle va retarder, se donner des prétextes, du temps. David, le fils autiste de Béa la voisine de trois étages en dessous, va lui donner le coup de main pour, entre ordre et désordre, passer cette dernière journée, entre deux temps. Parce que  le corps de monsieur Jules pèse, se refroidit, se raidit, malgré la couverture écossaise et qu'il faudra bien que le temps arrêté se remette en route, en réalité vraie, de la mort de l'autre.

Un joli temps de lecture que la figure d'Alice, ses sous entendus et ses petites tentatives d'être elle, avec lui, en bout de temps. Mais peut-être pas assez charpentée pour le rôle, elle s'essoufle, se dilue dans une trâme un peu mince, qui ne mène pas vraiment à un point final.

Athalie

 

 

08/04/2012

Le garçon dans la lune Kate O'Riordan

Piquets01.jpgDans la lune, c'est là où je devais être en le lisant, sur une autre orbitre, ma fusée a eu des ratées, je ne suis pas partie à l'allumage, et j'ai mal arrimé ma capsule spatiale. Suis passée à côté de la cible. sans exploser en plein vol, malgré tout.

Je me disais, voili voilà une histoire de garçon rêveur, terre à terre que je suis. Mais en fait non. Il y en a quand même un, au centre d'une galaxie nébuleuse, ses parents. Sam a sept ans. pas plus. Définitivement. Etoile filante.

Les deux satellites en orbitre autour de leur étoile solaire, leur centre du monde, Sam, donc, c'est Brian et Julia. Ils n'ont rien de brillant, sauf ce gamin, le leur. Un couple, marié depuis 10 ans, ils s'aiment, pas sûrs de ça et pas contre ça, ils montent et ils descendent, sans trop de roulis. Ils s'agacent, sans plus, sans vraiment d'éclats ni de raison raisonnable. Brian est est son bain, Julia prépare leur départ pour le séjour traditionnel de la petite famille chez le père, celui de Brian, en Irlande, après un passage sur le ferry et une visite chez le frère. Les talons de Julia claquent dans le couloir, elle couche son fils, respire son odeur, claque les portes, met tout en ordre, occupée, autoritaire, responsable. Brian traine dans son bain, la désire, elle se laisse faire. Ils partent, reproches quotidiens. Rien ne se remet en cause.

Je m'étire un peu. ça ne m'agace pas, non, ça pourrait, ça sonne à côté pour moi, je ne sais pas pourquoi, je n'entends pas les reproches de Julia, les excuses de Brian.

Et puis, le Noël va prendre une autre trajectoire et c'est Brian et Julia qui vont exploser en plein vol, sans parachute.

On change de fusée. Ce sont les familles qui deviennent les cibles. Celle de Brian dont on découvre l'enfance déchirée à coups de coups de ceinture par son père et d'amour pour ses frères, un Brian qui s'entortille dans une culpabilité indicible, comme dans des barbelés d'une enfance sans couleur, dans une ferme qui suinte la crasse : quelques moments de bravoure contre la loi paternelle, celle du plus fort, de la sélection pas naturelle, seuls les plus forts de ses enfants seront dignes de vivre ( de survivre) . Celle de Julia est sans violence, juste une soeur plus aimable que sa mère a mieux aimé, un père qui est plus souvent au fond du jardin à faire pousser ses fleurs qu'à regarder et entendre grandir sa fille.

Une histoire simple, dramatiquement simple. Je suis juste rester les regarder s'agiter, sans trop savoir pourquoi je suis restée au bord ...

Athalie

 

 

06/04/2012

Corps Fabienne Jacob

épilateur.jpgDès la première page, je me suis dit : "Mince (en pire), ça sent le Angot, ce truc ! ". Angot, je peux pas, j'ai lu deux pages il y a très longtemps mais je n'ai jamais oublié le goût qui me grince : les phrases courtes, le verbe comme comme un glas, le JE qui tonitrue l'intime glauque du JE, dressé comme un étendard phallique. Je peux pas.

Là, j'ai pu parce qu'il y a des moments pas trop Angot, mais d'autres si quand même.

La narratrice adulte (le "Je indéfini qui nous parle de nul part" ....) est esthéticienne : elle cotoie, malaxe, les corps des femmes qui ont pris rendez-vous pour (ce qui me fait froid dans le dos, moi aussi, je me fais épiler les gambettes par une spécialiste du poil, la prochaine fois, je vais la regarder autrement, me méfier, c'est un coup à retourner à l'usage du rasoir, je vous le dis les A. !). Elle n'a pas que du beau et jeune corps bien ferme qui défile sur la table ( d'opération ? de dissection ...), les flasques, les tout maigres, les gélatineux, les fripés aussi. Et quelques spécimens nous sont ainsi livrés : la bouchère, Adèle, Ludmilla, Grâce.... Elles passent par ses mains et son regard, scalpel silencieux et sentencieux qui sort des vérités premières à la vitesse à laquelle mon épilatrice à moi arrache les bandes de cire : "La perception des corps que j'ai est la mienne", " Je sais moi quand elles sont belles. Les femmes, c'est mon métier, elles sont belles quand elles sont dans leur vérité" ( J'en frissonne encore). Sans compter les classements péremptoires, les femmes qui ressortent de là tartinées de crème stigmatisante : quoi ? Il y en a qui regrettent leur peau lisse, n'acceptent pas leurs rides, ni leur cellulite, ni le flasque de dessous des bras. Honte à elles ! 

Elle se prend pour qui l'esthéticienne-philosophe ? j'en ai le poil qui se durcit.

 Et la bouchère, la pauvre bouchère, la potiche derrière le comptoir qui a perdu ses rêves d'enfants, tas de chair blanche, molle et frigorifiée, le boucher, lui ,évidemment et rustaud et rougeaud. Ben oui. Forcément. La bouchère littéraire devrait quand même se décider à faire une pétition pour avoir un mari bronzé, svelte et fan de Proust.

Pourtant, quand on sort de l'institut ( pas épilées mais bien rasées de près), il y a des moments qui font de la douceur : les deux soeurs ( la narratrice adulte et Else), en grande extase interrogative devant les bas de soie de leur mère, soigneusement étalés sur le couvre lit bien tiré du domaine conjugal, cherchant le mystère des draps froissés, le grand mystère de ce que font les parents la nuit ; la cinématographique Grâce, la grâce d'une route blanche et les deux yeux d'un phoque, la tristesse de Ludmilla, de ses caleçons moulants et du gloss juvénile, qu'elle ne devrait pas, soit, mais pour qui on a envie de demander grâce, pitié pour nous, pauvres corps livrés au sadisme de l'âge !

Si en plus, les esthéticiennes s'y mettent, je renonce à ma carte de fidélité et aux échantillons gratuits de crème anti-rides.

Athalie

04/04/2012

Lourdes, lentes Hardellet

imagesCAHOT9RM.jpgD'où qu'il me ressort des tréfonds de mes étagères celui-là ? Une réminiscence de Crébillon fils et des Bijoux indiscrets, et voilà Hardellet qui pointe sa curieuse plume, et sa belle été.

Je le ressors des tréfonds. Ben, lui aussi il a vieilli ... Couverture d'un jaune-cigarettes, il a dû en sentir plus d'une griller ... tâche de café sur le dessus, normal, le café va avec. Il a dû prendre l'eau aussi à un moment (dans un carton, dans mon sac ?) Il est un peu frippé du dos, courbé de la hanche, corné de la tranche.

Comme je l'ai souvent rouvert aux mêmes pages, il y va tout seul posé sur le bureau, prêt à être noté, consentant. C'est beau la fidélité, quand même, je relis les mêmes paragraphes, me relaisse prendre par le portrait en pied de Germaine dont je ne cite que les moins ... affriolantes parties ... " Son ventre. Bombé, large. Un ventre pour des enfants. Un foc fendu par le vent. Un ventre de pleine mer au calme. Ses cuisses. Le colosse de Rhôdes, l'été."

Lourdes, lentes, un titre que j'ai toujours eu envie de mettre au singulier, tant c'est Germaine, la première amoureuse du narrateur, Steve, qui chavire ces pages. Germaine, c'est la bonne de ses parents, dans leur maison de campagne, elle l'attire, le désire, il a douze ans et elle, vers vingt. Elle est plantureuse comme un Maillol des champs. Il pêche la truite et découvre le bon pain de ses rondeurs accueillantes, large comme une péniche dit-il. C'est rond. Très doux avec des "mots sales" qui ne le sont plus tant le goût de l'été et de son corps fondent comme une brioche.

Après, il y aura d'autres amoureuses et d'autres corps, aussi ronds peut-être, mais moins pleins, moins été et odeurs de pâtés de lièvre, plus cuirassées comme des avions, plus moderne, et le charme s'effrite.

Germaine et l'érotisme à l'état pur en charentaises aux bouts retournés et en porte jarretelles, sinon rien.

Athalie

01/04/2012

Code 1879 Dan Waddel

image_sorties_id34.jpgBon, il faut que je me dépêche de le noter celui-là, avant qu'il ne disparaisse de ma mémoire, vu que j'ai déjà un peu perdu le fil. Heureusement, y'en a pas deux.

Le fil : en gros, une série de meurtres qui se rattachent rapidement les uns aux autres, comme des petits clips qui se clipsent en faisant "hops, c'est là que je suis, moi". Sur les corps, il y a des codes à décrypter (ça ce fait super vite en plus, dès le premier "et hops, voilà ça de fait !"), et voilà le généalogiste qui passait par là embauché pour sonder le passé. Ben oui, parce qu'il y a aussi une mise en scène des corps et des "modes préparatoires" qui laisse penser, que la série est une redite, que la pièce a déjà été jouée une fois, avec une autre série de corps, dans un Londres plus brumeux, celui des bas-fonds de l'ère victorienne. Tout ça pour dire qu'on peut tous avoir un cadavre logé dans le placard du passé et qu'il faut faire gaffe quand la porte s'ouvre.

Les personnages, l'inspecteur, le généalogiste et l'inspectrice sont juste à point, comme il faut, retournés sur les deux côtés, pas trop saignants et avec tous un petit "poids" sur la conscience : le père tant aimé, une étudiante un peu trop aimée, et l'inspectrice on ne sait pas trop encore, mais comme il semblerait que ce soit le premier d'une série, on sent bien qu'elle va se taper l'incruste chez le génénéalogiste et peut-être même mettre un peu d'ordre dans le tiroir des tire-bouchon.

Dans la narration, il n'y a pas de tiroirs (juste un petit placard à la fin) donc, y a qu'à suivre l'enquête en double, si l'on veut, avec cinq meurtres commis dans le passé brumeux et donc cinq qui vont l'être aujourd'hui, avec indices concordants et course contre la montre pour le dernier. Du balisé.

Moi j'aurais bien aimé un peu plus de victorien à la Jack l'éventreur, avec du relent bien malsain et des miasmes bien putrides. Mais, bon, quand y'a pas, y'a pas.

Un roman à réserver à un après-midi dans un transat, une soirée sous la couette, selon saison ou degré de frilosité.

Athalie

En illustration, une spéciale dédicace en forme de blind test pour Anonymous.