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31/05/2012

Pierre feuille ciseaux Maylis de Kérangal

pierre feuille ciseaux maylis de kérangal,romans,romans français,nouvellesOn peut passer à côté de ce petit texte ciselé ( surtout que la couverture est vraiment très moche, mais vraiment si moche que si Maylis de Kérangal, la belle, charmeuse, pertinente, Maylis de Kérangal n'avait pas été assise derrière la pile à "Etonnants Voyageurs", jamais je n'aurais pensé à prendre en mains ce truc verdâtre et en plus à donner de l'argent pour que cette mocheté se retrouve dans mes étagères), et pourtant, c'est une petite pépite avec une âme dedans, voire plusieurs.

Trois lieux sont décrits, trois lieux de Saint Denis, si j'ai bien compris, comme des territoires distincts et circonscrits, avec leurs habitants dedans qui se cognent aux frontières invisibles, qui tournent en rond dedans, se cognent aux choix architecturaux, ou plutôt aux aléas de ces choix, qu'ils vivent, eux, de l'intérieur, les subissent sans même le savoir. Ce que l'espace où ils vivent fait aux gens qui tentent d'y vivre ...

Chaque description de lieu suit le fil du jeu : pierre, feuille, ciseaux, ce qui plombe, ce qui tranche, ce qui s'envole quand même, et chacun est la toile d'une mémoire. La première est celle de la jeune fille de la cité-jardin, elle y a vécu une certaine solidarité, entre des pavillons ouvriers, des baisers furtifs effleurés dans les contre allées, chef de bande dans les potagers où on chapardait des pommes, elle a sillonné les rues en jouant, puis en scotter, pour en sortir, puis elle y est revenue, dans la  petite maison des années 50, en parpaings à la gloire des années des trente glorieuses. Sauf qu'elle ne s'y sent plus vraiment chez elle, méfiante devant les rideaux de fer fermés des épiceries d'antan, remplacés par les vitrines "halal" exotiques, illisibles, inquiétantes. A ce quartier, s'adosse, l'autre, le dangereux, l'ensemble des "grands papillons", jamais fini, mais qui s'est clos sur lui même, des barres d'immeubles où sont arrivés les immigrés au temps où la France avait besoin d'eux. Ils se pensaient conquérants de leur dignité mais leurs fils y tournent en cage invisible, le seul territoire qu'ils peuvent maitriser, le seul où ils ont le pouvoir. La troisième mémoire est encore toute petite, le texte restreint le quartier aux dimensions d'une boîte à chaussures qu'une petite fille explore pour pour se souvenir de sa place dans le monde, y mettre des fils qui l'ancreront quelque part.

Maylis de Kérangal vous nostalgise et vous ouvre les papilles du coeur, elle retaille l'espace à coups de mots et de rythmes qui font bang dans la tête, elle refait le patron de la banlieue en marquant les coutures à coup de craies biseautées.

Athalie

PS : pour les curieuses qui meurent d'impatience ( si, si, si ...je suis harcelée de mails !) pour savoir ce que Maylis de Kérangal ( la belle, la charmeuse, la sublime ...) à répondu à ma question parfaitement pertinente (mais si, mais si, mais si ...) : la réponse est "oui"

Commentaires

Ton billet est très convaincant, je note!:)) cette problématique d l'espace m'intéresse beaucoup.

Écrit par : cathulu | 02/06/2012

Bonjour,
Je trouve, à ma modeste dimension, que ce petit texte vaut pas mal de pages d'un traité de sociologie sur la notion d'habitat, de banlieue, du rapport entre l'espace et celui qui vit dans cet espace ... (mais bon, je ne suis pas spécialiste, je ne lis jamais de traité de sociologie sur l'habitat). Par contre, j'espère qu'il te plaira ! Et puis, j'ai aussi noté " Au coeur des maisons", qui, d'après ta présentation semble aussi rentrer dans cette thématique, donc merci pour le commentaire, et pour le conseil !
A bientôt.

Écrit par : Athalie | 04/06/2012

Quelle(fausse!)modestie effectivement: tu lis Marie Claire maison toutes les semaines bien sûr que tu es habilitée à faire des commentaires sociologiques sur le ''dedans'' le ''dehors'' comment on y (sur)vit ? à combien ? Pour longtemps ? Dans ma grande maison pourquoi n'ai-je qu'un petit (tout petit...) espace pour respirer ? Quand mes enfants seront dehors, serais-je mieux dedans ? ou pas ?

Écrit par : ArkvAdor | 04/06/2012

Ben oui, ArkvAdor,je suis une fausse modeste, mais ça toutes les A. le savent déjà, par contre, j'ai arrêté "Marie Claire maison" depuis un moment, maintenant je fréquente "Mobalpa cuisine" ... Pour ta vaste tribu,une seule solution : la tente dans le jardin ; soit tu les y entasses, soit tu y retrouves ta solitude ... Ou alors tu chasses de tes petites mains les araignées de la réserve et tu y fais une antre d'hermite repeinte en rose barbie ( j'ai vu ça dans "Marie Claire Idées", c'est le must du must have ! ) Tu décores avec le poisson qui chante, les boules de neige, et c'est du tout bon. A.O. pourrait faire la même chose avec sa réserve à bois, et moi avec " l' abri de jardin", on aurait les mêmes, comme les petites robes noires, trop top ! Pour les autres A., pas de solution pour l'instant ...

Écrit par : Athalie | 06/06/2012

Merci ô Athalie la bien nommée (?)
Je débarrasse mon annexe de toutes ses monstrueuses arachnides (comment ? je verrai cela plus tard) je déménage mon poisson qui chante et mon oiseau qui siffle et mes boules à neige (j'en ai de nouvelles...) et mon plateau avec des papillons dessus et ma cage sans oiseau et mes coussins débiles et mes cailloux et mes morceaux de verre colorés et mes Cd qu'il y a que moi qui les écoute et mes sacs à fleurs et mes fleurs fanées et les dessins de ma fille et le duplo que m'a donné Grégoire quand j'ai commencé à enseigner et la lettre qu'Arthur m'a envoyée d'Istanbul qui ne veut rien dire mais qui fait en acrostiche '' Maman je t'aime''et mes flyers du TNB ; OUF je commence à faire mes cartons maintenant moi car j'ai pas fini...
PS j'ai subitement un peu peur que ma cabane soit trop petite...

Écrit par : ArkvAdor | 07/06/2012

J'avais oublié quelques trucs indispensables, en effet ...

Écrit par : Athalie | 10/06/2012

Oh là là tu me tentes et tu as employé le mot qui faut : MAYLIS !!!!!!!! rebises

Écrit par : Philisine Cave | 10/06/2012

Oui, pour moi aussi, c'est devenu un mot magique ! Ceci dit, je me suis peut-être laissé porter par une subjectivité charmée sur ce texte là, venant de la rencontrer, je manquais totalement de recul !

Écrit par : Athalie | 10/06/2012

Les commentaires sont fermés.