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31/05/2012

Pierre feuille ciseaux Maylis de Kérangal

pierre feuille ciseaux maylis de kérangal,romans,romans français,nouvellesOn peut passer à côté de ce petit texte ciselé ( surtout que la couverture est vraiment très moche, mais vraiment si moche que si Maylis de Kérangal, la belle, charmeuse, pertinente, Maylis de Kérangal n'avait pas été assise derrière la pile à "Etonnants Voyageurs", jamais je n'aurais pensé à prendre en mains ce truc verdâtre et en plus à donner de l'argent pour que cette mocheté se retrouve dans mes étagères), et pourtant, c'est une petite pépite avec une âme dedans, voire plusieurs.

Trois lieux sont décrits, trois lieux de Saint Denis, si j'ai bien compris, comme des territoires distincts et circonscrits, avec leurs habitants dedans qui se cognent aux frontières invisibles, qui tournent en rond dedans, se cognent aux choix architecturaux, ou plutôt aux aléas de ces choix, qu'ils vivent, eux, de l'intérieur, les subissent sans même le savoir. Ce que l'espace où ils vivent fait aux gens qui tentent d'y vivre ...

Chaque description de lieu suit le fil du jeu : pierre, feuille, ciseaux, ce qui plombe, ce qui tranche, ce qui s'envole quand même, et chacun est la toile d'une mémoire. La première est celle de la jeune fille de la cité-jardin, elle y a vécu une certaine solidarité, entre des pavillons ouvriers, des baisers furtifs effleurés dans les contre allées, chef de bande dans les potagers où on chapardait des pommes, elle a sillonné les rues en jouant, puis en scotter, pour en sortir, puis elle y est revenue, dans la  petite maison des années 50, en parpaings à la gloire des années des trente glorieuses. Sauf qu'elle ne s'y sent plus vraiment chez elle, méfiante devant les rideaux de fer fermés des épiceries d'antan, remplacés par les vitrines "halal" exotiques, illisibles, inquiétantes. A ce quartier, s'adosse, l'autre, le dangereux, l'ensemble des "grands papillons", jamais fini, mais qui s'est clos sur lui même, des barres d'immeubles où sont arrivés les immigrés au temps où la France avait besoin d'eux. Ils se pensaient conquérants de leur dignité mais leurs fils y tournent en cage invisible, le seul territoire qu'ils peuvent maitriser, le seul où ils ont le pouvoir. La troisième mémoire est encore toute petite, le texte restreint le quartier aux dimensions d'une boîte à chaussures qu'une petite fille explore pour pour se souvenir de sa place dans le monde, y mettre des fils qui l'ancreront quelque part.

Maylis de Kérangal vous nostalgise et vous ouvre les papilles du coeur, elle retaille l'espace à coups de mots et de rythmes qui font bang dans la tête, elle refait le patron de la banlieue en marquant les coutures à coup de craies biseautées.

Athalie

PS : pour les curieuses qui meurent d'impatience ( si, si, si ...je suis harcelée de mails !) pour savoir ce que Maylis de Kérangal ( la belle, la charmeuse, la sublime ...) à répondu à ma question parfaitement pertinente (mais si, mais si, mais si ...) : la réponse est "oui"

29/05/2012

La muraille de lave Indridason

imagesCAC52HOL.jpgSigurdur Oli, j'ai mis un moment à le resituer. Il fait partie de l'équipe d'Erlendur, soit mais où ? à droite au fond, sûrement, derrière la plante verte, petit falôt formé à des méthodes américaines, ce coup-ci, c'est lui qui mène l'enquête. Les enquêtes, en fait, enfin enquêtes, c'est un bien grand mot et menées aussi. Le dépressif principal est parti en vacances on ne sait où et ne donne pas de nouvelles, comme dans le dernier du même auteur, La rivière noire où c'était Elinborg qui s'y était collée. Sauf que elle au moins, elle était toujours pressée, surbookée, les courses, les enfants qui posent problème, elle s'endormait en zappant devant la télé et tout et tout. Normale. Alors que Sigurdur Oli, c'est le genre belvédère qui a perdu son gaz, il a égaré sa femme sans s'en rendre compte, ne boit pas, ne fume pas, regarde des matchs de sports pas islandais comme d'autres regardent les vaches regarder passer les trains. D'où des enquêtes à sa mesure.

D'abord, sa mère veut qu'il retrouve l' infâme voleur qui pique le journal d'une de ses amies vieillissantes, de droite, comme elle, tous les dimanches matins. Il se met en planque, et râte l'infâme. Ce pourrait être drôle, ça ne l'est pas.  Mais notre sobre enquêteur n'a pas qu'une mère snob et vaguement castratrice, il a aussi  (ben oui) des amis, dont un qui va lui demander de régler "à l'amiable" une affaire de chantage bricolée par des amateurs pour le compte d'une vague connaisance de l'autre qui ne veut pas que ses partouzes nuisent à sa carrière politique. Ce que l'on peut comprendre, en soit, mais c'est long à écrire et en fait, ne mène pas à grand chose. Sigurdur s'en mêle donc, se prend les pieds dans le tapis de sa hiérarchie et de fausses pistes en vrais leurres, confond tout sauf les coupables : accuse un mari, et finit de perdre sa femme ( ce que l'on comprend  ...) . Quand on arrive enfin dans les hautes sphères du pouvoir financier, dont les vrais coupables attendent l'explosion, ben, c'est tellement loin du point de départ, la collusion d'intérêt, le blanchiment d'argent sale, les taux d'intérêt factices et tout le tremblement des geysers artificiels, qu'on y croit plus vraiment. Sauf à une sorte de hasard qui nous a amené là. On monte quand même jusqu'à la montagne de lave, mais uniquement parce que c'est trop tard pour faire demi tour.

Les recherches tâtonnées de Sigurdur Oli s'entrecoisent avec le récit de la vengeance pathétique du "petit Drési" sur le salaud qui a fait de lui une épave, peut-être le meilleur du roman, mais les deux fils sont mal raccrochés et ça balotte.

Bref, la figure de l'enquêteur alcoolique et fatigué est peut-être lassante à force de redites ( voir Ellory Les anges de New-York) mais alors celle de l'enquêteur et propre sur lui et sans compassion et presque sans faille est lisse comme des pages où il ne se passe pas grand chose ...

Athalie

Etonnants voyageurs 2012 (le retour)

imagesCA9W98Y7.jpgEt voilà, une de plus ! Edition sans thème particulier mais avec programme intensif, avec soleil le jour et pluie la nuit, l'organisation fait les trucs super bien organisés, nous aussi, du coup. On n'a même pas mouillé les livres, déjà partis se coucher alors que les dernières A. vaillantes buvaient une dernière bière sous l'averse. Mais les A sèchent vite sous la chaleur des sun light des people littéraires, dans la convivialité des ventres ronds des idoles belges. Les Tristes Tropiques n'avaient pas trop la sinistrose, mais parfois les auteurs (voire les animatrices) la gueule de bois et les profs de français qui posent des questions dans les débats, la tartignole chevillée au corps.

Bilan global :

A.B. a préféré rester glander dans son jardin à regarder pousser ses fraisiers. On lui souhaite le lifting ravageur, mais du coup Léonora Miano n'a pas pu placer sa réplique malouine annuelle. Anonymous ne s'est pas fait écharper par les fans déchainées de Paula Jacques, coup de bol, Ellory n'était pas là pour le protéger, et Yvon Le Men non plus ( mais bon, Yvon, il compte pas pour de vrai, même pas comme écrivain). Même la A qui sait tout lui a pardonné ses sorties oiseuses sur les caractéristiques du public femelle du festival. Notre terrasse habituelle étant squattée par d'autres que nous, des sortes d'intrus inconnus, on s'est rabattue sur la voisine, moins A., avec des bordures de trottoirs à la place des fauteuils super classe. Mais bon, la A. peut avoir la fesse magnanine. Le jeune et beau Tash Aw a dû être super déçu, le pauvre, de ne pas faire notre connaissance, on lui fera un autre tape à l'oeil l'année prochaine .... On a commandé des bouteilles, les verres, on a arrêté l'année dernière. Sauf les vides, pour les remplir. La A peut être pragmatique. Sauf la A qui sait tout, qui avait oublié sa brosse à dents, mais  va  réserver  l'hôtel comme tout le monde, l'année prochaine ( mais si , mais si ...) A.O a eu le privilège de réserver le resto de "comme d'hab". On espère qu'elle a apprécié à sa juste valeur la grandeur de notre sacrifice. Du coup, c'est son nom à elle qui trônait sur le post-it jaune : sa palme d'or.

Sinon, moi, dans une autre vie de A., je veux être un chat, celui de Carole Martinez ou de Maylis de Kérangal. L'intelligence de ses nanas me fulgure. Et en chat, je n'aurais pas besoin d'avoir l'air de l' idiote parfaite en voulant dire quelque chose d'intelligent : du genre " Votre travail ne serait-il pas proche de celui de George Pérec dans Espèce d'espace ?..." ( à Maylis de Kérangal, la honte !!! ), "Mais oui, je vous en prie" à Carole Matinez qui me demandait de derrière son stand si elle avait le temps d'aller se fumer une clope avant que je ne la harcèle.

Bilan perso :

Pierre feuille ciseaux Maylis de Kérangal

Black Mamba Boy Nadifa Mohamed

Tâdo, Tâdo, wéé ! ou "No more baby" Déwé Gorodé

Le serpent du destin Igor Stiks

L'âme des guerriers Alan Duff

La carte du monde invisible Tash Aw

Gare au feu Fiona Kidman

Ce qu'il advint du sauvage blanc François Garde

Les affligés Chris Womersley

Le diable tout le temps Donald Ray Pollock

NB : La nouvelle A. venue tout exprès de Paris pour admirer le fonctionnement des A. provinciales est normale, c'est-à-dire qu'elle aime les toasts de foie gras en en-cas, dans de grands fauteuils en cuir, face à la mer, sauf que, elle prend aussi des références de bouquins pour son boulot ( mais bon, c'est une copine de PA). Qu'elle soit néanmoins la bienvenue entre les remparts et les stands où cela sent parfois la cachochyme "littérature monde", mais où l'on se régale quand même ...

NB2 : On ne pourrait pas se faire un calendrier des A nues déguisées en chats pour se faire adopter par Tash Aw ?

 

22/05/2012

La cavale de Billy Micklehurst Tim Willocks (2)

billy.jpgC'est le portrait d'un clochard céleste à la Nick Cave : "Il était la vie vécue incarnée" dit de lui le jeune narrateur, la première fois qu'il vit Billy, en gargouille majestueuse de crasse d'un cimetière de Manchester. Cette brève, très brève nouvelle ne nous donne qu'un éclat presque final de sa cavale, celle d'un vaincu que le jeune homme croit voir flambloyer, un paria de liberté, un huppé de la folie, l'écharpe rouge au cou et le costume croisé fatigué. Billy, c'est un des ces oubliés du trottoir que l'alcool et la folie ont sculpté à coup de hache. De ces visions, quelques moments de fulgurances nées de l'écriture tendue de Tim Willock, Billy à la valse légère, une canette de bière dans chaque main, Billy comme guide des villes que l'on ne voit pas, comme complices des fantômes des cimetières que lui seul a compté et qui finiront par le rattraper. 

A lire, à offrir, à prêter, a emprunter, vite lu, pas vite oublié, facile à lire, se case partout, poche de Jean IKKS, vanity de barbie-girl, recoin d'une biblothèque surbookée, en tête d'une pile de livres à lire en train de s'effondrer, sous un paquet de copies, voire même en repassant, en pliant le linge, en passant la fragola (mais si avec une pince, celà doit pouvoir se faire ...) Mais ce serait dommage quand même de ne pas le goûter, d'autant que l'objet est travaillé : pages légèrement jaunies, marque page intégré, texte en VO à retourner (tout ce que le numérique ne peut pas offrir, en bref).

Une dernière chose, dans l'entretien qui suit la nouvelle, une pierre de plus pour le balcon de mon historien préféré ( qui va finir par crouler tant j'ai raison) : " S'il existe, dans cette histoire, la moindre poésie ou vérité, je crois qu'il est plus probable de la voir émerger de la fiction que de faits réels. C'est cela la grâce de la fiction - cette capacité à nous offrir la vérité au lieu de simples informations".

Et toc !

Athalie

PS : oups ! ne pas oublier que c'est "Voyelle et consonne" qui en parle bien ...

http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2012/05/semelles-de-...

21/05/2012

La cavale de Billy Micklehurst Tim Willocks (1)

20/05/2012

Le vrai monde Natsuo Kirino

imagesCAE1WJR2.jpgSi ce monde-là est le vrai monde, alors il fait glacial dans le dos, des sueurs vous en poussent sous les masques de petites filles modèles, si ce monde ressemble un peu soit peu à celui qui est dans les têtes juvéniles des poupées nippones, alors il faut aller d'urgence numéroter les abattis des survivants ...

Quatre jeunes filles, quatre amies, de ce qui semble de la classe moyenne, fréquentent le même lycée, subissent les mêmes règles exigeantes de la réussite scolaire, habitent dans des quartiers résidentiels, ont des familles en gros "normales", elles sont amies, elles semblent partager une certaine complicité, amitié, normalité : portables roses, goût des garçons ou des filles ...  un léger dédoublement de la personnalité, un double nom, un jeu des apparences. C'est lisse, ça bout sous le karaoké.

Tour à tour, elles vont prendre la parole et raconter comment "ça" va leur péter à la figure. Toschi, la plus sérieuse, Kiranin, la plus gentille, Yusan, la presque la plus sincère et pour finir Térouchi, la plus philosophe des tueuses. Toschi commence. Elle se prépare, comme tous les matins pour se rendre à ses cours de préparation intensive, lorqu'elle entend un bruit étrange chez les voisins. Peu s'en soucie vraiment, croise le lombic, le fils des voisins, qui lui chaut peu, d'où ce surnom qu'elle lui a donné et qui lui restera tout au long du roman. Parce que le lombic a une drôle d'allure, celle d'un besogneux fade, et qu'elle a autre chose à faire dans son vrai monde à elle. Seulement voilà, on lui vole son vélo et son portable, et il se trouve que c'est ce lombic-là qui les a, vu que le matin le bruit bizarre, c'est parce qu'il était en train de tuer sa mère à coups de base-ball, elle ne faisait rien que le critiquer, alors vous comprenez, il en a besoin pour fuir. Ben non, là, je ne comprends pas, je n'adhère pas, surtout que Toschi, ça l'énerve cette histoire, non pas tant que le lombic ait massacré sa mère de sang froid et sans culpabilité aucune, mais de se retrouver mêlée à cette vicissitude de l'existence de l'autre, et que ses trois copines s'en mêlent elle aussi, toutes se jouant de l'idée du monstre comme de leur première paire de soquettes blanches et même avec une certains fascination pour l'être palichon qui, de lombic passe au stade de super héros, ou d'objet de curiosité, voire de pitié compatissante.

Elles sont glaçantes de frivolité ces petits papillons attirées par ce lombic sans colonne directrice, tant tout sentiment vrai semble avoir été absorbé par le mécanisme intégré, pesant mais intégré, du modèle de la réussite scolaire de l'excellence imposé par des parents tout aussi pris par eux-mêmes. Le crime du lombic les ramène à leur coeur d'ombre, sans que le geste criminel ne soit problématique. Ce qui compte, c'est comment, tour à tour, s'en sortir, ou pas.

Glaçant.

Athalie

PS : le lien vers le billet d'Esperluette qui m'a fait découvrir ce roman :

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/04/le-vrai-monde...

Etonnants voyageurs 2012

Préparez les écoutilles ....

Athalie

18/05/2012

Les mains rouges Jon Christian Grondhal

l-allemagne-a-efface-la-bande-a-baader,M15023.jpgDerrière le comptoir de la gare de Copenhague, un jeune étudiant solitaire réserve une chambre d'hôtel pour Sonja, une jeune fille qui descend du train, un grand sac à la main, l'air d'être là sans être là, charmeuse un peu. Suffisamment pour lui en tout cas. Avant de quitter la gare, elle lui confie la clef de la consigne où elle vient de déposer le grand sac. Elle disparaît, il garde la clef, il cherche son inconnue, la retrouve, la reperd, se retrouve toujours avec la clef, et seulement la clef et le souvenir d'elle, même une fois la clef déposée, pour cause d'ouverture de consigne, dans un poste de police. Fin du premier acte. Je me dis, que la valise va être légère à porter si l'histoire continue à faire autant de trous.

Un autre trou de quinze ans et l'on retrouve le narrateur, le jeune homme qui ne semble être devenu qu'un adulte terne, dont la seule vivacité semble être de ne jamais avoir oublier Sonja et sa petite cicatrice moqueuse sur le coin de la joue. Marié, sans enfant, sans passion, il retrouve Sonja par hasard, mariée, sans enfants. Il va la faire revenir sur ses pas perdus, de rencontres furtives dans des chambres d'hôtel en entretiens confidences, pour connaître l'histoire dont l'épilogue suivra.

Dans l'Allemagne des années 75, celle de la bande à Baader, Sonja flotte, sans passion, ni intérêt, sans aucune conscience politique, elle profite d'un moment vide de temps, dans la villa luxueuse de ses employeurs, partis en vacances. Une rencontre de hasard, elle se retrouve à cohabiter avec ceux qui agissent dans une violence revendiquée et légitimée. Sonja fait parti d'eux, sans le savoir, sans le vouloir voir, jusqu'à ce qu'elle se fasse, au détour d'une absence d'indifférence fugace, complice de ces terroristes à la grande cause finale. Quinze après, ces "années de plomb" version allemande, l'histoire la rattrape, sans qu'elle ait vraiment fui d'ailleurs, et le narrateur va suivre cette espèce de prise de conscience presque inutile, finalement, de sa responsabilité, qu'elle esquisse alors qu'elle aurait pu l'éviter. Ce qui a été un acte sans morale peut-il en prendre une si on le veut vraiment ? Il n'y a que le romanesque pour ne pas y répondre.

Dans une écriture très sèche et elliptique, le roman ne psychologise rien, et ce qui est sûrement son défaut en a fait pour moi, sa principale voire son unique qualité, vu que l'intrigue ne tient pas debout. Il ne démonte aucun mécanisme, ne pratique aucune fouille sociologique, c'est sûrement une tentative de dire l'histoire "autrement", mais du coup, c'est un peu froid.

Athalie

PS : le commentaire par où cette lecture est arrivée :

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/search/label/Danemark

14/05/2012

Zarbie les yeux verts Joyce Carol Oates

9782070508587FS.gifZarbie les yeux verts a un beau papa, une belle maison, une mignonne petite soeur et un grand frère peu attentif, mais normal. Zarbie les yeux verts est le double "révolté" intérieur de Frankie, l'ado narratrice qui vit dans une grande et belle maison entourée de sa famille géniale. C'est ce que dit et impose le papa génial, à coup de torsions de bras s'il le faut, tout est génial, surtout lui et sa réussite, on fête ses super nouvelles de super promotion à coup de super repas en faisant des super sourires à la télévision ( dans les deux sens, quand il est dedans et quand on le regarde dedans). Faut dire qu'il est un super présentateur sportif, avec une super carrière et que tout le monde l'aime et qu'il encore beau et encore jeune ... Alors quand super papa dit que maman est méchante parce qu'elle veut faire de la poterie peinarde dans son "monde à elle", un bungalow minuscule mais avec des volets bleus et des tournesols peints dessus, dans un village aux pentes douces et aux voisins chaleureux, et bien papa a forcément raison. Sauf que, pas bête l'ado narratrice, il y a des signes que la façade de super papa, elle est quand même lézardée par la racine.

Bon, y'a tromperie sur la marchandise, c'est un roman pour ado, bien fait, mais pour ado. Parce que c'est un peu simpliste tout cela : côté "père de télévision"  : grande maison modernissisme mais en verre et froide comme tout de l'âme, les conventions sociales et le despotisme latent, du côté de la "maman rangée qui tente la femme libérée" : le bungalow chaleureux, la vie de bohème, (mais sage quand même), l'amour sincère et sans façade.

On peut passer sans complexe et sans acné.

Athalie

PS : je viens de vérifier, c'est effectivement un livre publié au départ dans une collection pour ado (la preuve en illustration), je veux bien rester jeune, mais cela aurait été mieux de pas le publier en douce en folio pour grand. Tant pis, je le passerai à ma fille quand les boutons germeront.

10/05/2012

La brocante Nakano Kawakami Hiromi

la brocante nakano,kawakami hiromi,romans japonais,romansLa littérature nipponne envahit mon horizon de lectrice-blogueuse, j'en vois partout. La vague japonaise ne me léchouille point trop le bout des pieds vu que mes rares tentatives d'immersion se sont souvent soldées par des marées d'ennui ( sauf pour Kafka sur le rivage, je l'avoue). Cependant, comme je peux varier d'avis, face à l'enthousiasme d'une amie, me voilà avec La brocante Nakano entre les pattes. On aurait pu faire pire, même si ma conviction n'est pas débordante. 

Nakano est le drôle de petit patron, ni despote, ni généreux, ni compatissant, ni vraiment attentif, d'une brocante à l'écart des mouvements citadins trépidants, au fond d'un quartier vague. Sont posés là les fruits de ses récoltes, de ses débarrassages de grenier : des objets anonymes, uniquement des "utilitaires de l'ère Showa" ( des survivants de, si j'ai bien compris, la "mode" décorative des années d'après guerre nipponne). C'est un bric à brac, un peu comme ses histoires de rien, ses trois femmes, sa maîtresse, la belle Sarako qui ne crie pas au lit et écrit des trucs érotiques trop compliqués pour lui.

Dans ce petit monde, il y a peu d'habitants : Nakano " règne" sur deux employés. Il a aussi une soeur. La première employée est sa vendeuse, Hitomi, c'est son regard que l'on prend sur la brocante et ceux qui en poussent parfois la porte : quelques vendeurs, des acheteurs du quartier, la soeur, le patron donc, elle et l'aide déménageur. Ils se posent là, au milieu de la vaisselle dépareillée, entre une affiche publicitaire géante vantant les mérites d'une machine à coudre d'un autre âge et un poële encore un peu en état de marche. Hitomi semble immobile dans ce temps-là, ce petit temps de la brocante, suspendue à un autre immobile, l'autre employé de Nakano, l'aide déménageur, Takéo. L'aime-t-elle ? on ne sait ... L'aime-t-il ? On ne sait ... Dès fois, ils lâchent des phrases, dès fois non, dès fois on peut penser que, et puis non. Ce qui fait que quand l'histoire s'esquisse, on a eu le temps de voir venir. De fois en fois, le temps s'écoule. La soeur passe, repasse, reste, ressort, revient, son amant disparait, revient. C'est tout de l'ordinaire, du pas dit, du pas vécu et pourtant si.

Lectrice qui cherche de la trépidation sentimentale, passe donc ton chemin, inutile de fouiller davantage dans ce bric à brac, ni joyeux, ni jouissif, plutôt gris et terne, d'objets, parfois vendus, parfois achetés, de personnages, comme une famille d'occasion recomposée, dans ce microcosme sans ordre ni necessité d'être là, ils semblent en aussi posés en attendant qu'il leur arrive quelque chose d'autre. Ce n'est pourtant pas ennuyeux, juste ciselé dans un presse papier ébréché en forme de grenouille.

Athalie

07/05/2012

Les anges de New York R.J Ellory

images.jpgTraduction du billet d'Anonymous par Athalie ( traduction libre de droits) :  " C'est quoi cette putain d'enquête avec ce putain d'inspecteur dans cette putain de ville qui avait des putains de saints ... ? "

Ce en quoi Anonymous exagère quelque peu parce que si les saints sont bel et bien vérolés, il n'y a qu'une prospituée réelle dans cette histoire, elle est même plutôt sympa, même si pas souvent là, et de toute façon, elle s'appelle Eve, ce qui doit être un clin d'oeil appuyé ou je ne m'y connais pas en références bibliques. Et Franck Parish, l'inspecteur, le héros, il a bien besoin d'une âme charitable pour s'étancher vu qu'il se trouve dans une sorte d'impasse, un petit enfer qu'il s'est fait avec les dents. Divorcé, sa femme le déteste encore, un grand fils auquel il n'a pas parlé depuis déjà un certain temps, sans qu'il sache vraiment pourquoi,, une grande fille qu'il bichonne tellement que l'amour paternel vire au harcèlement, et une culpabilité qui vire à l'obsession, sans compter la mort de son dernier coéquipier, son alcoolisme persistant, la moitié de sa paie en moins et plus de permis de conduire. Il est collé de près par sa hiérarchie qui lui a collé une psy, d'office et obligatoire. Ce qui fait beaucoup pour un seul homme, même si il l'a bien cherché son carcan.

On comprend aussi que sa dépendance principale, c'est son boulot, l'honneur de son boulot, même si cet honneur se passe de la légalité, sur la tangente des règles et des cadres, un gars pas droit mais pour le droit.

Une nouvelle enquête commence, un corps d'une jeune fille de seize ans, pas violée, en apparence, ( ben oui, faut des stades dans l'horreur ...), mais aux ongles bien vernis et aux cheveux coupés, pas comme elle devrait être : une puis deux, puis trois, puis ... et même si notre enquêteur plombé trouve rapidement le lien et tente de tisser la toile, les fils sont si tenus que l'enquête n'avance pas et ça le mine et le plombe encore plus. Sans compter l'autre mine, la souterraine, le père et sa toile d'araignée à lui, l'intime, et l'officielle. L'officielle : John Parish faisait parti des "Saints de New-York", et il a nettoyé la ville de la pègre et la mafia, il est mort au champ d'honneur, couvert de médailles et de gloire sanctifiée.  L'intime : John Parish  est un immonde salaud corrompu. Comme Franck est sommé par sa hiérarchie de suivre une psychanalyse en interne, le lectuer oscille entre les les deux lectures, l'épique et l'incertaine.

La construction du roman est dans la plus classique de celle des romans d'Ellory que j'ai lus jusqu'ici, un coup d'enquête dans le présent, un coup d'enquête dans le passé, et on recommence, sauf que comme l'enquête sur les meurtres avance doucement, et que la psychanalyse aussi, au bout d'un moment, on n'avance plus tellement ni sur un des terrains, ni sur l'autre, on piétine, et de redites en redites, le côté inspecteur au bout du rouleau mais tellement humain, lasse. Une petite déception donc, mais qui ne m'empêchera pas de me jeter sur le prochain du même auteur.

Athalie

PS : les anciens du même auteur : Seul le silence, Vendetta, Les anonymes

 

03/05/2012

Le coeur glacé Almudena Grandes

le coeur glacé,almudena grandes,romans espagne,romans historiquesAh ! une bonne tranche de pavé de roman historique comme on les aime.... Cela faisait longtemps que le coeur m'en disait, il pèse son poids mais son poids en vaut la peine, sans peine, on entre dans cette histoire-là. On ouvre la porte de l'appartement parisien de la famille Fernandez, ( au jeu des sept familles, je voudrais les grands parents : républicains exilés), en se laissant guider par la petite main de Raquel, la petite fille, mi-française, mi-espagnole, le jour de la mort de Franco ( en fait le roman ne commence pas vraiment comme cela, mais, c'est parce que j'ai adoré ce moment, une sorte de fête triste, comme si le mort détesté était mort trop tard pour que ce moment soit vraiment une délivrance, voire un soulagement ...), et l'on sent les odeurs d'aubergines grillées et d'ail. Les Fernandez vivent à Paris, comme d'autres espagnols, une petite communauté, parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement, ces anciens combattants de leur guerre et de leur Espagne perdue, solidement accrochée au coeur et non à la raison. parce que le grand père l'a dit et redit qu'il ne retournera jamais dans son pays qui n'est plus son pays, dans son Madrid qui n'est plus son Madrid, pays de fascistes, Madrid de fascistes. Mais voilà Franco est mort ... La route n'est pas libre, mais le retour est possible. Grands parents, parents, et Raquel y retournent donc.

C'est un livre qui parle de cette parole là, celle de deux générations, celle des grands parents et celle des petits enfants, entre les deux, on touche pas trop. Mais le grand père Fernandez va donner quelques clefs à Raquel, la seule qui veut bien savoir, voudrait savoir plus, mais trop de non dits et trop de volontés d'oublis éludent ses questions, et les réponses, aussi.

A Madrid, il y a, il y avait, les Fernandez, mais il y a, il y avait les Carrion, la famille fasciste, les vainqueurs, les salauds, évidemment entre les deux, on s'est croisé, on va se recroiser et règler des comptes, forcément. Va et vient passé, présent, va et vient méchants, gentils, double régal pour la lectrice amoureuse de destins croisés et surtout d'Espagne.

Première couche de plaisir : la guerre d'espagne côté républicain, les coeurs généreux et fiers. Deuxième couche : le retour d'exil, les balades dans les rues du vieux Madrid que le grand père Fernandez fait goûter à Raquel, friandises de souvenirs, petits déjeuner dans les cafés, tapas et petits verres à l'ombre des ruelles tortueuses et des souvenirs qui ont gardé vie.Troisième couche : l'Espagne aujourd'hui, quand Raphaël Carrion, descendant du beau, du fringant, du puissant, du solaire, du mystérieux, du pas clair du tout, Julio Carrion, croise et entrecroise son passé et se le prend dans la figure. D'où vient ce père, d'où vient sa grand-mère à lui, de quel village, de quelles compromissions, de quelles trahisons a été  faite la fortune familliale ?

Il y a deux tomes, et ce n'est que le premier, et pour l'instant, du côté des républicains, c'est un sans faute (Ouf !!!). Bon, bref, j'ai adoré, tous les ingrédients de la saga historique bien menée (malgré quelques longueurs quand ... tombe amoureux de .... et que il va découvrir que .... sauf que nous ça fait un moment que l'on a compris que ....), plus un bon gros doigt bien pointé sur l'accueil que la France (républicaine ...) a fait à ses combattants que l'exil avait rendu pathétiques dans les camps de la frontière, gardés et parqués comme des coupables.

Ben ouais, en plus, c'est humaniste comme livre !

Athalie

Source de l'illustration : Camp provisoire près d'Amélie-les-Bains. Source : Collection Rodriguez (fonds Chauvin). Juan, Album souvenirs de l'exil républicain espagnol en France, p.97

Amélie-les-Bains
Centre de rassemblement puis centre d'accueil pour Espagnols et membres des Brigades internationales, ouvert en février 1939.

02/05/2012

Saints of New York R.J. Ellory

imagesCA6T3Z07.jpgHell! What am I supposed to say about that fucking story? Well that guy, Frank Parrish, from the NYPD is sure in deeeeeep trouble right from the beginning. To start with, his last partner Mike was killed and we don't really know why the fuck he was. Of course, Frank is divorced, has two kids and spends most of his free time hitting the bottle. Franck sees a shrink everyday because he's a liability to the NYPD. Needless to say, Franck's dad was a cop too, one of the best: a Saint of New York. He thinks the cops are doing their job, but nobody cares. Sounds like we heard the story so many times, doesn't it?

STEREOTYPED BULLSHIT?

Well, I wouldn't say so. Why? you may ask. Because the fucker knows how to tell a story. Not because he did creative writing studies like so many do now in the States (besides, Ellory's a fucking Brit) but because of of his skill to fathom the darkness of Joe Blog and write about it, like it is. Saints of New York is more ... let's say, blunt, than his previous books, not darker. The reader gets hooked right from the beginning and the end of the story, how's that for a change, is not anticlimactic. Just started reading his latest one: Bad Signs. 'tell you about it soon, in French. This was just a private joke.

Anonymous

01/05/2012

Ben si, ça a un rapport avec un livre ...