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07/06/2012

La femme de hasard Jonathan Coe

906332776.jpgMaria est une jeune fille quelque peu particulière, mais cela ne se voit pas de l'extérieur, c'est à l'intérieur qu'elle est atrophiée, du coeur, des sentiments, de leur expression et même de leur ressenti. Rien ne semble la toucher vraiment, elle survole les états d'âme, comme autant de corps étrangers. Quand on la cueille, elle vit encore chez ses parents,  elle monte la côte pour rentrer, elle sort du bureau de sa principale qui vient de lui annoncer sa superbe réussite scolaire, elle va pouvoir partir poursuivre ses brillants résultats scolaires à Oxford, ce qui pourrait être un moment de joie, voire d'excitation. Or d'excitation, que nenni. Ce qui la préoccupe, c'est comment éviter une expression trop expansive du bonheur parental. Ce qu'elle va réussir à faire sans trop de problème, le syndrôme du glaçon semblant atteindre toute la famille. Sauf le chat, dont la tendresse indifférente est la seule acceptable.

Maria n'est pas monstrueuse, juste sinistre, et elle se pose juste là où elle pense devoir être, sauf que le narrateur-auteur la pose toujours de travers : cohabitaton à Oxford avec une écervelée qui croit au langage des regards expressifs, puis une bande d'inquiétantes harpies dont une kleptomane et une bonne âme tyrannique sans doute meurtrière, sans oublier l'amoureux énamouré qui lui déclare sa flamme avec un insuccès quotidien, un autre qui passait là par hasard ... Maria ne se trompe même pas, dans son parcours déceptif, juste elle choisit mal, ou pas. Et toujours, le narrateur-auteur s'amuse à pousser sa créature de papier à droite et à gauche, il lui fabrique ses échecs, nous les annonce, nous les explique, il la trimballe, la bouscule, et la Maria, statue d'indifférence, ne prend pas plus vie pour autant, elle est bien obligée d'aller où il l'a mène, et il n'a de cesse de bien nous le rappeler, celui qui gère sa vie, c'est lui. Il nous en fait donc une inadaptée, même à la vie ordinaire, un glaçon sur page, il joue avec sa souris, de plus en plus tristounette ... Son indifférence aux autres, aux jugements des autres, aux réactions convenues la fait passer pour une étrange personne, la fait passer à côté, et quand elle tente une sorte de grand amour, pas de bol, il était sorti depuis un bon moment par la porte de derrière alors qu'elle l'attendait depuis des heures devant la porte de devant. Un hasard qui va en enchainer un autre, et le narrateur-auteur de nous expliquer l'importance, ou non, d'avoir mangé du jambon à l'os.

Je ne sais pas s'il y a un message quelconque dans cette vie sans vie qu'il lui impose mais si Coe n'était pas là pour nous ramener au plaisir d'être de son côté à lui, du bon côté, qui se moque du personnage et nous fait des clins d'oeil gros comme les coutures de la fiction, on finirait enseveli sous tant de mornitude, de torpeur froide sans fond.

Athalie

PS : le narrateur-auteur est un concept personnel, inventé pour l'occasion, je rassure les spécialistes en narratologie qui par le plus grand hasard, passerait par là.

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