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09/06/2012

Ce qu'il advint du sauvage blanc François Garde

robinson-crusoe-6-.jpgFrançois Garde a mis en garde (facile ...), il en a assez que l'on compare son livre à Robinson Crusoé, roman, selon lui, qui est un véritable hymne à la supériorité de la race blanche, débrouillarde et inventive, et caution de l'expansion du modèle des colonisateurs ( ce ne sont pas ses mots exacts, ce pourquoi je ne mets pas de guillemêts, mais ce que j'en ai retenu, en gros). D'ailleurs, après lecture, force est de constater qu'il n'a pas tort, son récit s'inscrirait plutôt dans l'anti robinsonnade, l'anti hymne à la supériorité de quiconque sur quiconque.

Narcisse Pelletier est un fringant marin, embarqué sur la goêlette Saint Paul pour voir du pays. Il aime parader, la boucle à l'oreille, dans les ports et se frotter aux prostituées du Cap. La poisse s'acharne sur son navire, en errance dans les mers du Sud, le capitaine s'engage dans une rade naturelle d'une île inconnue. Narcisse est envoyé chercher de l'eau douce mais il s'écarte des autres et se retrouve seul, hébété, sur le rivage, navire parti. Certain qu'on va revenir le chercher, il laisse des signes sur la plage, se pelotonne au frais et commence à mourir de faim, de soif, de doutes, de peurs. Nulle ressource naturelle à exploiter, nulle construction à la Robinson, nul Vendredi à dompter, mais une petite vieille laide et noireaude qui sait chasser le lézard et va le laisser venir jusque sa tribu, des aborigènes nomades. C'est donc à travers les yeux désespérés et pleins de préjugés de Narcisse, jeune homme simple, à peine alphabétisé, que l'on découvre les sauvages, leurs moeurs, pour lui évidemment incompréhensibles et détestables. Personne ne viendra le chercher, il  le comprend petit à petit et va survivre en devenant un sauvage à son tour, mis à nu, tatoué, toujours hébété, sans langage.

Très vite, le récit de Narcisse est entrecoupé des lettres qu'Octave de Vallombrun a envoyé pendant des années à son mentor, silencieux pendant tout le roman, M. le Président d'une société anthropologique telle qu'il pouvait en exister avant que le darwinisme ne vienne " éclairer" quelque peu l'idée de la création divine figée dans sa perfection d'homme blanc. Octave est un jeune homme fortuné, aristocrate, amateur de découvertes géographiques et de Terra incognitae à étudier. Sauf qu'il n'y en a plus beaucoup, qu'il est un peu déçu et s'apprête à renoncer à son devenir de grand découvreur, quand, un peu par hasard, il se voit confier le sort de Narcisse, retrouvé par hasard aussi, sur la plage de l'île où il n'attendait plus personne, dix-sept ans après son abandon, et embarqué jusque Sydney où l'on sait trop quoi faire de celui qui est devenu "Le sauvage blanc", ayant pris leur apparence, ne parlant plus sa langue "civilisée", ne connaissant plus son nom d'avant.

Octave y voit un sujet d'étude intéressant et un moyen de faire progresser la science. Et c'est là que les récits se croisent, comment le blanc a été gobé par les sauvages et comment le blanc savant tente de le faire se reciviliser. Les dix-sept années de Narcisse sur l'île ne seront pas racontées mais le récit mène l'évolution de l'un et l'autre cheminement. Muni de de ses certitudes civilisatrices, Octave pense d'abord faire oeuvre, trouver la lumière mettant en mots l'obscurité, puis se met à douter, face à un Narcisse silencieux, heureux ? On ne le sait. Mais du coup, le roman évite l'écueil de la grande leçon de morale humaniste à coup de fraternisation entre le pygmalion raté et sa créature échappée.

Il reste que, et si Robinson faisait moins le malin sous le cagnard et sans biafine ? Et si Vendredi lui mettait un bon coup la pâtée à la course de pirogue ? On peut rêver.

Athalie

PS : relire Les derniers géants de François Place, sans pleurer cette fois, vu qu'on connait la fin.

Le commentaire par où cette lecture est venue : http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2012/03/choc-des-civ...

Commentaires

Bref, c'est vraiment l'année des François ! Dommage que tu ne le présentes pas au challenge les Naufragés d'Adalana (un seul livre suffit et celui-ci me paraît parfait). Bises

Écrit par : Philisine Cave | 10/06/2012

Je suis néophyte en blogs, en fait. C'est quoi le challenge les naufragés d'Adalana ? C'est quoi un challenge ? Je vois cela parfois sur cetains blogs mais je ne m'inscris à rien parce que je ne sais pas comment ça marche ....( et que je n'ose pas demander ....)
Merci de ta visite en tout cas, je me suis bien amusée ce matin à croiser les commentaires entre ton blog et celui de Ys ....

Écrit par : Athalie | 10/06/2012

Tout simple : un challenge de lecture revient à t'imposer une sorte de défi littéraire (pour celui d'Adalana, il suffit de lire un livre ayant pour thème le naufrage...en souvenir du Titanic). Quand tu t'inscris (c'est-à-dire que tu vas sur le blog et tu demandes à t'inscrire), tu copies le logo et ensuite, tu as juste à le poser sur l'article en question. Quand tu as publié, tu retournes vers le blog hébergeur du challenge pour y laisser le lien de ton article. La personne qui organise dressera une liste complète des participants avec les liens de leurs différentes notes de lectures. Voilà. (pour Adalana, sur le bandeau droite de mon blog, tu vois une image avec Kate et Leonardo, tu cliques dessus et cela t'amènera à bon port). Bises et bon lundi

Écrit par : Philisine Cave | 11/06/2012

Effectivement, il évite bien des écueils. Un très bon roman.

Écrit par : Voyelle et Consonne | 11/06/2012

Malgré tout, je ne sais pourquoi, ce bon roman m'a laissé quelque peu sur le rivage .... sur le même sujet, je persiste à préférer "Les passagers anglais", je vais plonger dans l'envers du décor avec "L'âme des guerriers", et le tour de la question ne sera toujours pas fait !

Écrit par : Athalie | 13/06/2012

Bonsoir Philisine,
Merci pour ces explications et ce mode d'emploi, je vais tenter la manoeuvre ....

Écrit par : Athalie | 13/06/2012

Les commentaires sont fermés.