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14/06/2012

La gifle Christos Tsiolkas (1)

imagesCAV57R4P.jpgPremier chapitre : je ne comprends rien. On est chez un type,Hector, qui n'a pas l'air de tout maitriser non plus, à commencer par lui même et ses ardeurs et ses humeurs, plutôt moroses. On est chez des bobos australiens, vaguement cultivés et argentés, dans un barbecue "décontracté", mais tout sauf "cool". Les invités semblent être du même acabi. Arrivent les parents de l'hôte, d'origine grecque, la mère déteste Aisha, femme de son fils parce qu'elle est indienne à la peau plutôt foncée. La belle quarantaine, celle-ci s'affaire et je commence un peu à repérer qui est qui : le cousin grec Harry, la jeune Connie, pour laquelle Hector semble avoir quelques penchants. Des enfants courent partout, j'ai l'impression d'entendre les cris et les piaillements, insuportable, je prends un doliprane.

Dans le groupe indistinct encore, je repère Gary, près du feu, il a toujours une bière à la main, râleur, semble peu intégré, aigri. Sa femme Rosie allaite leur fils Hugo, quatre ans, (c'est indécent, ou je blasphème ?)  fauteur de trouble depuis le début. C'est lui la bombe à retardement et à fragmentation. Totalement exaspérant,  l'enfant-roi élévé selon les principes de son droit à la non violence ( des autres sur lui, je veux dire), me donne franchement l'envie de lui en coller une. Lorsque le cousin Harry la lui met, la bonne claque,je me suis dit enfin, ça va se calmer ce boucan et j'ai respiré. Sauf que les parents de l'affreux ne l'entendent pas ainsi, font appel aux forces de l'ordre et portent plainte pour "coups et blessures". Sans être pour la baffe à tout prix, on peut se dire que quand même, c'est un tant soit peu excessif .... (Mon doliprane commence à faire effet, et l'horizon narratif s'éclaircit)

A partir de ce premier chapitre cacophonique, la gifle initiale va en générer d'autres, par un très habile agencement narratif, les ondes de choc vont se répercuter comme livrées à elles-mêmes dans ce microcosme de privilégiés. Les invités, parents, amis se retrouvent dans l'obligation de choisir leur camp, par fidélité, par conviction, par méconnaissance, ce choix révèle bien d'autres abandons et failles, d'amours, de désirs, de valeurs ... Les chapitres suivants donnent l'histoire aux invités, pas tous, pas forcément à ceux attendus : certains au coeur de l'ouragan, Harry, le père redresseur de tort, que j'aurais aimé retrouver en justicier honnête mais tourmenté, se révèle être un immonde salaud sexiste et arriviste ; d'autres sont plus à côté, Anouk, la wonder woman de la série télévisée qui clope et boit comme si elle avait jeunesse à son pied, Connie : la jeune ado, fille de parents morts du SIDA, follement éprise du bel Hector, Manolis, le grand père qui croyait avoir du pouvoir, et puis .... Les parents de l'affreux Hugo, Gary et Rosie sont peut-être les pires finalement, d'une mauvaise foi crasse et rancunière, des frustrés au babacoolisme écoeurant masquant l'échec par tant de compromissions agressives qu'il devient difficile de les plaindre, même un peu. De chapitres en chapitres, se construit une vision d'une société raciste, d'une jeunesse qui fait peur ( on peut penser au Dîner à certains moments, voire à Il faut qu'on parle de Kévin car il faudrait quand même un peu parler de Hugo complétement laissé à lui même dans cette histoire ), dominée par la haine et la méfiance de l'autre. L'amitié se retrouve gangrénée, la solidarité familiale disjonctée.

Bref, excellent ! Pour celles ( et ceux, pardon) qui en ont les moyens : à lire devant un soleil couchant australien électrique et artificiel , pour les autres en re-regardant le premier opus de "Mad Max" avec "Midnight Oil" à fond dans les écouteurs. Si n'aime pas "Mad Max" (comme moi) mais qu'on adore "Beds are burning" (comme moi, ça marche aussi)

 


Athalie

 

PS : le commentaire par où cette lecture m'est arrivée ( entre autres ...) :

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/05/la-gifle-chri...

 

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