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23/06/2012

Arlington Park Rachel Cusk

arlington park,rachel cusk,romans,romans anglaisArlington Park est un quartier, genre "beau quartier", ou alors une sorte de banlieue un peu cossue, entourée d'autres qui le sont moins, une sorte de guetto choisi, étouffant, à part, protégé des miasmes de la pauvreté. Il y pleut beaucoup mais il n'y a pas d'air. Le premier chapitre donne le ton, en une superbe description d'une averse torrentielle et intrusive.

A Arlington Park vivent des femmes, des femmes mariées, essentiellement, des femmes au foyer avec enfants. Les maris sont des fantômes, du genre qui travaillent toute la journée dans un bureau, ailleurs et ouvrent la porte le soir du foyer avec la bonne conscience du salaire gagné. Leur rôle est réduit à cette fonction financière. Elles, elles sont vampirisées par leur quotidien répétitif, réduites aussi à quelques aspirations matérialistes, des rêves limités au confort aténiable dans leur classe moyenne, pouvant se voir de l'extérieur, comme dans un cycle de lavage, elles ont mis leur vie sur programme long avec prélavage pour que tout soit bien propre. Moi, ça m'a fichu le cafard.

Les chapitres du roman en présente une, à chaque fois, au centre, en commençant par Juliet, l'ex élève brillante qui se vit comme "assassinée" par le mariage, puis, Amanda, Maisie, Solly .... A chaque fois, chacune est analysée, décortiquée, aspirée, puis au chapitre suivant, rejetée en périphérie, avant que finalement le dernier chapitre ne les regroupe en un diner "à la bonne franquette" entre voisins et vagues connaissances. Horrible vase clos qui se referme. Entre temps, on aura les occupations essentielles de leurs journées : le papotage entre mamans fraichement libérées par le temps scolaire, qui se retrouvent un moment pour boire un café chez la névrosée du ménage, Amanda, dans sa cuisine aseptisée, son salon design, dans sa maison rénovée avec goût du jour : les murs ont été abattus pour faire de l'espace, tellement d'espace que c'est vide, et les petits garçons n'ont pas le droit de tendre la main vers la vitre de la fenêtre parce qu' après, il va falloir enlever les traces.

Une fois, elles vont sortir pour une virée shopping dans un centre commercial, avec poussettes, et enfants et cafétaria intégrée : " un restaurant qui ressemblait au purgatoire. Il était au dernier étage et il y avait de grandes photos de champs verts sur les murs, et des fenêtres partout pour que l'on puisse voir les routes. (...) C'était comme les objets trouvés, mais pour les gens". Cela vous donne l'ambiance de l'ennui pesant, quand manger là-dedans devient une distraction rare, presque un moment d'évasion. Il y a aussi un parc à Arlington Park, où passent les femmes qui rentrent leur marmaille et parfois s'arrêtent à l'aire de jeu : " Elles poussaient les balançoires. (...) Elles semblaient confuses et inconsolables". Il y a Christine, qui se fait un titre de gloire d'avoir vu sa lettre publiée dans la gazette locale : défendant bec et ongles le droit des mères à encombrer la chaussée avec leur 4X4 pour aller chercher les enfants à la sortie de l'école. Il y a Sony qui découvre la liberté dans les senteurs des huiles de bains de la locataire de sa chambre d'ami. Il y a Juliet, dont le suprême moment d' épanouissement personnel est de goûter sa revanche un vendredi soir par mois, parce que ce jour-là, c'est son mari qui va chercher les enfants pendant qu'elle tient son "salon littéraire" : quinze lycéennnes qui se balancent sur leur chaises dans la bibliothèque scolaire en mangeant des gâteaux.  

Des vies qui pataugent dans des feuilles mortes, avec plus au bonne conscience de leur chance, elles qui ont "tout" ... On en a jusqu'au cou. Recroquevillée dans mon fauteuil, j'ai craint l'asphyxie mentale. Une lecture plombante, à lire armée d'une antidote "barbie girl" :  triple ration de fraises Tagada à tremper dans un tube de lait concentré nestlé sucré ou toute compensation de poids.

Athalie

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http://lillyetseslivres.canalblog.com/archives/2012/04/01...

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