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30/06/2012

Les demeurées Jeanne Benameur

786048158.jpg"La Varienne" est simple d'esprit, l'idiote, l'attardée du village, elle est bonniche dans la "grande maison", elle vit à l'écart, cloisonnée, avec sa fille, Luce, née par un hasard d'un soir. La Varienne ne sait pas rêver, contempler, penser, La Varienne est vide, un corps qui se déplace sous le regard de sa fille. Les deux s'aiment même si l'une n' a pas la conscience que cet amour-là la remplit, la fait se lever, la conduit, et que c'est l'autre, l'absence de l'autre, qui va petit à petit faire surgir la force de ses étreintes simples.

La Varienne n' a pas de mots d'amour pour sa fille, elle le dit dans le bol posé, dans la soupe servie, dans les creux du matelas partagé. Et puis un jour, Luce doit aller à l'école, parce que c'est obligatoire et que l'institutrice, qui croit au savoir partagé, veut que même la fille de l'idiote y ait droit. La premier jour, La Varienne va suivre Luce jusqu'à la porte de cet autre univers, et rester là, en dehors de ce monde des mots, celui de mademoiselle Solange, qui lui est étranger et plus encore. Puis, elle va s'en retourner, demeurée.

Ce que Luce va comprendre, c'est que elle non plus, elle ne peut pas passer de l'autre côté, car alors ce serait seule, sans La varienne, se serait la trahir et l'abandonner, ce que Mademoiselle Solange, l'institutrice, avant de vaciller à son tour, ne peut admettre. Ne pas connaître, s'enfuir, se détourner, pour rester deux, ensemble et se protéger.

C'est une belle histoire de mots, et pleine de mots, justement. Normalement, je déteste ce genre d'écriture ( mais bon, ma prêteuse est de qualité et m'avait dit "Il faut que tu lises ça, c'est génial" ....), le genre phrases courtes qui sonnent comme du présent de vérité général, tournures poétiques, mots sussurés avec une sorte d'emphase lyrique qui se veut signifiante. Mais, là, ben, j'ai vraiment aimé, j'ai trouvé que ça collait bien avec la peur des mots qui est celle des personnages, de l'univers qu'ils ouvrent, ce parler travaillé, les détours et contours qui éloignent du réalisme. Ma préteuse avait bien raison ....

Athalie

29/06/2012

Les aventures d'un marque page

Vidéo trop mignonne trouvée sur le site http://www.actualitte.com/actualite

Réalisation : http://muchbetternow.salonalpin.net/index.html

28/06/2012

L'histoire de Bone Dorothy Allison

l'histoire de bone,dorothy allison,romans,romans américains,romans autobiographiquesCe livre aurait mérité de ne pas être lu en tronçons, saucissé en quelques pages par ci-par-là, entrelardé d'autres envies, envies de lectures plus légères, plus oisives. Pauvre Bone, déjà que ça ne partait pas très bien elle, dans sa vraie-fausse vie (puisqu'il semblerait que ce roman soit en grande partie autobiographique)

Bone, c'est juste son surnom, "os", on peut faire plus affectif. Son prénom, a été choisi par sa tante, vu que sa mère ne pouvait le faire, inconsciente après l'accident de voiture provoqué par son oncle ivre, elle avait été éjectée par le pare-brise et a accouché sans le savoir. Du coup, la tante, elle a donné au bébé le même prénom que le sien, Ruth, et Ruth-bis se dit "Bone" dans cette famille-là. Il reste le nom de famille. Le truc pour cette partie-là de l'identité, c'est que son père, un vil séducteur, est parti et Bone est enregistrée comme batarde. Anney, sa mère, a seize ans, pas de travail, mais Bone, sa fille, qu'elle va l'aimer et protéger, comme elle le pourra, comme le pourra aussi toute sa famille d'oncles, et tantes, de cousins, de grand-mère branlante à la chique bien pendue, sous les auvents des maisons du Sud, lézardé par la misère.

La famille, les Boatwright, sont solidaires, s'aiment et  se soutiennent. Le souci est qu'ils sont tous à moitié branques, les frères surtout, violents, coureurs, alcooliques, multirécidivistes, ils traînent les bars et les petits boulots. La racaille du coin. Les femmes, les soeurs, font les enfants, prennent les affaires en main quand la misère tourne trop mal et ne peuvent rien faire d'autre que de tenter de résister et d'éléver la bande de "mioches", à coup de thé glacé et de gâteaux au ketchup. Tous aussi pauvres les uns que les autres, tribu de petits blancs racistes et sans autre dignité que celle de leur couleur de cheveux, la même ou presque de génération en génération à cause du grand-père qui aurait été Cherokee, mais rien n'est moins sûr, en fait.

La mère de Bone, Anney, commence sa vie de mère en mère courage : elle se bat contre l'étiquette de batârde, tente de l'enlever à sa fille, ne fricote pas dans le bar où elle gagne sa vie, ne se laisse pas aller dans cette misère crasse. Mais, bon, le sort s'acharne ; un premier mari, gentil laisse la place à un second, qui le sera beaucoup moins. Au début, il essaie, il tente, Anney y croit, ils vont faire une vraie famille, ils vont y arriver ( il y a eu une petite soeur entre temps), se sortir de là. Sauf que "Papa Glen", n'y arrive pas, éternel looser, sa haine se focalise sur Bone. Bone grandit, obstinée, obstinée à aimer quand même, à devenir elle, malgré la protection déficiente qu'elle cherche partout.

A chaque fois que j'y revenais, il y avait une nouvelle tuile, un nouvel "os" et Bone s'enfonçait, jusqu'à la fin dans un malheur d'aimer poignant. Le titre en anglais révèle la violence dévastatrice qui ronge la petite, "Bastard out of Carolina", comme la ronge l'amour de sa mère.

Athalie

PS : une lecture qui vient de A.B. Merci A.B. parce que plus j'y pense, plus je trouve le bouquin bien.

24/06/2012

Flan coco

76295109.jpgC'est MON dessert, celui que tous mes invités, A. ou non A., ont un soir ( le midi, ce n'est pas un vrai repas, c'est une obligation de manger) ou l'autre soir retrouvé dans leur assiette, vu que c'est à peu près le seul que je sache faire, et que cela fait très longtemps que je le maitrise de main de maître, sauf qu'il n'y a aucun mérite à maitriser ce dessert-là de main de maitre . Mes invités, et ce dessert-là ou rien. Ou alors un truc raté. Ou alors un truc acheté. Ou alors un truc que les invités avaient amené ( acheté) par eux mêmes, pour être sûrs d'avoir un dessert, un dessert pas raté.

Mon flan coco, il est inratable. A préparer en dehors des regards des invités, la préparation en est honteuse et peut nuire à la réputation d'une cuisinière, quand elle est hors-pair, ce qui n'est pas mon cas : il s'agit quasiment uniquement d'ouvrir des boites de conserve. Trois boites à verser dans un plat creux : une grande boite de lait coco, une grande boite de lait concentré non sucré, une grande boite de lait concentré sucré. Après, on mélange le tout avec une cueillère en bois, on ajoute trois oeufs ( frais, mais ça ne compense pas les boites pour le côté bio). On remélange le tout, on soupoudre d'un peu de canelle, d'un peu de muscade, on rajoute quelques gouttes de vanille liquide. On retouille pour avoir quand même l'air d'avoir fait quelque chose dans cette histoire.

On ouvre la porte du four, thermotas fort, on le laisse se caraméliser tout seul du dessus. Quand on le sort, on le mange : étrangement, il a le goût de coco et même pas trop l'air d'être en toc. Et pourtant ... 

Athalie

23/06/2012

Arlington Park Rachel Cusk

arlington park,rachel cusk,romans,romans anglaisArlington Park est un quartier, genre "beau quartier", ou alors une sorte de banlieue un peu cossue, entourée d'autres qui le sont moins, une sorte de guetto choisi, étouffant, à part, protégé des miasmes de la pauvreté. Il y pleut beaucoup mais il n'y a pas d'air. Le premier chapitre donne le ton, en une superbe description d'une averse torrentielle et intrusive.

A Arlington Park vivent des femmes, des femmes mariées, essentiellement, des femmes au foyer avec enfants. Les maris sont des fantômes, du genre qui travaillent toute la journée dans un bureau, ailleurs et ouvrent la porte le soir du foyer avec la bonne conscience du salaire gagné. Leur rôle est réduit à cette fonction financière. Elles, elles sont vampirisées par leur quotidien répétitif, réduites aussi à quelques aspirations matérialistes, des rêves limités au confort aténiable dans leur classe moyenne, pouvant se voir de l'extérieur, comme dans un cycle de lavage, elles ont mis leur vie sur programme long avec prélavage pour que tout soit bien propre. Moi, ça m'a fichu le cafard.

Les chapitres du roman en présente une, à chaque fois, au centre, en commençant par Juliet, l'ex élève brillante qui se vit comme "assassinée" par le mariage, puis, Amanda, Maisie, Solly .... A chaque fois, chacune est analysée, décortiquée, aspirée, puis au chapitre suivant, rejetée en périphérie, avant que finalement le dernier chapitre ne les regroupe en un diner "à la bonne franquette" entre voisins et vagues connaissances. Horrible vase clos qui se referme. Entre temps, on aura les occupations essentielles de leurs journées : le papotage entre mamans fraichement libérées par le temps scolaire, qui se retrouvent un moment pour boire un café chez la névrosée du ménage, Amanda, dans sa cuisine aseptisée, son salon design, dans sa maison rénovée avec goût du jour : les murs ont été abattus pour faire de l'espace, tellement d'espace que c'est vide, et les petits garçons n'ont pas le droit de tendre la main vers la vitre de la fenêtre parce qu' après, il va falloir enlever les traces.

Une fois, elles vont sortir pour une virée shopping dans un centre commercial, avec poussettes, et enfants et cafétaria intégrée : " un restaurant qui ressemblait au purgatoire. Il était au dernier étage et il y avait de grandes photos de champs verts sur les murs, et des fenêtres partout pour que l'on puisse voir les routes. (...) C'était comme les objets trouvés, mais pour les gens". Cela vous donne l'ambiance de l'ennui pesant, quand manger là-dedans devient une distraction rare, presque un moment d'évasion. Il y a aussi un parc à Arlington Park, où passent les femmes qui rentrent leur marmaille et parfois s'arrêtent à l'aire de jeu : " Elles poussaient les balançoires. (...) Elles semblaient confuses et inconsolables". Il y a Christine, qui se fait un titre de gloire d'avoir vu sa lettre publiée dans la gazette locale : défendant bec et ongles le droit des mères à encombrer la chaussée avec leur 4X4 pour aller chercher les enfants à la sortie de l'école. Il y a Sony qui découvre la liberté dans les senteurs des huiles de bains de la locataire de sa chambre d'ami. Il y a Juliet, dont le suprême moment d' épanouissement personnel est de goûter sa revanche un vendredi soir par mois, parce que ce jour-là, c'est son mari qui va chercher les enfants pendant qu'elle tient son "salon littéraire" : quinze lycéennnes qui se balancent sur leur chaises dans la bibliothèque scolaire en mangeant des gâteaux.  

Des vies qui pataugent dans des feuilles mortes, avec plus au bonne conscience de leur chance, elles qui ont "tout" ... On en a jusqu'au cou. Recroquevillée dans mon fauteuil, j'ai craint l'asphyxie mentale. Une lecture plombante, à lire armée d'une antidote "barbie girl" :  triple ration de fraises Tagada à tremper dans un tube de lait concentré nestlé sucré ou toute compensation de poids.

Athalie

Le commentaire par où cette lecture est arrivée :

http://lillyetseslivres.canalblog.com/archives/2012/04/01...

22/06/2012

Soupe indienne glacée

soupe indienne glacée,recettes du placardTiens, j'ai la flemme.

Tiens, je suis en panne de gaz ( ce qui est une excuse totalement bidon).

Tiens, je n'ai plus un sous ( = je me suis laissée aller à "Etonnants voyageurs" à acheter une pile de bouquins super chers et si ça se trouve pas si géniaux que leurs auteurs ont l'air de ne pas le dire, ou, j'ai fait les soldes avec mes copines A. et même à - 50, ça fait quand même beaucoup de petits hauts noirs et de pantacourts en jeans).

Tiens, mes enfants ne sont pas là et mon homme non plus ( = je dois faire la cuisine, (absence de mon homme) mais, je ne suis pas obligée de faire mariner des hamburgers surgelés au micro onde, ni de me battre avec des sandwichs pain de mie-rillettes, avec la rillette qui ne tient pas sur le pain de mie, je ne sais pas pourquoi, la rillette ne colle pas au pain de mie .... et mes enfants n'aiment les rillettes que sur du pain de mie, ce qui est énervant, en somme).

Tiens, j'ai six fjords nature dans le frigidaire.

Tiens, j'ai aussi une boite de Saint-Moret (que des hasards heureux ... parce que en vrai, je n'ai jamais six fjords nature et une boîte de saint-Moret dans le frigidaire, non, je fais comme tout le monde, je vais les acheter exprès).

 Tiens, je sais où mon homme a rangé le mixeur depuis la dernière fois où il a fait du mal aux petits pois.

Donc, j'ouvre le frigidaire, les fjords et le Saint Moret et je mixe les deux derniers ( toujours en position douce), ce qui fait un beau mélange blanc et crémeux. Je rajoute un truc de safran en poudre qui passait par là, un peu de miel qui restait dans le fond d'un pot rescapé des dernières vacances, quand on se laisse aller à faire les stands "Produits régionaux" des marchés locaux et que de retour à la maison, le produit local ( bio, évidemment) a quelque peu perdu de son intérêt et est resté oublié dans le fond du placard, parce que personne dans la maison n'aime le miel, en réalité.

Je mélange, sel poivre, glaçon. Je m'affale avec mon bol devant un bon vieux "Colombo" et tout bénef, il n'y a plus rien dans le frigidaire, ma belle-mère qui fait des confitures a gagné un pot de miel vide pour sa collection, je n'ai pas dépensé un sous et pas pris un gramme ....

Athalie

20/06/2012

Pas facile de voler des chevaux Per Petterson

20060514220716_0144_zen_wood_bois_flotte.jpgUn vieil homme, Trond Sander, s'est retiré dans une vieille maison à rafistoler, l'hiver va arriver, les nuits sont noires, la nature entoure l'exilé volontaire, accompagné dans sa solitude de son seul chien, quelques courses indispensables, les tâches du quotidien : couper du bois, faire le feu, aller jusqu'au lac, clouter quelques lames de parquet. Peu de projets, mais pas non plus d'ennui. On en saura quelques vagues causes, esquissées, de cette solitude choisie, un peu plus tard.

C'est le cadre, mais le vrai fond est le retour en arrière, les autres personnages et une autre époque occupent son esprit : un été, lui et son père dans un autre chalet, d'autres projets, tout aussi simples, fâner le champ, donner un coup de main au voisin ... Rien de désespéré à la Sukkand Island, c'est au contraire une relation de l'un à l'autre ensoleillée de fierté, de tendresse, de complicité. On est en 1948, dans cet autre chalet, trois ans après la fin de la guerre, et ce sera le dernier été comme cela. Le narrateur a quinze ans et un ami Jon avec qui il va "voler des chevaux" une nuit. Jon n'habite pas loin, avec ses deux frères jumeaux, plus petits, son père, sorte de rival silencieux du père du narrateur et sa mère, lumineuse. sauf qu'au retour de cette nuit-là, Jon devra disparaitre. Et c'est encore quelques disparitions plus tard que les deux temps se retrouvent, le voisin de Trod, tout aussi solitaire que lui, se révèlera être Lars, un des frères jumeaux.

Dans une atmosphère de pas feutrés, et pas à pas, l'histoire découvre ses méandres, au bord d'une rivière frontière et laisse dans les sous-bois s'épaissir des mystères, les non-dit. Qu'on se le dise, on ne saura pas tout des drames, des félures qu'a laissé cet été là, et un autre temps encore, celui de la guerre et de la résistance clandestine, des fuites et des lâchetés, des jalousies ( peut-être ...) entre les deux pères, la mère.

Un roman qui oscille entre ces trois temps, en évitant la rigidité de l'alternance passé, présent, présent, passé, deux narrateurs mais une seule voix, celle du fils, celui de quinze ans, celui de soixante sept ans, et le souvenir d'émois, de scènes vues mais toujours comprises, et surtout celui d'un père radieux, aimant, encore pour un moment, séducteur de son propre fils au point que Trond garde encore en son corps le souvenir de ses gestes appris. Le lyrisme est complètement mis en sourdine, le pathétique étouffé, et c'est vraiment bien.

Athalie

18/06/2012

Tartines de petits pois et chantilly salée

62974117.jpgMon homme, il aime bien faire la cuisine, et moi aussi j'aime bien qu'il aime bien. Ce qui fait que quand il me dit : " Tiens, j'ai trouvé une recette qui a l'air pas mal, avec des petits pois et de la chantilly", je ne lève même pas les yeux de mon bouquin pour lui jeter un regard implorant de pitié, non, je continue à lire jusqu'à ce qu'il crie " A table", une fois, deux fois voire plus si le bouquin est bien. En plus, là, ça se mange froid.

Vous prenez des petits pois (frais, à écosser, donc), ou surgelés ( pas à écosser, mais moins bons, forcément et moins vert fluo, et le vert fluo, ça compte dans la recette, ça rajoute à l'effet tartines venues d'ailleurs). Vous les ébouillantez trois minutes dans une casserole avant de les passer sous l'eau froide et de les écraser en quasi boullie ( mais pas trop, pas lisse, faut garder l'aspect granuleux, ça compte aussi, à cause du contraste avec le neigeux de la chantilly) avec un mixeur en position douce et lente. Dure et rapide, c'est pour moucheter les murs de la cuisine, ce qui n'est pas le but recherché.

Ne pas fléchir, de toute façon,le petit pois est silencieux, même ébouillanté, glacé, écrasé. Réduire en bouillie aussi une gousse d'ail, mais l'humecter d'huile d'olive. Mélangez les deux délicatement, tranquillement. Mettre le résultat au froid le temps de faire légèrement griller des tartines plates de pain de campagne. Puis, vous étalez le mélange verdâtre dessus, vous l'arrosez de crème chantilly salée (mais pas trop quand même), et pour le rappel de vert, vous soupoudrez les tartines de ciboulette coupée, finement, très finement, aux ciseaux pointus.

Très étranges d'apparence, de goût, de texture, c'est super bon, en fait. Y'a juste la fiancée de mon fils qui a fait semblant de ne pas aimer. Du côté du comité de défense des petits pois frais, c'est le calme plat. 

Athalie

17/06/2012

Gare au feu Fiona Kidman

2607404.jpgLes nouvelles, c'est pas trop ma tasse de chocolat. Je me suis laissée tenter par ce recueil parce que Fiona Kidman, sur un petit plateau d' "Etonnants voyageurs" avait l'air d'une mamie gâteau pas vraiment sage et que je voulais voir ce qu'il avait sous la crème anglaise.

Premières lignes : ouh là ! comment cela se fait-il que je me régale tout de suite autant, ça va retomber .... ( oui, c'est retombé, mais quand même pas trop) : "Le petit italien" : une amie d'enfance force plus ou moins la porte d'Hillary, ancienne provinciale devenue auteure reconnue ( tiens donc ...) et c'est le petit Nino qui rentre, avec toute la saveur d'un premier amour furtif et frustant. "L'historique des faits", où comment un couple adultère se défait comme il s'est fait, dans les bruissements et  les écorchures invisibles du monde. Dans "Extrêmes", des histoires croisées de femmes, toujours, de filles, d'avortement, ou non, de chances, ou non. Et ainsi continuent les tablotins à peine frisottés de permanente de femmes mures, le plus souvent respectables, qui recroisent leur adolescence souvent tremblotantes et discrètes avec de la flamme qui couvait en dessous. Elles ont pu parfois aller plus loin que là d'où elles venaient, mais il semble qu'on ne va pas beaucoup plus loin en Nouvelle Zélande qu'au bord de la mer. (Ce qui est logique pour une île ...) L'Australie se profile bien parfois à l'horizon, mais bon, ce n'est rien d'autre qu'une autre grande île, finalement. Des hommes aussi passent, qui aiment ces femmes fortes-là et les laissent partir ( "Le ciel se fige"), il y a bien quelques moutons aussi, mais peu. La première partie se révélait donc un peu répétitive quand est arrivée la seconde (logique, y'en a trois).

La seconde, donc, est constituée de trois nouvelles liées entre elles chronologiquement : le premier texte retrace ce que l'on peut savoir de l'histoire de Joyce : une jeune fille de la ville, placée dans un foyer pour "accouchement discret", doit abandonner sa fille, et se laisse ensuite épouser par un gros plouc qui a besoin d'une femme pour agrandir sa ferme. Joyce va tenter puis disparaître. Les deux nouvelles suivantes suivent le fil de cette descendance et de ce mystère, de femmes dures en mères aimantes, distantes, sans jamais vraiment lever les voiles.

La troisième partie ne comporte que deux nouvelles, peut-être celles que j'ai préféres, parce qu'après la langueur des amours perdues, elles ont un petit côté claquement de cymbales, un presque retour à la réalité bruyante, alors que ce sont elles aussi ont le plus un certain goût de rêve ( je sais, ce n'est pas clair, mais là, je n'arrive pas à dire autrement, alors je vais laisser comme ça ...). La première nous montre pour une fois, un homme, un  Premier Ministre tant qu'à faire, dont la générosité morale prend peut-être source dans de bien tardifs remords .... Et la dernière, ben la dernière, pour faire bref, elle sent le brûlé et traine des effluves de bal colonial.

Si ses romans sont de la même veine, je pense que je pourrais devenir accro à la Fiona, mais pour l'instant, je vais aller me promener vers le nord, le climat océanien, là, je fatigue ( et puis, toujours pas beaucoup de sauvages en vue, ils les ont cachés où les Maoris ? dans les rayonnages du fond ?)

Athalie

 

16/06/2012

Spéciale dédicace ....

14/06/2012

La gifle Christos Tsiolkas (2)


midnight oil - beds are burning par kareem93

La gifle Christos Tsiolkas (1)

imagesCAV57R4P.jpgPremier chapitre : je ne comprends rien. On est chez un type,Hector, qui n'a pas l'air de tout maitriser non plus, à commencer par lui même et ses ardeurs et ses humeurs, plutôt moroses. On est chez des bobos australiens, vaguement cultivés et argentés, dans un barbecue "décontracté", mais tout sauf "cool". Les invités semblent être du même acabi. Arrivent les parents de l'hôte, d'origine grecque, la mère déteste Aisha, femme de son fils parce qu'elle est indienne à la peau plutôt foncée. La belle quarantaine, celle-ci s'affaire et je commence un peu à repérer qui est qui : le cousin grec Harry, la jeune Connie, pour laquelle Hector semble avoir quelques penchants. Des enfants courent partout, j'ai l'impression d'entendre les cris et les piaillements, insuportable, je prends un doliprane.

Dans le groupe indistinct encore, je repère Gary, près du feu, il a toujours une bière à la main, râleur, semble peu intégré, aigri. Sa femme Rosie allaite leur fils Hugo, quatre ans, (c'est indécent, ou je blasphème ?)  fauteur de trouble depuis le début. C'est lui la bombe à retardement et à fragmentation. Totalement exaspérant,  l'enfant-roi élévé selon les principes de son droit à la non violence ( des autres sur lui, je veux dire), me donne franchement l'envie de lui en coller une. Lorsque le cousin Harry la lui met, la bonne claque,je me suis dit enfin, ça va se calmer ce boucan et j'ai respiré. Sauf que les parents de l'affreux ne l'entendent pas ainsi, font appel aux forces de l'ordre et portent plainte pour "coups et blessures". Sans être pour la baffe à tout prix, on peut se dire que quand même, c'est un tant soit peu excessif .... (Mon doliprane commence à faire effet, et l'horizon narratif s'éclaircit)

A partir de ce premier chapitre cacophonique, la gifle initiale va en générer d'autres, par un très habile agencement narratif, les ondes de choc vont se répercuter comme livrées à elles-mêmes dans ce microcosme de privilégiés. Les invités, parents, amis se retrouvent dans l'obligation de choisir leur camp, par fidélité, par conviction, par méconnaissance, ce choix révèle bien d'autres abandons et failles, d'amours, de désirs, de valeurs ... Les chapitres suivants donnent l'histoire aux invités, pas tous, pas forcément à ceux attendus : certains au coeur de l'ouragan, Harry, le père redresseur de tort, que j'aurais aimé retrouver en justicier honnête mais tourmenté, se révèle être un immonde salaud sexiste et arriviste ; d'autres sont plus à côté, Anouk, la wonder woman de la série télévisée qui clope et boit comme si elle avait jeunesse à son pied, Connie : la jeune ado, fille de parents morts du SIDA, follement éprise du bel Hector, Manolis, le grand père qui croyait avoir du pouvoir, et puis .... Les parents de l'affreux Hugo, Gary et Rosie sont peut-être les pires finalement, d'une mauvaise foi crasse et rancunière, des frustrés au babacoolisme écoeurant masquant l'échec par tant de compromissions agressives qu'il devient difficile de les plaindre, même un peu. De chapitres en chapitres, se construit une vision d'une société raciste, d'une jeunesse qui fait peur ( on peut penser au Dîner à certains moments, voire à Il faut qu'on parle de Kévin car il faudrait quand même un peu parler de Hugo complétement laissé à lui même dans cette histoire ), dominée par la haine et la méfiance de l'autre. L'amitié se retrouve gangrénée, la solidarité familiale disjonctée.

Bref, excellent ! Pour celles ( et ceux, pardon) qui en ont les moyens : à lire devant un soleil couchant australien électrique et artificiel , pour les autres en re-regardant le premier opus de "Mad Max" avec "Midnight Oil" à fond dans les écouteurs. Si n'aime pas "Mad Max" (comme moi) mais qu'on adore "Beds are burning" (comme moi, ça marche aussi)

 


Athalie

 

PS : le commentaire par où cette lecture m'est arrivée ( entre autres ...) :

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/05/la-gifle-chri...

 

11/06/2012

La dernière séance Larry Mcmurtry

larry mcmurtry,la dernière séance,romans américains,romansThalia est une ville du Texas. A Thalia, il y a Sonny et son meilleur ami Duane. Il sont lycéens, plus ou moins, joueurs de football et de basket, plus ou moins, vivent de petits boulots, logent dans la pension du coin. Les parents, c'est pas vraiment ça. Ce qui est vraiment ça, c'est les filles. Duane sort avec Jacy Farrow, la seule jeunesse dorée du coin. Duane est fou de Jacy, Jacy est plutôt folle d'elle-même, véritable petite garce qui va monter en puissance. Sonny, lui sort avec Charlène, c'est en gros tout ce qui lui reste, en fait, faute de ne pas pouvoir avoir Jacy, de ne pas pouvoir peloter Jacy, lui  rouler de gros patins, tenter de glisser les mains le plus près possible du soutien gorge de Jacy, il tente de le faire avec Charlène, plus ou moins sans conviction, lors des séances uniques du samedi soir au cinéma, l'unique cinéma de Thalia, séances de pelotages qui laissent les garçons raides comme devant.

A Thalia, il y a aussi Sam Le Lion, le propriétaire bienveillant du billard. Son surnom, il l'a bien mérité mais on ne le saura qu'à la fin. Il possède aussi le café. Entre l'un et l'autre, les jeunes traînent, font des plans foireux, ne pense qu'à ça, en manque de filles, en manque d'histoires. Sam a recueilli Billy, simplet d'esprit, il ne pense à rien d'autre, lui, qu'à balayer les trottoirs de la ville du cinéma au café, toujours dans le même sens, faut dire qu'à Thalia, il n'y a pas beaucoup de sens possibles. Sony l'aime bien Billy, le souffre douleur des garçons, celui à qui on enlève son caleçon, pour rigoler, et même une fois pire encore. L'ennui, ça fait tourner les choses au vinaigre, ou en rond.

Ne pas oublier l'entraineur de football, sorte de répugnant autocrate, aux méthodes bien particulières, il mène parfois ces adolescents en rut lavaire par le bus vers une défaite certaine. L'équipe de Thalia est si nulle que cela en devient parfois drôle ( il y a notamment une description d'un match surréaliste où toutes les tactiques relèvent du hara-kiri ....)

Parmi ces lycéens qui piétinent dans cette ville déserte et puritaine où le sexe est l'opprobe et leur obsession, Sonny est comme les autres, nourri des cheese-burgers du café, nourri de ses fantasmes pour à peu près toutes les femmes qui passent, mais lui arrivera quand même à regarder un visage, celui de Ruth, la quarantaine laissée pour compte, le seul personnge qui se laissera aller à aimer et tant pis , dans un récit où la quête tabou du sexe met à jour les frustrations qui font des adultes bancals.

A lire.

Athalie

Les commentaires par où cette lecture est arrivée :

http://www.lecturissime.com/article-la-derniere-seance-de...

http://www.readingintherain.com/2012/05/la-derniere-seanc...

09/06/2012

Ce qu'il advint du sauvage blanc François Garde

robinson-crusoe-6-.jpgFrançois Garde a mis en garde (facile ...), il en a assez que l'on compare son livre à Robinson Crusoé, roman, selon lui, qui est un véritable hymne à la supériorité de la race blanche, débrouillarde et inventive, et caution de l'expansion du modèle des colonisateurs ( ce ne sont pas ses mots exacts, ce pourquoi je ne mets pas de guillemêts, mais ce que j'en ai retenu, en gros). D'ailleurs, après lecture, force est de constater qu'il n'a pas tort, son récit s'inscrirait plutôt dans l'anti robinsonnade, l'anti hymne à la supériorité de quiconque sur quiconque.

Narcisse Pelletier est un fringant marin, embarqué sur la goêlette Saint Paul pour voir du pays. Il aime parader, la boucle à l'oreille, dans les ports et se frotter aux prostituées du Cap. La poisse s'acharne sur son navire, en errance dans les mers du Sud, le capitaine s'engage dans une rade naturelle d'une île inconnue. Narcisse est envoyé chercher de l'eau douce mais il s'écarte des autres et se retrouve seul, hébété, sur le rivage, navire parti. Certain qu'on va revenir le chercher, il laisse des signes sur la plage, se pelotonne au frais et commence à mourir de faim, de soif, de doutes, de peurs. Nulle ressource naturelle à exploiter, nulle construction à la Robinson, nul Vendredi à dompter, mais une petite vieille laide et noireaude qui sait chasser le lézard et va le laisser venir jusque sa tribu, des aborigènes nomades. C'est donc à travers les yeux désespérés et pleins de préjugés de Narcisse, jeune homme simple, à peine alphabétisé, que l'on découvre les sauvages, leurs moeurs, pour lui évidemment incompréhensibles et détestables. Personne ne viendra le chercher, il  le comprend petit à petit et va survivre en devenant un sauvage à son tour, mis à nu, tatoué, toujours hébété, sans langage.

Très vite, le récit de Narcisse est entrecoupé des lettres qu'Octave de Vallombrun a envoyé pendant des années à son mentor, silencieux pendant tout le roman, M. le Président d'une société anthropologique telle qu'il pouvait en exister avant que le darwinisme ne vienne " éclairer" quelque peu l'idée de la création divine figée dans sa perfection d'homme blanc. Octave est un jeune homme fortuné, aristocrate, amateur de découvertes géographiques et de Terra incognitae à étudier. Sauf qu'il n'y en a plus beaucoup, qu'il est un peu déçu et s'apprête à renoncer à son devenir de grand découvreur, quand, un peu par hasard, il se voit confier le sort de Narcisse, retrouvé par hasard aussi, sur la plage de l'île où il n'attendait plus personne, dix-sept ans après son abandon, et embarqué jusque Sydney où l'on sait trop quoi faire de celui qui est devenu "Le sauvage blanc", ayant pris leur apparence, ne parlant plus sa langue "civilisée", ne connaissant plus son nom d'avant.

Octave y voit un sujet d'étude intéressant et un moyen de faire progresser la science. Et c'est là que les récits se croisent, comment le blanc a été gobé par les sauvages et comment le blanc savant tente de le faire se reciviliser. Les dix-sept années de Narcisse sur l'île ne seront pas racontées mais le récit mène l'évolution de l'un et l'autre cheminement. Muni de de ses certitudes civilisatrices, Octave pense d'abord faire oeuvre, trouver la lumière mettant en mots l'obscurité, puis se met à douter, face à un Narcisse silencieux, heureux ? On ne le sait. Mais du coup, le roman évite l'écueil de la grande leçon de morale humaniste à coup de fraternisation entre le pygmalion raté et sa créature échappée.

Il reste que, et si Robinson faisait moins le malin sous le cagnard et sans biafine ? Et si Vendredi lui mettait un bon coup la pâtée à la course de pirogue ? On peut rêver.

Athalie

PS : relire Les derniers géants de François Place, sans pleurer cette fois, vu qu'on connait la fin.

Le commentaire par où cette lecture est venue : http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2012/03/choc-des-civ...

07/06/2012

La femme de hasard Jonathan Coe

906332776.jpgMaria est une jeune fille quelque peu particulière, mais cela ne se voit pas de l'extérieur, c'est à l'intérieur qu'elle est atrophiée, du coeur, des sentiments, de leur expression et même de leur ressenti. Rien ne semble la toucher vraiment, elle survole les états d'âme, comme autant de corps étrangers. Quand on la cueille, elle vit encore chez ses parents,  elle monte la côte pour rentrer, elle sort du bureau de sa principale qui vient de lui annoncer sa superbe réussite scolaire, elle va pouvoir partir poursuivre ses brillants résultats scolaires à Oxford, ce qui pourrait être un moment de joie, voire d'excitation. Or d'excitation, que nenni. Ce qui la préoccupe, c'est comment éviter une expression trop expansive du bonheur parental. Ce qu'elle va réussir à faire sans trop de problème, le syndrôme du glaçon semblant atteindre toute la famille. Sauf le chat, dont la tendresse indifférente est la seule acceptable.

Maria n'est pas monstrueuse, juste sinistre, et elle se pose juste là où elle pense devoir être, sauf que le narrateur-auteur la pose toujours de travers : cohabitaton à Oxford avec une écervelée qui croit au langage des regards expressifs, puis une bande d'inquiétantes harpies dont une kleptomane et une bonne âme tyrannique sans doute meurtrière, sans oublier l'amoureux énamouré qui lui déclare sa flamme avec un insuccès quotidien, un autre qui passait là par hasard ... Maria ne se trompe même pas, dans son parcours déceptif, juste elle choisit mal, ou pas. Et toujours, le narrateur-auteur s'amuse à pousser sa créature de papier à droite et à gauche, il lui fabrique ses échecs, nous les annonce, nous les explique, il la trimballe, la bouscule, et la Maria, statue d'indifférence, ne prend pas plus vie pour autant, elle est bien obligée d'aller où il l'a mène, et il n'a de cesse de bien nous le rappeler, celui qui gère sa vie, c'est lui. Il nous en fait donc une inadaptée, même à la vie ordinaire, un glaçon sur page, il joue avec sa souris, de plus en plus tristounette ... Son indifférence aux autres, aux jugements des autres, aux réactions convenues la fait passer pour une étrange personne, la fait passer à côté, et quand elle tente une sorte de grand amour, pas de bol, il était sorti depuis un bon moment par la porte de derrière alors qu'elle l'attendait depuis des heures devant la porte de devant. Un hasard qui va en enchainer un autre, et le narrateur-auteur de nous expliquer l'importance, ou non, d'avoir mangé du jambon à l'os.

Je ne sais pas s'il y a un message quelconque dans cette vie sans vie qu'il lui impose mais si Coe n'était pas là pour nous ramener au plaisir d'être de son côté à lui, du bon côté, qui se moque du personnage et nous fait des clins d'oeil gros comme les coutures de la fiction, on finirait enseveli sous tant de mornitude, de torpeur froide sans fond.

Athalie

PS : le narrateur-auteur est un concept personnel, inventé pour l'occasion, je rassure les spécialistes en narratologie qui par le plus grand hasard, passerait par là.

03/06/2012

Et Nietzsche a pleuré Irvin Yalom

lou-salome-3_1244405292.jpgJe ne sais pas vous, mais moi, je n'ai jamais su écrire Nietzsche sans m'emmêler le crayon dans les consonnes. Heureusement, je l'écris peu souvent. C'est pas comme Daeninckx ou Apollinaire, que je dois parfois remettre dans l'ordre en public, et là, je n'ai pas le bouquin sous les yeux pour vérifier, ce qui fait que j'attaque cette note printanière dans une étrange sérénité ... ( mais aussi parce qu'il a fait beau et que les roses poussent dans le jardin)

C'est munie d'une forte recommandation que je suis partie à la conquête des premiers chapitres, une sorte d'ordonnance de bonne humeur, là aussi. Venise, fin de siècle, un café sur la place Saint Marc, un grand médecin viennois est piégé par la superbe, l'arrogante, l'aristocratique, l'originale excentrique, Lou Andréas Salomé. Il doit, il faut qu'il prenne en charge le cas Nietzsche, dont la belle a un peu trop fouetté le coeur. Elle craint que le pauvre philosophe solitaire et incompris, sauf par elle, n'en vienne à user de solutions extrêmes à son mal du siècle à lui. La vampire femelle et fatale a gain de cause. Un air de valse plus tard, Vienne : le bon docteur est à l'oeuvre jour et nuit : extérieur jour, il expérimente de nouveaux soins, fait preuve de modernité expérimentale, de sagacité médicale, à la pointe de la recherche, pertinent et judicieux, il cherche comment cerner ces "maladies" de l'hystérie, papotte au coin du feu avec Freud. Et petit à petit, il tente d'apprivoiser la bête nietzschéenne (j'ai corsé avec l'adjectif). Intérieur nuit : le bon docteur se bat avec ses fantasmes. C'est passionnant, intelligent, pertinent, comme un documentaire animé, des intelligences supérieures mises en scène en action, comme si on y était et que nous aussi, on était tellement intelligents que oui, la découverte de la psychanalyse, comme un nouveau continent inexploré, on y était pour de vrai.

Puis, se met en place un jeu truqué entre maître et maître et de longs dialogues entre Nietzsche et son docteur s'étirent, pour moi, en longueurs. Non pas que ce ne soit pas bien fait, j'en ai appris plus sur Nietzsche dans ce livre que dans aucun autre ( faut dire que peu de romans font parler Nietszche pendant aussi longtemps, du moins à ma connaissance), mais la vulgarisation philosophique ce ne doit pas être mon truc. En fait, si je dois dire la vérité comme sur le divan qui n'était pas encore "inventé", je crois que j'aurais préféré écouter les confidences de la vampire femelle, la Lou Andréas Salomé au fouet acéré et à superbe certitude, Nietzsche, je l'ai trouvé un peu culcul quand même, un peu philosophe incompris qui se la pète. ( Que tous les amateurs de philosophie sérieuse me pardonne ...)

Athalie

PS : je crois que je sais toujours pas l'écrire sans regarder le modèle, Nietzsche, je veux dire.

01/06/2012

PAULA JACQUES FOREVER

220px-Paula_Jacques_20100328_Salon_du_livre_de_Paris_2.jpgEh ben voila: toutes mes accointances de sexe féminin m'ont laissé tomber ce radieux après-midi de mai à Saint Malo (allez savoir pourquoi!) et c'est donc un anonymous un peu esseulé qui a fait la queue pendant près d'une demi-heure pour ne pas rater l'émission vespérienne enregistrée en direct à la rotonde Surcouf du palais du grand large face au célèbre sillon. J'entends déja les lazis et quolibets qui ne manqueront pas de suivre cet aveu: je m'était attirré la foudre de certaines A suite à un commentaire pourtant tout en retenue sur le public de cette manifestation littéraire (voir article Etonnants voyageurs 2012). Suis-je donc en train d'écrire ces quelques lignes pour faire une sorte de mea culpa? Que nenni. Voyez plutôt: après avoir palabré quelques temps avec mes voisines (eh oui, peu d'hommes) en attendant le début de l'émission, j'ai pu constater que très peu des membres de l'assistance s'étaient déplacés pour écouter le génial Reif Larsen, auteur du non moins génial extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, ou encore le passionnant producteur Joël Fargess, mais pour communier avec la divine, la sublime Paula Jacques.

Ambiance: nous étions donc tous confortablement installés sur des chaises en plastique quand la diva fit son entrée. A ma grande surprise, pas de forêt de mains lévées pour immortaliser la scène sur Nokia ou Samsung, pas de soupirs enamourés, pas d'évanouissements.

Rien.

J'étais déçu.

Paula, je me permets de l'appeler Paula maintenant que nous avons partagé la même moquette, Paula donc, était toute de rouge vêtue, une sorte de jogging moulant à pat'd'eph' qu'on appellait combinaison dans les années 70 si j'ai bonne mémoire. Paula surprenait avec son casque d'or (ses cheveux, vous l'avez compris) surplombé du casque de plastique obligatoire à la radio. Le haut du corps de Paula était immobile alors que ses pieds et jambes s'agitaient frénétiquement sous la table. Paula tenta quelques questions en anglais, ce qui fit s'esclaffer le public. Je dois admettre que les échanges furent de qualité et que nous ne nous ennuyâmes point. Alors merci Paula et à l'année prochaine...

Anonymous