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23/07/2012

A suspicious river Laura Kasischke

violee.jpgLeila a vingt quatre ans. Depuis quelque temps, elle est la réceptionniste la plus consciencieuse de l'hôtel Swan, un hôtel posé dans cette bourgade qui suinte l'ennui et les médisances de son enfance, posée à côté d'un lac où des cygnes vivotent. Des touristes y réservent des chambres mais des hommes seuls y sont aussi de passage, pour une nuit. Pour soixante dollars, ils ont une chambre, et pour soixante de plus, l'homme seul qui a fleuré la bonne occasion peut avoir Leïla pour un moment de sexe ; le temps qu'elle mette la pancarte "Je reviens dans un moment" sur le bureau de la réception, et elle se propose à leur porte. Jupe bleu marine, col en dentelles, ils n'en reviennent pas.

Leïla est mariée, Rick l'aime depuis leur seize ans, quoiqu'elle fasse, il la nourrit, l'entoure, bon gros nounours qui obéit à papa et maman. Mais, là, Rick maigrit, s'écarte. Leïla flotte à côté de lui, il y a longtemps qu'elle s'est écartée, elle. Elle met l'argent de son corps dans une boite, de plus en plus remplie, pour s'offrir quelque chose, ne sait pas quoi, un truc blanc, un truc pur. Le sexe monnayé se fait de moins en moins soft quand Gary pousse la porte de l'hôtel Swan. Gary est violent, vicieux, pervers, Laïla se laisse faire, absente de tout ce qu'il lui est fait et le sexe devient une suite d'acquiescements à sa propre chute.

Le récit de la descente de Leïla menée par Gary à un train d'enfer est entrecoupée de retour en arrière qui évoquent des épisodes de son enfance, tous axés sur les visions de sa mère à la beauté de femme fatale, sa mère la putain, qui part seins nus sur un voilier, son amant qui la prend, les mains dans la vaiselle, vite fait, pendant que le mari est parti chercher des bières dans le garage. Le mari, le père de Leïla, le frère de l'amant. Le mari vaincu, l'amant sanglant, le corps de la mère hantent l'esprit de Leïla qui s'allonge, suce, se laisse besogner comme une souche absente. Belle, pourtant disent-ils, ceux qui lui passent dessus.

Et moi, pauvre lectrice consentante, soit, mais quelque peu violentée aussi par ce roman que je me suis mise de moi-même dans les pattes, je me disais, mais pourquoi je continue, moi, pourquoi je le termine ( bon, je l'avoue j'ai parcouru les dernières pages en apnée) par masochisme ? Fais-moi mal Kasischke, Kasischke ? Par sadisme ? Fais-lui mal Kasischke, Kasischke ? Ou serais-je atteinte d'une autre perservion auto-destructrice ? C'est quoi cette histoire "telle mère pute, telle fille pas mieux" ? "Plus va la petite fille au lit qu'à la fin on la jette" ? Comment accrocher (finalement) à cette histoire aussi noire ?

Athalie

 PS : je mets le lien sur le site de l'artiste dont j'ai utilisé l'image en illustration, son travail me renvoie très subjectivement à cette lecture

http://www.monicaperezalbela.ch/barbie/barbie.htm

Autres commentaires sur ce blog d autres titres de la même auteure : En un monde parfait, La couronne verte

 

Commentaires

J'ai découvert Laura Kasischke avec ce titre et j'en ai lu plusieurs depuis : excellent.

Écrit par : Ys | 23/07/2012

Bonsoir,
Je viens d'aller voir sur ton blog tes notes sur cette auteure, parce que même si la lecture de "A suspicious river" m'a laissée clouée sur mon transat de lecture, pas question de ne pas continuer. J'avais beaucoup aimé " En un monde parfait", par lequel j'ai commencé ma découverte de cet univers romanesque, et je note donc "Rêves de garçons" et "A moi pour toujours". Je vais juste attendre un peu pour ne pas exploser en plein vol !

Écrit par : Athalie | 23/07/2012

Un roman très fort et très dur, c'est vrai... mais quel talent, dans cette façon qu'a l'auteure de dépeindre cette chute !

Écrit par : Ingannmic | 23/07/2012

Un talent qui est glaçant et fascinant. Les avis sont très mitigés d'après ce que j'ai vu sur les blogs et les critiques plus "officielles". J'ai l'impression que l'on rentre radicalement ou pas dans cet univers-là. Moi, c'est trop tard, je suis tombée dans la mare !

Écrit par : Athalie | 23/07/2012

J'ai adoré ce livre et je le conseil a tous! :)

Merci pour ton article il m'a permis de me remémorer ce livre!

Marie.

Écrit par : repassage | 23/07/2012

Bonsoir Marie et merci à toi pour ton commentaire. Je dirais bien comme toi, "conseiller ce livre à tous", pourtant, je me demande comment les lecteurs (les hommes, je veux dire) peuvent recevoir ce texte. Le mien de lecteur (mon homme, je veux dire) a adoré "Un monde parfait" (que je lui avais mis entre les pattes), mais pour celui-là, je ne sais pas ... Trop "féminin" ?

Écrit par : Athalie | 23/07/2012

"Je me cache de tout, et surtout de Dieu" nous annonce la narratrice vers la fin du roman. Est-ce la clé pour comprendre ce qui pourrait être une attaque extrème et provocatrice contre un certain puritanisme américain? Je n'en suis pas certain mais c'est possible. Ce qui irrite, c'est que Leila (clin d'oeil à Eric Clapton?
What'll you do when you get lonely
And nobody's waiting by your side?
You've been running and hiding much too long.
You know it's just your foolish pride.)
ne se pose pas vraiment comme victime de l'ignominie des hommes et j'adhère totalement à ce qu'écrit Athalie dans sa note. Une réponse cependant à sa question finale: trop féminin? Non. Peut-être trop humain...

Anonymous

Écrit par : Anonymous | 31/07/2012

En tout cas, des remarques qui sont pour moi des clefs de lecture pour ce roman qui m'avait laissée pantoise et pourtant conquise. Et comme c'est un homme qui cause, j'en déduis que ma remarque finale est nulle et non avenue.

Écrit par : Athalie | 01/08/2012

Les commentaires sont fermés.