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01/08/2012

Plus léger que l'air Frédérico Jeanmaire

farman.jpgC'est pour son malheur et son édification ratée que le pauvre et jeune Santi va croiser le chemin de la vieille Faila. Pourtant le rapport de force était à-priori en sa faveur, quatorze ans contre quatre-vingt treize, couteau (ou ongle acéré) contre rhumatismes articulaires. Sauf que lui se retrouve enfermé dans la salle de bain où elle était censée avoir caché ses économies, la vieille, et que la vieille, elle a fermé la porte à clef, que la porte en est solide et que même à coups de pieds et de poings, il ne peut en sortir. Sauf à la convaincre de le libérer, et là, il part de loin. Ruses contre mauvaise foi, le combat est alternatif et inégal.

Faila : solitaire, rancunière, affabulatrice, méfiante, autoritaire, versatile, caractérielle, elle a enfermé Santi pour se protéger, soit, mais le garde pour qu'il l'écoute, car, elle veut raconter en entier, s'il-vous-plait, et sans être contrariée ni interrompue, l'histoire de sa propre mère morte d'avoir voulu réaliser son rêve, piloter un avion. Mais Faila divague et disgresse sans cesse, vers elle, son enfance, ses cousines, sa vie amoureuse pitoyable de solitude, et Santi tente de suivre, d'aller vers l'ouverture, en fait.

Santi : voleur à la petite semaine, garçon des rues, traîne misère. Du moins, c'est ce que l'on devine plus ou moins. Faila appartient à la grande bourgeoisie catholique, Santi surgit des bas-fond des bidonvilles pour faire les poches des vieilles nanties dans son genre. Là, on pourrait se dire que va se nouer  une grande amitié intergénérationnelle et intersociale, entre ces deux-là et que la porte va s'ouvrir que "Chabada"... Que nenni, la carapace de la veille ne se fendille pas si facilement, et de chaque côté de la porte chacun tire sur son bout d'escarpoline, le reclus de force et la geolière en mal d'amour se tournent autour, sauf que c'est elle qui a la clef, la nourriture, la parole. Parce que l'originalité de ce roman tient à une construction étonnante ; seule la parole de Faila nous est rapportée, le long monologue de l'acariâtre, c'est tout ce que l'on a. Certes, elle y inclut les propotestations, les chantages, les tentatives de négocation tentés par Santi, mais on les connaît que par elle, qui les commente, voire les agrémente de ses rancunes quand il ne dit pas ce qu'il faut, ce qu'elle veut entendre. Parce ce qu'en plus, l'ancienne institutrice, elle veut le modeler, l'éduquer, elle fait les leçons, de morale ou d'histoire, à son élève coincé du côté dentifice et savon. Il ronge son frein, négocie nourriture contre écoute et obéissance.

L'idée du retournement initial m'avait paru drôlatique, et drôle, le texte l'est parfois, mais la voix unique fait qu'il y a aussi un côté exercice de style, alourdi par les répétitions des réactions de Santi, et l'absence de son intériorité (mais bon, c'est le parti-pris, donc, c'est logique, au moins ...). Le lecteur est aussi coincé que Santi, bien obligé de subir les vacheries de la Tatie Danièle dont on mesure la solitude à la hauteur de ses déclarations d'amour à sa proie.

Athalie

PS : un prêt de A.M.L. Merci !

Commentaires

Un très belle appareil, un très bon article! :)

Bonne continuation et à bientôt!

Marie.

Écrit par : Fille au pair | 01/08/2012

Bonjour,
Contente de vous recroiser en ces pages ! J'aime bien votre gravatar, qui me permet de vous reconnaître maintenant.... Et merci pour votre compliment sur l'article. Le roman n'est pas impérissable, mais sa construction a quand même quelque chose d'autre que du convenu, ce que j'ai aimé. Et puis le titre,qui peut donner lieu à confusion (non, ce n'est pas un roman "léger"), est multiforme, surtout par la fin du roman, c'est assez amusant à-postériori. J'ai lu aussi des critiques où il est supposé qu'il n'y ait personne dans la salle de bain, de l'autre côté de la porte où moi, j'ai cru entendre Santi. C'est bien, la richesse des lectures (multiformes aussi)
A bientôt.

Écrit par : Athalie | 01/08/2012

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