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05/08/2012

Lettre du bout du monde José Manuel Fajardo

imagesCAIYVDEV.jpgJ'adore José Manuel Fajardo, pour des raisons littéraires, mais pas que ... J'avais été bluffée par "Les imposteurs", parce à priori, les romans d'aventures au temps des conquistadors, mouais, pas pour moi, pas pour moi non plus le monologue d'un otage de l'ETA en mal d'introspection, dans "Les démons à ma porte", et pourtant (Farjardo aurait un puissant charme ?), à chaque fois, j'ai marché (un peu moins pour "L'eau à la bouche", mais tant pis). Et puis, plus de Fajardo à l'horizon, j'avais dû perdre mes jumelles puisque visiblement, j'en ai loupé un ("Mon nom est Jamaïca"), quand babord /tribord toute, à la proue et à la poupe, à l'abordage de "Lettre du bout du monde" où la plume revient à l'oie et à la bouteille d'encre à la mer, dans la veine des "Imposteurs". Je ne sais pas comment il fait ce type, (je veux dire le charmant José Manuel Fajardo), mais on croirait entendre leur voix, dans ces mots apprêtés d'une épopée où les paysans espagnols partaient chercher fortune dans un Nouveau Monde qui ne leur avait rien demandé. C'est beau comme une vague de mots échoués par hasard dans un monde auquel ils ne comprennent rien : " Nous sommes trente neuf hommes que le destin, l'ambition et la volonté de dieu (tu parles ...) ont décidé d'échouer sur cette plage où nous édifions une défense précaire en utilisant les épaves d'un bâteau naufragé". Ou alors, parfois, c'est rythmé de noms qui sonnent comme des pas de flamenco égaré : "Moi, je lui parle des marées de la ria de Mundaca, dans les rochers de la plage de Laga, je lui parle des anciennes guerres des seigneurs de Berméo, au temps où le seigneur de Burton avait expulsé de la ville don Pedro de Abendano et don Pedro Roy de Arteaga", en plus long, cela me fait le même effet jubilatoire que "C'était à Mégara, faubourg de Catharge, dans les jardins d'Hamilcar", je m'enfle l'imagination, portée par les a et les r, secs et rocailleux comme ces terres espagnoles qui n'ont pas pu nourrir les égarés navigateurs de pauvre fortune, déposés par Christophe Colomb sur le rivage de l'île d'Hispaniola, pour construire la ville de La Navidad. (on arrive à l'histoire racontée par le livre, là)

Nous en sommes à la première expédition, l'Amiral vient de repartir vers ses mécènes royaux (je vous passe les détails, déjà que je suis en train de battre mon propre record de longueur de note, mais c'est  José Manuel Fajardo, et là, je ne compte pas) pour ramener de la nouvelle chair, des munitions et de l'argent frais. Il n'a pas encore d'or, mais les hommes qu'il laisse croient en sentir le parfum dans l'arrière-pays des "Indiens".

Du narrateur, l'index dit : " Il pourrait être Domingo Pérez, un marin biscayen, tonnelier de son état, qui était sur la nef Santa Maria". "Pourrait", entre réalité et fiction s'établit cette longue lettre du narrateur à son frère, resté au pays, dont il fait son confident de ses aventures, amour et états d'âme. ( Je sais, le procédé ne tient pas. A moins d'être particulièrement crédule, un écritoire du XV ème siècle ne se balade pas comme un dictaphone, mais c'est Fajardo, et moi, je suis de parti-pris pour).

Domingo Perez va faire parti du deuxième groupe de traîtres à sa patrie, son roi, son dieu, qui laissant là les ambitions civilisatrices et les règles de conduite confiées pour assurer la réussite de tous,  vont remonter le fleuve jusqu'à la lie pour mettre la main sur le trésor supposé du dieu "blanc" des Indiens en n'épargnant ni sa honte ni ce qui lui reste de foi.

Certes, on n'échappe pas à quelques clichés sur les bons sauvages, la générosité de leurs moeurs, la beauté de leurs femmes, mais c'est sous une plume brillante que moi, je fonds comme une fraise tagada sous le ciel d'un autre siècle.

Athalie

PS : dans les remerciements, Fajardo précise que l'idée de ce roman lui est venue sur un rivage malouin nocturne, en compagnie d'Izzo, après une soirée de tango.

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