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12/08/2012

Les braises Sandor Marai

les braises,sandor marai,romans,romans hongroisLes braises, elles couvent sous la cendre de deux vieillards depuis quarante et un ans et quarante trois jours, dans la cheminée désertée de la grande salle où un dernier repas a été consommé, et avec lui, bien d'autres choses.

Un vieux général termine solitaire, dans l'aile ancienne de son château, une vie de soldat au service d'un empire d'un autre temps, lui aussi, celui de Sissi l'Impératrice. Il l'a même aperçue une fois, silhouette pressée se détachant sur la lumière finissante du Prater. Mais ce temps-là s'est enfui. Et il ne reste nulle valse, ni musique romantique dans le château du vieux général, que l'on pourrait croire être celui de la Belle au bois dormant, sauf que la princesse, elle est morte. Et que cela fait déjà un moment.

La princesse, c'était la femme du vieux général, Henry, descendant d'une précieuse aristocrate française, exilée en ces bois profonds par l'amour d'un riche officier hongrois, amateur de chasse et d'honneur militaire. La nostalgie a eu raison de leur coup de foudre et ces temps fanés rôdent encore dans les pièces luxueuses où l'on ne fait plus le ménage que deux fois l'an. Parce qu'il y a aussi le fantôme de Christine, la princesse du vieux général.

Pourtant, ce soir-là, le général ve faire remettre en scène le dernier repas pour le convive qui revient, l'autre survivant, Conrad, celui qui est parti brusquement quarante et un ans et quarante trois jours plus tôt. Les deux vieillards ont été amis, vingt deux ans d'études et de carrière commune, une amitié pourtant atypique entre le jeune, riche, courtisé aristocrate, et le jeune, pauvre, musicien, officier presque malgré lui. L'un était si sûr de lui, l'autre si en retrait. Vingt deux ans ensemble, et puis, un jour de chasse, le repas à trois, le départ inattendu. Depuis quarante et un an, et quarante trois jours, le vieux général a ruminé et a retourné toutes les pierres, a reconstruit l'histoire, celle qu'il n'a pas su voir alors qu'il la vivait, cailloux par cailloux. En cette dernière soirée, il va confronter sa construction à la parole de celui qui peut la détruire, ou en être détruit, parce que c'est autant une histoire d'amitié qu'une histoire de vengeance, un ultime coup de poignard. C'est lent, court, mais lent, on avance par petites vagues mais phrases longues. Tout est dit en une réplique ou deux, puis se developpe sur plusieurs pages le reste.

C'est bon comme une madeleine de Proust trempée dans du lait tiédi.

Athalie

Autre commentaire sur ce blog d'un autre titre du même auteur :

L'héritage d'Esther

Commentaires

Sandor Marai est un de mes favoris.J'ai adoré Les braises tant à la lecture qu'à la pièce,vue à Paris il y a quelques années avec Claude Rich et Bernard Verley.J'ai chroniqué à plusieurs reprises les livres de cet auteur,immense à mon avis.

Écrit par : Eeguab | 13/08/2012

Bonjour,
J'ai découvert Sandor Marai par "L'héritage d'Esther", comme vous, j'admire beaucoup l'écriture et l'univers de ce très grand écrivain. J'ai parcouru vos notes et compte bien y revenir dès que j'aurais lu les textes dont vous parlez. (J'ai toujours peur d'en savoir trop !)
A bientôt

Écrit par : Athalie | 16/08/2012

Bravo pour cette critique d'ambiance qui nous ramène effectivement au coin du feu, en compagnie de ces deux personnages qui rejouent (et en quelques sortes jouent) leur vie. J'ai particulièrement été frappé à la lecture des Braises par la noblesse d'âme des personnages, tout en retenue malgré les passions qui les déchirent. Marai est un écrivain incroyable qui mériterait d'être lu par tous...

Écrit par : Emmanuel | 21/08/2012

Il fait bon parfois retrouver des valeurs sûres, et Marai en est devenue une pour moi en une seule lecture. En lisant ton commentaire, je me dis que c'est peut-être justement ce décalage entre les passions intérieures et la fluidité de l'écriture qui en fait la force. Dans "Les braises" j'ai aimé lire même les évocations des scènes de chasse au petit matin, c'est dire !

Écrit par : Athalie | 23/08/2012

J'aime beaucoup les romans hongrois en général et là, tu me donnes carrément envie de plonger tête la première dans celui-ci !

Écrit par : La Ruelle bleue | 23/08/2012

Tant mieux ! voilà qui fait plaisir ... La note d'Emmanuel est aussi très enthousiasmante, je vais la mettre en lien. Je connais très peu la littérature hongroise, mais si il y a d'autres auteurs de cette qualité, je suis preneuse de conseils ... Je vais aller fouiller sur ton blog voir ce que tu en dis. Il y a quand même Imre Kertesz, dont j'ai lu le très dérangeant "Etre sans destin", une sorte de roman témoignage sur sa déportation, dérangeant car distancié et ironique, mais peut-être connais-tu déjà.

Écrit par : Athalie | 24/08/2012

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