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30/08/2012

Black Mamba Boy Nadifa Mohamed

black mamba boy,nadifa mohamed,romans,romans anglais,yémenVoilà un livre dont j'aurais voulu qu'il soit un vrai grand coup de coeur, un sans conditions et sans restrictions. A cause de l'histoire et de l'homme qui l'a vécue, le père de l'auteure dont elle dit se faire le griot, un homme qu'elle présente de sagesse contenue avant de se lancer sur ses traces de petit gamin des rues d'Aden, au Yémen, en commençant presque au début, en 1935. Jama est alors encore le fils d'Ambaro, la courageuse, à peine tolérée sous le toit des autres, elle trime pour quelques sous dans la grande ville, elle peine à trouver la force de s'occuper de lui, Jama, tout en os et en faim. Accolytes d'infortunes plus ou moins fiables, mendicité, débrouillardises, les gamins rêvent d'ailleurs, de sacs d'or et de grosses voitures au milieu des ordures. Mais Ambaro le lui répète, pour lui, Jama, ce sera différent, il est né sous une bonne étoile, elle le sait parce qu'un énorme serpent, le Blak Mamba, lui passé sous le ventre alors qu'elle état enceinte et et il est reparti, sans piquer. Elle y croit, son fils moins, surtout lorsqu'elle meurt. Commence sa quête au gamin, la recherche de son père qui est parti depuis longtemps, lui, le fantasque joueur de luth, derrière une frontière, chercher fortune. Par petits bouts de rencontres et à sacrés coups de volonté, Jama avance vers les déserts instables et la guerre que mène les Italiens contre les anglais pour le contrôle d'un empire fascite qui vu de là-bas, se délite déjà. L'armée enrôle et utilise avec dédain pour ses fanfaronades criminelles et cruelles les hommes de ce pays-là pour leur pitoyable défaite. Jamba ne se perd pas, se décourage, fait des détours mais ne perd pas de vue le destin que lui a donné sa mère. Et pourtant, l'odyssée est long d'être terminée avec qu'il n'écoute la voix de sa Pénélope pour revenir, peut-être à un apaisement.

L'histoire de Jamba est exemplaire, presque hagiographique, une farouche résistance tranquille aux mépris, aux humiliations, pas après pas, murs après murs, frontières après frontières, Jamba va son pas. Un héros admirable, donc, mais pourtant un roman qui ne m'a pas emportée avec lui. Il m'a manqué un souffle plus fort, un ouragan plus stylistique et plus romanesque pour être vraiment soulevée. Mais j'ai trouvé plein d'excuses : la force de l'histoire vécue, en vrai, par son propre père ne doit pas être facile à s'apprioprier, et puis, c'est un premier roman. Enfin, je dis ça, mais je ne suis pas écrivain pour un sous, moi, c'est juste que quand un bonhomme a vécu un truc comme ça, ben, chapeau bas.

Athalie

28/08/2012

En cuisine Monica Ali

4447130-chef-de-desespoir.jpgJe pourrais faire le coup des ingrédients pas frais, de la recette manquée, du soufflé qui retombe ... etc ... Mais non, c'est plutôt une erreur d'aiguillage ( et puis, je me suis défoulée sur Angot, donc, là, j'ai la mandoline paresseuse). Alors je vais juste dire est long, trop long et la quatrième de couverture m'a fourvoyée. Elle annonce " une radiographie sans concession de l'Angleterre actuelle" à travers la prise de conscience d'un chef de cuisine de la condition sociale précaire et de l'injustice humaine faite aux hommes composant sa brigade, qui d'une situation honorable dans leur pays d'origine, se retrouvent à suer sur des grills à viande, ou à touiller les sauces avec grumeaux. Donc une critique sociale, me suis-je dit. Or, que nenni. Y'a pas plus de radiographie que de lait sur le feu de la béarnaise. Ou plutôt si, mais le seul radiographié, c'est le chef, Gabriel, dit Gabe. Il a la crise de la quarantaine, tout l'énerve, sauf se sentir seul aux commandes de son navire de bras cassés exilés. Et encore. Son égo (surdimensionné) ne supporte pas ce qui est autre chose que lui et ses ennuis, bref, il déprime, réalise que cela fait un sacré moment qu'il se goure sur pas de choses et pète les plombs. Sauf qu'arrivée là, il m'avait déjà tellement ennuyée le pauv'gars qu'une marmite lui serait tombé sur le début de calvitie que j'aurais volontiers jeté mon tablier. Seulement voilà, je suis consciencieuse et suis allée jusqu'au bout.

Donc, Gabriel est à la tête des cuisines d'un grand hôtel londonien, mais son but secret est seulement d'y rester le temps de monter sa grande affaire, son propre restaurant de cuisine française. Accessoirement, Yuri, un plongeur obsur est découvert la tête fracassée dans les caves, jusque là invisible, laissé pour compte, un intello exilé réduit à une ombre. Seulement voilà, sa mort donne des cauchemards culpabilisés à notre quarantenaire de plus en plus instable. Il croise le regard de Léna, plongeuse aussi, passée par les limbes de la prostitution forcée, et elle l'emplit d'un tel désir, la maigrelette biélo-russe, qu'il en néglige la superbe créature, chanteuse de cabaret matînée femme fatale, qui lui servait de fiancée jusque là. Comme tout cela le fait pédaler dans la garniture, il se venge sur ce qui lui passe sous la main, entre autre Oona, autre employée qu'il tente de faire virer sous prétexte qu'elle s'obstine à lui proposer des tasses de thé .... (remarque accessoire : autre chose qui m'a énervée, cette dame étant censée être originaire des îles, la transcription de ses paroles fait dans le petit nègre, genre "Tintin au Congo", alors que les autres "étrangers" parlent un français traduit de l'anglais parfaitement correct ....)

Ah oui, le père de Gabe se meurt d'un cancer, sa soeur a grossi, sa mère était bipolaire, un de ses associés pontifie longuement sur les choix gouvernementaux, mais à la fin Gabe sauve le monde, donc tout va mieux, finalement, et lui aussi.

Athalie

 

26/08/2012

Les trois lumières Claire Keeman

imagesCAZWJPLN.jpgDécouvert au passage dans une librairie de Figeac, où, alors que franchement, je n'étais nullement en panne de lectures, j'ai fait quelques emplettes parce qu'on ne peut ressortir d'un lieu intelligent comme celui-là les mains vides. (D'ailleurs, j'ai vérifié, aucun Christine Angot dans les rayons ...). Une très jolie couverture, un texte court, et voilà.

Un texte court, presque une nouvelle, mais un texte rond, qui n'a pas le goût de trop peu non plus, c'est juste assez, même les virgules, elles se courbent là où il faut, et les points se placent à leur place, jusqu'au dernier, le final, qui clôt avec une délicate ambiguïté une histoire où il ne se passe finalement pas grand chose.

Une fillette à la famille trop nombreuse est placée, le temps d'un été, à priori, chez un couple sans enfant. Tout doucement,sans faire de bruit, elle y prend place et se laisse glisser vers une sorte de sérénité, nouvelle et douce, découvre la saveur de la confiance et celle de pouvoir garder des secrets. Il y a aussi, une tarte à la rhubarbe, le goût de l'eau de la source, un matelas qui suinte, les courses vers la boite aux lettres, un esquimau glacé, un matelas qui ne suinte plus, une veillée funèbre, un chien qui n'a plus de nom, du silence, des bras qui se ferment. Et c'est tout.

Athalie

Un autre commentaire, élogieux aussi, mais plus développé :

http://www.laruellebleue.com/7048/les-trois-lumieres-clai...

23/08/2012

Coup de mauvaise humeur : amateur de C.Angot s'abstenir

Qui ne servira à rien mais à me défouler, parce que la marmitte atteint le court bouillon et que si je me retiens trop, c'est la sacro sainte salade de tomates aux tomates anciennes qui va morfler grave (vu que je suis en vacances, j'ai arrêté les soupes glacées). C'est la sacro sainte rentrée littéraire. Comme je suis un tantinet maso, je lis, aussi, les articles des vrais chroniqueurs littaires, histoire de me changer les idées entre deux  bons romans qui ne la feront pas (la rentrée), et puis quand même, une lectrice qui ne se tient pas au minimum au courant ne mérite pas de tenir son blog (enfin, si, mais moi, je ne résiste pas aux appels de nouveaux titres à entasser).

Ce matin, "Libération" se fend de son marronnier. Je ne mets pas le lien, je recopie. Rubrique "Des stars dans les rayons", Toni Morisson, Salman Rushdie, Philippe Dijan, Patrick Modiano, Jean Echenoz. OK. Quand, au milieu de ces plumes, que je ne lis pas forcément, (Rien de Toni Morisson, jamais réussi à finir un Dijan) je vois le nom de Christine Angot. Je n'ai rien personnellement contre cette femme, mais une star de la littérature, les poils du nez m'en chatouillent  ... Le Libé ne m'en est pas tombé des mains vu qu'il était à plat sur une table, je n'ai pas poussé de hurlements sauvages vu que mes enfants étaient à côté en train de finir leurs céréales et que, répondre à ses enfants qui demandent pourquoi leur mère se lacère le visage de ses ongles peu manucurés et se roule sur le sol de la terrasse en se collant des feuilles d'arbres sur le pyjama : " C'est libé ! Y'a la mère Angot qui est promue star littéraire ! J'étouffe ! Passez moi Proust que je me désinfecte l'entaille que je vais me faire au flanc avec la corne du croissant au beurre" ( j'exagère, mais peu)

Pour être objective, je n'ajoute que le résumé présenté par ce quotidien quasi assassin de ma bonne humeur vacancière : "Une semaine de vacances : un père enseigne à sa fille la fellation, la sodomie, la politesse, la syntaxe. Elle demande comme preuve d'amour qu'il n'y ait pas de gestes physiques. Le texte sidérant de la rentrée."

Pour continuer dans l'objectivité partiale, voici celui propulsé pour "14" de Echenoz : " Après trois fictions biographiques, Ravel, Courir et Des éclairs, notre minimaliste préféré visite dans "14" une très vieille dame connue de tous, le Grande Guerre. A l'arrière attendent une usine, une femme, la province."

D'accord, ce n'est pas le sujet qui fait la littérature, mais le racolage sordide non plus . On pourrait peut-être imaginer une fusion commerciale : la vieille dame se ferait sodomiser par l'usine et le père par Ravel.

Athalie

Jésus et Tito Vélibor Colic

jésus et tito,vélibor colic,romans,romans autobiographiques,romans croatesVélibor Colic ( désolée, Vélibor si tu passes par ici, mais je ne peux pas mettre sur ton nom les accents qui y sont normalement), on l'a entendu au festival malouin, l'année de la "littérature des Balkans" ou quelque chose comme ça ...Enfin, entendu n'est pas vraiment le mot. ce type, une espèce de musclor efflanqué écorché vif à l'accent râpeux, revenait de la guerre "de Yougoslavie", celle que nous on avait vue à la T.V. en la trouvant absurde, étrange, lointaine, une guerre d'un autre âge, celui des guerres de religion, une sorte de Moyen Age à nos portes. Sauf que lui, il avait été dedans et que nos culpabilités de nantis, c'était pas son truc. Il crachait ses mots comme on crache des balles. J'ai acheté son livre "Mother fucker" et n'en est pas gardé un souvenir impérissable, l'impression d'un truc tout foutraque et tout en sueur, la rage, plutôt qu'une écriture.

Du coup, "Jésus et Tito", bof, pas trop envie .... Alors A.M.L. me l'a prêté (un bon dealer anticipe les futures envies de sa cliente). Sur la quatrième de couverture " à la croisée d'"Amarcord" de Fellini et de "Je me souviens" de Georges Perec".Va falloir tenir les références, je me dis, je repose pour plus tard.

Plus tard : j'ai complétement, totalement, adoré ce livre, Fellini, Perec, pas besoin, il écrit drôlement bien tout seul, Vélibor. Des polaroïds se succèdent, fanés, enjolivés, l'auteur le revendique, la mémoire se réécrit : "Une seule évidence, la mémoire est aussi Histoire. Sauf qu'on ne la vérifie pas". Comme on ne peut dire son projet mieux que lui, passage citation : " Relativement tôt, à vingt-huit ans, je me suis rendu compte que tous mes souvenirs, mon enfance, toute ma vie d'avant, appartenaient au Jurassic park communiste, disparu et enterré en même temps que l'idée de la Yougoslavie, pays des Slaves du Sud. Notre histoire se déroule entre 1970 et 1985, durant les quinze années qui ont annoncé la fin d'un monde qui nous paraissait pourtant sûr et éternel, le monde du socialisme à la yougoslave"

 De ses rêves d'enfant, il dit : "Je m'imagine de superbes batailles. L'armée allemande d'un côté, avec des canons, des tanks et tout ça, et de l'autre côté, le maréchal Tito, Tarzan et Pelé. De sacrées bagarres, il faut dire. (....) Toute notre patrie à feu et à sang. Et à la fin - la victoire". De sa vision politique, il dit : " Quand on mange bien, c'est du catholicisme. Et si on n'a rien à manger, mais qu'on chante et qu'on danse, c'est du communisme".

Il fait défiler les habitants de son village ; le voisin flic qui bat sa femme, comme tout le monde, le pope, le curé, l'imam ; sa bande de copains, gamins aux miettes de soleil dans les cheveux, pas encore serbes, croates ou musulmans, juste les forts qui cognent sur les faibles ; ses rêves , devenir un footballeur noir brésilien ; l'école, l'instituteur qui carbure au raki ... Puis l'adolescence fait surgir des filles à la peau dorée sur les rivages de la Baltique, puis, les rêves changent, Vélibor se veut poète, punk et maudit. Tito est mort et dans son fantôme se dissout l'illusion de l'unité yougoslave. Les souvenirs s'arrêtent juste avant que la guerre ne commence. D'elle, l'auteur ne dit rien et pourtant, depuis le début, elle est là, elle structure l'amour pour un temps qui ne sera plus,on le sait, pour des lieux qui seront ceux des destructions et des massacres. "La belle ville de Mostar sent déjà la figue et le romarin, le miel d'acacia et le sucre bien caché dans la glace à la vanille". On entend le bruit des bombes par en-dessous les mots.

Athalie

21/08/2012

Parti tôt, pris mon chien Kate Atkinson

imagesCAU7FSC3.jpgQui se révèle être, plus ou moins, la suite de "La souris bleue", où du moins, l'on retrouve Jackson, un Jackson qui "regrette dieu" mais égal à lui même, après la tornade Julia, après l'ouragan Tessa, avec un petit garçon en pointillé, mais sans sa fille, ado rebelle devenue ( ce dont on pouvait se douter ...) Un Jackson presque mystique, donc, qui vogue d'abbayes anglaises en abbayes anglaises avec une seule vague enquête sur le feu : découvrir les origines d'Hope Mac Master, née en Angleterre, de parents qui vont se révéler inconnus, adoptée par un couple charmant et menant sa vie en Nouvelle Zélande, une cliente à points d'exclamation et une recherche en suspension. Evidemment, c'est une enquête prétexte à autre chose, prétexte à prendre des routes de campagne, à s'arrêter en chemin. D'autres chemins de traverse ne croisent pas forcément tout de suite les circonvolutions du détective privé en quasi retraite. En forme d'impasse, la route de Tilly, vieille actrice qui finit sa petite carrière dans un roman à succès ( sans qu'elle y soit pour quoi que ce soit), sa mémoire file à vaut-l'eau, mais elle garde l'image d'une petite fille, dans un centre commercial, qui semblait bien avoir besoin d'aide, elle aussi. En forme d'autoroute aléatoire, la route de Stacy. Retraitée de la police, sorte de dragon redouté et efficace, hommasse au coeur tendre, elle garde, elle, le souvenir d'un appartement où un enfant a survécu auprès du corps de sa mère assassinée.. Alors quand elle croise le visage morveux d'une petite fille, rendue presque demeurée par son futur destin pas trop beau, et bien, elle l'achète à sa pute de mère, même pas très cher. Jackson, lui, pendant ce temps là, sauve un chien, ce qui n'est pas pareil évidemment, mais quand même un peu dans le roman, où avoir charge d'âme vous fait basculer les personnages dans l'humanité fragile. Ce qui n'avance en rien l'enquête de Jackson, bien sûr. C'est du Atkinson, quoi ... Mais un Atkinson qui traîne un peu en longueur, surtout au début, le temps de remettre en place tout le passé de Jackson. Même en version courte, quand on le connait déjà, on a envie de passer à la suite. La construction narrative est également un peu moins efficace que dans "La souris bleue", on se croirait parfois dans une carte du GR, mais des viaducs pour passer d'une route à l'autre. Cependant, à lire parce qu'il y a des pages d'une tendresse pointilliste pour une petite fille qui tient sa baguette magique solidement, aussi solidement que Tracy sa bouée de sauvetage miniature.

Athalie

Autre note sur un autre roman de la même auteure sur ce même blog :

Dans les coulisses du musée

 

19/08/2012

Vivre Yu Hua

vivre,yu hua,romans,romans chineOù l'on retrouve le monde de "Brothers", la campagne chinoise, à l'écart des centres des pouvoirs, l'ancien, puis le nouveau qui se met en place à coup de révolution, la guerrière, puis la culturelle, ses habitants, la pauvreté, comment s'en sortir, ou pas ... les conséquences du séïsme politique, ses répliques en vaguelettes miniatures vues d'en haut (mais le haut regarde-t-il le bas en ces temps de révolution?), mais ici, on les voit d'en bas, et les vagues sont bien plus grandes.

La construction romanesque est assez classique, centrée autour de la vie d'un personnage principal et de sa famille, contrairement à l'(excellent) pavé déjà cité du même auteur, la tonalité est aussi plus réaliste et le burlesque n'affleure que dans la première partie, très courte, qui campe la jeunesse inconséquente du héros, Fuiji. Alors fils d'un riche propriétaire terrien, il dilapide à la ville, très rapidement, un patrimoine déjà largement écorné par son propre père. Joueur, jouisseur, égoïste, provocateur de fort mauvais goût, il fait fie de tous ses devoirs jusqu'à la ruine complète, totale, définitive et honteuse. Cela fait, sa vie, la vraie, commence.

Perdues au jeu, ses terres sont passées entre d'autres mains, et Fuiji se retrouve paysan comme devant, incompétent mais doté de bonnes intentions.  Qu'à cela ne tienne, une bagarre et un hasard plus tard, il se retrouve Candide à la guerre, enrôlé de force dans une armée déjà décimée. De retour auprès des siens, tout reste à reconstruire avec ce qui reste, sa femme, qui ne méritait pas son sort mais valeureuse, fait face, son fils, qui ne le reconnait pas, et sa fille, sa fidèle et silencieuse fille ...

Quelques épisodes cocasses découlent encore des décisions absurdes du pouvoir ; la cantine collective qui qui s'épuise aussi rapidement que la collectivité du travail et des terres, la fonte des poêles domestiques dans un fondoir à eau qui demandera autant d'efforts qu'un résultat dérisoire. Mais, dans l'ensemble, c'est Fuiji qui est au centre, lui, sa famille, ses drames personnels, qu'ils soient liés à la grande Histoire ou au destin qui, vraiment, s'acharne. Il s'acharne tellement que ce sera mon seul bémol pour cette lecture, comme si on avait un condensé de malheurs possibles pour un hymne, finalement, à la beauté de la vie malgré tout, une acceptation des malheurs, causés par soi-même ou subis. Les dernières phrases ont sonné, pour moi, comme un glas à la Millet ; " Immense, la terre s'étendait nue et musclée devant moi. Il me semble entendre son appel, pareil à celui des femmes cherchant leurs enfants. La terre annonçait la nuit."

Le titre a, peut-être, son point d'exclamation en trop.

Athalie

16/08/2012

Nager sans se mouiller Carlos Salem

nager sans se mouiller,carlos salem,romans,romans policiersMes ami(e)s ne me prêtent jamais de livres. Non pas que je n'ai pas d'ami(e)s pouvant me passer leurs lectures, et souvent de très bons conseils, mais j'ai une certaine résistance au prêt : un livre que je ne pourrais pas garder et ranger/classer dans mon complexe système névrotique qu'est ma bibliothèque me décourage de lui corner les pages ou de casser la tranche en deux, si je veux. ( ce aussi pourquoi je ne fréquente pas les bibliothèques, établissements fort respectables par ailleurs). Cet été fait donc exception à la régle "on ne me prête jamais de livres" puisque que c'est le troisième que A.L.M. me confie et que je lis. Elle m'a dit en me tendant l'objet "Tu vas voir, un polar sympa, mais sans plus", et elle a raison. Mais un polar sans "nature writing" et sans shériff tellement cracounet qu'on a l'impression de faire partie d'un fan clud pour alcoolique dépressif, finalement, ça me tentait bien.

Juanito Perez Perez mène une double vie, côté pile il a l'allure d'un VRP minable et transparent, anodin personnage qui a négligé ses rêves d'enfants, de pirate et de capitaine, côté face, le numéro trois d'une organisation qui gère les crimes commandités comme d'autres les séjours en club vacances sur la côte sud de l'Espagne. Divorcé de la belle Leticia, qui a préféré larguer le minus qu'il semble être pour s'éclater vers des cieux plus ambitieux, il est quand même père de deux enfants et est censé les prendre en charge pendant une partie des vacances. Tâche dont il compte s'acquitter, sans grand enthousiasme, quand l'organisation lui change le décor prévu. Il doit aller passer des vacances studieuses (opération de surveillance d'une cible) dans un camp naturiste. A partir de là, les hasards, rencontres s'enchainent, les pistes font du surplace et s'embrouillent. La cible devient floue, qui piège qui ? Le fantôme du numéro quide ses pas. D'abord se servir de sa tête, puis de ses poings et si rien ne marche, de ses couilles. C'était (en gros) l'adage de son père de substitution, sauf que Juanito a tendance a faire les choses dans l'ordre inverse et se sert beaucoup de ses couilles. Ce qui fait que l'on attend quand même  un peu longtemps avant que le pseudo VRP a la technique sexuelle parfaite et sa partenaire à la plastique pareille finissent de mettre le camping en émoi avant que l'intrigue ne redémarre, ce qu'elle finit par faire dans un coucher de soleil de soleil à la James bond, avec Sean Connery en arrière plan .... ( ce qui vaut le shériff cracounet)

Athalie

14/08/2012

L'année brouillard Michelle Richmond

imagesCAGOBWIY.jpgAbby aime Jack et Jack aime Abby. Abby a la trentaine, des aventures amoureuses passées, et est photographe. Elle aurait aimé d'art, mais pour l'instant, c'est de mariage et d'anniversiares. Jack est prof. Il a eu une femme, Lisbeth, qui lui a donné une fille et est partie sans plus en prendre de nouvelles, ni de l'un de l'autre. Emma est la fille de Jack, elle a six ans, c'est une adorable petite fille au caractère bien trempée et qui a peur de l'eau. Abby commençait à l'apprivoiser, à l'aimer, et l'inverse. Abby et Jack allait se marier. Un truc à l'eau de rose, quoi. Sauf que (ben ouais, il faut bien un "sauf que", sinon, on n'aurait pas de roman, du moins, pas un plutôt bon roman).

Emma portait des chaussures bleues pointure trente trois le matin où elle est allée se promener sur la plage d'Océan Beach avec sa presque future belle-mère qui lui a lâché la main juste un moment. Le temps était au brouillard épais, la plage est réputée dangereuse, il y a souvent des lames de fond. La petite s'est un peu éloignée, Abby a pris une photo d'un bébé phoque, elle voulait le montrer aussi à la petite, mais la petite n'est plus là. Quelques secondes avant qu'Abby ne plonge dans l'irrémédiable espace temps qui sépare la normalité de la stupeur. Drôlement bien raconté d'ailleurs. Abby cherche aux alentours, logiquement, puis plonge dans la bascule et réalise : Emma n'est pas derrière la digue, Emma n'est pas retournée à la voiture, Emma a disparu et personne n'a rien vu.Il faut téléphoner à Jake, organiser les recherches, lancer des appels, distribuer les affichettes. L'affaire Emma monopolise les médias, puis moins, le temps l'éloigne, les éloigne, éloigne tout le monde d'Abby, la responsable, même pas l'accusée.

Seule, Abby reste sûre qu'Emma est vivante, que le secret des retrouvailles est dans les quelques images qu'elle a gardées dans sa rétine ; une moto, un van, un postier ... En même temps quadrille absurdement la ville, affichettes à la main, déteste les enfants encore là, ceux qui n'ont pas été enlevés, les familles normales, ce qu'ils auraient dû être, elle, Jack et Emma si, si, si, elle n'avait pris le temps d'une photo de bébé phoque.

On suit Abby dans les différentes étapes de cette perte, de cette histoire rythmée par le temps qui passe et qui efface les maigres pistes  de sa mémoire, et de celle des autres, la perception du temps devient autre, quand la répétition devient ressassement. Un roman qui parle aussi des mécanismes de la mémoire, de l'oubli, de ses rapports avec la photographie aussi, et ce que les photos ont de liens avec les traces de la réalité, mais pas forcément avec la vérité.

Athalie

12/08/2012

Les braises Sandor Marai

les braises,sandor marai,romans,romans hongroisLes braises, elles couvent sous la cendre de deux vieillards depuis quarante et un ans et quarante trois jours, dans la cheminée désertée de la grande salle où un dernier repas a été consommé, et avec lui, bien d'autres choses.

Un vieux général termine solitaire, dans l'aile ancienne de son château, une vie de soldat au service d'un empire d'un autre temps, lui aussi, celui de Sissi l'Impératrice. Il l'a même aperçue une fois, silhouette pressée se détachant sur la lumière finissante du Prater. Mais ce temps-là s'est enfui. Et il ne reste nulle valse, ni musique romantique dans le château du vieux général, que l'on pourrait croire être celui de la Belle au bois dormant, sauf que la princesse, elle est morte. Et que cela fait déjà un moment.

La princesse, c'était la femme du vieux général, Henry, descendant d'une précieuse aristocrate française, exilée en ces bois profonds par l'amour d'un riche officier hongrois, amateur de chasse et d'honneur militaire. La nostalgie a eu raison de leur coup de foudre et ces temps fanés rôdent encore dans les pièces luxueuses où l'on ne fait plus le ménage que deux fois l'an. Parce qu'il y a aussi le fantôme de Christine, la princesse du vieux général.

Pourtant, ce soir-là, le général ve faire remettre en scène le dernier repas pour le convive qui revient, l'autre survivant, Conrad, celui qui est parti brusquement quarante et un ans et quarante trois jours plus tôt. Les deux vieillards ont été amis, vingt deux ans d'études et de carrière commune, une amitié pourtant atypique entre le jeune, riche, courtisé aristocrate, et le jeune, pauvre, musicien, officier presque malgré lui. L'un était si sûr de lui, l'autre si en retrait. Vingt deux ans ensemble, et puis, un jour de chasse, le repas à trois, le départ inattendu. Depuis quarante et un an, et quarante trois jours, le vieux général a ruminé et a retourné toutes les pierres, a reconstruit l'histoire, celle qu'il n'a pas su voir alors qu'il la vivait, cailloux par cailloux. En cette dernière soirée, il va confronter sa construction à la parole de celui qui peut la détruire, ou en être détruit, parce que c'est autant une histoire d'amitié qu'une histoire de vengeance, un ultime coup de poignard. C'est lent, court, mais lent, on avance par petites vagues mais phrases longues. Tout est dit en une réplique ou deux, puis se developpe sur plusieurs pages le reste.

C'est bon comme une madeleine de Proust trempée dans du lait tiédi.

Athalie

Autre commentaire sur ce blog d'un autre titre du même auteur :

L'héritage d'Esther

10/08/2012

Porterhouse Tom Sharpe

preservatifs92.jpgPorterhouse est une sorte de Thélème à l'envers,  enclavée, figée, une université anglaise fortifiée de l'intérieur contre le reste du monde ( dirait l'agent OOO7 dans son ultime combat contre les forces du mal ...) . Depuis des siècles, les mêmes traditions y sont perpétrées, les mêmes cérémoniaux, les mêmes idées courtes, ces idées se limitant en gros à la reprise des mêmes, toujours dans le même sens, ce qui fait que cela fait un moment qu'il n'y a pas eu d'air frais à ciculer entre ces hauts murs. Marmiton en est le gardien (portier, officiellement) depuis quarante-cinq ans il protège les intérêts de Porterhouse, dont il a fait son âme. Dévoué à cette unique perpétuation de ce qui existe : les aristocratiques en haut et les autres en bas, et c'est comme ça. il va rentrer en guerre contre le nouveau maître, désigné par le pouvoir, Sir Godber. Ce sir-là se dit de gauche, a perdu ses illusions en route, subit sa ladie de femme, véritable tyran des causes humanitaires, et livre ici son dernier round pour exister. Modernisation, dit-il dans cette enceinte décrépite. Modernisation voulant ici dire mixité, self-service, recrutement des étudiants en fonction de leurs compétences et non de leur pédigré ... Les membres ventrus du "comité directeur" sonnent la révolte, pas question de toucher à quoique ce soit et surtout, surtout, pas à la cuisine, le principal pilier porterhousien. Amidonnés, tous vont tenter de résister à cette révolution. Leur agitation de perruques poudrées se limitent à quelques pantalonnades peu efficaces, car, mine de rien, le Sir Godber posséde des atouts que les vieux schnocks ont bien du mal à parer, jusqu'à ce qu'une histoire de distributeur de préservatifs ne mette en branle la machine Marmiton, le portier se met à bouillir et la grand bouffe se transforme en grande lessive où tout va y passer, les torchons, comme les serviettes.

Evidemment, une peinture de l'université anglaise pas à prendre au sérieux du tout, mais loufoque et bien construite, on tombe de scènes vraiment drôles ( j'ai adoré le combat titanesque entre l'homme-étudiant et l'animal-préservatif, qui semble s' autoreproduire au fur et à mesure de sa destruction , génial !) à d'autres plus plates, mais sans langueur.

A savourer les deux pieds dans un tube de crème autobronzant.

Athalie

PS ! et comme ça, A.B. ne pourra plus me dire "Mais comment est-ce possible ? Tu n'as jamais lu Tom Sharpe ? Et toc ! dirait la Gidouille.

08/08/2012

Le serpent du destin Igor Stiks

icones_00140.pngQuand à trop vouloir tirer sur la pépite de l'auteur inconnu, on tombe sur un os qui sonne creux.

Richard Richter est un écrivain reconnu, la cinquantaine, plus ou moins coincé dans son marasme intellectuel, après avoir été un jeune homme en colère et un écrivain engagé. Séparation, crise identitaire, il décide de retourner se ressourcer dans l'appartement natif, celui qu'occupe toujours sa tante, à Vienne. Tante Ingrid l'a élevé et lui a servi de mère, vu que la sienne, elle est morte juste après sa naissance, pendant la seconde guerre mondiale, et son père, juste après aussi, en revenant du front de l'Est. Un écrivain bavard qui traîne sa peine, et moi aussi. Vu que ce n'est que le début, c'est inquiétant. A Vienne, Richard décide de faire des travaux dans l'appartement de sa tante, histoire de passer le temps, sans doute. Donc, la tante s'en va faire un tour et il commence à abattre les murs, enfin, un seul, ce qui suffira ( d'ailleurs, il n'est jamais dit ce qu'il advint des gravats, ni comment la tante va virer la poussière, ce qui est un sujet qui peut, parfois, m'intéresser). Et là ! qu'estce qu'il trouve caché dans le mur ? Non, pas le coup du coffret et de la lettre secrète ? Ben si ! Un carnet bleu, la vérité sur sa naissance, sa conception plutôt, rédigée de la main de sa mère alors qu'il gigotait encore dans son bidon. Son père n'est pas son père, sa mère l'a épousé pour éviter de se retrouver dans la mouise, et le vrai était juif d'origine yougoslave, et communiste, et a disparu, dénoncé par on se sait qui. Sauf qu'on se doute quand même un peu ... mais on n'a la confirmation à la fin, seulement, ce qui laisse encore pas mal de pages à lire.

Evidemment, cela lui fait un choc à l'écrivain, surtout que la tante ne veut rien dire de plus. Qu'à cela ne tienne, l'écrivain va partir à la recherche de son géniteur, dans Sarajevo assiégé, muni de sa seule aura d'intellectuel ex-engagé.  Après maints bavardages et considérations verbeuses sur le rôle du journalisme en temps de guerre, et de l'évolution de ses états d'âme, grâce à une succession de hasards, à des rôles figés ( l'ami fidèle, Ivor, la femme séduisante , Alma, mais mariée et doublement piégée, Simon, le sage mystérieux qui a les clefs mais les donne quand il veut, en plus, il a des faux airs de l'ermite dans "Le retour à la terre", ce qui ne m'a pas aidée), Richard arrivera à la réécrire sa tragédie oedipienne et moi à finir le livre.

Même si je me suis globalement ennuyée à cause de la sempiternelle parole de cet écrivain plein de mots, annonciateur de son propre malheur, l'évocation de Sarajevo, abandonnée de tous, des dérisoires humanités de ses habitants, m'a souvent rattrapée de justesse, comme on fait de la varape en fait (du moins j'imagine ...). Il est aussi beaucoup question d'un texte que je ne connaissais absolument pas "Homo Faber" de Frisch, un auteur suisse allemand qui, semble-t-il , est un un classique, et que j'ai fichtrement envie de lire maintenant. Un classique suisse découvert dans un roman serbe, ça vaut la boîte secrète dans le mur, mais c'est tout.

Athalie

05/08/2012

Lettre du bout du monde José Manuel Fajardo

imagesCAIYVDEV.jpgJ'adore José Manuel Fajardo, pour des raisons littéraires, mais pas que ... J'avais été bluffée par "Les imposteurs", parce à priori, les romans d'aventures au temps des conquistadors, mouais, pas pour moi, pas pour moi non plus le monologue d'un otage de l'ETA en mal d'introspection, dans "Les démons à ma porte", et pourtant (Farjardo aurait un puissant charme ?), à chaque fois, j'ai marché (un peu moins pour "L'eau à la bouche", mais tant pis). Et puis, plus de Fajardo à l'horizon, j'avais dû perdre mes jumelles puisque visiblement, j'en ai loupé un ("Mon nom est Jamaïca"), quand babord /tribord toute, à la proue et à la poupe, à l'abordage de "Lettre du bout du monde" où la plume revient à l'oie et à la bouteille d'encre à la mer, dans la veine des "Imposteurs". Je ne sais pas comment il fait ce type, (je veux dire le charmant José Manuel Fajardo), mais on croirait entendre leur voix, dans ces mots apprêtés d'une épopée où les paysans espagnols partaient chercher fortune dans un Nouveau Monde qui ne leur avait rien demandé. C'est beau comme une vague de mots échoués par hasard dans un monde auquel ils ne comprennent rien : " Nous sommes trente neuf hommes que le destin, l'ambition et la volonté de dieu (tu parles ...) ont décidé d'échouer sur cette plage où nous édifions une défense précaire en utilisant les épaves d'un bâteau naufragé". Ou alors, parfois, c'est rythmé de noms qui sonnent comme des pas de flamenco égaré : "Moi, je lui parle des marées de la ria de Mundaca, dans les rochers de la plage de Laga, je lui parle des anciennes guerres des seigneurs de Berméo, au temps où le seigneur de Burton avait expulsé de la ville don Pedro de Abendano et don Pedro Roy de Arteaga", en plus long, cela me fait le même effet jubilatoire que "C'était à Mégara, faubourg de Catharge, dans les jardins d'Hamilcar", je m'enfle l'imagination, portée par les a et les r, secs et rocailleux comme ces terres espagnoles qui n'ont pas pu nourrir les égarés navigateurs de pauvre fortune, déposés par Christophe Colomb sur le rivage de l'île d'Hispaniola, pour construire la ville de La Navidad. (on arrive à l'histoire racontée par le livre, là)

Nous en sommes à la première expédition, l'Amiral vient de repartir vers ses mécènes royaux (je vous passe les détails, déjà que je suis en train de battre mon propre record de longueur de note, mais c'est  José Manuel Fajardo, et là, je ne compte pas) pour ramener de la nouvelle chair, des munitions et de l'argent frais. Il n'a pas encore d'or, mais les hommes qu'il laisse croient en sentir le parfum dans l'arrière-pays des "Indiens".

Du narrateur, l'index dit : " Il pourrait être Domingo Pérez, un marin biscayen, tonnelier de son état, qui était sur la nef Santa Maria". "Pourrait", entre réalité et fiction s'établit cette longue lettre du narrateur à son frère, resté au pays, dont il fait son confident de ses aventures, amour et états d'âme. ( Je sais, le procédé ne tient pas. A moins d'être particulièrement crédule, un écritoire du XV ème siècle ne se balade pas comme un dictaphone, mais c'est Fajardo, et moi, je suis de parti-pris pour).

Domingo Perez va faire parti du deuxième groupe de traîtres à sa patrie, son roi, son dieu, qui laissant là les ambitions civilisatrices et les règles de conduite confiées pour assurer la réussite de tous,  vont remonter le fleuve jusqu'à la lie pour mettre la main sur le trésor supposé du dieu "blanc" des Indiens en n'épargnant ni sa honte ni ce qui lui reste de foi.

Certes, on n'échappe pas à quelques clichés sur les bons sauvages, la générosité de leurs moeurs, la beauté de leurs femmes, mais c'est sous une plume brillante que moi, je fonds comme une fraise tagada sous le ciel d'un autre siècle.

Athalie

PS : dans les remerciements, Fajardo précise que l'idée de ce roman lui est venue sur un rivage malouin nocturne, en compagnie d'Izzo, après une soirée de tango.

03/08/2012

Les affligés Chris Womersley

lucioleprolfixeclair1.jpgQui sont les affligés dans cette histoire ? Un des rares reproches que je ferai à ce roman, c'est ce titre, je tourne et retourne les sens du mot dans ma tête, et je ne vois pas. De l'affliction, il y en a, c'est sûr, mais le mot ne suffit pas. "Bereft", est le titre original, et rajoute,"endeuillés, démunis", c'est mieux, je trouve, au moins on voit de qui il s'agit, et puis, c'est plus complet, "démunis dans le deuil", oui ce serait quelque chose comme cela, comme sentiment général. Autant vous dire que ce n'est pas gai. Mais pas malsain, juste entre tendresse et rédemption, plongée dans le passé et découverte peut-être de soi, d'un autre soi. Les thèmes sont convenus, certes, mais l'écriture, comme l'indique le titre anglais, très littéraire, permet à cette histoire de se lire presque comme une aventure intérieure. La couverture est d'ailleurs, je trouve, un résumé à elle toute seule de ce qui fait le charme prenant de cette histoire. ( ce qui fait que je pourrais me contenter de l'insérer ici, et de passer à autre chose, mais comme je suis bavarde, je ne peux pas.) .Des arrêts, des accélérations, quelques gros plans, des scènes arrêtées, comme au cinéma, des poses, sur un visage, un geste, il y a une grande douceur dans cette histoire tragique. (Et surtout pas de description des grands espaces "nature writing", je fais une overdose en ce moment) Même si l'action se déroule en Australie, c'est une Australie très ressérée. Rien ne semble y bouger, juste trois quatre personnages, quelques moribonds et trépassés, quelques silhouettes de maisons du bourg de Flint, les bois autour.

Quin Walter s'est enfui de son village dix ans auparavant, après avoir été accusé du viol et du meurtre de sa soeur. Il faut dire qu'on l'a retrouvé hagard, ensanglanté, le couteau à la main, et que ces deux-là s'aimaient tellement ( il l'aimait tellement en tout cas) que des rumeurs couraient dans la famille, dans le village. Et pourtant, ce n'est pas lui. Pourquoi revient-il, de retour de la grande guerre, poumons brûlés, gueule à moitié cassée ? Il ne le sait pas trop, entre pardon et vengeance, il erre dans les bois, autour de sa maison, autour de la chambre de sa mère, qui s'y meurt de cette épidémie qui ravage le pays que l'on dit être la peste espagnole, mais que certains dans le village disent "La Peste". Puis, Quin s'approche, parle, ne dit pas toute la vérité, mais quête les mots qui pourraient lui refaire une innocence.

Dans les bois rôde aussi son oncle, celui qui, avec son père, a juré de l'abattre si il revenait un jour. Le jeune frère de sa mère, chasseur, prédateur et chargé de faire respecter la loi dans le bourg, ce qui est fait un encore plus redoutable traqueur d'innocence. Quin tourne, s'échoue, quelques scènes racontent son enfance, d'autres son errance, sa guerre, ses violences et ses leurres : le courage sur les champs de bataille, c'est quoi quand on a laissé tuer sa soeur ? sa lumière viendra d'une drôle de luciole, Sadie, fille d'une présumée sorcière, morte il y a peu. Elle aussi rôde dans les bois, fourrée dans une cabane abandonnée comme dans un terrier. Elle attend que son frère revienne, lui aussi, de la guerre de l'Europe. C'est une belle figure romanesque, enfantile et lucide, elle est la lampe de poche de Quin, mais la proie de certaines ombres ....

Thèmes convenus, soit, mais atmosphère d'aquarium, étouffante, saturée de la moiteur des non-dits, qui englue sa lectrice dans une lecture diablement prenante, tant il y a quelque part une corde tendue. Donc, attention ! se lit d'une traite, à ne pas commencr au début de la nuit sous peine de cernes sous les yeux le lendemain !

Athalie

Un avis plus concis et moins foutraque ...

http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/06/les-afflige...

01/08/2012

Plus léger que l'air Frédérico Jeanmaire

farman.jpgC'est pour son malheur et son édification ratée que le pauvre et jeune Santi va croiser le chemin de la vieille Faila. Pourtant le rapport de force était à-priori en sa faveur, quatorze ans contre quatre-vingt treize, couteau (ou ongle acéré) contre rhumatismes articulaires. Sauf que lui se retrouve enfermé dans la salle de bain où elle était censée avoir caché ses économies, la vieille, et que la vieille, elle a fermé la porte à clef, que la porte en est solide et que même à coups de pieds et de poings, il ne peut en sortir. Sauf à la convaincre de le libérer, et là, il part de loin. Ruses contre mauvaise foi, le combat est alternatif et inégal.

Faila : solitaire, rancunière, affabulatrice, méfiante, autoritaire, versatile, caractérielle, elle a enfermé Santi pour se protéger, soit, mais le garde pour qu'il l'écoute, car, elle veut raconter en entier, s'il-vous-plait, et sans être contrariée ni interrompue, l'histoire de sa propre mère morte d'avoir voulu réaliser son rêve, piloter un avion. Mais Faila divague et disgresse sans cesse, vers elle, son enfance, ses cousines, sa vie amoureuse pitoyable de solitude, et Santi tente de suivre, d'aller vers l'ouverture, en fait.

Santi : voleur à la petite semaine, garçon des rues, traîne misère. Du moins, c'est ce que l'on devine plus ou moins. Faila appartient à la grande bourgeoisie catholique, Santi surgit des bas-fond des bidonvilles pour faire les poches des vieilles nanties dans son genre. Là, on pourrait se dire que va se nouer  une grande amitié intergénérationnelle et intersociale, entre ces deux-là et que la porte va s'ouvrir que "Chabada"... Que nenni, la carapace de la veille ne se fendille pas si facilement, et de chaque côté de la porte chacun tire sur son bout d'escarpoline, le reclus de force et la geolière en mal d'amour se tournent autour, sauf que c'est elle qui a la clef, la nourriture, la parole. Parce que l'originalité de ce roman tient à une construction étonnante ; seule la parole de Faila nous est rapportée, le long monologue de l'acariâtre, c'est tout ce que l'on a. Certes, elle y inclut les propotestations, les chantages, les tentatives de négocation tentés par Santi, mais on les connaît que par elle, qui les commente, voire les agrémente de ses rancunes quand il ne dit pas ce qu'il faut, ce qu'elle veut entendre. Parce ce qu'en plus, l'ancienne institutrice, elle veut le modeler, l'éduquer, elle fait les leçons, de morale ou d'histoire, à son élève coincé du côté dentifice et savon. Il ronge son frein, négocie nourriture contre écoute et obéissance.

L'idée du retournement initial m'avait paru drôlatique, et drôle, le texte l'est parfois, mais la voix unique fait qu'il y a aussi un côté exercice de style, alourdi par les répétitions des réactions de Santi, et l'absence de son intériorité (mais bon, c'est le parti-pris, donc, c'est logique, au moins ...). Le lecteur est aussi coincé que Santi, bien obligé de subir les vacheries de la Tatie Danièle dont on mesure la solitude à la hauteur de ses déclarations d'amour à sa proie.

Athalie

PS : un prêt de A.M.L. Merci !