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01/09/2012

Délire d'amour Ian McEwan

délire d'amour,ian mcewan,romans,romans anglaisEntre Ian Mc Ewan et moi, c'est une histoire en dents de scie, avec des bas ("Le jardin de ciment"), des hauts, la plupart du temps, ("Samedi"), voire des hauteurs nirvanalesques, de Nirvana lecturesques ( "Sur la plage de Chesnil"). Bon, évidemment, lui il n'est pas au courant qu'il a une histoire avec moi. Et comme depuis le début de l'été, je suis successivement tombée amoureuse de Walt Longmire, de Vélibor Colic (mais pas de Jésus ni de Tito), et pour finir de l'Augustus de "Lonesome Dove", je suis en plein dans le délire d'amour fictionnel et unilatéral ici décrit. Sauf que moi, je suis infidèle.

On part de loin, comme souvent chez cet auteur. Le début est une longue scène disséquée par séquences, recomposée au ralenti, un peu comme au début de " Samedi", on a l'impression que l'histoire fait des étirements, comme un chat, avant de se rouler en boule et de vous sauter à la gorge. Un couple, qui vient de se retrouver, part pour un pique-nique dans la campagne londonienne. Ils sont amoureux et le pique-nique est chic, la campagne est verte et les oiseaux chantent ( pour les oiseaux, c'est une supposition). Lui, Joe Rose, est un plutôt respectable journaliste-écrivain, vulgarisateur scientifique et Clarissa, sa belle compagne, est une chercheuse littéraire, universitaire, spécialiste de Yeats. Ils sont donc cultivés, intelligents, rationnels, à priori sans névroses sociales ou psychotiques. Dans le ciel de leur retrouvaille, à peine le tire-bouchon sorti, au dessus de leur champ vert et dans leur ciel bleu, apparait une montgolfière en difficulté, en rase motte, prête à faire un grand saut dans le vide, et il y a deux passagers. Aussitôt, Joe court pour intervenir et empêcher l'accident mortel, vite rejoint par d'autres hommes qui jusque là vaquaient à leurs occupations, pas loin, forcément. Ces sauveteurs fébriles ne pourront éviter une tragédie, pour un geste, un geste fait ou pas fait, tombe la victime qui n'aurait pas dû l'être. Dans le ciel bleu des amoureux, la première faille se creuse, le reflet du drame, la culpabilité, l'accident incompréhensible, et dans cette première faille s'engouffre la seconde. Joe a croisé le regard de Jed, un des autres sauveteurs. Mais ce que Jed y a vu est une autre histoire, la sienne. Et la sienne est que Joe l'aime, et qu'il aime Jed et que Dieu les aime aussi. Sauf que Joe ne le sais pas encore. Pour l'en convaincre Jed téléphone, écrit, poursuit sans relâche l'objet de son amour unilatéral inconditionnel. Harcelé, Joe perd pied, Joe dérape, Clarissa doute, qui dit vrai ? Où est la folie ? Joe invente-il ? Jed existe-il ?

Un fascinant jeu de cache-cache, superbement ficelé, avec la vérité, avec la fiction, une machine à rouler son lecteur dans le double jeu des apparences. Comme quoi, une montgolfière peut en cacher une autre.

Athalie

PS : après vérification, ce n'est pas une montgolfière, mais un aérostat, ce qui ne change rien à l'histoire.

 

Commentaires

Un de mes livres cultes. Et la scène d'ouverture, que dire... une merveille !

Écrit par : Ys | 01/09/2012

Si j'arrive, un jour, à faire un "top ten" de mes lectures, celui-ci y sera, inévitablement. Et oui, bien d'accord avec toi, "l'ouverture" est absolument d'anthologie, une composition rythmée avec une baguette de chef d'orchestre qui mène parfaitement ses mots et ses images

Écrit par : Athalie | 01/09/2012

Bon, il y a un souci : moi aussi j'ai une histoire en dents de scie avec McEwan... (il ne le sait pas -encore- non plus) !
J'espère qu'il n'est pas réfractaire à la polygamie !

Écrit par : Ingannmic | 04/09/2012

Bon, il était temps que l'été se termine, sinon, c'est moi qui allait devenir polygame ... entre lui et les autres, mon harem devenait compliqué à gérer !
Blague à part, oui, j'ai vu que tu avais des haut et des bas avec McEwan, toi aussi, et pas forcément les mêmes que les miens ! mais si tu as une petite place dans ton harem à toi, je pense que celui-ci vaut la peine qu'on pousse un peu les autres prétendants au piedestal.

Écrit par : Athalie | 06/09/2012

Pour l'instant, c'est plutôt une grande histoire d'amour avec Ian Mc Ewan, j'ai tout aimé. Mais ce titre je ne le connais pas, alors... il faudra que je le découvre pour découvrir cette scène d'ouverture. Bande de tentatrices !

Écrit par : krol | 09/09/2012

Je n'ai pas encore tout lu, mais même si il y a des romans que j'aime moins, McEwan est de mes écrivains préférés depuis quelques années maintenant. Je ne connaissais pas ce titre non plus, et j'ai été complétement captivée, une narration très, très efficace ! Pour la scène d'ouverture, ne t'accroche pas trop quand même !!! ( incompréhensible tant qu'on ne l'a pas lue ...)

Écrit par : Athalie | 09/09/2012

J'aime beaucoup cet auteur mais celui-là m'avait déçue ...

Écrit par : Une Comète | 12/09/2012

Merci pour ta visite et ton commentaire. Je suis allée visiter ton blog mais je n'ai pas trouvé de notes sur McEwan, sans doute ai-je mal cherché, mais en tout cas, j'ai glâné d'autres idées de lectures ... et donc autre merci. Pour "Délire d'amour", pour moi c'est l'inverse, j'avais peur d'être décue, et cela a été l'inverse. Si tu repasses par ici, on en reparlera par là ...

Écrit par : Athalie | 13/09/2012

Les commentaires sont fermés.