Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/09/2012

La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao Junot Diaz

sda_hobbit_card0.pngUn excellent bouquin, un coup de coeur de tendresse, j'ai eu presque le coeur serré en lisant deux ou trois pages avant la fin : " C'est presque fini. Presque terminé. Il ne me reste plus que deux ou trois bricoles à vous montrer avant que votre Gardien accomplisse son devoir cosmique et se retire enfin dans la Zone bleue de la terre pour ne plus être entendu jusqu'aux Derniers Jours". Deux ou trois choses que j'avais évidemment envie de lire, mais pas que le rideau ne soit tiré sur la tragi-comédie burlesque d'Oscar, Lola et de leur Gardien ( parfois peu fidèle), le narrateur, finalement Gardien du temple des rêves d'une drôle d'étoile filante, Oscar, dont la vie ne fut pas toujours merveilleuse, mais brève, assurément.

Oscar est issu d'une famille de Saint Domingue, poursuivie par un fuku, une malédiction, ou peut-être tout simplement par les soubresauts d'une histoire seulement tragique, celle-là, celle de la dictature de Trujillo. Tout ça parce que le grand père, le docteur aux idées courtes et tranquilles, a eu un jour une plaisanterie malheureuse, tout ça parce que la fille du docteur, l'aînée, était belle et que Trujillo était un sacré queutard ( et c'est le moindre de ses méfaits).

Nous voilà loin d'Oscar, j'y reviens donc comme je peux, (mais c'est ce que le roman fait, il s'éloigne, il se rapproche, jusqu'à l'étreindre presque, comme la puta de ses rêves, finalement ... ce qui est une sorte de justification pour justifier une note qui se barre en zig et en zag)

Parce qu'Oscar, c'est un OVNI, sauf pour sa soeur, Lola, qui l'adore, tout penaud qu'il soit, sa mère, qui le garde, parce que c'est comme ça, Boli est une mère dominicaine, et cela n'a pas l'air commode, et finalement, pour un autre queutard, pas maléfique celui-là, le narrateur. Oscar est gros, Oscar est laid. Oscar est le souffre-douleur idéal. Oscar est une sorte de Hobbit, mais un Hobbit dominicain, ce qui le destine dans le regard des autres dominicains, à être un Hobbit dominant et virilement queutard. Oscar voudrait bien, mais Oscar n'a pas la fibre dominante. On suit ses échecs amoureux en remontant à travers l'histoire de sa famille, celle d'une dispora aux relents de haut talons qui claquent sur les trottoirs de la misiére et de portières qui claquent aussi emportant leurs passagers vers des champs de maïs dont ils ne sont pas censés revenir.

Un roman plein de plein de choses et d'une singulière écriture, prenante, qui mélange sans recette préfabriquée les épices de la langue espagnole et un verlan basique qui se révèle efficace, une langue qui traîne puis qui claque aussi, j'allais dire comme un rythme de samba triste, sauf que je n'y connais rien. (je laisse quand même parce que c'est tout ce qui me vient !). Bref, un roman qui embarque. Grave.

 

Athalie

PS : merci à ingannmic http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2012/07/la-breve-et-m...et à Esperluette pour m'avoir donné envie de découvrir cet auteur !

 

 

25/09/2012

Séréna Ron Rash

ron rash,séréna,romans,romans américainsAnnée 30, USA, crise financière, les patrons ont tous les droits et en usent en en abusant, une exploitation forestière, des ouvriers remplaçables, un projet de réserve naturelle, des expropriations rentables, enfin, pour certains.

Georges, le patron, il ramène de Boston, fraîchement marié, sa femme, Séréna, qui n'a peur de rien ni de personne, évalue la coupe de bois plus vite que n'importe quel contre maître chevronné et se moque des règles morales comme de son premier copeau. Séréna de son passé a fait table rase, son seul présent est son homme, et son seul rêve, faire du domaine de son mari à Smoky Mountains, un désert à son profit pour filer faire la même chose au Brésil. Séréna est une sorte de statue de marbre, insensible à tous sentiments humains sauf à faire fusion avec Georges, être les mêmes dans la même ambition, indifférente à tous, sauf à ceux qui tentent de s'opposer, même d'un regard ou d'un poil de cheveux, car alors, elle sort l'artellerie lourde, très lourde, et les créatures qu'elles s'attachent ne sont que des ombres avalies. Elle fait froid dans le dos, mais le Georges, mis à part quelque soubresauts, reste fasciné par sa sorcière en robe de soie verte ou en bottes, à cheval sur son panache blanc. Même lorsque Rachel, la brave fille qui lui a donné un fils, bien gentille, elle, bien brave et bien mignonne devient la cible du délire paranoïaque de la prédatrice, il bouge à peine. Des destructeurs nés et assoiffés, malfaisants et implacables : collaborateurs, investisseurs complices, arbres, serpents, même un pauvre cirque ambulant qui passait par le campement, tout est bon à la démonstration de leur puissance.

Je n'ai pas réussi à monter sur leur buldozer, non pas qu'il allait trop vite, mais que trop de trop, c'est trop, pas de chair où s'accrocher, pas de faille à explorer, un bloc qui va en broyant tout, Séréna "vade rétro" et satanas plus loin ... par contre, j'ai bien aimé les conversations des forestiers-ouvriers qui, quand ils voient passer l'avalanche Séréna, ramassent leurs oripeaux pour aller philosopher plus loin : " Ecoutez les gars, y a une raison philosophique qui fait qu'une façon positive de voir les choses, on appelle ça une disposition ensoleillée (...) Celui qui se trouve dans un endroit où que le soleil, y brille toute la sainte journée, l'a pas un souci en tête" et l'autre de répondre : " Alors, comme ça, si que j'étais au milieu du désert et que j'avais plus d'eau et qu'y en avait pas une goutte à des mille à la ronde, j'aurais pas le mondre souci en tête ?" Le premier de reprendre : "Je t'ai d'jà expliquer la science qui se cache là derrière ... Et c'est toujours ça pour le scientifique ou le philosophe. La plupart des gens, y restent dans le noir et puis y se plaignent qu'y s'y voit rien". Ouaips ! C'est bancal, mais ça m'a fait rire et, moi, j' vous l'dis, la Séréna, elle a manqué de disposition ensoleillée, et la Rachelle, elle a intérêt à courir vite si elle veut pas tomber dans l' chaudron d'la sorcière.

Athalie

Une petite déception parce que j'avais vraiment aimé Un pied au paradis, du même auteur, mais je lirai quand même le suivant !

 

22/09/2012

Louise Erdrich en vrai, ou presque

imagesCAPFX9U3.jpgAvec mes copines, on est allée voir Louise Erdrich (sauf une qui avait soit disant oublié, alors que je la soupçonne fortement d'être restée chez elle pour plier le linge de sa pile, pour laquelle elle semble avoir une affection toute particulière). Les deux autres étaient à l'heure mais pas dans la bonne file pour prendre les tickets réservés, alors que moi, je savais où aller, par contre, elles avaient le numéro de résa sur leur ephone. Mes copines, c'est des lectrices-geek. Moi, j'avais l'enregistreur de mon homme. On se complète avec mes copines.

Je ne reviendrai pas sur ma découverte éblouie de Louise Erdrich, et ses multiples défections, je l'ai  raconté et rabâché à mes copines si souvent que je m'en rends compte quand elles ne m'écoutent plus. Donc, méfiante, je me refusais à tout optimisme de bon aloi, tant qu'elle ne serait pas sur le plateau, elle pouvait avoir encore un fils qui avait la varicelle. Mais elle était là , finalement, de bottes chaussée. Royale, grande dame, genre Patty Smith mais sans les couettes, un sourire frappé de l'intelligence de celle qui a beaucoup vu et le regard posé de celle qui a beaucoup entendu ( les oreilles, je ne sais pas, elle n'avait pas les nattes de la squaw. Même pas de plumes). Une auteure, quoi, la voix chaleureuse, mais rare.

Non qu'elle n'avait rien à dire mais que, l'animatrice, quand elle arrivait enfin au bout de son exposé de son propre savoir sur la culture amérindienne, et posait ce que l'on pouvait penser être une question en étant de bonne volonté, ben l'auteure ( Louise Erdrich, je reprécise parce que j'essaye de faire une phrase aussi longue que l'exposé de l'animatrice, mais ce n'est pas évident, en fait), elle ne pouvait pas parler de ses livres, vu qu'il n'en avait pas été question. Or, n'en déplaise aux animatrices férues de leur propre savoir sur les us et coutumes des cultures primitives, avec ou sans plume, et leurs légendes ancestrales, quand on vient voir Louise Erdrich, on ne vient pas entendre un exposé ethnologique sur un peuple qui a été si injustement traité que cela continue encore, faut pas rêver ! mais on vient entendre Louise Erdrich, une auteure qui a fait une oeuvre littéraire, une oeuvre littéraire forte, prenante, éclairante, réflexive et tout et tout et j'en passe, une oeuvre qui parle aussi de la culture amérindienne, mais avec sa voix à elle, l'auteure, sa vision à elle, son vécu à elle, et pas le savoir, la voix, la vision de l'animatrice.

Du coup, on a bien vu Louise Erdrich, mais on ne l'a pas entendue. Et non, je ne suis pas une râleuse de mauvaise foi (sauf quand on me parle d'Angot, mais ça, on n'y revient pas) et non, je n'ai rien contre les conférences ethnologiques, la preuve, j'ai tout enregistré, même mes quintes de toux et les commentaires murmurées des copines. Par contre, je ne suis pas sûre de tout réécouter. Donc, si quelqu'un veut l'intégrale des deux heures, je peux le lui envoyer ( en plus, il y a un bonus, "les questions du public que l'on aurait pu poser en anglais, mais que finalement non").

J'espère qu'au festival América, où je ne serai hélas pas, Louise Erdrich sera plus considérée comme une auteure que comme une simple émanence culturelle.

Athalie

 

16/09/2012

Lonesome dove Larry McMurthy

imagesCAJNQ0X9.jpgMais où est passée ma conscience politique pendant cette lecture ? Sous l'ombre des cactus ? Sous la selle d'un cheval ? Dans les remous du Rio Grande ? C'est honteux, tu me fais honte, disait le séraphin de la cause juste, perché derrière la Athalie lectrice plongée dans les aventures westerniennes de tueurs d'indiens ( enfin ex-tueurs d'indiens, des ranchers qui avaient nettoyé la frontière du Texas des hordes rouges qui encombraient les blancs qui voulaient s'y mettre). Même ex, ce n'est pas une raison, ce sont les aventures d'ex-massacreurs d'indiens magnifiés en cow-boy mythiques que tu es en train de suivre avec des yeux de merlans frits sous tes lunettes de soleil. Le pire, c'est le Augustus, t'as carrément ton ixième béguin de l'été, littéralement sous le charme d'un type crasseux de poussière qui n'a pour toute intelligence que celle de sa grande gueule ... Reviens à toi, Athalie, et tente un résumé objectif ! fin de la parole séraphine.

Il était une fois, dans un ranch pourri, près d'un bled paumé, des ex-ranchers qui tentaient de devenir éleveurs, en volant le bétail des mexicains, principalement. Dans le ranch, il y a Augustus, le philosophe de la bande qui cause sans arrêt, et fait très bien les biscuits. Il y a un cuisinier mexicain qui sonne à tout rompre la cloche et fait peu d'autre chose. Il y a un gamin, qui voudrait bien devenir un homme, un vrai. Le vrai pour lui, c'est le chef de la bande, celui qui n'aime pas les femmes, n'aime pas parler, que travailler, et qui a une jument qui le mord et  qui est peut-être son père. Et d'autres figures toutes aussi technicolor, voire plus. Il y a aussi deux cochons. Dans le bled paumé, il y a une prostituée, dont presque tous les cow-boys sont amoureux, mais, elle, elle rêve d'aller à San Francisco. Arrive un vieux copain des deux ex-ranchers, tueur accidentiel d'un dentiste-maire, joueur de poker charmeur, qui va remporter la prostituée, mais uniquement parce qu'elle le veut bien, pour l'instant. Tout ce monde-là, va partir pour le Montana, là où l'herbe est plus verte, et on part à cheval, en vieille cariole, transbahutant un troupeau de vaches, avec un taureau qui n'est pas clair, et des cours d'eau non plus. Sans compter un shériff un peu lent, sa femme un peu volage, son adjoint un peu couillon ... et là faut s'arrêter et descendre de la selle pour rentrer prendre un whisky dans un saloon, au risque d'en trop raconter et que John Wayne ne croise Lucky Luke et Joly Jumper, la vraie Calamity Jane.

A lire absolument donc, en laissant de côté toute conscience politique ... Sauf que, si l'auteur m'écoute ( ce dont je ne doute pas) qu'il sache que laisser son héroïne dans une situation aussi fâcheuse à la fin du premier tome, relève de la torture morale pour la lectrice et que si Augustus commence à se repentir, je veux bien envisager de l'épouser.

Athalie

02/09/2012

Bilan été 2012

lelot2 091.jpgUn été où j'aurais pas mal lu et pas mal publié, de ce fait, d'abord parce qu'il a plu, et ensuite parce qu'il a fait beau et surtout parce que c'était les vacances. Le rythme va maintenant se ralentir, nettement !

Côté résolution de publication de mes recettes, je n'ai pas fait preuve de persévérance, mais à ma décharge, mon homme a manqué d'imagination cet été ( smiley avec un clin d'oeil), donc je n'ai pas pu prendre de notes derrière son dos.

Variations sur mes mets préférés :

Les trois lumières de Claire Keeman: à consommer doucement, devant un coucher de soleil campagnard, à la fraîcheur de l'air, un thé glacé à proximité du transat.

Jésus et Tito de Vélibor Colic : à égrainer de souvenirs, en grignotant en cachette quelque chose qui a un parfum d'enfance (pour moi, ce serait des bigorneaux bien poivrés ce qui peut paraître incongru)

Parti tôt, pris mon chien de Kate Atkinson : des fraises tagada, un paquet qui serait resté trop longtemps au soleil, un peu coagulées entre elles, à peine refroidies.

Les braises de Sandor Marai : feu de cheminée, couverts en argent, nappe damassée, rideaux tirés et couteaux aussi, mais dans le dos.

Lettres du bout du monde de José Manuel Fajardo : un truc cubain, forcément, mariné, et qui aurait un goût de parchemin mâché. 

Les affligés de Chris Womersley : des lucioles.

Little Bird de Craig Johnson : des crêpes et des bières, beaucoup de bières.

Le diable tout le temps de Donald Ray Pollock : de la sauce tabasco, pure, non diluée, non accompagnée, cul sec.

L'âme des guerriers de Alan Duff : un plat qui fait culpabiliser après l'avoir mangé, parce que c'est trop injuste.

Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates : ne rien consommer avant, à lire l'estomac vide et solidement accroché, idem pour Suspicious river de Laura Kakischke.

L'étrange disparition d'Esme Lennox de Maggi O'Farrell : à garder pour le dessert.

Délire d'amour de Ian McEwan : à consommer sans aucune modération.

Bon appétit de lectures !

Athalie

 

 

01/09/2012

Délire d'amour Ian McEwan

délire d'amour,ian mcewan,romans,romans anglaisEntre Ian Mc Ewan et moi, c'est une histoire en dents de scie, avec des bas ("Le jardin de ciment"), des hauts, la plupart du temps, ("Samedi"), voire des hauteurs nirvanalesques, de Nirvana lecturesques ( "Sur la plage de Chesnil"). Bon, évidemment, lui il n'est pas au courant qu'il a une histoire avec moi. Et comme depuis le début de l'été, je suis successivement tombée amoureuse de Walt Longmire, de Vélibor Colic (mais pas de Jésus ni de Tito), et pour finir de l'Augustus de "Lonesome Dove", je suis en plein dans le délire d'amour fictionnel et unilatéral ici décrit. Sauf que moi, je suis infidèle.

On part de loin, comme souvent chez cet auteur. Le début est une longue scène disséquée par séquences, recomposée au ralenti, un peu comme au début de " Samedi", on a l'impression que l'histoire fait des étirements, comme un chat, avant de se rouler en boule et de vous sauter à la gorge. Un couple, qui vient de se retrouver, part pour un pique-nique dans la campagne londonienne. Ils sont amoureux et le pique-nique est chic, la campagne est verte et les oiseaux chantent ( pour les oiseaux, c'est une supposition). Lui, Joe Rose, est un plutôt respectable journaliste-écrivain, vulgarisateur scientifique et Clarissa, sa belle compagne, est une chercheuse littéraire, universitaire, spécialiste de Yeats. Ils sont donc cultivés, intelligents, rationnels, à priori sans névroses sociales ou psychotiques. Dans le ciel de leur retrouvaille, à peine le tire-bouchon sorti, au dessus de leur champ vert et dans leur ciel bleu, apparait une montgolfière en difficulté, en rase motte, prête à faire un grand saut dans le vide, et il y a deux passagers. Aussitôt, Joe court pour intervenir et empêcher l'accident mortel, vite rejoint par d'autres hommes qui jusque là vaquaient à leurs occupations, pas loin, forcément. Ces sauveteurs fébriles ne pourront éviter une tragédie, pour un geste, un geste fait ou pas fait, tombe la victime qui n'aurait pas dû l'être. Dans le ciel bleu des amoureux, la première faille se creuse, le reflet du drame, la culpabilité, l'accident incompréhensible, et dans cette première faille s'engouffre la seconde. Joe a croisé le regard de Jed, un des autres sauveteurs. Mais ce que Jed y a vu est une autre histoire, la sienne. Et la sienne est que Joe l'aime, et qu'il aime Jed et que Dieu les aime aussi. Sauf que Joe ne le sais pas encore. Pour l'en convaincre Jed téléphone, écrit, poursuit sans relâche l'objet de son amour unilatéral inconditionnel. Harcelé, Joe perd pied, Joe dérape, Clarissa doute, qui dit vrai ? Où est la folie ? Joe invente-il ? Jed existe-il ?

Un fascinant jeu de cache-cache, superbement ficelé, avec la vérité, avec la fiction, une machine à rouler son lecteur dans le double jeu des apparences. Comme quoi, une montgolfière peut en cacher une autre.

Athalie

PS : après vérification, ce n'est pas une montgolfière, mais un aérostat, ce qui ne change rien à l'histoire.