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11/10/2012

14 Jean Echenoz

imagesCAZG7F59.jpgJe tiens à être claire, cette note est parfaitement subjective, encore pire que d'habitude, si possible ... Parce que moi, quand j'entends : "Il y a un nouvel Echenoz qui va sortir en octobre", je commence à m'impatienter le 30 septembre, à songer à poster un appel à témoins le 31, à envoyer un mail rageur à l'éditeur le 1er ... Sauf que là, j'ai été doublée, il m'est arrivé en cadeau. Je voulais me laisser saliver, tourner autour, me laisser séduire, lui laisser le temps de jaunir un peu, de se poser, entre les autres "pas encore lu", lui trouver un temps. Loupé. Je l'ai ouvert et une heure après, je l'ai refermé. Fini. Je l'ai reposé à côté de moi, tout blanc encore dans sa couverture de minuit immaculée, sans même une page cornée. Fini. Sans aucune trace d'avoir déjà été lu. Bon, j'aurais pu le relire, mais même en étant de parfaite foi, ce n'est pas un "grand" Echenoz. Mais c'est un Echenoz bien, donc j'en dirai du bien. C'est çà que je voulais dire, en voulant être claire ...

14, évidemment, c'est la première année de la première guerre. Et des romans sur la première guerre, il y en a quand même un paquet, et des gros, et des longs, et des épais, des suintants de rages, de douleurs, d'indignations légitimes et légitimées par nous, qui ne pouvons qu'entrevoir. Sauf que là, le roman, il est tout petit et vu l'écriture "blanche" du père Echenoz, on se demande comment il va la faire suinter sa guerre. En fait, évidemment, on part de loin, tout en distance, à vélo, sur une colline, un livre tombe, il ne sera jamais lu parce que le toscin sonne et que Antelme va partir à la guerre. Echenoz fait partir cinq hommes et rester une femme, Blanche, qui a sûrement une histoire avec soit Charles, le sous directeur de l'usine de chaussures de son papa, soit le Antelme, le comptable de l'usine de chaussures de son papa. On ne sait pas trop, mais les deux partent sous son regard. Distance. Blanche.

Tout est conforme à ce que l'on sait, d'ailleurs Echenoz le souligne, pas la peine de trop s'étendre sur les scènes obligées ( du coup, on se demande un peu pourquoi il les évoque quand même, mais bon, laissons de côté cette remarque par trop objective pour être honnête) : les vivats du départ, l'optimisme généralisé, la préparation inexistante, le choc du premier combat, la plongée dans les tranchées, les corps hachés par les obus, la désorganisation fatale aux hommes, la chair à canon mangée de poux et de rats. On n'y apprend rien. La guerre écrite par Echenoz, elle est au raz de marée de l'homme, c'est une guerre de côté, biaisée. Tout y est, mais comme rattrapé par le dernier mot de la phrase, celui que l'on attendait pas là. J'ai eu l'impression qu'il se débarassait d'elle, en fait, pour aller vers la deuxième partie, le contrepoint du retour à une vie après la fureur. Alors que l'orage guerrier se déchaîne encore, en ses grandes largeurs même, on n'en perçoit plus que les échos, en arrière-plan des petites vies, loin du front, qui reprennent, avec quelques absences, quand même ... un histoire de landeau, de brodequins, puis de mocassins, (faut quand même que l'usine de chaussures fonctionne), de deux portes qui s'ouvrent dans un hôtel. Et c'est fini. Et vu que le prochain, ce ne sera pas tout de suite, me voilà bien marrie devant mon livre fermé.

Merci ma dealeuse !!!!

Athalie

Du même auteur sur ce même blog : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/11/06/courir

 

Commentaires

Rapide ou pas, un Echenoz se savoure ! J'ai faim d'un coup... bises

Écrit par : Philisine Cave | 11/10/2012

J'ai bien tenté de le faire durer un peu mais après la première partie (la guerre proprement dite), j'ai oublié. Bonne future lecture à toi, tu vas te le mettre sous la dent, si j'ai bien compris...

Écrit par : Athalie | 12/10/2012

Je l'ai entendu sur France culture je crois, mais je suis un peu réfractaire à son écriture, du coup j'hésite

Écrit par : Dominique | 12/10/2012

Bonsoir Dominique,
Il est vrai que l'écriture d' Echenoz est singulière, qu'elle dit sans dire. Moi, je suis tombée dedans il y a fort longtemps, avec quelques réticences au départ à cause des intrigues très "embrouillées"("Le méridien de Greewitch", "Cherokee") et quand même je crochais dedans sans trop savoir pourquoi. La trilogie "Ravel", "Courir", "Des éclairs" emporte ma totale adhésion, celui-çi me semble un peu "en-dessous". Peut-être à cause du sujet, plus connu que pour les trois précédents. J'irai voir si tu te lances ... A bientôt.

Écrit par : Athalie | 12/10/2012

Comme toi, j'attends toujours un livre de J Echenoz avec impatience. dès que je peux, je saute dessus.

Écrit par : Yv | 13/10/2012

Bonsoir Yv,
Merci de votre passage pour dire cette impatience d'autant plus masochiste que comme un Echenoz, c'est court depuis quelques romans, et que c'est pas souvent qu'il y en a un nouveau, quand il est (un peu) moins bon, on se retrouve quelque peu frustré dans le régal, quand même ... Bonne future lecture et à bientôt !

Écrit par : Athalie | 13/10/2012

Bonsoir, Ath'
Ca y est. Je viens juste de refermer l'"Echenoz" dans le train du retour. Je m'étais interdite d'Aleslire avant d'avoir tourné la dernière page, mais voilà, c'est fait...
Je suis assez d'accord avec toi : j'ai savouré quelques belles tournures, je m'y suis reprise à plusieurs fois pour d'autres mais là, l'histoire ou la non histoire me laisse sur ma faim. Même nos auteurs "préférés" s'épuisent ?
Bises
Anne

Écrit par : Anne 'M. | 17/10/2012

PS : faut que je te passe La veuve, de Gil Adamson !

Écrit par : Anne 'M. | 17/10/2012

J'aime bien ton expression "non-histoire", c'est vrai qu'on l'impression qu'Echenoz a voulu faire de la "non histoire" avec la Grande.... Mais j'ai quand même bien aimé la fin, non ?
REPS : j'ai déjà "La rescapée" de Kiodman, donc, garde moi "La veuve" au chaud, histoire qu'on rigole comme des baleines. Sinon, saute sur "Certaines n'avaient jamais vu la mer" si tu peux, cela devrait te plaire (en plus il n'y a pas beaucoup de rescapées, mais par contre pas mal de veuves) Bises, à bientôt !

Écrit par : Athalie | 18/10/2012

Eh bien, je te rejoins entièrement....

Écrit par : Hélène | 18/12/2012

Il faut bien quelques voix un peu discordantes ... Quand on aime, deviendrait-on exigeantes ?

Écrit par : Athalie | 18/12/2012

Bonjour, c'est le 3ème Echenoz que je lisais et j'aime toujours autant son écriture concise. C'est quand même très fort de sa part d'évoquer 4 ans de guerre épouvantable en si peu de pages. Chapeau!

Écrit par : dasola | 17/08/2013

Je te souhaite de continuer à découvrir les oeuvres de cet auteur, pour moi, j'en suis réduite à attendre le prochain et comme l'auteur n'est pas prolixe, ce ne se sera normalement pas pour cette année ...

Écrit par : Athalie | 18/08/2013

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