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23/10/2012

Certaines n'avaient jamais vu la mer Julie Otsuka

certaines n'avaient jamais vu la mer,julie otsuku,romans,romans américainsLe titre, déjà, rien que le titre, est empreint d'un regret d'inconnu et ouvre le récit de ces rêves d'impossibles retour et d'impossibles réussites qui vont nous être contés.

Un groupe de femmes japonaises traversent le Pacifique. Elles ont choisi, si l'on veut, des maris, des maris japonais mais sur photos, et vont les rejoindre, dans un halo d'illusions. Tous ont dit avoir réussi, pas beaucoup, mais un peu. Elles ne sont jamais vraiment nommées ou individualisées : il y a les oies blanches et les plus délurées, celles qui croient, celles qui s'y forcent, celles qui fuient la misère, celles qui fuient une réputation entachée, une histoire à oublier, une enfant qui restera dans les souvenirs toujours une petite fillette de deux ou trois ans. Toutes vont vers une virginité, photo à la main, où se montrent leurs futurs hommes, qui avec un beau costume, qui avec une jolie maison,, qui avec dix ans de moins qu'en vrai. Sur le quai, la vérité va les cueillir violemment. Evidemment, les rêves étaient des mensonges, leurs hommes ne sont que des rien, violeurs le plus souvent de leur corps acheté, les voilà asservies à la pauvreté, la frustration, l'humuliation. Les américains ne leur accordent pas grand chose, peu de regards et encore moins de commisération. Alors ces femmes vont construire une survie là, de bric et de broc. Elles travaillent aux côtés de leurs hommes de fortune, les aime parfois, les détester souvent, les quitter, peu. Sauf pour des trottoirs ou un bordel ...

Ce qui m' a impressionnée, c'est l'usage du "nous". La narratrice suit trois groupes. Les paysannes, qui sarclent, désherbent et se courbent pour quelques tomates ou fraises, les terres que les blancs leur ont finalement laissées. Les bonnes, tabliers blancs et mari jardinier, bien obligées de partager les intimités tristes de leur patronne citadine, ou les passades des maris d'icelles, ayant l'utilité indispensable des jouets que l'on remonte ou que l'on casse. Les blanchisseuses, engoncées dans leurs humides appartement, confinées dans leur quartier. Elles travaillent, puis les enfants, eux se metent à parler anglais, à s'éloigner. Elles restent les invisibles petites mains. Puis, arrive la seconde guerre mondiale qui braque les phares sur elles, leur petite communauté devient "l'ennemi intérieur", à neutraliser par l'exil, puis l'oubli.

La singularité de cette voix plurielle fait vraiment vibrer le texte d'une plainte commune, d'une litanie de noms, qui gonfle et s'amplifie, puis modèle le silence. le choix narratif pourrait rebuter, je l'ai trouvé terriblement efficace.

 

Athalie

Le billet tentateur d'Esperluette : merci !

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/09/certaines-nav...

et celui, tout acquis aussi de Philisine Cave :

http://jemelivre.blogspot.fr/2012/11/certaines-navaient-p...

 

 

Commentaires

Une copine a été très sensible comme toi au "nous", une autre ne l'a pas supporté et moi alors, que deviens-je (dans quel état j'erre ?). Si je veux le lire je l'emprunterai à la bibliothèque qui vient de l'acquérir. Bises

Écrit par : Philisine Cave | 23/10/2012

Ce "nous" revient souvent dans les commentaires sur ce livre. J'en ai moi aussi parlé parce qu'il me semble vraiment donner de la force à la narration, mais l'histoire racontée suffit à emporter l'adhésion, me semble-t-il, tant, sans pathos, se dégage un voile de la grande Histoire.

Écrit par : Athalie | 24/10/2012

J'ai trouvé aussi habile et efficace ce "nous" en fait il traduit bien les sentiments de l'auteur face à ces femmes et rend parfaitement le ressenti des lecteurs devant ces femmes anonymes individuellement mais terriblement présentes lorsque la parole est rassemblée

Écrit par : Dominique | 24/10/2012

D'ailleurs, je me suis demandée comment l'auteur avait travaillé, on a l'impression d'un recueil de brides de témoignages, comme si elles parlaient toutes en même temps. Rien trouvé là-dessus par l'instant dans les articles qui parlent de ce livre. La reconstition de l'histoire par la fiction, qui en donne une image presque plus "vraie" que la documentation est un sujet qui me passionne.

Écrit par : Athalie | 24/10/2012

D'accord avec toi, ce qui pourrait agacer est en fait la force principale de ce roman.

Écrit par : Yv | 25/10/2012

Oui, il est fort le roman, peu de pages, tant de monde, tant de petites histoires, qui mises bout à bout, font le choeur. Ou le coeur, comme on veut.

Écrit par : Athalie | 25/10/2012

Un roman magnifique où la construction chorale magnifie le destin de ces femmes.

Écrit par : jerome | 28/10/2012

Les commentaires sont si positifs qu'on pourrait se lasser, mais non ! j'ai bien envie de me laisser tenter (dans quelques temps) par son premier roman, il semblerait qu'il soit aussi bien.

Écrit par : Athalie | 29/10/2012

Les commentaires sont fermés.