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29/10/2012

Le jeu des ombres Louise Erdrich

Robert-Rauschenberg-Untitled-1955.jpgSur ce coup-là, la Erdrich, elle m'a prise de court. Normalement, avec cette plume d'auteure-là, on est dans les sagas, plutôt indiennes, mais des sagas, l'histoire familliale brassée sous de grands espaces lunaires ou boisés, pas des trucs de petits bourgeois intellos et artistes confinés dans leur petites histoires de couple en mal de retrouvance et d'inspiration dans une maison bien chauffée et avec de quoi manger dans le congélateur. Ben là si.

Du coup, le temps de remettre ma boussole intime à l'heure, j'ai un peu patiné à l'allumage, le temps de rentrer vraiment dans l'intimité d'Irène et Gil, de comprendre les enjeux du jeu qui se tramait dans la sourdine des deux journaux intimes que tient Hélène, le bleu pour le vrai, le rouge pour que Gil le lise, pour qu'elle lui emmêle les pinceaux, l'embrouille et  s'en libère. Irène se sent manipulée par Gil. Gil manipule Irène depuis des années. En fait, il la peint, la repeint, c'est son modèle, sa femme, mais surtout sa passion, sa félure, son tout, son exclusif sujet, sa chose à lui. Irène a posé pour lui, pose encore, dans toutes les beautés, dans toutes les laideurs. Sauf qu'est arrivé le moment où elle ne l'aime plus, pas parce qu'il l'a peint (quoique), et qu'elle veut partir, et qu'il ne veut pas. Elle le manipule parce qu'elle pense qu'il lui a presque tout volé, son corps, mais même son ombre et sa trace, il l'a laissée sur la toile. Exposée sous toutes ses faces, il l'a exposée dans toutes ses facettes sauf une, celle de mère. Et c'est là que le bouquin m'a topé.

Le jeu entre eux deux, m'a semblé artificiel au début, presque un convenu littéraire, (ben oui, l'amour fusionnel fait mal, y' a qu'à demander au chevalier Desgrieux que la Manon fait tourner en bourrique depuis un moment déjà), mais quand la figure d'Irène se dresse, plus maternelle qu'amante, plus protectrice que tenant en main les cartes ( quelles cartes ,d'ailleurs ? son mémoire sur Catling "le peintre des indiens", celui qu'elle a peine commencé  ?...), le texte donne lieu à des tableaux de maîtres subtils comme dérisoires face au désastre intime : comment réparer un hamster la veille de Noël, comment sauver un chat aux yeux jaunes, comment se sortir du regard de son fils, qui découvrant la peinture de sa mère à poil, sur Internet, ne voit pas l'art mais seulement l'image de sa mère dégradée, puis, la regarde, elle, la vraie. Irène tente de se dégager de ses scories que l'homme et l'artiste abusif lui a imposé et qu'elle a accepté.

Le sujet peut sembler mince, pourtant le huis-clos m'a capté, de plus en plus, jusque la fin. Et la fin, ben oui, la fin dont on ne peut rien dire, est une vraie relecture de ce que l'on croyait presque trop simple. Peu d'indiens dans cette histoire, juste que Irène et Gil sont des sang mêlés et que ce n'est peut-être pas sans conséquences d'avoir une tribu autour de soi ou pas, et que Riel, leur deuxième fille se fascine pour le savoir ancestral, histoire de sauver sa famille en cas de catastrophe, et cette remarque au détour de bien d'autres sur la création : (je résume parce que je ne retrouve pas la page), où, en gros, il est dit que lorsque l'on est un artiste indien, il ne faut pas peindre des indiens, sinon, on est un artiste indien et pas un artiste tout court. Ce qui me fait encore plus regretter,lors de la conférence vue avec elle, pas loin de chez moi, qu'elle n'ait pas été considérée ainsi, la Louise Erdrich, écrivaine tout court.

 

Athalie

 

Du même auteur sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2009/08/05/love-me...

 

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2009/07/12/la-chor...

Commentaires

C'est exactement ça, tu trouves les mots justes pour évoquer ce roman. Roman qui ne m'a guère enthousiasmée il faut le dire !!!

Écrit par : Hélène | 30/10/2012

Merci pour "les mots justes", j'admire tellement l'auteur, qu'en étant modérée, je me disais que j'étais passée à côté du bouquin ... j'ai lu ton article et vu que tu avais la même résistance sur "l'arrête centrale" de ce roman. C'est dommage, évidemment, mais cela reste un bon texte, que j'ai quand même aimé lire.

Écrit par : Athalie | 30/10/2012

Merci pour le lien et ton comm'! je suis cuite, il me reste à découvrir les autres livres de cette auteure!:))

Écrit par : cathulu | 31/10/2012

Merci pour ton passage Cathulu ! Les romans de Louise Erdrich sont vraiment à découvrir, mais ils sont, dans ceux que je connais, différents du "jeu des ombres", alors c'est un (petit) risque à prendre ... être déçue, je veux dire ... Mon panthéon perso ce serait la malédiction des colombes" et "la chorale des maîtres boucher". De toute façon, ce ne sont pas les bonnes langues qui manquent pour cette auteure !

Écrit par : Athalie | 31/10/2012

Les commentaires sont fermés.