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31/10/2012

Easter parade Richard Yates

easter parade richard yates,romans,romans américainsLà, j'arme mon crayon virtuel de courage, faire une note sur ce livre m'est un exercice masochiste. Non pas qu'il ne soit pas bon, non pas que je me sois ennuyée, c'est juste qu'il m'a fichu une dose de cafard carabiné, un cafard crasse, à tourner les dernières pages le plus rapidement possible sous peine d'enlisement mral définitif dans la litanie des malheurs ordinaires.  J'en lis des livres pas gais, ce sont même plutôt mes tasses de thé, mais "Easter parade" tellement triste qu'il en ferait pleurer une princesse de Walt Disney.

Emily et Sarah sont soeurs et la première ligne l'annonce clairement : " Aucune des soeurs Grimes ne seraient heureuses dans la vie". Soit, me suis-je dit, voilà qui me plait. et me voilà partie bille en tête vers la découverte de cet auteur que je ne connaissais pas, estampillé " grand classique de la littérature américaine".

Leur mère, dite Pookie, n'a pas été heureuse non plus. Leur père non plus. Ils ont divorcés, mais visiblement, cela ne fait pas leur bonheur non plus. Les deux fillettes passent leur enfance à déménager selon les différentes lubies de la mère dont on sait peu de choses, sauf que sa vie n'est pas celle qu'elle aurait voulue avoir, ridicule, versatile, elle fume trop et boit trop ( ce qui ne va pas s'arranger par la suite, je vous rassure).

Les deux filles grandissent : l'une est superbe, (Sarah) l'autre a les seins trop petits (Emily). Sarah aligne quelques fiancés minables et peu fiables, avant de trouver le bon, un qui a l'allure de Laurence Oliver, mais seulement l'allure, pour la classe intellectuelle, c'est morne plaine, plutôt morne et pas pleine. Sarah se réalise donc en ménagère de cinquante ans avant l'heure, tandis qu'Emily tâte de son indépendance en couchaillant à droite et à gauche et en poursuivant ses études, avant d'épouser un premier mari, impuissant mal soigné, et cela continue comme ça jusqu'au bout. Avec d'autres hommes pour l'une, et le même pour l'autre. Des événements plats, moroses se succèdent (je vous passe la mère), pour l'essentiel, les deux femmes passent leur vie à pousser des caddies dans des rayons de supermarché mal achalandés sans jamais prendre la bonne boîte de corn-flakes, celle avec le cadeau Bonux dedans.

La quatrième précise que l'auteur évite "tout pathos". j'en conviens des deux mains, et normalement, j'aime bien "sans pathos" sur l'étiquette, mais là, la pas-ménagère vieillissante et la ménagère de même, ça m'a fait trop. Du coup, j'ai eu envie de grands espaces et j'ai attrapé mes rênes pour rejoindre Angustus qui chevauchait dare dare pour sauver Lorena, la belle putain des griffes du méchant bandit.

 

J'avais mis "Un été à Cold Spring" dans ma pile prévue, mais du coup, j'ai comme un coup de doute ...

 

Athalie

 

29/10/2012

Le jeu des ombres Louise Erdrich

Robert-Rauschenberg-Untitled-1955.jpgSur ce coup-là, la Erdrich, elle m'a prise de court. Normalement, avec cette plume d'auteure-là, on est dans les sagas, plutôt indiennes, mais des sagas, l'histoire familliale brassée sous de grands espaces lunaires ou boisés, pas des trucs de petits bourgeois intellos et artistes confinés dans leur petites histoires de couple en mal de retrouvance et d'inspiration dans une maison bien chauffée et avec de quoi manger dans le congélateur. Ben là si.

Du coup, le temps de remettre ma boussole intime à l'heure, j'ai un peu patiné à l'allumage, le temps de rentrer vraiment dans l'intimité d'Irène et Gil, de comprendre les enjeux du jeu qui se tramait dans la sourdine des deux journaux intimes que tient Hélène, le bleu pour le vrai, le rouge pour que Gil le lise, pour qu'elle lui emmêle les pinceaux, l'embrouille et  s'en libère. Irène se sent manipulée par Gil. Gil manipule Irène depuis des années. En fait, il la peint, la repeint, c'est son modèle, sa femme, mais surtout sa passion, sa félure, son tout, son exclusif sujet, sa chose à lui. Irène a posé pour lui, pose encore, dans toutes les beautés, dans toutes les laideurs. Sauf qu'est arrivé le moment où elle ne l'aime plus, pas parce qu'il l'a peint (quoique), et qu'elle veut partir, et qu'il ne veut pas. Elle le manipule parce qu'elle pense qu'il lui a presque tout volé, son corps, mais même son ombre et sa trace, il l'a laissée sur la toile. Exposée sous toutes ses faces, il l'a exposée dans toutes ses facettes sauf une, celle de mère. Et c'est là que le bouquin m'a topé.

Le jeu entre eux deux, m'a semblé artificiel au début, presque un convenu littéraire, (ben oui, l'amour fusionnel fait mal, y' a qu'à demander au chevalier Desgrieux que la Manon fait tourner en bourrique depuis un moment déjà), mais quand la figure d'Irène se dresse, plus maternelle qu'amante, plus protectrice que tenant en main les cartes ( quelles cartes ,d'ailleurs ? son mémoire sur Catling "le peintre des indiens", celui qu'elle a peine commencé  ?...), le texte donne lieu à des tableaux de maîtres subtils comme dérisoires face au désastre intime : comment réparer un hamster la veille de Noël, comment sauver un chat aux yeux jaunes, comment se sortir du regard de son fils, qui découvrant la peinture de sa mère à poil, sur Internet, ne voit pas l'art mais seulement l'image de sa mère dégradée, puis, la regarde, elle, la vraie. Irène tente de se dégager de ses scories que l'homme et l'artiste abusif lui a imposé et qu'elle a accepté.

Le sujet peut sembler mince, pourtant le huis-clos m'a capté, de plus en plus, jusque la fin. Et la fin, ben oui, la fin dont on ne peut rien dire, est une vraie relecture de ce que l'on croyait presque trop simple. Peu d'indiens dans cette histoire, juste que Irène et Gil sont des sang mêlés et que ce n'est peut-être pas sans conséquences d'avoir une tribu autour de soi ou pas, et que Riel, leur deuxième fille se fascine pour le savoir ancestral, histoire de sauver sa famille en cas de catastrophe, et cette remarque au détour de bien d'autres sur la création : (je résume parce que je ne retrouve pas la page), où, en gros, il est dit que lorsque l'on est un artiste indien, il ne faut pas peindre des indiens, sinon, on est un artiste indien et pas un artiste tout court. Ce qui me fait encore plus regretter,lors de la conférence vue avec elle, pas loin de chez moi, qu'elle n'ait pas été considérée ainsi, la Louise Erdrich, écrivaine tout court.

 

Athalie

 

Du même auteur sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2009/08/05/love-me...

 

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2009/07/12/la-chor...

27/10/2012

Le temps de l'innocence Edith Wharton

le temps de l'innocence,edith wharton,romans,romans américainsUne lecture doublement nouvelle pour moi. D'abord parce que je n'avais jamais lu cette auteure ( je crois qu'à chaque fois que je voyais son nom quelque part, je lisais à la place Enid Blyton, ce qui est parfaitement idiot). Ensuite, c'est aussi la première fois que je lis une histoire que je connais déjà quasi par coeur. A cause du film, dont j'adore les robes et l'atmosphère floutée, la comtesse Olanska, c'est mon autre "Sissi l'impératrice" à moi, la honte littéraire en moins. Le Newland, OK, il ne vaut pas le Robert Hossein d'"Angélique marquise des anges", déjà, il ne boite pas et ensuite, il est super coincé (alors que le personnage de Hossein, c'est l'incarnation de la révolte de l'esprit libertaire, ben, oui, rien que cela).

Au début, à l'opéra, il a même des accointances avec une potiche, un peu comme celles qu'il regarde de l'autre côté de sa loge, coincées dans leur baignoire, dont celle qui va devenir sa femme qui triture son bouquet de muguet (blanc et virginal), May. May est le symbole de ce qu'il faut comme femme à Newland. Issue de la meilleure société new-yorkaise, de ces familles qui tiennent le haut des pavés des convenances, elle lui est parfaitement accordée dans le respect du bon goût, de la façade de ce ce-qui-se-fait-et-de-ce-qui-ne-se-fait-pas.  Dans ce petit monde, on peut se coincer facilement les doigts dans la porte tant tout est verrouillé de l'intérieur, la moindre attitude disséquée, la moindre visite analysée. Alors, arrive la belle et mystérieuse comtesse Olanska, cousine sulfureuse de la pure May. On ne sait pas trop ce qu'elle a fait là-bas en Europe, mais sûrement pas du joli, joli. La rumeur court, elle a fait un drôle de mariage, il serait en tort, aurait collectionné les maîtresses, mais quand même, elle est partie, l'a quitté le comte richissisme, sa prison dorée, et elle ne veut pas un sous ? non, ce n'est pas vrai ?, une histoire avec un secrétaire de son mari, qui l'aurait aidé, elle aurait vécu seule, non, pas vrai,? mais si si, enfin c'est ce que l'on dit mais chut, c'est la cousine de May. Les lambris bruissent, l'Europe, les artistes, un parfum de bohème et de scandale feutrée, sa famille la soutient quand même, elle en est membre de droit, malgré ses dérapages. Donc, il faut lui éviter les prochains et leur honte, qu'elle fasse bonne figure et ne pas les faire déchoir, qu'elle réapprenne ce-qui-ce-fait-et-ce-qui-ne-se-fait-pas. Et c'est là évidemment que le Newland, le fiancé jusque là idéal, va être chargé, par amour pour la virginale May, d'éviter les ornières à la cousine diabolique. Là va se tisser ce qui devait forcément arriver, Newland va découvrir la saveur de l'originalité ... Bon, d'accord, il aimait déjà l'exotisme de la peinture italienne mais de là à ce que ... se laisser séduire, résister, puis encore résister, et la belle comtesse de même, ce qui fait que l'on se retrouve avec une parfaite histoire d'amour impossible, mais avec des oui-mais-quand-même-si, parfaitement orchestrés.

Du coup, comme je n'avais aucun doute sur la fin inéductable, que je connaissais mes scènes par coeur, je me suis laissée bercée dans la description de ce monde si lointain dans son herméneutisme, si recroquevillé dans sa norme qu'il en deviendrait drôle si Wharton avait la plume si subrepticement ironique d'une Jane Austen. Ce qui n'est pas vraiment le cas, mais presque, la plume est juste un peu plus sèche, on est dans la même dissection distanciée des règles sociales. On se régale à voir Newland se prendre les pieds dans la toile d'araignée que ne tisse même pas la belle comtesse. Par contre, se méfier de la May, qui maitrise son sujet, elle ...

 

Athalie

 

23/10/2012

Certaines n'avaient jamais vu la mer Julie Otsuka

certaines n'avaient jamais vu la mer,julie otsuku,romans,romans américainsLe titre, déjà, rien que le titre, est empreint d'un regret d'inconnu et ouvre le récit de ces rêves d'impossibles retour et d'impossibles réussites qui vont nous être contés.

Un groupe de femmes japonaises traversent le Pacifique. Elles ont choisi, si l'on veut, des maris, des maris japonais mais sur photos, et vont les rejoindre, dans un halo d'illusions. Tous ont dit avoir réussi, pas beaucoup, mais un peu. Elles ne sont jamais vraiment nommées ou individualisées : il y a les oies blanches et les plus délurées, celles qui croient, celles qui s'y forcent, celles qui fuient la misère, celles qui fuient une réputation entachée, une histoire à oublier, une enfant qui restera dans les souvenirs toujours une petite fillette de deux ou trois ans. Toutes vont vers une virginité, photo à la main, où se montrent leurs futurs hommes, qui avec un beau costume, qui avec une jolie maison,, qui avec dix ans de moins qu'en vrai. Sur le quai, la vérité va les cueillir violemment. Evidemment, les rêves étaient des mensonges, leurs hommes ne sont que des rien, violeurs le plus souvent de leur corps acheté, les voilà asservies à la pauvreté, la frustration, l'humuliation. Les américains ne leur accordent pas grand chose, peu de regards et encore moins de commisération. Alors ces femmes vont construire une survie là, de bric et de broc. Elles travaillent aux côtés de leurs hommes de fortune, les aime parfois, les détester souvent, les quitter, peu. Sauf pour des trottoirs ou un bordel ...

Ce qui m' a impressionnée, c'est l'usage du "nous". La narratrice suit trois groupes. Les paysannes, qui sarclent, désherbent et se courbent pour quelques tomates ou fraises, les terres que les blancs leur ont finalement laissées. Les bonnes, tabliers blancs et mari jardinier, bien obligées de partager les intimités tristes de leur patronne citadine, ou les passades des maris d'icelles, ayant l'utilité indispensable des jouets que l'on remonte ou que l'on casse. Les blanchisseuses, engoncées dans leurs humides appartement, confinées dans leur quartier. Elles travaillent, puis les enfants, eux se metent à parler anglais, à s'éloigner. Elles restent les invisibles petites mains. Puis, arrive la seconde guerre mondiale qui braque les phares sur elles, leur petite communauté devient "l'ennemi intérieur", à neutraliser par l'exil, puis l'oubli.

La singularité de cette voix plurielle fait vraiment vibrer le texte d'une plainte commune, d'une litanie de noms, qui gonfle et s'amplifie, puis modèle le silence. le choix narratif pourrait rebuter, je l'ai trouvé terriblement efficace.

 

Athalie

Le billet tentateur d'Esperluette : merci !

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/09/certaines-nav...

et celui, tout acquis aussi de Philisine Cave :

http://jemelivre.blogspot.fr/2012/11/certaines-navaient-p...

 

 

20/10/2012

Pourquoi être heureux quand on peut être normal Jeanette Winterson

pourquoi être heureux quand on peut être normal,jeanette winterson,romans,romans anglaisAprès quelques détours par Echenoz, me revoilà allant cueillir ma Jeannette et ses malheurs sur le quai de lecture où je l'avais laissée, avec quelques remords quand même ...

Journal d'une lectrice en demi teinte :

Premier jour : ma dealeuse A.M. est passée avec sa cargaison de tentations et me l'a laissé, ce livre que j'avais vraiment, vraiment envie de lire, après en avoir tellement entendu parler cet été, toujours en bien, mais comme je savais qu'elle l'avait, pour une fois, j'ai résisté à l'achat compulsif ( Bon, j'en ai fait d'autres à la place, ce qui compense)

Deuxième jour : j'ai une heure devant moi, je peux décider de ne rien faire, donc de lire, donc de laisser tomber ce que j'aurais pu faire d'autre pour ouvrir ce livre. Je salive, m'installe, en évitant de baver (le livre n'étant pas à moi). Premier chapitre : ça commence mal, ce truc m'ennuie et m'agace. J'adore pleurer au cinéma et même sur un bouquin, même en tâchant les pages, et aussi compâtir à la tristesse des enfances malheureuses des orphelines abandonnées chez une maman très méchante et un papa impuissant et lâche. Soit. Mais j'ai horreur que l'on me prenne par la main en me mettant le kleenex dedans d'avance. J'aime bien qu'on me laisse venir, tranquille. C'est du vécu, je n'en doute pas. ça m'agace quand même.

Troisième jour : description de la classe ouvrière de Manchester, un peu d'ouverture historique, je prend l'air, mais peu. J'ai envie de laisser tomber, mais bon, Jeannette s'en prend plein la figure, petite fille adoptée mais non désirée, sur son pas de porte, dans son cachot intime, je ne peux quand même pas déroger. Quoique.

Quatrième jour : je relativise. Il y a des moments qui me font rire (mais je suis pas du tout sûre que ce soit l'intention de l'auteur, je sens que je passe de plus en plus à côté du bouquin, moi). J'adore l'évocation de la mère, folle à lier apocalyptique, collectionneuse de vaisselle victorienne à mettre sous vitrine sacrée, amoureuse de Noël, qui ne dort jamais dans le lit conjugal pour éviter "l'acte" et autres fariboles dictées aux humains par le démon. Le trait se fait presque tendre, tente de comprendre d'où elle sort la sorcière adoptive, du coup, je compatis. Que l'enfant adoptée ne sorte pas fraîche comme une rose et qu'elle rencontre quelques problèmes avec la notion d'amour, ma foi, rien d'étonnant.

Cinquième jour : je recommence à me lasser. Des va-et-vient entre les "c'était mieux avant" et "c'est pas beau maintenant". Même les paysages industriels, ils étaient mieux, c'est dire, avant il y avait des usines, maintenant, il y a des supermarchés.

Sixième jour : (pas sûre que ce soit vraiment dans l'ordre de la narration, en fait, je décroche de plus en plus). Jeanette a voté pour Taecher. Que Saint Jonathan Coe me pardonne, je continue quand même ma lecture. ( Il faut dire qu'elle le regrette après, en devenant féministe et homosexuelle)

Septième jour : bon, il faut que je termine parce que j'ai une autre psychanalyse sur le feu et que les interrogations de Jeanette sur pourquoi elle n'arrive pas à aimer, pourquoi l'homosexualité n'est pas une tare génétique et le féminisme une autre tasse de thé, je renonce.

Bilan : plein de trucs bien, sûrement une autobiographie de qualité, mais qui n'aura pas emporté ma fibre romanesque à moi. Des tableaux de la vie ouvrière du nord de l'Angleterre, de cette misère sentimentale qui casse les rêves mais permet la réalisation d'un parcours de femme en lutte, louable et honnête. Mais c'est moi qui suis restée sur le quai de la gare, finalement.

 

Athalie

 

Merci A.M. !

 

 

 

17/10/2012

Jérôme Lindon Echenoz

jérôme lindon,echenoz,romans,romans françaisComme je n'avais eu que très peu mon compte avec 14, je me suis dit que j'allais en reprendre une petite dose d'Echenoz, ma lecture TGV m'ayant fait arriver à la gare avant même d'avoir pris le train. Donc, une petite relecture, mais seulement d'un petit, parce que déjà que je n'avance pas avec ma Jeannette qui ne peut être heureuse parce qu'elle n'est pas normale, si je recommence avec Echenoz, elle va rester sur le quai, la pauvre.

Donc "Jérôme Lindon", un tout petit opus que j'avais lu il y a longtemps comme l'hommage d'un écrivain à son éditeur ( publié après la mort du mythique fondateur des éditions de minuit), ce qu'il est, mais à la relecture, je me suis rendue compte que c'était aussi le portrait en creux de l'écrivain lui même. Un écrivain qui évidemment ne réèlee rien d'intime sur le microcosme éditorial parisien et ses écrivains porno strar ( Oui, je sais, je fais une fixette sur Angot, mais je vais arrêter, parce qu'elle a quand même fini par se tasser sur la scène du théâtre médiatique de la rentrée littéraire et que donc, ce n'est plus la peine de se faire du mal)

Le texte se réduit à un minimum, lui et lui et quelques rencontres, seule l'écriture recrée une intime connivence, une admiration peut-être réciproque mais non-dite, dans les interlignes. des années pendant lesquelles ces deux vont se parler, se téléphoner, déjeuner, marcher ensemble avec des blancs discrets que l'on devine essentiels à l'écrivain qui a perdu son éditeur. Depuis la première rencontre, le premier manuscrit accepté dans l'étonnement d'un Echenoz de voir son futur livre publié avec la blanche couverture et l'étoile bleue de "Minuit". Lindon, lui refuse le deuxième, le rabroue, il est trop lent, il ne fait plus partie des éditions ( Diantre, cela vaudrait-il dire qu'Echenoz aurait des oeuvres cachées dans ses tiroirs ...). C'est presque l'histoire d'un pas de deux, entre un mentor qui n'en est pas vraiment un et un écrivain qui est un train de devenir un auteur reconnu. Parce que Lindon refuse aussi qu'il publie ailleurs que chez lui, lui déconseille plus qu'il ne conseille, tente de lui faire changer certains titres, même son prénom, le ouspille comme un gamin lorsqu'il porte des jeans troués aux genoux. Et pourtant une relation rare est évoquée, d'égalité malgré tout entre le mythique éditeur du Nouveau Roman et un écrivain tendu, mais sûr de lui. Persuadé qu'Echenoz descendant de Robbe-Grillet, alors que non, merci, vous pouvez passer le plat au voisin. Et aussi ce savoureux malentendu avec Beckett ... Bon évidemment, une savoureuse rencontre avec Beckett qui prend dix lignes de récit, n'est pas forcément vendeur ...

Un texte peut-être anecdotique du point de vue "littéraire", mais d'une rare discrétion de déclaration d'amitié. Pour les fans, les curieux, au détour d'une plume.

Moi, du coup, je me relirai bien "Des éclairs" et "Ravel", voire "Je m'en vais", mais il y a Jeannette qui m'attend. 

 

Athalie

 

Du même auteur sur ce même blog :

 http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/10/11/14-eche...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/11/06/courir-...

 

15/10/2012

L' antarticque Claire Keegan

l'antartique,claire keeman,nouvelles,nouvelles irlandaisesJe me suis dit : "Tiens, je vais lire un recueil de nouvelles de Claire Keeman" , d'abord parce j'ai adoré Les trois lumières, et puis, que je pouvais du coup entrecroiser avec un roman, plus au long cours, un coup, une nouvelle, un coup, le roman au long cours (bon pas un Echenoz, pas un Louise Erdrich, pas un Sandor Marais, pas un Oates, ce qui en élimine pas mal de ma "pile prévue"). L'idée étant de m'empêcher de lire toutes les nouvelles à suivre et après de toutes les mélanger dans ma tête. Un peu comme un pot en plastique rempli de bonbons haribo qui mélange les fraises tagada et les bananes jaunes fluo, parce qu'au bout d'un moment, je ne sais plus, je ne sais plus si je mange une fraise ou une banane, ce qui me gêne, même si j'aime bien les deux. Mais j'aime aussi savoir ce que j'ai en bouche.

Raté. j'ai tout avalé à suivre, le bien, qui m'arrachait des  sentiments larvés, le moins bien, qui me laissait de marbre mais toute aussi impatiente de lire la suivante, de nouvelles, au cas où la lumière des trois lumières reviendrait clignoter, et elle revient souvent. d'abord, dans la délicatesse de "Des hommes et des femmes", où la petite fille qui ouvre les barrières de la ferme dans le froid alors que son père reste dans le chaud de la voiture, verra sa mère , au détour d'une salle de bal, frôler l'émancipation et que la silhouette patermelle s'estompera devant l'impuissance d'une femme qui se redresse, un moment, du moins. Silhouette encore dans "l'amour dans l'herbe haute", celle de Cordélia, si solitaire dans son attente pathétique et improbable de la lacheté d'un homme qui ne sait choisir entre elle, l'aventure, la tranquilité de son quotidien et recule le choix dans un lointain futur : le rendez-vous sera pourtant tenu, même si ce ne sera qu'esquisse d'une crépuslaire fin. "Orages" où l'amour de la fille vient tenir par la main la folie de sa mère, à moins que ce ne soit l'inverse. Et celle qui m'a touchée jusqu'à la moëlle, la revanche de la soeur oubliée dans "Les soeurs", quand l'oubliée tranche dans le vif et démasque les faux semblants, juste avec un bon coup de ciseaux là où ça fait mal. ( Là, comme une gamine, je me suis dit : "Bien fait, pour ta tronche !")

Ce cadre compressé de la famille restreinte, est si souvent repris qu'il peut lasser (mais pas moi), où se tisse et se découse un amour loin d'être éternel, ni évident, mais où l'éphémère, même éphémère, rassure, et même bancal, laisse à l'enfance une voix prégnante. Beaucoup d'histoires de femmes, beaucoup de tendresses et de voix larvées, en sourdine, un fil du rasoir.

A consommer donc avec délectation, mais modération, sans gourmandise excessive, car une nouvelle ne valant pas l'autre, faut pas confondre les bananes avec les fraises.

 

Athalie

11/10/2012

14 Jean Echenoz

imagesCAZG7F59.jpgJe tiens à être claire, cette note est parfaitement subjective, encore pire que d'habitude, si possible ... Parce que moi, quand j'entends : "Il y a un nouvel Echenoz qui va sortir en octobre", je commence à m'impatienter le 30 septembre, à songer à poster un appel à témoins le 31, à envoyer un mail rageur à l'éditeur le 1er ... Sauf que là, j'ai été doublée, il m'est arrivé en cadeau. Je voulais me laisser saliver, tourner autour, me laisser séduire, lui laisser le temps de jaunir un peu, de se poser, entre les autres "pas encore lu", lui trouver un temps. Loupé. Je l'ai ouvert et une heure après, je l'ai refermé. Fini. Je l'ai reposé à côté de moi, tout blanc encore dans sa couverture de minuit immaculée, sans même une page cornée. Fini. Sans aucune trace d'avoir déjà été lu. Bon, j'aurais pu le relire, mais même en étant de parfaite foi, ce n'est pas un "grand" Echenoz. Mais c'est un Echenoz bien, donc j'en dirai du bien. C'est çà que je voulais dire, en voulant être claire ...

14, évidemment, c'est la première année de la première guerre. Et des romans sur la première guerre, il y en a quand même un paquet, et des gros, et des longs, et des épais, des suintants de rages, de douleurs, d'indignations légitimes et légitimées par nous, qui ne pouvons qu'entrevoir. Sauf que là, le roman, il est tout petit et vu l'écriture "blanche" du père Echenoz, on se demande comment il va la faire suinter sa guerre. En fait, évidemment, on part de loin, tout en distance, à vélo, sur une colline, un livre tombe, il ne sera jamais lu parce que le toscin sonne et que Antelme va partir à la guerre. Echenoz fait partir cinq hommes et rester une femme, Blanche, qui a sûrement une histoire avec soit Charles, le sous directeur de l'usine de chaussures de son papa, soit le Antelme, le comptable de l'usine de chaussures de son papa. On ne sait pas trop, mais les deux partent sous son regard. Distance. Blanche.

Tout est conforme à ce que l'on sait, d'ailleurs Echenoz le souligne, pas la peine de trop s'étendre sur les scènes obligées ( du coup, on se demande un peu pourquoi il les évoque quand même, mais bon, laissons de côté cette remarque par trop objective pour être honnête) : les vivats du départ, l'optimisme généralisé, la préparation inexistante, le choc du premier combat, la plongée dans les tranchées, les corps hachés par les obus, la désorganisation fatale aux hommes, la chair à canon mangée de poux et de rats. On n'y apprend rien. La guerre écrite par Echenoz, elle est au raz de marée de l'homme, c'est une guerre de côté, biaisée. Tout y est, mais comme rattrapé par le dernier mot de la phrase, celui que l'on attendait pas là. J'ai eu l'impression qu'il se débarassait d'elle, en fait, pour aller vers la deuxième partie, le contrepoint du retour à une vie après la fureur. Alors que l'orage guerrier se déchaîne encore, en ses grandes largeurs même, on n'en perçoit plus que les échos, en arrière-plan des petites vies, loin du front, qui reprennent, avec quelques absences, quand même ... un histoire de landeau, de brodequins, puis de mocassins, (faut quand même que l'usine de chaussures fonctionne), de deux portes qui s'ouvrent dans un hôtel. Et c'est fini. Et vu que le prochain, ce ne sera pas tout de suite, me voilà bien marrie devant mon livre fermé.

Merci ma dealeuse !!!!

Athalie

Du même auteur sur ce même blog : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/11/06/courir

 

08/10/2012

Nature morte Louise Penny

imagesCAKRTUHM.jpgJ'étais plantée devant mon étagère des "pas encore lus", cherchant un bouquin léger à me mettre sous la couette, un livre demandant quelques neurones mais pas trop quand même, genre qui coule sans faire trop d'histoires, fraises tagada sans trop de crème glacée à l'intérieur. Pas du Oates, quoi. Et Sandor Marais me faisait de l'oeil, mais je n'avais pas envie de gâcher. "Nature morte", donc,  Louise Penny, donc. Je ne sais plus où je l'ai déniché celui-là, un nom qui me disait quelque chose, un jour où j'avais oublié mon carnet de "pile prévue" et que j'ai dû voir sur un étal de " auteure féminin à série à succès". A moins que je n'ai fait un gloubibalga entre Louise Penny, Anne Perçin et Anne Perry. Trois auteures que je n'ai jamais lues, mon blog s'en souviendrait.

Quelques neurones plus tard, me voilà dans un village québécois de carte postale, "Three Pines", avec presque dans l'ordre d'apparition le couple d'homosexuels réfugiés là pour être loin du monde perfide des hommes, des vrais (je blague là !), respectivement amateur d'antiquité et fin cuisinier, hôtes charmants du café tiré à quatre épingles et du confortable hôtel (le seul d'ailleurs) du coin. Et là je ne blague pas, il y a même un moment où le fin cuisinier apparaît ceint d'un sain tabler ... Dans la même presque première scène, on a le reste de la bande : un couple d'artistes peintres, qui font plutôt dans l'abstrait, elle Clara, est très intuitive, et lui, Peter, très renfermé, Ben le gentil garçon un peu poussé en graine quand même, et un peu castré par sa maman, mais depuis qu'elle est morte, il va mieux, et surtout Jane Neal, l'institutrice à la retraite, aimée de tous et de toutes (oserai-je vous dire qu'elle est aussi charmante que vieille fille ? ben oui, faut tout oser quand on a commencé !). doit avoir lieu la sélection des oeuvres pour le prix de peinture local et séïsme de l'amitié, Jane propose au jury pour la première une des oeuvres de sa composition. Jusque là, elle les a si bien cachées qu'on pourrait croire qu'elle en a honte.Je commençais à espérer une grosse cochonnerie (je sais, j'ai mauvais esprit), mais point du tout, c'était juste l'évocation d'un "Jour de foire" dans le village. Ce qui a l'air pour certains membres du jury, d'être une grosse cochonnerie. Ou un chef-d'oeuvre ? Le jury est en émoi. Surtout que le lendemain, la gentille Jane est retrouvée morte dans les bois.

Peut-on assassiner une vieille femme respectable, peintre de croutes à énigmes, membre respectable de l'association des femmes anglicanes, sans être un dangeureux prédateur aux mobiles obscurs et inavouables ? C'est que va devoir découvrir l'inspecteur Gamache, fin observateur de ce petit monde, notamment en restant assis sur un banc au petit matin, mastiquant le croissant frais du fin cuisinier.

Bon, je mets le point final à mes neurones, parce qu'ils ont eu ce qu'ils ont cherché et que ce livre à un mérite, il a un certain exotisme ( quebecois ? point d'interrogation, car je n'y connais rien en littérature québécoise, mais je me renseigne via http://ray-pedoussaut.fr/) et il se laisse lire, et c'est parfois tout ce que l'on peut demander.

 

Athalie

 

05/10/2012

Pour seul cortège Laurent Gaudé

pour seul cortège,laurent gaudé,romans,romans françaisQuand Gaudé fait du Gaudé, ce n'est plus du souffle épique qui tournoie les pages, c'est de la marche forcée de la lectrice essouflée quelque peu, vers le sublime grandiose, ou le grandiose sublime, de la destinée brisée par l'histoire.

Je ne peux pas dire si j'ai aimé ce livre ou pas en fait, toujours pas, ce qui me contrarie. En plus, tout le monde, ou presque, connaît l'histoire, sait que Gaudé a une fois de plus, prit l'Histoire Antique à bras le corps des mots pour étreindre rien de moins que la figure d'Alexandre Le Grand et lui trousser sa chemise romanesque à sa sauce Gaudé. Pimentée ou pas ? Je ne sais toujours pas.

Aux premières pages, Le Conquérant danse le pas de deux avec sa Douleur, dans la flambloyance de sa Gloire en son Palais. Puis Le Conquérant tombe, se meurt doucement, puis définitivement. Mais avant le dépeçage des héritiers guerriers autour de la dépouille, le texte convoque : en un, l'âme chevauchante d'un de ses anciens fidèles, toujours fidèle, qui vient lui dire sa conquête et sa Gloire pour le ramener vers la vie dare-dare, en deux, une princesse oubliée. Enfin, qui voudrait bien être oubliée, parce que le Sublime et le Grandiose, elle a déjà eu sa dose. Enfermée volontaire loin de l'Empire, l'Empire va venir la tirer par les pieds hors de son monastère où les moines l'allégeaient du poids du monde en suivant son corps des mains et en balançant du safran en l'air. ça a l'air simple, comme ça, mais en fait, ça ne marche pas vraiment.

La princesse qui voudrait bien que le Grandiose Sublime lui fiche un peu la paix, c'est Drytéis, fille de Darius, le vaincu d'Alexandre, elle a déjà vu une civilisation se casser la figure et elle n'a pas envie de recommencer, en plus, elle a eu un fils, et de la Malédiction du Pouvoir, elle ne veut plus, surtout pas pour lui, l'enfant. Et pourtant, le seul cortège vrai d'Alexandre, ce sera Elle, Elle, et les chevaliers du Gandhara, exilés volontaires et fantômatiques, déserteurs des combats fratricides que les héritiers du Grand Empire ne pouvaient que se livrer pour que le monde soit monde.

La quête du Pouvoir, la soif de Gloire, l'Humilité d'une femme et d'une Mère, le Sacrifice de Soi pour un grain d'Humanité planté quelque part, ou quelque chose comme ça ... c'est parfois beau comme un chromo, parfois essouflant comme une écriture tellement flambloyante que j'en devenais sourde. Un parfum de relu jusqu'à plus soif, et pourtant ....

Ai-je aimé, je crois que oui, mais je n'en suis pas sûre. Ce qui M'énerve, maintenant.

 

Athalie

Un autre commentaire en demi-teinte : http://jemelivre.blogspot.fr/2012/09/pour-seul-cortege-la...

Et sur ce même blog du même auteur : Le soleil des Scorta, un must pour moi, avec La mort du roi Tsongor et aussi Eldorado (moins mais quand même ...)

02/10/2012

Le rôti de porc à l'ananas

rôti de porc à l'ananasComme je n'arrive pas à faire ma note sur "Pour seul cortège", et que je n'ai pas enore fini de me demander si je l'ai aimé ce Gaudé, ou pas, finalement, je reprends la série cuisine, avec un plat de demi saison, puisque nous sommes dans la demi saison. Et aussi parce que j'ai appris de source orale, que certains s'étaient lancés dans la confection des crevettes au curry, et que cela m'a fait bien plaisir ( que les deux sources orales en soient remerciées), voici une recette du même accabit.

Retour aux valeurs sûres, se rendre dans le super marché du coin au rayon viande sous vide. Tout saucissonné dans son plastique, vous y trouverez le morceau de rôti de porc saumuré (fumé) de vos rêves, suintant encore un peu la saumure industrielle, mais sans un pet de gras et tout rose chimique. Le prendre en surmontant toutes vos réticences biologiques, et tant que vous y êtes dans le pas naturel, se rendre d'un pas décidé dans la rayon des conserves et embarquer une boîtes d'ananas en boite, une petite ou une grosse, selon le rôti choisi. ( J'ai essayé avec du frais, mais c'est gâché, en plus, le frais, il ne vient pas de France, donc, pas plus bio que l'achat de la boîte. A ma connaissance, il n'y a que Balzac à avoir tenté de faire pousser dans l'ananas en région parisienne, ce qui fait que pour en finir de la parenthèse, c'est un plat à presque référence littéraire).

De retour à la maison, vous ouvrez le cellophane un peu poisseux pour libérer le rôti, puis vous tirez sur la languette faite pour de la boite d'ananas, vous retrouvez un bouillon de cube de boeuf dans son emballage, jaune, le plus souvent, et le pot de miel liquide ( pas le fond du pot de miel bio de vos vacances d'il y a deux ans, il est terminé depuis que vous avez réalisé la soupe indienne glacée). dans un plat qui va au four, vous mettez le rôti et vous le tranchez dans le bon sens pour y fourer les tranches d'ananas, coupée en deux, sinon, à la fin, le rôti, il a l'air d'un éventail. Ne pas couper entièrement, sinon, ce n'est pas fourer, c'est intercaler, ce qui est triché parce que c'est plus facile. Mettre un fond d'eau chaude dans le plat pour faire fondre le cube de bouillon, sel, poivre, miel, un peu de jus de la boîte. Entourez de pommes de terre, epluchées, si possible. Enfournez pour un temps incertain mais vérifiable en utilisant la fonction lumière du four. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut quand même que les pommes de terre soient cuites. On pourrait ne pas le croire, mais c'est bon !

Athalie