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07/11/2012

Le rapport de Brodeck Philippe Claudel

le rapport de brodeck,philippe claudel,romans,romans françaisNon, je n'ai pas lu le dernier Claudel, ni même l'avant dernier, je suis restée coincée entre Les âmes grises et Le rapport de Brodeck, deux anciennes lectures. Ce qui m' a fait revenir sur celle-ci est un article de Dominique à propos d' un livre qui porte le titre de "L'antisémitisme en Pologne après A".

J'aime parfois me dire que l'homme est bon pour l'homme, j'aime parfois me bercer d'illusions ....

Donc, j'ai repris Le rapport de Brodeck, parce que les illusions, c'est bien joli, mais c'est même pas vrai. Je relis, entre les lignes romanesques, l'histoire d'un homme à qui l'humanité normale ( pas des bourreaux anonymes, ce serait trop facile, des voisins, pour reprendre le titre de Dominique) a fait tant de misères crasses qu'il aurait dû tomber par terre, mais non Brodeck s'est fourré encore plus bas pour que le malheur ne l'attrape plus.

Brodeck  est un tout petit homme, d'un petit village. Il y est arrivé il y a longtemps, dans la charette de la vieille Fédorine, première guerre et premier exil. Il y a grandi, il a même été enfant de choeur. Aidé par son instutiteur, il est parti faire des études à la Capitale, où les "comme lui", c'est-à-dire les "pas comme les autres" ont commencé à s'en prendre plein la figure, sérieusement. Ni vraiment lache, ni vraiment courageux, avec sa belle fiancée Emélia, il est revenu auprès des siens. La guerre arrive dans le village et avec elle, les soldats de l'armée qui demandent que la Purification soit faite. Alors, parce que la communauté des hommes "comme les autres" est ce qu'elle est, il va être donné. Dans le camp, il sera "le chien Brodeck" mais il survit et revient retrouver Emélia, une autre Emelia, mais son amour quand même. Dans son silence, il se tisse son bout de vie. Jusqu'à ce qu'un autre arrive, à son tour, troubler l'ordre de ce qui se fait, l'Anderer, une sorte de magicien, ou de peintre, un drôle de bonhomme qui regarde la noirceur des hommes et la leur renvoit, même sans rien dire. Le village, cette fois, n'aura pas besoin d'une idéologie de la terreur pour faire disparaître celui qui doit être sacrifié au bonheur de brouter en rond.

La trame narrative est bien plus complexe que mon petit résumé. Comme Brodeck, le livre s'emmêle, tourne et retourne les grandes questions : la culpabilité, ça finit où ? et l'innocence, c'est son contraire ou son double ? Peu seront sauvés par l'écriture à la fois poisseuse et ample de Claudel. Pas même Brodeck. 

J'avais adoré la force de ce roman dont on peut lire parfois qu'il semble plus apologue que romanesque, parfois empli d'un symbolisme un peu trop manichéiste et sombre, soit. Mais il a le mérite de s'empoigner avec les marécages, qui eux aussi ont une histoire, et comme dans "Certaines n'avaient jamais vu la mer", de laisser trace de voix, réelles, historiques, qui sans le roman pourraient s'effacer.

 

Athalie

PS : je rajoute une note de eeguab, parce que je suis "trop" d'accord avec lui :

http://eeguab.canalblog.com/archives/2008/02/27/7955563.h...

 

 

 

Commentaires

Moi j'ai trouvé ce rapport très intéressant.

Écrit par : Eeguab | 07/11/2012

C'est très bon roman et je ne reprendrais que le titre de ta note "Tous au rapport" !

Écrit par : Athalie | 08/11/2012

"Les âmes grises" m'a beaucoup plu et depuis cette lecture, j'ai inscrit ce rapport sur ma LAL... et depuis j'ai lu "L'Enquête" (complètement différent, et toujours pas celui-là alors qu'il a tout pour m'intéresser et même plus (j'ai du sang polonais).

Écrit par : Ys | 07/11/2012

L'action n'est pas clairement située dans "Le rapport", mais les allusions sont assez claires pour pouvoir la situer "quelque part vers l'est". La force du roman est de ne pas ( à mon avis), seulement dénoncer l'extermination de "l'autre" mais de monter comment des gens "normaux" en viennent à la considérer comme "normale". C'est terriblement déstabilisant. Un roman qui devrait te plaire !

Écrit par : Athalie | 08/11/2012

Un livre qui est sur ma LAL depuis longtemps, de l'auteur j'ai beaucoup aimé "la petite fille de M. Linh" et "le café de l'Excelsior".

Écrit par : Aifelle | 08/11/2012

"La petite fille" ... comment ai-je pu oublier de mentionner ce titre ... merci de le rappeller. Je me souviens d'en avoir fini la lecture en larmes sur une plage en me cachant derrière ma serviette. Je n'avais pas vu le "coup" final venir, il m'avait cueilli en plein coeur.Quant ce titre, "Le rapport", il est peut-être moins sensible, plus réflexif, le côté apologue que je mentionnais dans la note lui est parfois reproché, mais, pour moi, il est mené d'une main de maître.

Écrit par : Athalie | 08/11/2012

J'ai énormément aimé ce roman que j'ai lu longtemps avant de tenir un blog et que je n'ai jamais remis sur le devant de la scène, tu as parfaitement raison de la faire, c'est vraiment un excellent roman
merci à toi pour le lien

Écrit par : Dominique | 08/11/2012

Merci à toi, Dominique, c'est ta note sur l'essai de Jan Gross qui m'a donné l'impulsion pour écrire un petit truc sur ce grand roman (lu avant blog aussi) sur la tentation de l'oubli, la force de la lâcheté et la nécessité de continuer à lire, à savoir. J'ai pris en note les autres références sur ce même sujet que tu donnes sur ton blog, je pense que je viens bientôt lire "Le retour du passé", au minimum.

Écrit par : Athalie | 08/11/2012

Claudel est selon moi un des plus grands écrivains français actuels. Vraiment un grand monsieur même si son nouvel ouvrage (Parfums je crois) me tente moyennement.

Écrit par : jerome | 08/11/2012

Tout à fait d'accord avec toi, l'auteur des "Ames grises", du "Rapport de Brodeck" ne peut être qu'un grand monsieur. "Parfums" me tente bien, si j'ai bien compris, on est dans l'évocation olphactive par rapport à la lecture. Moi c'est plutôt gustatif, mes correspondances, mais bon, on ne va pas faire la fine bouche ...

Écrit par : Athalie | 08/11/2012

Pas simple de résumer Le rapport de Brodeck et je trouve que tu t'en tires très bien. Claudel est un auteur que je chéris particulièrement car on peut comprendre ses intrigues au premier degré et au second (sans humour, malheureusement)

Écrit par : Philisine Cave | 09/11/2012

Merci ! le résumé "oublie" plein d'éléments pourtant essentiels, mais c'est un si riche roman ... sans aucun humour, c'est sûr ! ( du moins pour les trois textes que j'ai lu, peut-être "parfums" est-il plus léger ?)

Écrit par : Athalie | 10/11/2012

J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman d'une rare puissance.

Écrit par : Anis | 21/11/2012

A la relecture, il m'a paru encore plus fort que la première fois, parce que j'avais enfilé les pages. Là, j'ai relu des passages sans avoir envie de lire la suite immédiatement et l'urgence de la thématique ( lâcheté et exclusion, le bon ménage que voilà) m'a ressauté aux yeux. Seules les femmes, ou presque, sont épargnées, ce qui bien gentil de la part de P. Claudel ...

Écrit par : Athalie | 22/11/2012

Les commentaires sont fermés.