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08/12/2012

Les chutes Oates

120120_dz9td_funambule-niagara-spelterini_6.jpgAttaquer un Oates presque juste après un Kadsisch, évidemment, c'est prendre des risques, vivre sur une corde raide, risquer l'engloutissement définitif. Mais, il y avait la veuve blanche des chutes qui me sussurait "Viens, tombe avec moi, viens rechercher les morts, les âmes de ceux qui te sont cher et de ceux qui le seront, les âmes que je prends depuis la nuit des temps". Alors, j'y suis allée, et en suis revenue presque intacte, pour une fois. Pourtant, ça tangue.

Ariah est fille de pasteur. A 29 ans, elle est non seulement célibataire mais aussi vierge, aussi vierge qu'on peut l'être, totalement ignorante du simple BABA de la chose qui se fait sous les draps. Le physique revêche et filasse, la poitrine plate, c'est pas gagné. Ce pourquoi ses parents l'ont abiboché avec un fils de pasteur, pasteur lui-même et pas mieux loti qu'elle côté chappe de plomb sur "la chose" obligatoire dans le mariage, amateur de fossiles, il est enfoncé dans les abysses de la honte, on saura plus tard pourquoi. La nuit de noce est le désastre sordide programmé et dès l'aube, le mari d'Ariah se jette dans les chutes du Niagara, qui en a engouffré d'autres des désespoirs, et qui restera jusqu'au bout du roman, la sourde menace qui attire tous les personnages tour à tour dans ses remous.

Veuve subite, Ariah attend, se ronge de remords, pour elle, pour lui, le mari pitoyablement éphémère. Le cadavre réapparut, sa honte presque bue, étonnament, Ariah s'émancipe du carcan conventionnel, fascinant sans le savoir le bel avocat, Dick Barnaby. Riche, réputé, de bonne famille, mais d'une famille à fuir, le couple va fusionner, puis procréer. Mais le démon est là qui veille, chez Ariah, de toute sa force d'auto-destruction morale, et elle est balèse. Comment s'e^mp^cher d'être heureux, mode d'emploi, et faire quelques éclats au passage chez les "héritiers" qui vont devoir s'en dépatouiller ...

Le roman brasse plus large que la famille névrotique au travers d'une autre faillite, celle de la ville des "Chutes" entièrement vendue à l'autorité diffuse et a-morale des grandes entreprises de produits chimiques qui, elles, ne polluent pas que les âmes, et Dick, le colosse qui ne savait pas qu'il avait des pieds d'argile, va comme les autres personnages, se nouer la corde cruelle qui mène à la chute.

Réaliste et presque fantastique, onirique parfois, c'est un très subtil mélange qui laisse un goût de vase, tant le démon intérieur ronge la façade de la famille d'Ariah érigée par Ariah, pour leur perte, peut-être.

La fin m'a un peu déçue, comme pour " Nous étions les Mulvaney", elle sonne un peu "en toc", comme pour rattraper en vol une normalité que l'on avait laissée vraiment loin derrière soi.

 

Athalie

 

De la même auteure, sur ce même blog : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/07/14/delicie...

 

Commentaires

Bon, je vis le livre à travers ton article, vais-je l'iamer ? je n'en sais rien. Ce qui est sûr est que j'ai à lire Nous étions les Mulvaney très bientôt !!! bisous

Écrit par : Philisine Cave | 08/12/2012

"Nous étions les Mulvaney" est le premier titre que j'ai lu de Oates, depuis, je suis accro, je te souhaite une bonne lecture mais attention à toi, si tu résistes à celui-là, après faut augmenter les doses...

Écrit par : Athalie | 09/12/2012

JC Oates n'est peut être pas spécialiste des fins de romans !
j'ai ce livre dans ma petite liste depuis une éternité mais je ne me lance pas, j'avais aimé les Mulvaney et j'ai un peu peur d'être déçue ici

Écrit par : Dominique | 09/12/2012

Je n'ai lu que trois livres de cette auteure, celui que j'ai préféré pour l'instant, reste "Nous étions les Mulvaney". Pourtant, je n'ai pas été déçue par les autres, les thèmes sont récurrents ( "familles je vous hais", "femmes je vous aime" mais avec des nuances quand même), mais pour moi, ça fonctionne. Peut-être qu'elle a des fins qui rattrapent (un peu)ses personnages, parce qu'autrement, la lectrice-le lecteur serait achevé ?

Écrit par : Athalie | 09/12/2012

J'ai son dernier recueil de nouvelles dans ma PAL. Je ne suis pas un grand fan mais j'aime de temps en temps me replonger dans l'univers de cet auteur.

Écrit par : jerome | 09/12/2012

C'est un univers à elle toute seule, c'est sûr ! Ses nouvelles me font un peu peur, je crains l'uppercut (la forme brève préte plus aux coups, non ? On n'a pas le temps de se mettre sur ses gardes ...). Je vais attendre de voir ce que tu en dis avant de me lancer sur le ring !

Écrit par : Athalie | 09/12/2012

Je ne me souviens plus de la fin (mais pour être honnête, je me souviens très rarement des fins !)
Mon premier Oates, et j'avais beaucoup aimé. L'auteure m'avait très facilement emportée...

Écrit par : Ingannmic | 10/12/2012

J'ai mentionné la fin parce qu'elle m'a laissée sur ma faim (facile), mais bon peut-être que c'est parce qu'on mange du conséquent avant, qu'Oates nous allège un peu le dessert. (En même temps, je n'en ai lu que trois, pour l'instant ....)

Écrit par : Athalie | 10/12/2012

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