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31/12/2012

Montana 1948 Larry Watson

montana 1948,larry watson,romans,romans américainsPoints de grands espaces dans ce Montana là. Etrange, étonnant, pas courant chez le spécialiste de l'édition du "Nature writing". Je ne suis pas spécialement fan du genre mais depuis quelques temps, j'ai quand même tendance à craquer pour les cow-boy, solitaires ou non. Donc, là, non, et non seulement non, mais le Montana s'est rétréci même ... en plus, il y fait chaud, pour une fois.

Rétréci à une petite maison et une petite histoire. La petite maison est celle de Danny, douze ans, le narrateur, on a aussi un petit jardin, avec un grand arbre, une cave et des bocaux dedans. Le père est le shérif de la petite ville. Non seulement, il n'a pas l'allure d'un cow-boy, mais il n'en a pas non plus les trépidantes missions, vu que la ville est tranquille comme une ville qui ne serait pas au Montana. (pas le Montana littéraire que je connais en tout cas, le vrai je ne sais pas, je n'ai aucune envie d'aller me geler au Montana, ni d'y crever de chaud, si ça se trouve il n'y a pas de thé de Noël ni de plaid en fourrure blanche synthétique pour lire dessous) Sa mère travaille aussi, dans un petit bureau. Ce qu'il fait qu'ils ont une bonne, Marie, une jeune indienne de la réserve d'à-côté, fraîche, drôle et rose. Ils la traitent bien, le père est raciste mais sans plus, Danny l'aime beaucoup. Sauf qu'elle tombe malade, gravement, et qu'elle va faire exploser la petite histoire et le petit monde.

Faut dire qu'autour de la petite vie peinarde de Danny, trônent deux grands espaces qui font leur poids lourd, eux : le grand-père, le chef dynastique et tutélaire qui habite son domaine et sa maison de rondins comme d'autres chaussent leur mustang à cru, et le grand-frère, le médecin de la ville, mais surtout le grand-frère, brillant, charmant, plaisant, héros revenu de la guerre, et le préféré du grand-père.

Alors, quand le héros est menacé par les paroles de Marie, qui pousse les hauts cris à sa vue et ne veut pas de lui comme docteur, puis l' accuse, le grand-père sort l'artillerie et le frère shérif, ses états d'âme. Comment le redresseur de tort moraliste va-t-il s'en sortir ? faut-il sacrifier sa famille et faire reconnaître la justice ? la justice pour qui ? les paroles des indiennes ont-elles du poids ? Un procès équitable serait-il même possible ?

Voilà, c'est dit, un récit intimiste donc. David voit les dégâts à sa mesure, regarde les grands débats intérieurs de ses parents de l'extérieur, les déflagrations à sa taille. Oui, il aimait Marie, mais bon, il aimait aussi faire du cheval dans le domaine de son grand-père. Oui, il aimait son oncle, mais bon, si c'est un méchant, faut bien faire avec ... Oui, il voudrait grandir et comprendre, mais puisqu'on le laisse en dehors ... Le conflit le traverse comme souffle le vent dehors. Du coup, j'ai trouvé ce texte un peu plat, limitée à cette vision, sans doute voulue comme naïve et incomplète, à la hauteur du narrateur enfant.

 

Athalie

L'avis de Jérôme, mitigé comme le mien mais avec plein de liens pour en lire des plus enthousiastes, et il y en a beaucoup !

http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/12/montana-194...

Notamment chez Ys

http://yspaddaden.com/tag/larry-watson/

29/12/2012

Cold in hand John Harvey

cold in hand,john harvey,romans,romans anglais,romans policiersMa foi, j'ai dû louper un épisode ou deux de la série, moi. D'abord, je ne savais pas qu'Harvey avait repris la série de Nottingam, celle avec Resnick. Du coup, bien contente, la Athalie se lèche les babines. J'ouvre, et oh ! nouvelle surprise, v'là Resnick, qui s'est mis en couple ! Ma foi encore, ça m'a fait un choc ! Un peu comme si Wallander sortait de sa dépression chronique ou que Erlendur retrouvait enfin son frère ( Oui, je sais qu'il est mort, le frère, mais bon, c'est pour dire l'ampleur du choc)

Resnick, l'immigré polonais qui trainait sa langueur au rythme du jazz à l'ancienne, celui qui n'avait jamais rien de normal à manger dans son frigidaire, ce qui ne l'empêchait pas de se tacher la cravate avec, celui qui se contentait très bien de ses trois chats pour seule conversation humaine... Bon, ben le voilà maqué, et amoureux, sacrément même, avec la petite dernière de sa brigade, la Lynn Kellog, qui débarquait juste de sa campagne mais apprenait vite. Ben, elle a gravi les échelons, la jeunette... Et aussi au commissariat.

Resnick, non, pas vraiment, il attend plus ou moins la retraite, alors que elle, elle vient de mettre fin avec brio et douceur à une prise d'otage d'un pauvre forcené à bout de course. Tambour battant, elle file rejoindre le resnick pour une douce soirée de la saint valentin quand sa route va croiser celle de Kelly Brent qui est en train de transformer une jalousie amoureuse en une rixe entre deux bandes adolescentes. Lynn s'interpose, deux coups de feux éclatent. La policière n'a presque rien, la jeune fille est morte.

Très vite, le père accuse, Lynn se serait servie de Kelly comme bouclier. Elle est responsable, elle doit payer pour ça et aussi pour toute sa haine au père, haine de tous et surtout des blancs : un sacré provocateur au bagout bien senti. Resnick se retrouve responsable de l'enquête pour innocenter sa belle, ce qui va lui faire tourner ses cornichons au vinaigre.

Une deuxième enquête commence, Lynn toujours en première ligne, au centre d'une nébuleuse : prostitution, traffic d'armes, corruption. Un requin lui offre des fleurs et tourne autour des pots. Rien n'amadoue la Lynn jusqu'à ce que tout s'arrête et que Resnick ne soit bien obligé de reprendre là où Lynn est tombée.

A la fin, on ne saura pas vraiment tout sur tout, des bouts d'histoires flotteront encore, perdus en route par inadvertance narrative ou lectrice. Mais ces changements de rythme, de la description d'états d'âme souffreteux, de colère sociale et frustration raciale, de la description flaneuse d'une boutique de masseuses importées, d'une banlieue, lents et fouillés, sans en avoir l'air, mènent aux moments de charme d'un repas partagé, ces coups d'yeux incisifs mais dans les coins, mènent son lecteur par le bout du nez.

Pourvu que Resnick ne prenne pas encore sa retraite, même si sur ce coup-là, il aurait de quoi se reconvertir au jardinage.

 

Athalie

 

Du même auteur sur ce même blog : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/12/22/traquer...

 

27/12/2012

Bilan olfactif, septembre, octobre, novembre ...

Toulmouche_Le_Billet_1883.jpgJ'aime bien les listes, surtout les listes de livres, comme j'aime bien en faire des piles aussi, des tas, aligner des noms sur des carnets, des feuilles, des bouts de feuilles, des bouts de carnets et j'aime bien les odeurs aussi, les bonnes, et les bons livres (pour moi !) auront donc cette fois une odeur ...

La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao de Junot Diaz sent le piment fort, avec un arrière goût d'extra terrestre d'outre-tombe.

Lonesome Dove de Larry Mc Murthy, refoule du goulot des grands espaces et traîne des effluves d'herbe sèche, au son des guitares de cow-boy et des complaintes irlandaises en exil.

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka, quand les embruns laissent place à la marée basse, il reste l'odeur de la poussière des champs et des chemins, la sueur âcre du travail, revêche comme celle des rêves dissous.

Betty de Indridasson : le tabac froid, après que les volutes des cigarettes grecques se soient dissipées dans un zeste de parfum de luxe, surranné et indécent, derrière une robe de soie, couleur "veuve noire" ...

Rescapée de Fiona Kidman a aussi un relent de sueur, mais à l'état sauvage, peut-être un peu mélangée avec une vague senteur de lit de fougères écrasées.

Les chutes de Oates sent la poudre. On y tire pas beaucoup, mais ça flingue.

Le cantique de Memeia d'Hélonida Stugart m'a laissé une saveur aigre-douce, sucrée-salée, encore en attente de décantation.

Quelques bonnes fragances, donc, peu de déceptions véritables, et pas mal de flacons prévus laissés (pour l'instant) de côté ... Sans compter les relectures, qui n'avaient même pas le goût du renfermé. ( Le rapport de Brodeck de Claudel et Le dictionnaire des idées reçues de mon bien-aimé Flaubert)

 

Athalie

25/12/2012

Les paradis aveugles Duong Thu Huong

les paradis aveugles,duong thu huong,romans,romans vietnamEvidemment, comme toujours (pour l'instant, du moins, dans ce que j'ai lu), l'action se situe au Vietman, le Vietnam communiste, et sa ville et sa misère des petites gens, son goût des voisins, ses odeurs, ses saveurs, ses cris des rues, ses entrelacs d'avec la campagne proche et ses traditions rurales qui résistent comme elles le peuvent à la mesquinerie d'en haut, le pouvoir mesquin des petits qui l'exercent.

La trame est mince, elle suit l'itinéraire de Hang, jeune fille à l'avenir prometteur, celui que son oncle Ching va un peu tout gâcher, et de sa mère, Qué, qui y a mis aussi de la bonne (ou de la mauvaise) volonté, et enfin, de sa tante paternelle,Tâm, qui tente de sauver les meubles, et les souvenirs, du père trop tôt disparu.

L'oncle Ching est un petit fonctionnaire, sa soeur est une petite commerçante, ce qui ne lui convient pas au frère, parce que le commerce, c'est l'ennemi de la classe ouvrière ; sauf que le fonctionnaire est pauvre, égoïste et la soeur généreuse et soumise aux lois familliales ancestrales plutôt qu'aux nouvelles règles du parti. Soumise jusqu'à l'idiotie, Qué va choisir son frère,  insipide, méprisant et orgueilleux, plus tard, corrompu, à sa fille, brillante, aimante, mais trop attachée à sa tante, celle qui tente de lui garder l'avenir ouvert, avec son royaume rural tout de douceurs parfumées et de gestes tendres, de fêtes et de fiertés.

Hang regarde, sans trop comprendre ainsi s'effilocher les liens entre elle et sa mère qui se saigne inutilement pour son falôt de frère et sa famille, la laissant elle, le long du chemin. D'héritière d'un royaume, elle deviendra ouvrière tisseuse en URSS, malade et affaiblie. Du moins est ce ainsi qu'on la découvre dans les premières pages du roman, alors que malgré tout elle se rend au chevet du Ching, toujours petit malfaisant sans envergure, qui l'appelle à son chevet.

Vu ce que l'on apprend après, évidemment, rien de très logique et il me faut bien le dire, ce n'est pas l'intrigue palpitante qui me retient à cette lecture, ni de voir que le communisme,  ça n'empêche pas de faire fortune, ni de mourir de faim ... Mais que la palpitation est belle et que je voudrais savoir quel goût a le "poulet mariné aux graines de lotus", "le riz gluant au momordique", "les graines de nénuphars cuites", quelle odeur a "la senteur fraîche des noix d'aréquier", quelle couleur, quelle pétale pour les fleurs de lentilles d'eau. Il y en a qui ont leur palais des mille et une nuits, moi, j'entrouve le mien en ces pages d'un monde si beau et si perdu où " des ordures flottaient agglutinées aux cadavres des éphémères";

Un des premiers romans de l'auteure, réédité par les très remarquables éditions Sabine Werpiesser, éditeure et auteure que je ne lâche pas de vue depuis l'envoûtant "Terre des oublis" ; envoûtant, ce roman-là l'est moins, mais il résonne d'échos ..... Ce qui est déjà pas mal du tout !

 

Athalie

 

De la même auteure sur ce même blog et non cité dans la note ci-dessus :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/10/29/sanctua...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/05/19/roman-s...

 

Mille Mercisssss et bisesssss A.B !

24/12/2012

Joyeux Noêl

 

Pas pu m'en empêcher, cette année non plus !!!

 

Athalie

22/12/2012

Soupe aux petits pois, lardons y croutons

604165_Z4PY7ZOAUJVM42PACAPMARJ8ABOZXT_la-princesse-aux-petits-pois_H155421_L.jpgIl était une fois une boite de conserve. Une boite de conserve de petits pois, pas cuits à l'étuvé ou quoi et sans carottes. Les petits pois, se sentant à l'endroit dans leur simplicité se mirent à rêver d'être cuisinés. La bonne fée Athalie, ayant la boite dans les mains leur accorda trois voeux : à l'eau dans la casserole, avec juste un demi bouillon de cube pour leur tenir compagnie, à la poèle avec du riz pour faire risotto exprès, ou en réduction liquide, chaude, crémeuse et appétissante. Le petit pois, qui n'a qu'une tête mais la bonne, mit peu de temps à choisir son destin. "Foin l'aluminium, choisissons le bol !"

Donc, une boite de conserve criait famine, mon estomac aussi, ça tombait bien, parce que celle-là de recette, elle tient au corps. Prenez la boite, ouvrez-la. Versez les petits pois de la boite avec leur eau dans le bol du mixer. Mixer. Versez le contenu du bol mixé dans une casserole. Rajoutez de l'eau du robinet dans la casserole à l'aide de la boite. ça économise la vaisselle, pas la peine d'en faire trop. Le petit pois en boite est modeste, il se contente de peu. Rajoutez un demi bouillon de cube : "poule" ou "boeuf", pas grave, c'est pour qu'il y ait un peu de gras dans l'histoire. Laissez chauffer.

Servez dans des bols, vu que c'est une soupe, quand même, avec crème fraiche et lardons (je les avais oubliés ceux-là, il faut les faire revenir, quand même, avant de les plonger dans la soupe. Enfin, moi, je fais l'inverse, je mets d'abord les lardons, puis la soupe, dans le bol. je ne suis pas sûre que cela change quoique ce soit d'ailleurs ...) voire croutons.

Prévoir une salade. Fraîche.

 

Athalie

20/12/2012

Grand-père avait un éléphant Vaikom Muhammad Bascheer

grand-père avait un éléphant,vaikom muhammad bascheer,romans,romans indiens,contesOu comment se faire avoir totalement de son plein gré et en toute conscience par une couverture rose kitch, le genre fluo à paillettes, qui vous fait cligner des yeux sur l'étalage. Avec une grosse éléphante glamour dessinée dessus qui rigole, ma fibre Bollywood  a vibré. La quatrième disait "conte et sagesse indoue", trop tard, le rose m'avait convaincue. Mais trop de rose nuit.

C'est la très courte histoire d'une jeune fille qui porte, par contre, un prénom à rallonge, si bien que je vais pas l'écrire souvent, KounnioupaHoumma ( le genre de nom à vous faire faire une faute de frappe de plus !). KounnioupaHoumma est fille de Houmma, elle même fille chérie de Anamakkar, le grand père qui avait un éléphant, visiblement un signe de gloire et de respectabilité, vu que la Houmma (mère), elle n'en démord pas. La famille est riche, très riche, supérieure, très supérieure, mulsulmane, très musulmane, fermée, très fermée. Pas comme ces "égarés", les Kafir. Pas trop compris ce que cela recouvrait comme religion ou comme caste, sauf qu'il peut y avoir des Kafir mulsumans et qu'une Kafir se reconnait à ce qu'elle porte un sari et un corsage à manches courtes qui découvre la taille. Ce que KounnioupaHoumma rêve de porter quand elle sera grande, ce dont il n'est pas question pour l'instant et pour ses parents. En attendant son mariage, elle reste immobilisée, dans la maison, couverte d'or et sans révolte. Elle attend qu'on vienne l'épouser. La mère est difficile et le père bientôt ruiné. Plus de mariage en vue, mais toujours pas de sari. Peut-être une liberté nouvelle en vue grâce à la pauvreté (oui, là, je tique un peu ...) un puits, une mare miroir du monde méchant, des toilettes sèches et déplaçables (non, je n'exagère pas).

Fable légèrement troussée sur (me semble-t-il) :

  • la différence religieuse et les apparences à dépasser, parce que ce n'est pas bien de ne pas dépasser les apparences, et qu'en les dépassant, on peut être heureux,
  • l'acceptation de son sort mais qu'on peut améliorer quand même un peu grâce aux toilettes séches et à la sagesse pragmatique d'un prince charmant.

Se laisse picorer en passant, mais bon, moi et la sagesse indoue, j'ai encore du boulot, faut croire.

 

Athalie

 

 

16/12/2012

Rescapée Fiona Kidman

rescapée,fiona kidman,romans,romans nouvelle zélandeUn roman d'aventure, un roman historique, un roman de moeurs, bien charpentré comme la coque d'un navire qui file droit sa route, un bon petit pavé comme on les aime ... "Un destin de femme", encore un à mon palmarès, mais aussi "des femmes" : Betty, "la rescapée", sa grand-mère et son ancienne institutrice devenue par hasard la confidente de l'aventure "honteuse". Le pluriel, ça change quand même un peu et du pluriel, il y en a d'autres aussi, sur fond de mixité pas assumée, de Maori et d'amours circonscrites sur des îles peu paradisiaques.

Betty est la descendante d'un couple de conscrits, des qui sont venus peupler l'Australie en purgeant leur peine loin de l' Angleterre, arrivés là par bateau pénitencièr. La peine purgée, ils se sont faits paysans pauvres, un peu relégués quand même. Betty va prendre soin de sa grand-mère pendant que sa tante prend soin, à sa façon, d'un autre conscrit, John Gard. Lui, il a commencé à s'enrichir un peu, chasse aux phoques, puis chasse aux baleines. Dire qu'il n'est pas un tendre est un doux euphémisme, disons qu'il n'exprime que peu de tendres sentiments. Comme prince charmant, on a vu plus convaincant. Ce rude célibataire a "le tison qui le brûle", et c'est la jeune Betty qu'il va choisir pour l'étendre. Pas vraiment la pleine passion pour elle, pas vraiment un vrai mariage, mais une alliance revêche et rapeuse, mais solide, entre ces deux là.

Deux enfants plus tard et deux comptoirs baleiniers ensuite, la rudesse de cette vie ne leur fait pas peur, entre massacres moaris et massacres de baleines, peu d'épanchements humanistes. Et le naufrage, John doit abandonner sur le rivage Betty et les enfants aux mains d'une tribu de "sauvages noirs". Quand, elle en reviendra, délivrée dans des conditions des plus louches et expéditives, c'est en captive qu'elle voit, et qu'elle est vue de la bonne société de Sydney. Qu'a-t-elle fait ? L'a-t-elle fait ? Qu'a-t-elle subi ? A moins qu'elle n'ait (" Non ....") ... ? Les bonnes langues autour de la table du gouverneur en laissent échapper quelques fantasmes.

Betty n'en dira rien, sauf à son ancienne institutrice, qui n'avait pour elle que mépris et ne jurait que par ses dieux grecs, mais prise elle aussi entre deux eaux de la respectabilité, son oreille se fait compatissante. Pendant ce temps-là, John grogne dans son journal : Betty a fauté, elle est salie, point de salut, sans un mot, ni pour la femme, ni pour la mère.

Evidemment, on finira par savoir le secret. Quant au sort de Betty et de John, le baleinier et la baleinière, ben moi, je n'en dirai évidemment rien. Sauf que les baleineaux n'ont qu'à se tenir loin de leurs eaux.

 

Athalie

 

De la même auteure sur ce même blog, des nouvelles d'un tout autre genre, mais plein de femmes dedans et moins de baleines : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/06/16/gare-au...

 

PS : et un autre deal de choix.... Merci A.M.

11/12/2012

Haddock, patates et ciboulette

haddock.jpgMoi, je dis qu'il faut réhabiliter le haddock. Je rappelle aux néophytes que le haddock, c'est du cabillaud de l'églefin fumé. Et que c'est bon (enfin, quand on aime le cabillaud fumé  l'églefin fumé, parce qu'autrement, vous pouvez passer la lecture de la recette, vu que le fumé, ça imprègne aussi les patates).

Le haddock est un poisson qui a une allure de poisson en plastique. Orange, parfois vif, il se tient presque à l'horizontal tout seul quand on le tient allongé. Il n'existe que sous la forme de filets, en général, dans une boîte en polystirène, dans un coin de l'étal du poissonnier, parce que le poissonnier, il en vend tellement peu qu'il ne l'en sort pas. Et vu que le haddock est fumé, il n'a pas besoin de glace sous lui pour avoir l'air frais. Un autre de ses avantages est qu'il n'a pas deux yeux morts qui vous regardent avec cette taie blanchâtre qui vous dégoûte à jamais de regarder un poisson dans les yeux.

En supermarché, sous barquette plastique, le haddock est moins orange. Du coup, il a l'air malade. Donc, il faut l'acheter chez le poissonnier, et en prendre pas mal car le haddock réduit à la cuisson, mais reste orange sur le dessus, ce qui est rigolo.

Ensuite, il faut acheter des patates, des qui ne font pas purée à la cuisson, et les peler, si possible en écoutant France Inter. C'est ce que fait mon homme et il les pèle très bien. Les mettre à cuire dans l'eau, alors que le haddock se cuit dans du lait, il a le snobisme qu'il peut, le pauvre. Peu de temps quand même pour lui, moins que les patates, en fait. Puis, il faut retirer les filets du lait et leur enlever les bouts de peau grasse qui sont restés collés dessous. Le haddock a bon caractère, il se laisse complaisamment faire. Emiettez ainsi la chair, blanche au milieu, orange ailleurs, au-dessus du plat où les patates l'attendent. Noyez les deux sous un flot de crème fraîche ou de crème fleurette et enfin inondez de ciboulette ciselée au ciseau.

Mettre au four le temps qu'il faut. Le haddock est reconnaissant, il ne fait pas d'histoire.

 

Athalie

08/12/2012

Les chutes Oates

120120_dz9td_funambule-niagara-spelterini_6.jpgAttaquer un Oates presque juste après un Kadsisch, évidemment, c'est prendre des risques, vivre sur une corde raide, risquer l'engloutissement définitif. Mais, il y avait la veuve blanche des chutes qui me sussurait "Viens, tombe avec moi, viens rechercher les morts, les âmes de ceux qui te sont cher et de ceux qui le seront, les âmes que je prends depuis la nuit des temps". Alors, j'y suis allée, et en suis revenue presque intacte, pour une fois. Pourtant, ça tangue.

Ariah est fille de pasteur. A 29 ans, elle est non seulement célibataire mais aussi vierge, aussi vierge qu'on peut l'être, totalement ignorante du simple BABA de la chose qui se fait sous les draps. Le physique revêche et filasse, la poitrine plate, c'est pas gagné. Ce pourquoi ses parents l'ont abiboché avec un fils de pasteur, pasteur lui-même et pas mieux loti qu'elle côté chappe de plomb sur "la chose" obligatoire dans le mariage, amateur de fossiles, il est enfoncé dans les abysses de la honte, on saura plus tard pourquoi. La nuit de noce est le désastre sordide programmé et dès l'aube, le mari d'Ariah se jette dans les chutes du Niagara, qui en a engouffré d'autres des désespoirs, et qui restera jusqu'au bout du roman, la sourde menace qui attire tous les personnages tour à tour dans ses remous.

Veuve subite, Ariah attend, se ronge de remords, pour elle, pour lui, le mari pitoyablement éphémère. Le cadavre réapparut, sa honte presque bue, étonnament, Ariah s'émancipe du carcan conventionnel, fascinant sans le savoir le bel avocat, Dick Barnaby. Riche, réputé, de bonne famille, mais d'une famille à fuir, le couple va fusionner, puis procréer. Mais le démon est là qui veille, chez Ariah, de toute sa force d'auto-destruction morale, et elle est balèse. Comment s'e^mp^cher d'être heureux, mode d'emploi, et faire quelques éclats au passage chez les "héritiers" qui vont devoir s'en dépatouiller ...

Le roman brasse plus large que la famille névrotique au travers d'une autre faillite, celle de la ville des "Chutes" entièrement vendue à l'autorité diffuse et a-morale des grandes entreprises de produits chimiques qui, elles, ne polluent pas que les âmes, et Dick, le colosse qui ne savait pas qu'il avait des pieds d'argile, va comme les autres personnages, se nouer la corde cruelle qui mène à la chute.

Réaliste et presque fantastique, onirique parfois, c'est un très subtil mélange qui laisse un goût de vase, tant le démon intérieur ronge la façade de la famille d'Ariah érigée par Ariah, pour leur perte, peut-être.

La fin m'a un peu déçue, comme pour " Nous étions les Mulvaney", elle sonne un peu "en toc", comme pour rattraper en vol une normalité que l'on avait laissée vraiment loin derrière soi.

 

Athalie

 

De la même auteure, sur ce même blog : http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/07/14/delicie...

 

04/12/2012

Le cantique de Meméia Heloneida Studart

le cantique de meméia,heloneida studart,romans,romans brésiliensLes Carvalhais Medeiros est une grande famille richissime brésilienne, une richesse et une puissance sourde, tapies dans une grande maison et qui prennent les traits de la grand-mère Memina. Elle contrôle tout et tous, ses filles, enfin, celle qui lui reste, la mère de la narratrice, de l'autre elle s'en est débarrassée, et de l'autre, elle a fait une demi folle pitoyable. Les prêtres lui tiennent lieu de corset spirituel et le pouvoir de caution morale. Elle veille à la conservation du bon grain. Dans cette famille, donc, point n'est d'amour, la pureté de la race seule compte. Les fous, il suffit de les cacher au grenier et les impures au couvent. Pour celle qui a dérogé en aimant un pauvre, le retour au bercail est possible mais sous le joug.

La narratrice, Marina, est la petite fille de ce tyran. Marina n'a qu'une cause, celle de l'amour pour son cousin Tao ( et accessoirement celle de la haine pour sa mère, qui le lui rend bien d'ailleurs). Tao, lui, il est au grand coeur, du côté des pauvres, et emprisonné et torturé pour avoir écrit sur un mur que "les moineaux était bleus", comme un appel au rêve sans doute.

Une famille, l'Amérique du sud, l'amour impossible, la révolte rêvée, le mot aurait pu être lancé "réalisme magique" et un goût de "Cent ans de solitude" Garcia Marquez ...

Mais l'arrière goût est plus âpre ici ( et surtout, c'est quand même, beaucoup, beaucoup, beaucoup plus court ...). Parce que Marina, les pauvres, peu lui chaut, c'est son cousin qu'il lui faut, son beau cousin, celui de son enfance et des escapades au bord de mer, des pêches au crabes ... Tao se bat pour les laissés pour compte de ce monde bi-polaire, pas elle.

Un roman comme une guerre larvée entre un rêve égoïste, et l'autre, étouffé d'un altruisme rêveur. Un drôle de roman, que j'ai retourné du bout des doigts en le finissant, de peur que sa colère ne m'explose à la figure, je n'y ai pas toujours vu clair, loin s'en faut, mais j'ai aimé.

 

Athalie

 

PS : Ô ma dealeuse préférée, auras-tu le courage de m'arracher encore celui-là des mains, après Jésus et Tito, séparation dont j'ai toujours du mal à me remettre ....

02/12/2012

Olympe de Gouges Catel et Bocquet

imagesCA92JN4L.jpgEt hop ! du XVIIème, je passe au XVIIIème siècle, même pas peur d'enjamber les siècles. Le XVIIIème, j'aime bien aussi, enfin, surtout le début parce qu'après, l'Histoire saigne et le romanesque rigole de moins en moins. Evidemment, c'est un temps que j'ai tendance à voir à travers le prisme réducteur, j'en suis consciente, d'un de mes films culte, l'évident "Que la fête commence" de Tavernier. Si bien qu'entre l'éternel débat entre le licencieux Voltaire et le (soit-disant) vertueux Rousseau, je penche quand même du côté du voluptueux plutôt que de celui du paranoïaque. 

Olympe, elle est un peu comme moi, (je veux dire qu'elle penche aussi, bien sûr), mais plutôt du côté Rousseau pour la "morale naturelle" et quand même du côté Voltaire pour la plume trempée dans l'injustice. ( Sauf que, sans crime de lèse Olympe aucun, je suis allée me lire quelques extraits de son théâtre et bon, l'ennui guette rapidement, c'est bien daté , peut-être autant que les tragédies voltairiennes, ce pourquoi on ne les lit pas, généralement)

Pour en arriver à l'ouvrage sur Olympe, c'est donc une bande dessinée biographique, rudement bien documentée, rudement bien rendant un certain air, accessible à nous, de l'air de ce temps-là. L'histoire suit le parcours atypique de la belle bâtarde semi-aristocratique, nourrie à la sève bucolique dans la petite ville de Montauban, vu que son papa non déclaré était un résistant à la pensée voltairienne et donc plutôt côté Bernardin de saint Pierre (mon dieu !). Pour raison raisonnable familiale et sociale, elle va être mariée au sieur Aubry, charcutier de son état qui rêve de grandeur, installer boutique à Toulouse. Elle, nourrit de Belles Lettres plutôt que de boudin blanc, se ronge le sang à demi bleu. Fort commodement, le mari meurt. La Belle peut alors, contre tout avis raisonnable, se faire maîtresse assumée d'un riche fonctionnaire ( elle lui refusera le mariage, et là fallait avoir des . ouilles) et femme de théâtre, enfin, autant que faire se peut ...

L'histoire est passionnante, le dessin agréable ( sauf que des fois, les traits se ressemblant quelque peu je me suis mélangé les pinceaux entre ses messieurs, le Cubières, le Mercier, le Valette ...). C'est une judicieuse chronique, peu romancée, si peu d'ailleurs me semble-t-il que dans la dernière partie, après la Révolution, j'ai un peu perdu le fil de la Belle, le récit se calquant trop pour moi sur un compte rendu des faits historiques, quasi en temps réel. Or, je n'avais aucune envie de revoir mon cours sur les Girondins et les Montagnards, Philippe Egalité, la Terreur. C'est un peu scolaire, mais sans être didactique, ce qui fait que j'ai pu sécher mes révisions et voguer à mon gré entre mes réminiscences et un intérêt réel pour la destinée de la Belle Olympe, l'incomprise.

 

Athalie

 

PS : un beau cadeau, merci A.O.