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25/01/2013

Corniche Kennedy Maylis de Kérengal

8f7f8bc6-082f-4b54-b386-1a9003e278e0-pic_2-622-480.jpgOn est dans une ville du sud, Marseille sûrement, ou quelque chose comme ça. La corniche est une promenade des anglais, sûrement, ou quelque chose comme ça. En bas, il y a la mer, et entre la corniche et la mer, la Plate. Sorte de plateforme de béton, la plaque est née des travaux et a surgi par hasard des remblais pharaoniques des ambitions municipales, puis, elle a été détournée en aire de jeux et de drague par les adolescents en rupture des quartiers chics, eux sont des quartiers nord. Eux ne vont pas à la plage, ils s'écartent et prennent la tangente sociale sur ce bout de territoire, où ils se régissent de leurs lois et de leur code de l'esbrouffe. Portables, baskets, mobilette ou scooter, ils ont les accessoires de leur apparence. Sur le cap de la Plate, ils passent leur temps à plonger, ou pas, il y a aussi ceux qui restent s'embrasser, longtemps.

Pour ceux qui plongent, le terrain de jeu s'étale en trois marches : du déjà plus facile, au déjà dangereux ; du "just do it", au "Face to face". Ils sautent aux cris de " Spider man", "Zidane reviens !". La bande s'ébroue, se pousse, s'affale, une bande de jeunes chiots que leurs parents et l'école ont planté dans ce désoeuvrement hilare et stérile.

Ils s'ébrouent sous deux regards, deux paires d'yeux qui les observent. Ceux de Sylvestre Opéra se prolongent de jumelles. Il est chargé de la surveillance des côtes, donc, il scrute du haut de la loi, de son balcon, de son bureau le survol enchanté de ces corps éphémères. La bande énerve et titille son corps balourd comme un regret.Suzanne, l'adolescente de l'autre côté du cap, a maison avec piscine et vue sur la Plate. La bande, c'est son envers.

Ces trois entités vont finir par se rejoindre  : Sylvestre, parce qu'il doit leur donner la chasse à ces ados qui perturbent la vision municipale d'une ville propre, et Suzanne, parce que même de loin, le chef de la bande, Eddy, est rudement mignon avec son parfum d'interdit.

Une fois ces tableaux plantés et les décors élevés autour d'eux, ben, la trame narrative est quelque peu mince ( y'a bien Sylvestre et son amour prostitué disparu et une histoire de contrebande ... Mais bon,,ce n'est pas intensif non plus). Plutôt à lire comme une incursion dans un univers ado, dont les descriptions lumineuses des corps, jeunes, tendus dans le présent et l'instant, sont travaillées jusqu'à un presque maniérisme ( c'est la première fois que le style de cette auteure m'a presque énervée), rendant fascinante la banalité  de jeunes désoeuvrés, dans une ville qui ne veut pas les voir.

En tout cas, surtout à ne pas lire comme un roman documentaire sur la jeunesse qui glandouille, ma pauv' dame, plutôt comme une vision très personnelle ( et belle, et tendre) d'un scénario type "Roméo et Juliette" pour des héros à la visibilité réduite.

Athalie

De la même auteure sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/06/09/naissan...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/05/31/pierre-...

 http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/03/01/tangent...

 

Commentaires

pas sur que je le lise mais j'aime bien ce que tu en dis
Luocine

Écrit par : luocine | 25/01/2013

J'ai finalement bien aimé, mais je crois que c'est (en partie) parce que j'ai un gros faible pour cette auteure. J'ai préféré "Naissance d'un pont" pour l'instant, même si on retrouve les mêmes thématiques et le même intérêt pour le rapport entre l'espace et les corps, le romanesque y est plus prenant.

Écrit par : Athalie | 26/01/2013

ça me rappelle un peu d'Acier de Silvia Avallone. De jeunes Sylphides qui s'ébrouent, un gars qui matte aux jumelles, des ados qui se cherchent... Tout ça pour dire que je crois que je vais en rester à D'acier parce que bon, c'est bien gentil mais ça ne me passionne pas plus que cela^^

Écrit par : jerome | 26/01/2013

Mince ! j'avais noté "D'acier", je pensais que c'était du bien lourd et dense et noir, genre "Oates en italie" ... Si c'est juste une histoire d'ados, je vais retourner à Laura Kasischke, qui sait y mettre du chien !

Écrit par : Athalie | 27/01/2013

Non, non, D'acier , c'est très bien, dense, noir et tout et tout comme tu dis. Je dis juste que je ne lirais pas ça tous les jours.

Écrit par : jerome | 28/01/2013

Maylis de Kerangal a une prose très travaillée, riche je trouve. Visiblement cela semble t'avoir pesé !

Écrit par : Philisine Cave | 28/01/2013

Pas vraiment pesé, mais je crois que cette fois-ci, je l'ai un peu trop vue, ou un peu trop entendue, cette richesse. Du coup, dès fois, je sortais complétement de l'histoire ... Mais certaines pages me rehappaient dedans. Une lecture en aller-retour, quoi !

Écrit par : Athalie | 28/01/2013

Merci Jérome, donc je garde "D'acier" sous le coude et j'irai voir ta note quand j'aurais quelque chose à en dire. A bientôt !

Écrit par : Athalie | 28/01/2013

J'aime bien M. de Kerangal en général, mais je n'avais pas réussi à apprécier ce bouquin. Pourquoi ? Je n'en sais trop rien...

Écrit par : Yv | 06/02/2013

Je crois que j'ai aimé parce que je le voulais bien ... ce qui n'est pas un bon argumentaire, j'en conviens ! Peut-être que l'écriture se voit trop ? que l'intrigue est quand même un peu lâche ... Avec des moments de fulgurances, un goût des corps et de l'interdit, c'est singulier d'aimer sans vraiment adhérer !

Écrit par : Athalie | 06/02/2013

Les commentaires sont fermés.