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29/01/2013

A l'angle du renard Fabienne Juhel

deco-enfant-mobile-un-reve-de-petit-marin--1336472-il-570xn-3063288652-325eb_big.jpgMis à part qu'il y a un peu trop de renards dans cette histoire ( je n'ai rien contre les renards, mais je n'ai pas toujours vu leur apport narratif, sauf évidemment qu'ils sont plutôt symboliques, traces d'une sauvagerie et d'une ruse rousse et des légendes à la longue queue retroussée sur des babines acérées ...)

J'ai adoré Arsène, le héros, enfin, le personnage principal, parce que c'est un peu un héros torve, pour un héros. Arsène Le Rigoleur. Absolument pas rigolo comme type, le genre à manger du renard tout cru sous une mine chafouine et à bricoler son tracteur en machine à broyer les petites filles. Arsène vit seul, il a bien un copain, mais c'est tout. Il est resté dans la ferme familliale, par choix ; la terre, il aime ça. La solitude aussi. Pour les besoins du bas ventre, il a son nécessaire, à dates fixes et n'en abuse pas. Le père est mort, la mère est à la maison de retraite. C'est pas qu'elle était si vieille que ça, c'est juste que c'est mieux comme ça. Il a bien fait un tour à Brest, une fois, mais c'était pour un enterrement, alors je ne sais pas si ça compte, comme distraction. Il a bien une soeur aussi, mais elle ne vient pas souvent, alors, elle ne le dérange pas trop. Il avait bien un frère, un plus jeune, François, mais il lui est arrivé des bricoles, et à sa tante aussi. Et puis à d'autres, aussi.

Arsène, c'est un taiseux, un bouseux, un rusé matois aux airs de Raminagrobis, planqué derrière ses rideaux et attablé à sa toile cirée, derrière son verre de cidre. Un peu à part de son village breton de l'intérieur, celui pour lequel la mer est loin, même quand elle est au bout du champ, où les auges en granit se transforment petit à petit en jardinières pour géraniums. Arsène en perd ses repères.

Alors, quand la gentille famille Massart vient s'installer dans la ferme rénovée d'en face de chez le Arsène, quand la petite Juliette s'invite chez lui en le surnommant tonton, quand son frère (roux) s'invite dans le poulailler, il n'y a pas que la mère qui s'inquiète, il y a aussi la lectrice.

Il faut dire que le Arsène, il a la rancune tenace et la haine froide pour ceux qui gêneraient son petit univers de souvenirs. Ce n'est pas qu'ils soient bien beaux, ni bien romantiques, mais ce sont les siens. Et il ne vaut mieux pas toucher à ce qui est à Arsène.

Comme c'est lui qui raconte, il nous donne des grains, comme il donnerait à ses poules. Il dose. Il prend son temps. La plume qui reconstruit derrière est solide, bien trempée dans un concret qu'elle nous donne à voir. J' ai aimé cette écriture, les paysages étroits qu'elle construit dans la tête d'Arsène, cette ruralité pas pitoyable, juste un peu tordue. Un beau personnage, pas beau du tout.

 

Athalie

25/01/2013

Corniche Kennedy Maylis de Kérengal

8f7f8bc6-082f-4b54-b386-1a9003e278e0-pic_2-622-480.jpgOn est dans une ville du sud, Marseille sûrement, ou quelque chose comme ça. La corniche est une promenade des anglais, sûrement, ou quelque chose comme ça. En bas, il y a la mer, et entre la corniche et la mer, la Plate. Sorte de plateforme de béton, la plaque est née des travaux et a surgi par hasard des remblais pharaoniques des ambitions municipales, puis, elle a été détournée en aire de jeux et de drague par les adolescents en rupture des quartiers chics, eux sont des quartiers nord. Eux ne vont pas à la plage, ils s'écartent et prennent la tangente sociale sur ce bout de territoire, où ils se régissent de leurs lois et de leur code de l'esbrouffe. Portables, baskets, mobilette ou scooter, ils ont les accessoires de leur apparence. Sur le cap de la Plate, ils passent leur temps à plonger, ou pas, il y a aussi ceux qui restent s'embrasser, longtemps.

Pour ceux qui plongent, le terrain de jeu s'étale en trois marches : du déjà plus facile, au déjà dangereux ; du "just do it", au "Face to face". Ils sautent aux cris de " Spider man", "Zidane reviens !". La bande s'ébroue, se pousse, s'affale, une bande de jeunes chiots que leurs parents et l'école ont planté dans ce désoeuvrement hilare et stérile.

Ils s'ébrouent sous deux regards, deux paires d'yeux qui les observent. Ceux de Sylvestre Opéra se prolongent de jumelles. Il est chargé de la surveillance des côtes, donc, il scrute du haut de la loi, de son balcon, de son bureau le survol enchanté de ces corps éphémères. La bande énerve et titille son corps balourd comme un regret.Suzanne, l'adolescente de l'autre côté du cap, a maison avec piscine et vue sur la Plate. La bande, c'est son envers.

Ces trois entités vont finir par se rejoindre  : Sylvestre, parce qu'il doit leur donner la chasse à ces ados qui perturbent la vision municipale d'une ville propre, et Suzanne, parce que même de loin, le chef de la bande, Eddy, est rudement mignon avec son parfum d'interdit.

Une fois ces tableaux plantés et les décors élevés autour d'eux, ben, la trame narrative est quelque peu mince ( y'a bien Sylvestre et son amour prostitué disparu et une histoire de contrebande ... Mais bon,,ce n'est pas intensif non plus). Plutôt à lire comme une incursion dans un univers ado, dont les descriptions lumineuses des corps, jeunes, tendus dans le présent et l'instant, sont travaillées jusqu'à un presque maniérisme ( c'est la première fois que le style de cette auteure m'a presque énervée), rendant fascinante la banalité  de jeunes désoeuvrés, dans une ville qui ne veut pas les voir.

En tout cas, surtout à ne pas lire comme un roman documentaire sur la jeunesse qui glandouille, ma pauv' dame, plutôt comme une vision très personnelle ( et belle, et tendre) d'un scénario type "Roméo et Juliette" pour des héros à la visibilité réduite.

Athalie

De la même auteure sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/06/09/naissan...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/05/31/pierre-...

 http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/03/01/tangent...

 

20/01/2013

La couleur des sentiments Kathryn Stockett

La-couleur-des-sentiments-4_scaledown_450.jpgC'est en lisant l'épilogue de l'auteure que j'ai enfin (j'ai mis le temps vu le pavé ...) réussi à me formuler à moi-même un peu plus clairement ce qui gênait depuis le début dans ma lecture de ce best-seller-là, pourtant beaucoup plus prenant que ce à quoi je m'attendais, à vrai dire (oui j'avais commencé cette lecture avec un oeil torve à tendance moqueuse).

Katryn Stockett y explique qu'elle a voulu rendre hommage aux domestiques noires des maîtresses blanches parce qu'elle même a été élevée par l'une d'entre elles, Demetrie, et que Demetrie, personne ne lui a vraiment parlé, personne ne l'a vraiment vue, durant toutes ses années de service, de service dévoué à sa condition de domestique noire dans le Mississipi d'avant les droits civiques.

C'est bien ce qu'annonçait le titre, les sentiments ont une couleur, c'est cela qui me gênait.

La micro société de Jackson (Mississipi) est reconstruite au travers de quelques figures emblématiques ; les maitresses blanches, les domestiques noires, à chacune sa chacune ou presque. Par ordre de salopitude,  Hilly, la parfaite salope, raciste convaincue, sans état d'âme aucun,  Elisabeth, salope aussi, surtout suiveuse de la première, parce qu'Hilly est dans cette mini société, celle à qui il faut plaire sous peine d'excommunication du club de bridge, ce qui est radical. Une autre, par contre, détonne, Célia (celle pour qui j'ai eu un faible au départ), la poupée barbie alcoolique qui veut à tout prix être amie avec les copines d'Hilly, celles de la bonne société des oeuvres bienpensantes, et même avec sa domestique de couleur, la grande gueule, Minny, qu' Hilly poursuit tout particulièrement de sa vindicte. Et puis, la délatrice, celle qui va ruer dans les brancards, Miss Skeeter. Jusque là amie des premières, aveugle visiblement au racisme qui scruture sa pensée et celle de toute la ville, blanche ou noire, depuis sa naissance, une histoire de toilettes séparées va brutalement lui ouvrir les yeux et lui donner envie de témoigner, ou plutôt de faire témoigner, ces femmes qui servent sans mot dire celles qui les traitent comme des objets sourds.

Des toilettes séparées dans les maisons où les domestiques noires travaillent, au nom du respect des différences, il faut dire qu'il y a de quoi hurler. Aibileen, la bonne principale, celle dont on suit le plus les humiliations et les drames, s'en accommode. Sympathique, méritante, courageuse, elle sait lire et écrire, dotée d'un solide bon sens et d'un esprit critique percutant mais silencieux, pas dupe, elle s'est adaptée à sa colère. Et pourtant, elle, la noire exploitée, va jouer le jeu de miss Skeeter, la rebelle à sa classe, et être la première à témoigner.

C'est la deuxième chose qui m'a gênée, que l'esclave (parce qu'on en est encore là), accepte de collaborer avec le bâton qui la tient en laisse, ou du moins une de ses représentantes, même de bonne volonté, sans avoir envie de mordre, qu'elle aime même les enfants blancs de ces femmes blanches-là, et qu'elle les élève, avec l'amour et la patience que les maitresses n'ont pas. Ce fut peut-être une réalité, je ne sais, mais elle m'a un peu écorchée, comme lorsque la rebelle noire, Minny, répare les saletés de la "pauvre" vie de Célia, même en ronchonnant. Le racisme et le mépris paraissent si ancrés dans ce sud des privilèges de la couleur, que cette collaboration passive m'a parue quelque peu pastel.

Mais bon, je le savais avant que la violence était ici feutrée, vue par les sentiments, donc aucun regret !

C'est un bon moment de lecture que j'aurais peut-être reculé si il n'avait été commun avec Ingannmic. Merci ! Son avis, très positif :

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2013/01/la-couleur-de...

 

19/01/2013

Les visages Jesse Kellerman

les visages,jesse kellerman,romans,romans policiers,romans américainsAujourd'hui, je me discipline, point de soeur prise en otage, point de divagations, genre l'anniversaire de ma cousine ou le réveillon de mon beau-frère : un résumé (court avec des paragraphes, m'a dit A.M.), opinion, conclusion.

Il était une fois un jeune marchand d'art à qui tout réussissait, sauf qu'il était fâché avec son richissime papa. Galerie d'art dans un quartier top classe under ground à New York, avant garde contemporaine, ou contemporaine d'avant garde, des trucs qui choquent et qui se vendent. En gros, un manager pour artistes bancales mais bancables, vie privée comblée, fiancée (amoureuse vache) mais séduisante, influante, amour libre ( enfin, qu'il croyait).

Après une enfance meurtrie de petit garçon riche, mais mal aimé, une  jeunesse mouvementée, Ethan Muller, puisque tel est le nom de notre héros de papier glacé pour people en manque d'investissement artistique, est donc un marchand d'art comblé. Il a trouvé sa voie. Sympathique, ouvert, mais très pressé, il aime l'Art et pas forcément l'argent qu'il procure (faut dire que le besoin le taraude peu).

Comme Ethan ne parle plus à son méchant papa, c'est le bras droit de celui-ci, son mentor, qui va l'amener au trésor : une oeuvre d'art brut, délirante mais fascinante de rigueur, un projet colossal mais labyrinthique et surtout anonyme. Des milliers de dessins ont été retrouvés entassés dans un appartement crasseux ( dans un immeuble appartenant à la famille d'Ethan, ce qui aura bien sûr son importance). Un des soucis, donc, c'est que le créateur a disparu, sans qu'un quelconque portrait robot puisse en être établi. Ce qui ne chaut guère à notre dynamique marchand qui se sent pousser une âme d'artiste en reconstruisant le projet, en l'exposant, en le médiatisant, en le vendant.

Et c'est là que l'engrenage s'engrenage, se chausse-trappifi; Un vieil inspecteur (en très mauvais état et à la retraite, mais avec une jolie fille) reconnait dans le puzzle imaginaire les cinq visages de cinq jeunes garçons, victimes trente ans auparavant d'un tueur sexuel en série, anonyme lui aussi. Ces cinq visages avaient disparu, oubliés, et les voilà qui ressurgissent là, sur du papier fragile, aux yeux du presque tout New-York. Voilà qui est effectivement dérangeant, un peu pour tout le monde.

Mais pas dérangé. Le puzzle du labyrinthe temporel est clairement balisé, les morceaux de l'histoire ; l'enquête, les amours, le papa richissime, les coups du sort, les états d'âme ... Tout est très bien huilé, et même si l'on voit parfois les chevilles d'assemblage, l'architecture tient debout et se laisse lire. Evidemment, en acceptant la loi du genre ... Ethan est bien un peu crispant, genre joli coeur malgré lui, mais gars honnête dans un monde de requins, les artistes sont forcément déjantés et les acheteurs richissimes, les secrets de famille bien gardés et les histoires de cœur compliquées avec ce qu'il faut d'eau de mélasse dedans ...

Un parcours de lecture sans grands risques, agréable, en suivant les chemins requis.

 

Athalie

 

 

 

13/01/2013

La vérité sur l'affaire Harry Quebert Joël Dicker

la vérité sur l'affaire harry quebert,joël dicker,romans,romans français,rentrée littéraire 2012,prix goncourt lycéenJe marchais dans le long couloir qui caractérise ( entre autre mais non des moindres) mon lieu de travail, et comme il est très, très, long, il laisse largement le temps de papoter bouquins (entre autre). Nous devisions  donc avec un habitué des lieux, comme moi, qui avait la poche de la veste déformée par un gros bouquin mais crapahutait sans vergogne pour rejoindre le bus qui lui permettrait, dixit, de se caler. Je m'intrigue : " C'est La vérité sur l'affaire Harry Quebert, peux plus m'arrêter, je me leste avec, au cas où j'aurais un trou." Un trou ?

Un livre qui leste et fait se caler son lecteur dans le bus, c'est pour moi. Sauf que moi, j'ai attendu l'option en vacances, fauteuil face à la mer. Sauf que la mer, je ne l'ai pas beaucoup regardée ...

Avec ma soeur, on est allée faire des courses à la superette du village de nos vacances de Noël, qui ferme à 7.00 pile et qu'après, t'as plus rien. c'est dire l'urgence pour que je sorte de mes pages, parce qu'autrement, j'aurais pas bougé de mon fauteuil, et pas à cause de la mer.

A l'aller :

" Alors tu comprends, un jeune écrivain vient de faire un succès public énorme, Marcus Goldman. Ben oui, il est juif, pourquoi ? Mais non, ça n'a rien à voir avec Mauss. Si, il y a bien sa mère qui le tanne au téléphone pour qu'il se marie, paranoïaque et complétement égocentrique, elle le prend pour un génie et elle a peur qui se loupe. Tu vois ? Non. Pas grave, elle n'a pas beaucoup d'importance dans l'histoire, en fait, mais le personnage est drôle. Non, je ne m'égare pas. La superette est toujours ouverte, tu vois bien ? Donc, depuis toujours, Marcus veut être un écrivain, un grand, écrire le live, le grand livre. Non, ce n'est pas un arriviste, il croit vraiment à sa quête, mission, oui, comme tu veux ... Des rillettes de sardine, non, je n'aime pas trop, prends plutôt au maquereau. Il nage en plein succès, en pleine euphorie, son premier livre a été un succès énorme, médias, sa tête en tête des gondoles, agent, secretaire,  starlette ... Mais après, impossible d'écrire le deuxième, panne séche, complétement vide, il tente plusieurs retraites, se cherche. Oui, c'est un peu creux en fait, mais je ne sais pas pourquoi, je te jure qu'on est happé dedans. C'est comme les craquelins ? Oui, c'est ça, avec de la compote de pommes. Alors, Marcus va se tourner vers son ex-mentor, Harry Quebert, qui gite dans un petit village tout mignon où tout le monde se connait et les connait, le grand écrivain qui a bouleversé la littérature avec son premier roman, "Les origines du mal", et lui, l'ex petit Marcus, son protégé, son poulain, son double en plus jeune, son fils par procuration. Ils se retouvent tous les deux dans La Grande Maison d'Ecrivain au bord de la mer. Ben oui, c'est cliché, complétement même, tu as l'impression de regarder une carte postale. Non, je n'ai pas dit que c'était de la grande littérature, non plus. J'ai pris le vin blanc pour les moules ? Tu es sûre ? C'est bon, on peut y aller."

Sur le chemin du retour :

" J'en étais où ? Je ne te saoule pas là, t'es sûre ? Donc, Marcus n'arrive pas à écrire là non plus, mais par contre il va trouver la  boite de Pandore, une boite qui renferme le grand secret du grand écrivain,  son amour pour une jeune fille de quinze ans, un amour impossible, évidemment, vu que Harry est beaucoup plus âgé et que cela ne se fait pas, un amour clandestin, quoi ! Ben oui, c'est poncif, et encore je ne te dis pas tout. La jeune fille a disparu depuis trente ans, un meurtre non élucidé, tu penses bien, et l'affaire Harry Quebert va pouvoir commencer et Marcus devenir grand. On peux changer le sac de côté, c'est lourd, là.  En plus, ce n'est même pas bien écrit, la jeune Nola, Nora ? non Nola, je crois, elle sonne faux, comme une Lolita ratée, tu vois ? Sauf que le bouquin, il te retourne comme une crépe, t'as plein de pistes, tu fonces dedans comme une voiture de patrouille lancée en plein galop et tu te retrouves comme une mouette happée en plein vol, je te jure, c'est efficace, mal écrit et tout ce que tu veux mais rudement bien."

Je vous passe le rangement des courses et la cuisson des moules.

 

Athalie

 

PS : merci à ma soeur !

 

 

10/01/2013

Danse avec l'ange Ake Edwardson

dandy_list.pngJ'ai commencé cette série policière par le troisième ( en le sachant quand même, pas bête, mais un peu joueuse sur ce coup-là ...). Comme l'inspecteur, Eric Winter, me plaisait pas mal ; dandy, amoureux, angoissé mais pas trop, pas dépressif ; que sa copine, Angéla, commençait à prendre de l'épaisseur, que la vie de la brigade à la Mac Bain, j'aime plutôt bien, que les personnages secondaires, la pasteure, sa fille, avaient suffisamment de tourments mais pas trop graves pour être un peu consistantes sans être croustillantes (finalement il n'y avait que les meurtriers et les victimes qui étaient falôts). Je me suis dit, je vais commencer par le premier, histoire de refaire connaissance à l'endroit et de partir d'un pied logique et cohérent.

Je ne sais pas si j'aurais dû. Des fois, la logique, c'est décevant.

Le quatrième annonce qu'il s'agit d'une autopsie, celle " des affres d'une âme nordique en proie aux pires maux des sociétés contemporaines". C'est pompeux et tartignole, comme si "polar" était un mot honteux et qu'il fallait le gonfler avec du sens profond, mais comme sur celui que j'avais déjà lu, c'était la même phrase et que la ville de Göteborg ( l'autopsiée) ne s'était pas avérée pire qu'une autre ville littéraire de polar en terme de meurtres, de dépression, d'ados rebelles et d'ados battus presque à mort par un père alcoolique, je ne me suis pas inquiétée. Sauf que cette fois-ci la moitié de l'intrigue se situe à Londres (mais l'inspecteur anglais est plutôt grungie, ce qui est censé faire contraste avec Winter, I suppose).

Il se trouve que dans ces deux villes, sévit un tueur de jeunes hommes, tendance solitaires homos. Le tueur les attache sur une chaise, pour regarder on ne sait quoi, les saigne à blancs et danse dans leur sang épandu. Un tueur qui ferait des aller-retour ou deux tueurs qui feraient un copier-coller. Soit. En arrière-fond, se profilent un commerce de vidéos pornos. Les deux inspecteurs s'y collent et pataugent. Ils pataugent longtemps, en fait. Faut dire que les témoins n'ont rien vu, les indics ne sont pas plus fiables, les suspects ont la résistance d'une huitre plate et les indices, ben il n'y en a pas. Donc effectivement, les vérifications sont longues, voire très longues .... Ce qui fait que pour l'histoire, ma foi, je ne sais trop comment la résumer.

A Londres, Winter en profite pour faire ses courses, cigares et costumes (les chaussures, il n'a pas trouvé), il a la consistance d'un porte-manteau et Angéla celle d'un parc à moule. Je vous passe la fin qui tombe comme un flan à vanille.

Pas sûre de me combler une dent creuse avec le deuxième, moi.

 

Athalie

 

08/01/2013

Rentrée littéraire de janvier

grognon.jpgBon, déjà que j'avais pas vraiment suivi celle de septembre, moi, voilà janvier qui se pointe. Des nouveaux livres, toujours bien, me dis-je, arrête l'ours grognon mal léché et de mauvaise foi, t'adore les rentrées littéraires, en fait, t'es une fan de people-écrivain, en réalité, une vraie barbie girl qui fond comme une fraise tagada au soleil devant le chapeau de Craig Johnson, et même, quand tu étais plus jeune ,devant les yeux bleus de Clézio (bon, d'accord, t'étais pas la seule ....) Chez "Lettres exprès", je clique sur un lien, histoire de voir, parce que grognon et de mauvaise foi ne veut pas dire sans contradiction et curiosité.

Pas grand chose qui me tente dans la liste de "culture box" (mais bon, c'est pas leur faute non plus ...) , pas de nouvel Echenoz (fallait pas rêver non plus), toujours pas de Jonathan Coe (mais non d'une pipe qu'est-ce qu'il fiche celui-là, je  me le demande, trois quatre nouvelles plus tard, toujours pas de romans à l'horizon, il se coule douce, et moi j'attends !). Une nouvelle réédition de Duras, soit, je vais pouvoir recommencer à me saouler au Campari, depuis "Les petits chevaux de Tarquinia" j'avais arrêté le Campari sec, je veux dire sans Martini dedans, pas de Angot, c'est déjà ça ( c'est là où la mauvaise foi pointe, vu que je ne lis pas Angot), mais un nouveau Foenkinos, "Je vais mieux". Son héros a mal au dos.

Je vais retourner faire mon ours grognon.

 

Athalie

06/01/2013

En mémoire de la forêt Charles T. Powers

en mémoire de la forêt,charles t. powers,romans,romans américains,romans pologneDieu qu'il fait sombre en ces bois-là. Et même si il y avait un ou deux rayons de soleil à trainer, il y aurait aussi des troncs pour les masquer, en un jeu de cache-cache pas drôle du tout entre le passé qu'on ne veut plus voir et le présent bien fumeux. Le futur, on ne sait pas trop mais pas glop pas glop, à mon avis.

Un petit village en Pologne, quelques habitants et notables, la plupart du temps imbibés de vodka, violents, crasseux, et oublieux, très oublieux. Le système communiste vient juste de s'écrouler, alors qu'il n'y en a pas vraiment un autre à mettre à la place, du moins, pas un vraiment mieux. Du coup tous les coups sont permis. Surtout ceux en douce.

 Un narrateur prend parfois la parole, c'est Lesrek, un jeune homme qui a commencé ses études à la ville, puis est revenu faire paysan, comme son père et son grand-père, parce que finalement, il préfère la terre, la ville, ça ne lui cause pas. Les autres sont restés, mais eux, c'est plutôt qu'ils n'avaient pas le choix, ou qu'ils ne se sont pas posé la question. Heureusement, il est du genre sobre, sérieux et curieux, un peu naïf même, mais cela ne nuit pas, au contraire, ça aide pour comprendre les entrelacs de l'histoire, un peu kafkaienne par moment.

Il y a l'histoire passée, celle d'avant la guerre, quand les juifs étaient au village et les Polonais dans les champs, autour. Puis, ils ont disparu et les Polonais ont pris les maisons. Sans rien dire. Surtout sans vouloir savoir. Sauf que bien forcés de se souvenir un peu quand des pierres tombales du cimetière oublié commencent à se faire la malle et que des fondations sont creusées, d'autres pierres retirées. Et si il y avait un trésor ? et si l'un d'entre eux était revenu ? Le village réveille ses peurs et ses fantasmes.

Il y a l'histoire présente, celle du communisme qui se casse la figure. Le village réveille sa rancune. Un meurtre mystérieux, des notables qui vacillent, des murmures qui se murmurent, des traffics effleurent, des pots de vin, des passe droit, d'autres petits arrangements frauduleux et délations remontent, font des glop pas glop à la surface de la vase. Les enjeux sont à la mesure des crapules, un petit jeu de pouvoir à la dimension d'un microcosme rural, asservi, englué dans sa bouteille et ses ornières. Et même l'église s'en mêle.

Un roman vraiment singulier, le roman unique (pour l'instant) d'un auteur qui doit en avoir gros sur la patate, un roman bien "pavé dans la mare", dont les défauts s'effacent au fur et à mesure, pas de rythme effréné, un lent englutissement dans une matière organique et sociale finalement bien ciselé : ce qu'a fait le système pourri à des gens presque ordinaires. Et quelques impasses : la délation, on pardonne ou pas ? La résistance, on l'a fait jusqu'où ? On fait exploser la marmitte ou on laisse bouillir ? On laisse la vengeance refroidir ou le taureau par les cornes ? Si les coupables sont piètres, est-ce une raison pour effacer les crimes ?

Un roman qui, a bien des égards, m'a fait penser aussi bien au Rapport de Brodeck qu'à Purge. Et pour moi, c'est vraiment deux compliments.

Merci à Domique, en tout cas. Et je rajoute la note d'Aifelle, parce qu'elle dit comme moi, mais en mieux.

 

Athalie