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18/02/2013

Chez les heureux du monde Edith Wharton

accessoires-coiffure-etoile-filante-1195118-dscn2168-6712b_big.jpgJ'ai eu du mal à m'y mettre à cette note là, non pas que le roman ne soit pas excellent, il l'est, mais je me demandais comment j'allais caser Racine dedans (dans la note, pour le roman Edith Wharton l'a très bien fait). Rien de moins, la grande tragédie dans les grandes largeurs de l'intime et de la parole des autres qui poussent la pauvre Lilly à sa chute. Rien de plus, et rien de moins.

Le faux pas, l'engrenage, la fuite en avant, le piège se referme avc la belle Lilly dedans, "ni tout à fait coupable ni tout à fait innocente". Bienvenue, donc, chez les heureux du monde  et s'ils ne le sont, heureux, du moins sont-ils persuadés que le bonheur ne peut se mesurer qu'à leur hauteur. Les heureux, ce sont les membres de la coterie la plus fermée qui soit, la haute bourgeoisie new-yorkaise du début du XXème siècle. Les X, les Y, les Z, tiennent la dragée haute à tous ceux qui voudraient entrer dans leur saint des saints, leur cercle de privilégiés, leurs villégiatures, leur bridge, leur bal .... Dans ce monde-là, madame, on se marie entre soi, on se reçoit entre soi, on se monnaye des faveurs et on se déverse un poison fiellé à coup de petits fours qui peuvent être un vitriol.

Dans le bocal, Lilly tourne en rond. Elle est orpheline, sans fortune, mais recueillie par une tante fortunée, elle connait les codes d'entrée, elle est demandée, un peu subalterne quand même, et déjà un peu en danger de vaciller. Parce que Lilly n'est pas encore mariée, qu'elle le cherche justement, ce mari fortuné qui fera enfin d'elle une Dame opulente et respectée. Elle est belle, elle est fine, elle joue stratégique, elle n'a que ses seuls charmes pour appâter, enfin, le gros poisson, le ferrer et l'amener à lui mettre la bague au doigt. Une stratégie qui doit rester cependant invisible,car se jouant sous des yeux avertis, et que Lilly pense maîtriser.

Son premier faux pas : alors qu'elle se rendait dans une villégiature amie ( où le gros poisson peut rôder), elle loupe son train, sur le quai rencontre Sedden, qu'elle connait et à qui elle plait bien, comme une curiosité, ou un bibelot, et se rend chez lui boire un thé rafraichissant. Ce qui n'a l'air de vraiment rien. Sedden n'est pas une proie pour elle. Bien que célibataire, il est sans argent, bien que séduisant et cultivé, il est sans argent. Il reste que, en ce court moment loin des regards qui sont le théâtre habituel de la traque de Lilly, elle va juste sentir une voie autre possible passer, une certaine complicité, liberté ... qu'elle ne peut pas prendre, surtout pas, sinon, elle va dévier.

Sauf que, le mirage est tenace, une lente descente dans les Enfers mondains va s'amorcer, d'erreurs en erreurs, de ragôts en rumeurs, le cap bien huilé du mariage, s'éloigne. A chaque fois, Lilly le regarde passer, presque malgré elle. Elle aurait pu aller à la messe et gagner ainsi les faveurs de l'insipide Mr Gryce ; elle aurait pu laisser Mr Rosedale, le nouveau riche, faire d'elle sa locomotive mondaine, elle aurait pu ne pas servir de paravent à des tromperies mondaines, en regardant derrière son dos, là où l'amie allait frapper ... Mais Lilly, si elle se plie, ne se vend pas, même au plus offrant des galants.

Une bien belle héroïne, en forme d'étoile filante, manipulatrice manipulée, danseuse étoile et petit rat à la fois du théâtre d'une société fort cruelle, où les chasse trappes n'ont pas d'échelle, un superbe roman dont l'écriture décortique finement et sans appel les rouages du triomphe des apparences.

Pauvre, pauvre, Lily

 

De la même auteure sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/10/25/le-temp...

 

 

Commentaires

Merci pour ce magnifique billet! Tu as ressenti des émotions semblables aux miennes! J'en suis ravie!

Écrit par : Une Comète | 19/02/2013

Merci pour le compliment ! C'est un roman dont je me suis délectée, en me répétant "Pauvre Lily" en alternance avec " Quelle gourde!", contradiction qui montre mon absence totale de recul critique !

Écrit par : Athalie | 20/02/2013

Encore un billet qui donne sacrément envie de se ruer sur ce titre. J'ai une LC prévue d'ici peu avec un autre titre de cette auteure (Le temps de l'innocence). Je vois que tu l'as déjà lu, je file découvrir ton avis.

Écrit par : jerome | 19/02/2013

Entre les deux, j'ai préféré celui-ci, mais si tu as lu la note sur "Le temps de l'innocence", tu auras vu que cette préférence n'est pas fondée sur le roman en lui même. Donc, bonne LC ! et ton avis à suivre !

Écrit par : Athalie | 20/02/2013

à force de lire des billets qui me plaisent bien je crois avoir lu les romans...
je manque de temps pour tout lire mais la blogosphère m'enchante
je ne ferai bien que ça vous répondre et lire
mais le soleil est revenu et il faut prendre l'air
Luocine
PS je crois que j'ai lu un roman de cet auteur ou des billets sur cet auteur.. va-t-en savoir

Écrit par : luocine | 20/02/2013

Que oui ! je comprends ... Moi aussi des fois, j'ai l'impression d'avoir déjà lu les livres quand les billets fleurissent sur les blogs ... Du coup, je ne les lis plus en entier, je cherche l'avis perso, et je fonce, ou pas, pour noter, pour plus tard ...
Sans compter les idées de mes copines ....
Mais ce titre-là, il peut se sortir au soleil, sur une plage, ou sur un banc, le banc face à la mer lui irait parfaitement, le must, avec un petit vent du large et quelques échos de cris de mouettes ...

Écrit par : Athalie | 20/02/2013

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