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30/03/2013

Virgin suicides, Jeffrey Eugenides

virgin suicides, jeffrey Eugenides,romans,romans américains,famille je vous haisUne histoire de filles racontée par des garçons : d'eux on ne saura pas grand chose, et d'elles, ma foi, de quoi alimenter leurs fantasmes à eux. Ils ne semblent ne jamais les quitter des yeux et du coeur, et on ne saura jamais qui ils sont, voisins-voyeurs d'une intimité qui les trouble, à laquelle ils n'auront que peu accès, même quand les filles les piègent et semblent se révéler enfin pour leur perte. Ils racontent leur collection d'images et d'objets, des reliques sales, froissées, qui s'émiettent : un savon fleuri, une brosse, une vignette de la vierge, une sandale ... Des reliques recupérées qui ne prouvent plus rien, d'un mystère qui les hante. Lequel ?

Les cinq filles Lisbon sont presque belles, en tout cas, belles en groupe, en fusion, même en déliquescente virginale ... Par ordre de disparition, Cécilia, "la folle mystique" aux poignets bandés qui s'y reprendra à deux fois pour quitter la scène, un an après, ce sera Bonnie, sans doute, puis Thérèse, peut-être, et Lux, dans la même nuit et Mary, un peu plus tard mais pas beaucoup.

Les cinq filles Lisbon sont trop bien gardées, les chiens de berger sont le père, professeur ridicule à la voix geignarde et haut perchée, et surtout la mère, dont on peut se demander si elle a un jour, je ne dis pas aimer, mais seulement regarder, écouter, caresser ses filles où si dès le départ, elle ne les destinait pas au sacrifice. Ce ne sont pourtant pas des blancs agneaux qu'elle néglige mais ses filles à la féminité étouffée, ou étouffante ? Elle se répand dans la maison où les filles sont plus ou moins cloitrées avant d'y être enfermées, cette féminité excessive s'épend à travers les interstices des barrières morales. Les filles s'amusent, (mais s'amusent-elles vraiment ? ou s'expriment-elles ainsi, par codes, par signaux ...) à envoyer leur père acheter des tampax par kilos, elles se maquillent en cachette, prennent des bains à foison, puis plus aucun, sèment le trouble, ont-elles le choix ? ... Elles tentent des trucs pour exister, les ondes radio dans le vide, les vinyls à tue-tête, elles n'ont pas de lignes, que des interdits. La mère ne couve pas les poussines, elle les cadenasse.

Le roman suit donc une année de leur vie, la dernière, du premier suicide au dernier. Peu d'éléments pour les comprendre :  une fête lugubre, donnée pour Cécilia, un moment où nos narrateurs pourront les regarder d'un peu plus près, presque sentir l'odeur énervante de leur vie confinée, la fête du lycée, où, de loin, ils les verront approchées par d'autres, ce sera un très bref moment de liberté, leur première autorisation de sortie, et leur dernière, dans leur robe immature engoncées.

Un an pendant lequel les garçons d'en face collectent ce qu'ils peuvent de ces vierges qui leur sont innaccessibles (même la ténébreuse Lux ne leur accordera pas une minuscule de ses faveurs dont elle est pourtant prolixe aux étrangers de passage sur le toit de la maison familiale qui s'obscurcie ...) : une lumière derrière une fenêtre, une main, un visage aperçu, une sortie de l'une ou de l'autre sous la véranda, les narrateurs s'inventent les filles, parfois confondues ou interchangées dans un amour collectif par procuration, en quête de traces d'odeurs, de textures de peau, de formes de visages, de bout de genou entreparçu sous un kilt presque encore enfantin.

Un roman troublant, qui n'apporte aucune réponse à l'opaque adolescence.

Un seul bémol, mais qui ne tient pas au texte, pour qui a vu, comme moi, le génialissisme film de Sofia Coppola, les images se superposent. Du coup, les filles sont forcément blondes, rien à faire pour m'enlever ça de la tête !

 Et tout et rien à voir (quoique ...) , j'en profite pour ajouter un lien vers la note vraiment pertinente, à mon sens, d'Ingannmic sur "Il faut qu'on parle de Kévin", tant qu'on est dans le trouble, restons-y  .... et rajouter "Middlesex" du même auteur dans mes livres à lire ...

La griffe du chien Don Winslow

la griffe du chien,don winslow,romans,romans américains,pavésLe pavé est rude à avaler, 827 pages de réalités socio-politiques sans concession, une plongée en apnée dans les doubles jeux des USA et les narcotrafiquants sud-américains. A priori, pas vraiment pour moi, à la limite du docu-fiction, me disais-je, lestée par le poids du dit-pavé, plombée dès le premier chapitre par un bain de sang hyper réaliste, le coeur presque déjà au bord de l'écoeurement.

Le héros, si tant est qu'il puisse ainsi être dénommé, est Art. Ancien du Vietnam, il a déjà envoyé des hommes à la mort, les mains sales des opérations de nettoyage, il connaît. Métis, moitié américain, moitié mexicain, il pensait être du bon côté en s'engageant dans la lutte contre les narcos. Il pensait avoir un certain pouvoir, il va commencer par se faire rouler dans la farine. Il appartient à la DEA ( une sorte d'administration officielle chargé de s'occuper des méchants mexicains qui inondent les gentils USA de la "boue mexicaine"), et trouve sa hiérarchie bien peu efficace et timorée dans cette guerre larvée. Ce pourquoi il conclut en douce une sorte d'alliance avec Tio Barrera, membre éminent de la police mexicaine en façade, aussi vérolé qu'un canon à poudre en réalité. Croyant mettre fin à la culture du pavot, Art collabore à une gigantesque opération de destruction massive des champs cultivés (et aussi des personnes qui cultivaient, mais bon, là, c'est accessoire pour tout le monde ...) et croyant ainsi berner ses supérieurs qu'il trouve trop lymphatiques et hypocrites ( officiellement, il a été décrété que la "boue mexicaine" n'existe pas, que la police mexicaine s'en occupe de toute façon, et que donc, il n'y a pas de traffic, ni de "narcos"), Art ne fait rien que moins que de contribuer à la naissance d'un cartel, " La fédération", machine à inonder le marché de la drogue, encore plus puissante, efficace et redoutable que la précédente.

Les territoires de production vont être définis, famille Barrera en tête, Tio, El patron, Raul l'exécuteur, Adam, le comptable. Art va devenir seul contre tous, "le seigneur de la frontière" et mener sa propre guerre, sa vengeance, les deux ayant les mêmes visages, visages multiples et identiques du côté du Bien et du côté du Mal, ceux des mécanismes sanglants des pouvoirs politiques aux commandes. Plus rien d'humain là dedans.

La lecture est insoutenable et impossible à lâcher : c'est un roman excessif pour une réalité excessive qui vous saute à la gorge, explose par l'intensité de ce qui est démontré, l'Amérique Centrale comme un vaste terrain pour cynismes sans limites : les narcos vivent dans de vastes demeures, roulent dans les belles voitures, à ciel ouvert, tout est bon pour garder le pouvoir d'un côté, pour se voiler la face de l'autre. C'est un jeu de massacres où le Bien et le Mal ont les mêmes armes, où ils se combinent et s'entrelacent. C'est un jeu de poursuites sans aucune morale et d'intérêts où qui perd est mort et qui a gagné est mort aussi.

Art seul contre tous, cela est un peu gros, soit, d'autres figures passent et tiennent le romanesque : Nora, la call-girl au presque grand coeur, Callan, le tueur au sang froid mais yeux de biche, un prêtre humaniste, des exécuteurs qui avalent des pêches .... mais toujours le fil est sa guerre, sans répits. Et quand vous pensez en avoir assez lu, assez vu, assez compris, assez d'assister à des exécutions, des tirs en rafale qui laissent flotter les corps comme des objets de pacotille, et bien, ça recommence ... pour que la drogue se répande dans les veines rouillées des acros, et l'argent dans les poches de ceux qui se les remplissent.

Ce roman grouillant, pesant, tonitruant, je l'ai avalé, écoeurée, vidée, dégoûtée, révoltée, j'ai avalé jusqu'à la moindre balle tirée, jusqu'au moindre crâne éclaté, la moindre gorge tranchée, corps découpés. Je ne sais pas si je regarderai un reportage sur ce même sujet avec le même oeil écarquillé d'horreur, tant je me suis dit qu'il n'y avait que la littérature pour vous exposer à la figure la vérité avec une telle puissance de frappe.

Un grand merci à Ingannmic, qui a eu l'initiative de cette lecture commune, (et à Jean Marc qui en est à l'origine), lecture d'un indispensable coup de poing à côté de laquelle, du coup, la vision d'Ellory dans Les anonymes ou Vendetta, parait presque angélique ....

Gridou rejoint le choeur des louanges, à qui le tour ?

 

Athalie

26/03/2013

Vie animale Justin Torres

justin torres,vie animale,romans,romans américains,famille je vous haisUn livre qui fait tout pour être vite, très vite lu, et comme il n'est pas bien gros, il faut lui résister, pour le faire attendre un peu et bien de le déguster, mais ce n'est pas facile ( moi, je n'ai pas vraiment réussi)

Dans une famille quelque part dans une grande ville américaine, une famille porto ricaine, sans doute, pauvre, ils sont trois frères quasi livrés à eux mêmes, les parents font tout de travers, même les aimer, même s'aimer, parfois, se déchirer, jurer sur leur sort de déshérités et y retourner toujours.

Des trois frères, le narrateur est le plus jeune, le plus jeune de cette fratie animale, dont l'écriture rend une force brutale, une sorte d'incandescence urgence à se rouler dessus comme à être ensemble, trois frères ...: "Quand était trois frères (...), on était le nombre sacré de dieu

Ma et Paps se sont trouvés bien jeunes parents, Ma est un peu folle, un peu fragile,  Ma n'a pas toujours le sens de l'ordre du temps, Ma confond les rôles, Paps est violent, Paps rage, Paps tourne en cage. Elle laisse les chiots que sont ces fils s'ébrouer, lui tente parfois de les mater quand il ne se met pas à les laver frétiquement, comme pour rattraper un amour. Les chiots s'ébattent, se griffent, se mordent, les mordent, parfois, quand ils le peuvent. Mais " Quand était trois frères, on était le nombre sacré de dieu", " Quand on était trois frères, on était mousquetaires", " On était les trois boucs qui traversent le pont".

Le roman se construit sur des scénettes rapides : début, milieu, fin d'une petite histoire tendre ou, et cruelle, ou tout en même temps mélangé, entre eux les trois, les quatre, les parfois cinq, pour un temps bref d'accalmie. Paps achète un pick-up pour la frime, Ma hurle, et la famille s'en va rouler dans la nuit fraternelle, Paps s'en va, Ma laisse le téléphone sonner jusqu'à leur en casser les oreilles, Ma rêve d'Espagne et ne va pas plus loin que le bout de la rue. Paps tente veilleur de nuit, Ma rentre ivre et s'occupe de ses orteils ...

Rien ne semble pouvoir bouger dans cette bulle de rancoeur et d' échecs, jusqu'à ce que, le narrateur ne lève le voile, leur avenir ne sera pas le sien, il rompt la bulle, on comprend que ce sera cher payé.

 

Athalie

 

 

23/03/2013

Une longue nuit d'absence Yahia Belaskri

yahia belaskri,une longue nuit d'absence,romans,romans français,guerre d'algérie,guerre d'espagneUn auteur plein d'allant et le verbe haut et en couleur, une sorte d'énergie tendue, et me voilà curieuse de découvrir sa prose à ce monsieur que ne je connaissais pas, croisé dans un festival du livre pas loin de chez moi, pas snobinard, un peu encore bricolé mais bien sympa (le festival, pas le monsieur).

Me voilà donc avec Une longue nuit d'absence dans le sac, longue nuit très courte, il se lit en une tranquille après-midi ... ce qui m'a tenté est l'arrière-plan historique dont je n'avais jamais entendu parler (mais bon, je ne suis pas un critère en connaissances historiques, si ça se trouve, c'est super connu comme arrière-plan historique) : l'exil des républicains espagnols vaincus sur la terre algérienne. Dans les camps français, près de la frontière, je savais mais pas que certains avaient cru que la liberté pouvait les attendre de l'autre côté de la Méditéranée, sur que cet autre côté là, à l'époque, il est français aussi, et donc, que ce sont les camps de l'administration coloniale qui vont les accueillir.

L'écriture est sèche et ne dit que l'essentiel en suivant le personnage principal , un beau personnage héroique, Paco, pour rassembler tous les autres autour de lui, d'autres exilés de cette guerre là et puis d'autres plus anciennes ou plus lointaines, dans la ville d'Oran.

Avant d'être Paco, combattant communiste contre Franco, espion sur sa terre gangrénée par le fascisme, puis embauché par les Américains après leur débarquement pour  les aider à faire semblant de vouloir libérer l'Espagne, Paco était Paquito, jeune gamin des terres andalouses, destiné comme tant d'autres à la pauvreté de leur parents. Il est devenu carabinier de la nouvelle république, pour s'échapper de son destin et va donc choisir le sien, avec conviction, la lutte pour la liberté, rien que cela.

La fuite désordonnée de l'Espagne, où il laisse amis, villages et femme, les camps d'internements, l'histoire va vite les brosser en quelques traits; la survie clandestine à Oran, les rencontres d'autres comme lui, bâtis comme des humanistes ordinaires dans un temps qui est peu clément à la tolérance : Shalmo, le vieux juif, Duong, le vietnamien débarqué là parce qu'on n'avait plus besoin de cette main d'oeuvre jaune dans le Sud de la France, Domingo El Nero, Cubain d'Afrique noire, Néhari, le musulman invisible du quartier arabe A Oran, les différentes communautés peuvent se côtoyer, mais ne se regardent pas. Un bref moment, à Oran, pourtant, la communauté espagnole se croira presque dans le monde des tapas et des corridas. Le noms des rues de la ville défilent derrière le vélo de Paco, comme autant de dominos parfumés, avant que l'explosion de l'indépendance ne trouent les vitrines et ne jongent les trottoirs de victimes et de coupables qui n'y comprennent plus rien. Et Paco, non plus, lui qui y avait presque cru ...

Le propos est clair, la vie exemplaire, le héros est droit, le trait doux amer évoque un homme qui devra boire l'histoire jusqu'à plus soif. Un roman qui donne l'impression d'être un hommage. En fait, je ne suis pas allée farfouiller sur le net dans la vie de monsieur Belaskri, mais je ne serais point étonnée qu'il y eut un grand-père caché derrière ce Paco là.

 

Athalie

 

20/03/2013

Le camp des morts Craig Johnson

le camp des morts,craig johnson,romans,romans policiers,romans américains,wyomingAprès être tombée sous le charme du shérif le plus chéri des lectrices de Craig Johnson, Walt Longmire, cet été dernier, après donc ma première rencontre avec lui dans Little bird, il me tardait de retrouver sa mélancholie latente, son charme pataud, son flegme torride et sa compagnie d'avec son double indien, Henry Beard, un peu plus "grand loup solitaire" au charme ténébreux mais tant pis.

Ils sont donc bien là, sans surprise, même si Henry est un peu plus en retrait que dans le premier tome, (mais toujours là au bon moment pour son copain quand même), sauf que Walt, en plus est drôle. Pas à se tordre, mais le voilà qui fait dans la légèreté caustique, voire la légereté tout court. Par moments, seulement, car il sait raison garder et ne perd point de vue son but de gentil redresseur de la justice, faut pas dévier le personnage, ce serait dommage de l'abimer dès le second tome. Quoique, il s' en prend de sacrés torgnioles le père Walt, ce coup ci encore ...

Côté coeur, le calme reste plat, malgré l'intrusion d'une sulfureuse et sémillante contrôleuse gouvernementale chargée des ouvertures de coffres en banque oubliés dont mon petit doigt de lectrice me dit qu'elle reviendra faire un tour dans ce coin paumé du Wyoming. A la décharge du Walt, son enquête ( ben oui, il y en a une ...) lui laisse peu le temps de rentrer dans son lit et il fréquente plus sa cellule de sa prison pour dormir que sa maison livrée aux courants d'air. En plus , le poêle à bois n'a pas encore été livré. Ce qui est gênant pour le côté torride (pour la peau de bête devant le poêle, je n'ai pas d'indices ...).

Côté mystique, Walt a bien encore quelques hallucinations de temps en temps : une histoire de revenants qui lui causent et le protègent des gros, gros dangers, mais, le plus souvent, c'est de lui même qu'il se fourre dans les congères qui passent par là et dans la gueule du loup ( loup solitaire comme Henry, mais beaucoup plus tueur que charmeur et ténébreux au sens infernal du terme, cette fois)

Donc, il neige, beaucoup visiblement, même pour le Wyoming. Le shérif Walt,  qui est un homme fidèle en amitié va malgré tout passer sa soirée habituelle dans la maison de retraite où le vieux shérif unijambiste et soiffard, Julian, sévit. Entre lui et lui, c'est une longue histoire. C'est le vieux qui l' a embauché, engueulé et qui lui donne sa claque aux échecs toute les semaines.  Le vieux shérif a fini par raccrocher l'insigne, mais pas ni la bouteille ni la gueule de bois. Il reste quelque imprévisible ... et peu tolérant à d'autres opinions que la sienne. Et là, quand Walt arrive, la vieux Julian a fichu le un chambard total dans sa maison de retraite. Mari Baroja, la petite vieille qui mangeait des gâteaux à quelques pas de la sienne n'est pas morte naturellement. Sans compter que comme le vieux Julian n'a l'ombre ni d'une preuve, ni d'un suspect et encore moins d'un mobile, donc, c'est sûr, il a raison.

C'est le départ de l'enquête enneigée de Walt où les victimes se succèdent comme des mouches et le shérif zigzague dans ses hypothèses. On se régale ... d'autant plus que d'autres joyeux lurons sont recrutés dans l'urgence : un doux basque qui passait par là ( et qui va bien servir, n'en déplaise à la cohérence logique de la propable utilité d'un basque au Wyoming ...), et le Double Touch, un géant pour l'instant plutôt pacifique .

L'épilogue, par contre, fait craindre le pire pour nous, pauvres lectrices impuissantes face au charme quelque peu direct de la Vic, l'adjointe, devenue célibataire de choc ...

 

Athalie

16/03/2013

Paris-Brest Tanguy Viel

imprEcranZoomPlan.jpgDepuis que A.M. a confié que Tanguy Viel était son nouvel Echenoz, il fallait que j'en ai le coeur net : avais-je oui ou non lu "L'absolue perfection du crime" ? Le fait que ce livre se trouve depuis des mois sur mon étagère des "pas encore lus" n'étant pas un critère fiable, vu que que je sais bien qu'avant il était dans les "déjà lus", mais que je l'ai déménagé parce que je n'en avais aucun, mais alors, aucun souvenir ... finalement, j'ai laissé tomber la résolution de l'énigme et j'ai pris "Paris Brest" parce que là j'étais sûre.

Résultat : c'est pas mal Tanguy Viel, un peu posé-poseur, et quelque chose d'Echenoz dans l'écriture qui finit par cerner l'histoire, minimale, l'histoire, en surface du moins, parce que en dessous l'inconscient grouille grave .

A neuf ans, le narrateur voulait être footballeur ou écrivain. Du jour où il a compris que le F de son équipe de poussins était un classement par le bas, il a décidé que ce serait écrivain. Son frère, lui, est footballeur mais, autre rêve brisé, il ne le sera jamais dans l'équipe de ses rêves, celle de Brest. Brest, c'est là où vivait la famille avant que le père, vice-président du club de football, n'égare par mégarde quatorze millions des caisses pendant que la mère jouait au bridge chez la femme du procureur.

La mère est un femme de grande convenance. Le père ne peut plus se montrer (même pas comme père, d'ailleurs ...). Toute honte dehors, la famille (sauf le narrateur) doit alors s'exiler dans le Languedoc Roussillon, exil honni au pays des vachettes ( ce n'est pas moi qui le dit, c'est le narrateur ...). La mère y vend, en rongeant son serre-tête, des cartes postales et des briquets "Palavas" avec un P qui fait parasol. (Le briquet a son importance dans l'histoire, le serre-tête, moins, mais quand même). Elle ourdit sa trame toute tissée de mesquineries : comment revenir avec les honneurs dans la ville d'où l'on est parti la tête basse ? Surtout qu'un héritage est en jeu, celui de la grand-mère, ex-gouvernante d'un amiral apocryphe, qui mangeait lui aussi dans la salle vitrée des conventions maritimes brestoises. La mère a bien  laissé le narrateur en éclaireur, dans l'appartement du dessous de la vieille richissime, mais il est peu fiable comme poisson pilote télécommandé à distance. Et rôde la femme de ménage, et rôde le fils de la femme de ménage  ...

Une relation au vitriol de relations mères-fils-père et une écriture distanciée (j'ai adoré les descriptions de lieux, Brest et sa reconstruction au cordeau, la maison finale face à la mer avec les hortensias au vent des tempêtes), du coup, pourquoi pas lire (ou relire ?) "L'absolue perfection du crime" ?

 

Athalie

 

 

11/03/2013

La place du mort Pascal Garnier

t-boite_a_meu1.jpgIl fut un temps où je ne jurais que par le polar, le polar français, qui plus est, du bien noir et du bien suintant de misères sociales et de laissés pour compte de la société et de la vie en général, un temps où Pouy, Raynal et tous les autres venaient en joyeux fêtards gauchistes jusque qu'au bout des santiags de Pascal  Dessaint, trinquer derrière leurs piles de bouquins à "Etonnants voyageurs" ( oui, cela fait un peu arrière-garde, mais j'assume ...)

Je n'y ai jamais vu Pascal Garnier, mais sans doute faisait-il partie de la confrérie, en tout cas, ce qu'il écrivait peut le laisser penser, car j'ai retrouvé avec plaisir cettte "joyeuse banboula de la mortitude des choses" dans "La place du mort", un petit polar bien sous tous rapports pour qui aime le genre.

Un accident de voiture dans la nuit, une voiture au phare borgne et que seul un renard entend percuter avant de retourner à ses occupations, finir d'éventrer son lapin. Nous sommes près de Dijon (mais on ne le saura qu'après)

Puis, le bruit de l'horloge franc-comtoise, celui de la maison du père de Fabien, notre héros, père solitaire et rabougri du coeur qui avait besoin d'un coup de main pour un vidage de grenier. Nous sommes en Normandie.

Fabien, le héros, rentre dans son appartement parisien, besogne faite. Sa femme Sylvie, avec qui il vivote depuis un temps certain, n'est pas là. La quarantaine sans enfants, un arrangement entre amis. Il écoute ses messages sur répondeur, il y a en a trois. Le dernier vient de l'hopital de Dijon : il dit que Sylvie est morte.  A Dijon, donc, dans un accident de voiture, Sylvie et son amant, un certain Martial, sur la route qui menait à leur coin d'amour " Le petit chez soi". Après un aller-retour : Fabien est fort marri et revient à Paris se morfonde. Lui qui aimait la solitude "mais accompagné", le voilà réduit à se demander si il va devoir se nourrir d'oeufs au chorizo fort jusqu'à la fin de sa vie, vu qu'il aime le chorizo fort et que Sylvie ne l'aimait pas, mais quand même, ce n'est pas une raison ...

Recueilli par son copain Gilles, sorte de père d'enfant en mal d'amour de sa Fanchon, les deux compères vont régresser, se font des parties des légos, plus ou moins licites, les légos, et Fabien s'endort au milieu des peluches. Lorsqu'une idée de vengeance se tarbistouille dans la tête du Fabien : il va "prendre la place du mort", séduire la veuve de l'amant, Martine. Il a son adresse, facile, et puis ...

Sauf que la Martine se révèle avoir le sex appeal d'une huitre, à se demander pourquoi elle est si bien gardée par par sa "meilleure" amie, Madeleine ... Le piège à crabe se referme, mais pas forcément par celui qui croyait prendre, évidemment !!!

 Si l'intrigue n'est pas la force majeure de ce noir, le plaisir vient de cette écriture qui marque l'infinie tristesse drôlatique d'une existence vide où l'amour n'a pris la place de personne, un rêve innaccessible d'immobilisme : " De son lit, les reins calés par un gros oreiller, Fabien pouvait voir par la fenêtre un grand pan de ciel bleu marbré de rose, l'ébauche d'une forêt rousse et un triangle de pré vert où paissaient quelques vaches. Le paradis à portée de main et pourtant innacessible. Etre une bonne grose vache, manger toute la journée, donner son lait aux petits enfants, dormir dans une étable bien chaude, bien serrée contre les autres, et recommencer le lendemain pour toujours."

Et bien, même cela lui sera refusé.

 

Athalie

09/03/2013

Les privilèges Jonathan Dee

imagesCAGMH6V8.jpgLes privilégiés se nomment Cynthia et Adam. Jeunes, beaux, insolemment jeunes et beaux, le sachant, sans aucun complexe, deux entités au visage parfait, un chacun, qui s'accordent et s'accouplent parfaitement, emboités l'un dans l'autre. Ils se marient en grande pompe, mariage conventiel, pour les convenances, mais ce sont celles qu'ils se sont fixées. Issus chacun de la moyenne bourgeoisie américaine, ils ont aussi en commun le souci unique de se défaire de toute attache. Il faut dire les "cocons" familiaux sont bien lâches, et les personnages n'entretiennent avec mères, pères, beau-père, frère et demi-soeur que peu d'attaches sentimentales, plutôt un mépris indifférent à ce qui n'est pas eux-mêmes : deux glaçons en symbiose.

Ce mariage les met cependant à part, dans leur petit monde de futurs huppés où le temps est plutôt à la fin des études universitaires, aux fêtes et aux expériences en tout genre en attendant la réussite sociale promise, certaine, évidente. Cette singularité fera leur carapace, d'autant qu'ils auront deux enfants, très vite et donc très jeunes, autre excentricité, autre clôture sur eux-mêmes. Cynthia briguera alors un autre statut, celui de mère au foyer parfaite, ce qui l'ennuie quand même parfois, en fin de journée, quand il pleut et que les enfants ne sont que des enfants, et pas des robots qu'elle peut manipuler.

Adam, de son côté, n'a toujours d'yeux que pour eux et la ligne qu'ils se sont fixés, l'argent et les marques extérieures de richesse qui vont avec. Comme la réussite tarde un peu à devenir insolente, il va lui donner un coup de pouce, en trichant un peu. A défaut de rester honnête, il reste brillant, aimant, de plus en plus soucieux cependant de la fermeté de son corps, de sa jeunesse et de celle de sa femme, culte qu'elle partage et où elle met toute l'énergie qui lui reste après l'élevage des enfants, bien sûr. Quelques fêtes entre nantis de l'Upper West side les amusent encore mais l'essentiel de leur énergie est consacré à cette tension, la réussite de leur noyau dur, les enfants et eux.

Ce qui fait que, durant toute la moitié de ce livre, je me suis demandé où en était l'âme, il n'y a que lorsque la perfection a commencé à se déglinguer que j'ai commencé à accrocher (mais bon, c'était un peu tard ...). Les personnages ne me semblaient être que des artifices mis en place pour une démonstration : voilà les dégâts que font l'ambition égoïste, le cynisme, le culte du moi et de ses apparences sur les pauvres mécaniques humaines ... La démonstration est bien faite, elle est glaçante, quand se délitent les principes moraux, qu'il ne reste que soi comme valeur, les "privilèges" ne donnent pas d'amour ni d'avenir. Bien fichu, bien mené le propos, cette distance d'avec les personnages et leur histoire est sûrement voulue, elle m'a juste peu embarquée ...

 

Athalie

06/03/2013

Etranges rivages Arnaldur Indridasson

etranges rivages,arnaldur idridasson,romans policiers,roman islandeLe bandeau annonce " Erlendur est revenu", soit, il est bien là, dans le livre, je veux dire, mais il est quand même resté coincé dans les replis de sa mémoire, en plus, il se met à voir des fantômes, ce qui n'est pas bon signe ...

Dans son fjord d'enfance, il s'est installé dans les ruines de la maison, la maison où il vivait quand son frère y vivait aussi encore, sa mère, qui aimait rire avant, son père dépressif mais qui jouait du violon de temps en temps, et lui était un grand frère, un peu jaloux d'une petite voiture rouge. Il y dort dans un campement approximatif, à ciel quasi ouvert, se réchauffe dans sa voiture, se douche à la piscine municipale ( détail qui n'est révélé qu'à la moitié du livre, alors que moi, son hygiène corporelle me turlupinait depuis le début, mais bon, c'est dire ma trivialité parfois quand je lis un livre qui m'endort quelque peu). Pourquoi il est là, il ne sait pas trop en fait, toujours son frère disparu qui le coince, je suppose.

Un jour, et toujours sans savoir trop pourquoi, Erlendur suit un vieux chasseur de renard qui va lui raconter une autre histoire de disparition, aussi lointaine ou presque que celle de son frère et sans rapport avec elle. Evidemment, comme c'est une histoire de disparition, elle va lui raisonner dans l'oreille. D'autant plus qu'elle bien tassée au fond du fjord.

Un soir d'une autre tempête, une jeune femme, Mattildur, est partie de son foyer pour aller rejoindre celui de sa mère et n'y est jamais parvenue. Elle est restée coincée quelque part, elle aussi, dans les replis des mémoires des vieux du village, de sa vieille soeur qui s'en souvient à peine, d'un vieux pêcheur, Ezra, qui tabasse les poissons fumés, et de bien d'autres ancêtres aux souvenirs troués, que notre enquêteur va aller interroger, toujours sans trop savoir pourquoi, juste pour savoir.

 Il faut dire quand même que la nuit de la tempête durant laquelle Mattildur a disparu, une patrouille de soldats anglais s'est aussi égarée, sur le même chemin qu'elle, mais dans le sens inverse. Alors que les recherches ont permis de retrouver tous les soldats, vivants ou morts (sauf un corps, mais c'est pour le suspens), elle, personne ne l'a jamais vue.

Il faut dire aussi que Mattildur, elle était un peu mal mariée, et que des légendes ont couru dans le fjord après sa mort, des histoires de vengeance post-mortem et de corps qui faisait du bruit dans le cercueil ...

Erlendur vaque, de maisons en maisons, pour reconstruire l'histoire, retrouvant en passant quelques éléments sur la sienne. Sans vraiment d'ennui, ni vraiment d'intérêt d'ailleurs, j'ai suivi Erlendur sur sa lande ( après tout, j'étais venue pour le retrouver !), quand même, je me demande toujours pourquoi il n'a pas mangé le poisson fumé d'Ezra. Suite au prochain épisode ?

 Du même auteur sur ce même blog :

Betty

La muraille de lave

La rivière noire

Athalie

 

03/03/2013

Entre ciel et terre Jon Kalman Stefansson

entre ciel et terre,jon kalman stefanson,romans,romans islandaisEntre ciel et terre, c'est bien là que l'on peut se sentir en lisant cette drôle de ballade islandaise, entre ciel et terre, lors d'une époque arrêtée dans la dureté des temps et les éléments, où l'homme est bien petit, et le pêcheur islandais encore plus ; la neige, la mer ( paradoxalement on voit peu le ciel et peu la terre, ces deux éléments là étant généralement recouverts par les deux autres), mais pour l'atmosphère de coton fantômatique, ça marche bien aussi, la mer qui gèle et la neige qui recouvre le tout. Tout ça pour dire que l'on ne sait pas trop où l'on est en fait ...

Barour a pris sous sa protection le "gamin" qui a quand même une vingtaine d'année et assez de passé tragique derrière lui pour en être quitte normalement, avec les dieux du malheur et de la misère qui veillent sur le destin des pêcheurs qui les prient. Vu qu'ils ne savent pas nager. Sauf que, lors de cette dernière sortie en mer, dans la barque minuscule, dans un petit matin fragile, ce ne seront pas les dieux qui provoqueront la tragédie, mais les vers d'un poète, égarés dans cet univers de brumes, ceux de Milton, deux ou trois vers du Paradis perdu.

Il n'avait déjà pas grand chose à lui, le gamin, sauf Barour, l'ami poète, sa seule famille, au milieu de ce monde de brutes épaisses et à barbes et à l'âme aussi hirsutes que leur menton, mais, lors de cette pêche, Barour va mourir, parce qu'à cause de son amour pour les vers, il a oublié sa vareuse et qu'il va mourir de froid, sous les yeux du gamin et des autres. Aucun ne l'aidera, aucun ne le peut, ce serait deux morts au lieu d'un.

De retour aux baraquements, le corps de Barour est laissé étendu sur la table et les pêcheurs s'en vont écailler les morues ramenées avec lui. Le "gamin" va alors partir pour le village de l'autre côté de la montagne, celui où ils avaient tous les deux projeté un avenir un peu meilleur et retrouver le fautif, le capitaine aveugle qui a prêté le livre à Barour, et causé ainsi sa mort.

Après, le gamin ne sait pas, mourir sans doute, par fidélité, ou vivre, par infidélité mais goût quand même pour les regards d'une certaine jeune fille, parce que deux femmes sont échouées là aussi, superbes, une femme corbeau et une femme venue d'ailleurs, parce qu'elles vont l'écouter, et qu' on y entend la peine d'un autre capitaine, dont l'amour s'est perdu en cours de route, sauf qu'il ne la retrouve plus, sa route  ...

Un bien beau texte, et malgré quelques dissertations sur la symbolique de la morue ( ce salaud de poisson qui vous tue et vous survit) et ces noms à la prononciation, même mentale, impossible, je suis régalée de cette, étrange, ben oui, poèsie ...

Et un grand merci à Jérôme, sans qui je ne me serait pas lancée dans ce sillage !

 

Athalie

 

 

01/03/2013

Athalie, le classement, la géographie et la politique

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgJ'adore classer, surtout les livres, (pas ranger, mais classer, ce qui n'est pas la même chose, pour classe, faut déranger, ce qui fut le cas). Je vois sur plein d'autres blogs des classements super bien et pratiques et notamment les classements géographiques. Je me suis dit, pratique, pas long è faire et au plus prêt de ma logique à moi qui fait que quand je veux retrouver les notes sur Indridasson, par exemple, je clique sur romans islandais chez les autres. Normal.

Donc, sur ma petite interface à moi, je me lance, sans soupçonner du tout les abysses et les ordonnées, les dilemmes et cas de conscience qui allaient s'ouvrir devant ma modeste ambition.

Le classement par pays précis ne me paraissant pas efficace, trop peu de titres pour certains ( et puis un pays est-ce que cela définit un livre, surtout quand je n'en ai qu'un à classer dedans). Non. Donc, je vais faire par "gros pays", genre continent, mais en plus petit, en tranches, quoi. Sauf que je n'allais pas faire romans européens, ce qui n'aurait rien classé du tout. Donc, "romans angleterre", un gros pays importateur de mes lectures, fallait bien commencer. Nouveau problème, je subdivise ou pas ? Les irlandais et les écossais, ils vont faire la gueule, là, dans "anglais", ce n'est pas que je craigne les bombes, mais mes livres n'y seraient pas à l'aise. Je pourrais mettre "romans royaume uni", contournement peu glorieux et hypocrite ( c'est justement parce que ce n'est pas uni, que c'est à classer). J'ai donc rejeté ma propre motion.

Je me dis, c'est pas grave, tu prends la langue d'écriture comme critère. "Romans francophones" : les romans suisses, ça rentre, du moins quand ils sont écrits en français. Mais après "romans français", c'est pas comme "francophones", il y aurait des livres de souche ! Beurk ! loin de moi !

Je persévère ( je me demande bien pourquoi, masochisme post pérecquien ?) :"Le dîner", je le mets où ? "romans de l'est" où "romans du nord" ? parce que la Hollande, pour moi, ce n'est pas ni au nord, ni à l'est. Dans "romans du nord", il y a les grands froids et dans "est" aussi, mais ce ne sont pas les mêmes (et il y a-t-il des grands froids en Hollande ?). Je décide de ne pas trancher, pour l'instant, j'ai la tête qui boue et le doigt sur la souris qui surchauffe à force de lui faire changer d'avis. En plus, cela vaudrait dire que la France est au centre, ce qui me pose des soucis idéologiques ...

Je tente "romans asiatiques" : mes deux ou trois romans japonais vont s'y retrouver, mais pas les australiens ni les nouveaux zélandais, je les mettrais bien ensemble ceux-là, mais cela donne "romans d'océanie", ce qui a un goût de cocotier que mes livres n'ont pas.

Mine de rien, mes catégories me font frôler le tourni existensialiste et tourner bourrique,ce pourquoi, je les ai laissées en plan, pour l'instant. Il n'y a pas à dire, la géographie, ce n'est pas littéraire, mais politique.

 

Athalie