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10/04/2013

Chroniques de Jérusalem Guy Delisle

chroniques de jérusalem,guy delisle,bandes dessinée,dans le chaos du mondeChroniques : de chroniquer, dire des petites choses du jour le jour, des riens qui transpirent le vrai.

Chroniquer : de regarder le monde comme il ne va pas, le regarder tourner en rond.

Chroniques : de faire des croquis d'un conflit, un rien en biais d'un mur en dur, d'un monde en fer, en fer et en béton armé de tous les deux côtés du mur (enfin, il y a un côté plus armé que l'autre, quand même).

Le fond est autobiographique ; Guy Demisle se montre, lui dessinateur, formateur, père de famille à la quête d'un peu de tranquilité quand même pour dessiner, sa femme, dans l'administration à MSF, débordée, on l'aperçoit sur quelques vignettes, et ses deux enfants. La famille arrive à Jérusalem, appartement de fonction, pour un an. Ils sont installés dans le quartier de Beit Hamina, appartement de fonction dans un immeuble plantés avec d'autres au milieu de se qui ressemble quand même plus à des dépotoirs qu'à des jardins bibliques. D'ailleurs, dans les jardins bibliques, il n'y a pas de jeux pour enfants, ce qui fait quand même un point commun parce qu'à Beit Hamina, il n'y en a pas non plus.

Le quartier détermine la population, et les codes qui vont avec, les magasins et se que l'on peut trouver dedans, plus les temps de transports et donc d'embouteillages, de contrôles et de check-point. Donc, la première leçon pour Guy Delisle, c'est de comprendre où il est, ce qui donne que la famille se trouve dans "la partie est de Jérusalem, un village arabe annexé" ce qui fait que " Pour le gouvernement israélien, on est à Jérusalem" mais pour les autres, c'est la Cisjordanie, la future Palestine, quand elle sera là ( ce qui ne semble pas être pour tout de suite, donc en attendant, on annexe, voire on colonise, on spolie et on trace une ligne au milieu d'une rue en pleine ville : un côté pour les colons, un côté pour les musulmans, pour les arabes chrétiens, c'est pas prévu, mais là, on en à Hébron, pas à Jérusalem, qui n'est pas loin mais c'est une autre division ...)

Dans ce puzzle où les pièces ne sont pas interchangeables, ce que le narrateur ne comprend pas et nous avec,  c'est qu'on comprend tout et que tout est absurde. Les pièces du puzzle sont hérissées de barbelés, la géographie est quasi au mètre près, politique, et d'autant plus politique que religieuse, tout se mêle et construit des frontières, des murs, des horaires, des quadrillages peu hermétiques et aberrants, intangibles et d'une complexité insondable, entre communautés voisines et étrangères.

Par petites touches et historiettes en apparence anodides et anecdotiques, Guy Delisle se place en touche : faisant comme si son souci n'était que la gestion du quatidien, la force de sa dénonciation "en biais" vient de là : comment faire les courses, comment mettre ses enfants à l'école, comment amener sa femme dans Gaza ( et en revenir), comment acheter une voiture, comment, les pieds dans l'eau sur une plage de Tel Aviv, regarder passer les avions qui "frappent" Gaza, comment voir le mur, ce mur qui devient l'obsession de ses croquis, comment tout voir avant de partir, et révéler le labyrinthe des codes kafkaïens et des peurs outrageantes.

Les Palestiens, on les voit peu, mais une journée de formation à l'université arabe de Jérusalem en dit plus sur l'inégalité des deux communautés que tout autre long discours que l'auteur ne fait pas  Coincés qu'ils sont derrière le mur, Bansky ou pas, le chroniqueur arrive à faire en sorte que cette invisibilité, justement, les fassent sentir là, de l'autre côté dans toute leur impuissance, comme un gardien de chèvres que le mur a privé de ses champs.

Et en plus d'être intelligent, c'est (parfois) drôle, d'un drôle qui grinçe comme la visite en hélicoptère d'un pape en "Terre Sainte" ...

Après, poursuivre la visite sur le site de l'auteur, passionnant.

Athalie

 

Commentaires

moi qui ne lis pas beaucoup de Bd j'ai vraiment aimé celle là et je l'ai trouvé passionnante

Écrit par : Dominique | 11/04/2013

Passionnante BD et la référence à Candide que tu fais dans ton article m'a sauté aux yeux quand l'ai relu ; en vrai faux naïf, Guy Delisle nous fait faire le tour du jardin, et j' ai repensé à la petite porte qui séparait deux communautés et que le mur a remplacé.

Écrit par : Athalie | 11/04/2013

Tu en parles vraiment très bien (comme d'habitude ai-je envie de dire). Et moi qui ne l'ai toujours pas lu...

Écrit par : jerome | 11/04/2013

Que lis-je ? Les lunettes m'en tombent du bout du nez ! Toi, le grand lecteur de BD ... fais un tour chez Dominique, elle saura te convaincre !

Écrit par : Athalie | 11/04/2013

Yohan m'a donné envié de découvrir cette BD, tu confirmes : chouette !

Écrit par : Philisine Cave | 11/04/2013

Ce n'est presque pas une BD, en fait (je n'y connais rien en BD, sur ce blog, j'ose tout, je vais me faire remettre à ma place vite fait, un de ces jours !), Dominique l'explique très bien, c'est des dessins et des histoires qui valent mieux qu'un essai de 300 pages pour comprendre que la paix entre les deux communautés, c'est encore plus compliqué que de sortir d'un labyrinthe les yeux bandés et sans fil d'Ariane. C'est parfois drôle, parfois grinçant, parfois juste triste, juste.

Écrit par : Athalie | 11/04/2013

pour moi c'est vraiment un petit chef d’œuvre ? car qu'on aime ou ps la BD on aime ce livre, et il permet de comprendre mieux qu'un roman la réalité de ce lieu , je l'ai beaucoup offert
Luocine

Écrit par : luocine | 12/04/2013

Ce n'est pas que je n'aime pas la BD, c'est le que le coût du truc rapport au temps passé à le lire, me freine souvent dans mes élans et qu'en plus, j'ai peu de références de qualité pour choisir parmi l'amplitude extrême de ce qui est proposé. Mais ici, pas d'hésitations et foin de mesqueries financières, c'est une excellente lecture. Voire plus.

Écrit par : Athalie | 12/04/2013

Les commentaires sont fermés.