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30/04/2013

La tristesse des anges Stefansson

la tristesse des anges,stefansson,romans,romans islandaisJ'avais laissé le gamin en de bonnes mains réconfortantes, chaudes et rassurantes, à leur façon, soit, mais vu que le gamin partait de pas grand chose niveau tendresse, c'était déjà pas mal : une grande chambre dans la buvette du Village de pêcheurs, Helga et Geirbruour en gardiennes, l'ombre silencieuse de Barour qui le titillait pour ne pas être oublié, tout seul dans la mort glacée, commençait à s'estomper ...

On le retrouve donc ainsi, cherchant encore sa place entre les femmes fortes et les hommes faibles : les deux capitaines, celui qui boit trop pour oublier qu'il trouve sa femme laide, et celui qui, aveugle, ne peut plus lire et en a perdu son rire. Et la neige, la neige partout qui engloutit les bruits et les mouvements, sauf ceux des âmes et des désirs des corps ( mais en douceur quand même, les désirs, en frétillements de plume ou de flocon)

Et voilà qu'arrive Jens,le postier géant qui a si peur de l'eau et de lui-même, qu'il se fuit à travers l'hiver glacé, faisant détours et contournements pour éviter de prendre les fjords en barque, ce qui lui vaut d'arriver au Village collé de gel sur son cheval. Posture peu glorieuse.

Mais comme un messager, son arrivée semble remettre le Village en activité et voilà que toute une myriade de personnages enfouis dans les pages blanches se mettent à tourbillonner, tout juste même si on n'a pas le tournis d'entendre tous ces villageois et leur histoire qui vont avec. Sans compter que, dans la tête du gamin, Barour s'éloigne et que la belle Ragnheiour met un bonbon sucré plein de sa salive à elle dans sa bouche à lui ( ça a l'air dégoûtant écrit comme cela, mais en fait, c'est super sensuel dans le livre).

Mais cela devait faire trop de monde pour l'auteur. Il envoie le gamin une deuxième fois dans la neige, dans la tempête des âmes aussi, il doit accompagner le Jens, postier donc, géant aux pied d'argile dans l'eau et dans l'âme, dans une tournée, une sorte de défi voué à l'échec, semble-t-il dans la démesure de la solitude à deux et de cette neige, qui n'en finit pas et de ce vent aussi. Et pourtant, c'est beau.

Sacoches au dos, les deux vont tomber de rencontres en rencontres d'êtres infimes qui survivent contre les congères, laissent une feuille blanche à trois enfants, qui en feront, c'est sûr une enluminure. Le gamin promet un livre au retour à leur mère. Dans le bureau d'un pasteur qui ne sait plus voir la beauté de la femme qui ne dort plus dans son lit, lui, le naif revenu de rien, se demande comment on peut être si malheureux au milieu de tant de livres, va transmettre un poème, et avoir quelques accointances avec un cercueil hanté.

L'histoire se fraie ainsi un chemin entre les glaciers, les ravins, les falaises, les légendes de ceux qui sont morts dedans. Peu de dialogues entre les deux, le géant et le gamin, mais parfois d'un doux surréalisme sur l'existence, rien que cela, le pouvoir des mots et du désir, et des épisodes d'un cocasse saugrenu, et aussi étrange que cela puisse paraître, pour une épopée d'un géant et d'un gamin dans une tempête de neige, quelque chose d'un conte de Noël fourré à la farce.

 

Athalie

Une belle chaine bloguesque de lecture, en passant par chez Jérôme, (mais lui a de l'avance, il a déjà lu les trois tomes de la trilogie) une lecture devenue commune avec Eeguab, ( sous le lien sa "Lyre d'Islande") avec plaisir partagée !

Pour les retardataires : le premier tome de la trilogie :  "Entre ciel et terre" par Eeguab et par moi

Commentaires

Tu me crois si je te dis que j'ai parcouru ce billet un sourire d'admiration et de soulagement bêtement accroché aux lèvres ? La lecture de ce roman a été pour moi un pur moment de magie. La plume de Stefansson (et surout la traduction d'Eric Boury) m'a emmené avec bonheur aux confins de ces landes glacées et venteuses. L'odyssée du postier et du gamin, l'épisode du papier offert aux enfants, la fin tragique (quoique...), cette forme de poésie qui traverse le texte... Je crois que j'ai rien lu de mieux depuis et pourtant ça commence à dater.

Écrit par : jerome | 30/04/2013

En tant en tant que lectrice accro(e) à mes bouquins, je connais l'angoisse de lire la note qui descend le livre qui m'a portée ... ( Ce qui fait qu'en général je ne la lis pas !). Tu l'as compris, je te remercie encore une fois de m'avoir incitée à lire le premier tome de cette trilogie, qui a quelque chose de tellement hors du temps que je ne pense pas que j'y serais allée sans un coup d'aile par chez toi.
PS : je ne trouve pas ta note sur "Entre ciel et terre" pour la mettre en lien, c'est normal ou la neige m'aveugle ?

Écrit par : athalie | 30/04/2013

Nan, je n'avais pas fait de billet pour entre ciel et terre, c'est normal de n'avoir rien trouvé^^

Écrit par : jerome | 01/05/2013

Une trilogie magnifique j'ai dit aussi tout le bien que j'en pensais et je ne peux que te recommander de lire Laxness et ses Annales de Brekkukot où je crois tu retrouveras un plaisir assez similaire
L'Islande est un grand pays pour la littérature

Écrit par : Dominique | 30/04/2013

Je vais noter et suivre ton conseil de lecture, je n'ai jamais entendu parler de Laxness, mais rien que le titre fait mystérieux à souhait. Merci !

Écrit par : athalie | 30/04/2013

Oui Athalie,ce fut une belle plongée dans une littérature superbe, poésie,aventure,du cocasse au drame.Vraiment,si ça peut inciter les lecteurs à voir au Nord...Plaisir de la lecture partagée que l'on peut renouveler quand tu veux.

Écrit par : Eeguab | 30/04/2013

Bon, tu me rassures pour le cocasse, j'avais peur d'être un peu à côté de la plaque poétique ... J'ai beaucoup aimé cette première aventure commune dans le grand nord, en rageant quand même comme toi, sur ces sacrés bon dioux de prénoms islandais au genre indistingable ( sans compter l'orthographe) mais rager pour si peu, ça fait mesquin ...
Partante aussi pour une autre destination !

Écrit par : athalie | 30/04/2013

J'ai un peu peur de m'y lancer , car souvent les auteurs nordiques m'ennuient (je suis peu sensible à la poésie du froid et du silence). Mais vous avez l'air tellement convaincus , alors je le mets en note, on ne sait jamais
Luocine

Écrit par : luocine | 01/05/2013

Si Jérôme ne m'avait pas un peu poussée, je ne sais pas si je me serais lancée .... Moi et la poésie du silence et du froid, bof, bof ... Par contre, en général, j'aime bien les nordiques, mais plutôt en polar, en fait, tu peux tenter un Indridason, pour voir ? "La femme en vert" est très bien, si tu ne l'as pas déjà lu, sauf que le sujet n'a pas grand chose à voir. Juste pour tester le froid, et le silence ...

Écrit par : athalie | 01/05/2013

Vous savez être motivants, tous ! J'évite les séries mais parfois, je me lance quand même. J'ai l'impression ici que cela devient obligatoire de découvrir cette trilogie.

Écrit par : Philisine Cave | 04/05/2013

Quand j'ai lu le premier, je ne l'ai pas lu comme le premier d'une série, il se clôt bien sur lui-même. Le second nécessite par contre la lecture du premier, sinon, ça bancale du traineau, et déjà que les noms, c'est pas la tarte, que le ryhme est super lent, qu'il ne se passe pas grand chose et que tout n'est pas expliqué clairement ... (j'espère t'avoir dégoûtée sur ce coup-là ?). Sinon, j'ai adoré, les deux, mais peut-être plus encore celui-là ...

Écrit par : Athalie | 04/05/2013

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