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30/04/2013

La griffe du chien Don Winslow

Le pavé est rude à avaler, 827 pages de réalités socio-politiques sans concession, une plongée en apnée dans les doubles jeux des USA et les narcotrafiquants sud-américains. A priori, pas vraiment pour moi, à la limite du docu-fiction, me disais-je, lestée par le poids du dit-pavé, plombée dès le premier chapitre par un bain de sang hyper réaliste, le coeur presque déjà au bord de l'écoeurement.

Le héros, si tant est qu'il puisse ainsi être dénommé, est Art. Ancien du Vietnam, il a déjà envoyé des hommes à la mort, les mains sales des opérations de nettoyage, il connaît. Métis, moitié américain, moitié mexicain, il pensait être du bon côté en s'engageant dans la lutte contre les narcos. Il pensait avoir un certain pouvoir, il va commencer par se faire rouler dans la farine. Il appartient à la DEA ( une sorte d'administration officielle chargé de s'occuper des méchants mexicains qui inondent les gentils USA de la "boue mexicaine"), et trouve sa hiérarchie bien peu efficace et timorée dans cette guerre larvée. Ce pourquoi il conclut en douce une sorte d'alliance avec Tio Barrera, membre éminent de la police mexicaine en façade, aussi vérolé qu'un canon à poudre en réalité. Croyant mettre fin à la culture du pavot, Art collabore à une gigantesque opération de destruction massive des champs cultivés (et aussi des personnes qui cultivaient, mais bon, là, c'est accessoire pour tout le monde ...) et croyant ainsi berner ses supérieurs qu'il trouve trop lymphatiques et hypocrites ( officiellement, il a été décrété que la "boue mexicaine" n'existe pas, que la police mexicaine s'en occupe de toute façon, et que donc, il n'y a pas de traffic, ni de "narcos"), Art ne fait rien que moins que de contribuer à la naissance d'un cartel, " La fédération", machine à inonder le marché de la drogue, encore plus puissante, efficace et redoutable que la précédente.

Les territoires de production vont être définis, famille Barrera en tête, Tio, El patron, Raul l'exécuteur, Adam, le comptable. Art va devenir seul contre tous, "le seigneur de la frontière" et mener sa propre guerre, sa vengeance, les deux ayant les mêmes visages, visages multiples et identiques du côté du Bien et du côté du Mal, ceux des mécanismes sanglants des pouvoirs politiques aux commandes. Plus rien d'humain là dedans.

La lecture est insoutenable et impossible à lâcher : c'est un roman excessif pour une réalité excessive qui vous saute à la gorge, explose par l'intensité de ce qui est démontré, l'Amérique Centrale comme un vaste terrain pour cynismes sans limites : les narcos vivent dans de vastes demeures, roulent dans les belles voitures, à ciel ouvert, tout est bon pour garder le pouvoir d'un côté, pour se voiler la face de l'autre. C'est un jeu de massacres où le Bien et le Mal ont les mêmes armes, où ils se combinent et s'entrelacent. C'est un jeu de poursuites sans aucune morale et d'intérêts où qui perd est mort et qui a gagné est mort aussi.

Art seul contre tous, cela est un peu gros, soit, d'autres figures passent et tiennent le romanesque : Nora, la call-girl au presque grand coeur, Callan, le tueur au sang froid mais yeux de biche, un prêtre humaniste, des exécuteurs qui avalent des pêches .... mais toujours le fil est sa guerre, sans répits. Et quand vous pensez en avoir assez lu, assez vu, assez compris, assez d'assister à des exécutions, des tirs en rafale qui laissent flotter les corps comme des objets de pacotille, et bien, ça recommence ... pour que la drogue se répande dans les veines rouillées des acros, et l'argent dans les poches de ceux qui se les remplissent.

Ce roman grouillant, pesant, tonitruant, je l'ai avalé, écoeurée, vidée, dégoûtée, révoltée, j'ai avalé jusqu'à la moindre balle tirée, jusqu'au moindre crâne éclaté, la moindre gorge tranchée, corps découpés. Je ne sais pas si je regarderai un reportage sur ce même sujet avec le même oeil écarquillé d'horreur, tant je me suis dit qu'il n'y avait que la littérature pour vous exposer à la figure la vérité avec une telle puissance de frappe.

Un grand merci à Ingannmic, qui a eu l'initiative de cette lecture commune, (et à Jean Marc qui en est à l'origine), lecture d'un indispensable coup de poing à côté de laquelle, du coup, la vision d'Ellory dans Les anonymes ou Vendetta, parait presque angélique ....

Gridou rejoint le choeur des louanges, à qui le tour ?

La tristesse des anges Stefansson

la tristesse des anges,stefansson,romans,romans islandaisJ'avais laissé le gamin en de bonnes mains réconfortantes, chaudes et rassurantes, à leur façon, soit, mais vu que le gamin partait de pas grand chose niveau tendresse, c'était déjà pas mal : une grande chambre dans la buvette du Village de pêcheurs, Helga et Geirbruour en gardiennes, l'ombre silencieuse de Barour qui le titillait pour ne pas être oublié, tout seul dans la mort glacée, commençait à s'estomper ...

On le retrouve donc ainsi, cherchant encore sa place entre les femmes fortes et les hommes faibles : les deux capitaines, celui qui boit trop pour oublier qu'il trouve sa femme laide, et celui qui, aveugle, ne peut plus lire et en a perdu son rire. Et la neige, la neige partout qui engloutit les bruits et les mouvements, sauf ceux des âmes et des désirs des corps ( mais en douceur quand même, les désirs, en frétillements de plume ou de flocon)

Et voilà qu'arrive Jens,le postier géant qui a si peur de l'eau et de lui-même, qu'il se fuit à travers l'hiver glacé, faisant détours et contournements pour éviter de prendre les fjords en barque, ce qui lui vaut d'arriver au Village collé de gel sur son cheval. Posture peu glorieuse.

Mais comme un messager, son arrivée semble remettre le Village en activité et voilà que toute une myriade de personnages enfouis dans les pages blanches se mettent à tourbillonner, tout juste même si on n'a pas le tournis d'entendre tous ces villageois et leur histoire qui vont avec. Sans compter que, dans la tête du gamin, Barour s'éloigne et que la belle Ragnheiour met un bonbon sucré plein de sa salive à elle dans sa bouche à lui ( ça a l'air dégoûtant écrit comme cela, mais en fait, c'est super sensuel dans le livre).

Mais cela devait faire trop de monde pour l'auteur. Il envoie le gamin une deuxième fois dans la neige, dans la tempête des âmes aussi, il doit accompagner le Jens, postier donc, géant aux pied d'argile dans l'eau et dans l'âme, dans une tournée, une sorte de défi voué à l'échec, semble-t-il dans la démesure de la solitude à deux et de cette neige, qui n'en finit pas et de ce vent aussi. Et pourtant, c'est beau.

Sacoches au dos, les deux vont tomber de rencontres en rencontres d'êtres infimes qui survivent contre les congères, laissent une feuille blanche à trois enfants, qui en feront, c'est sûr une enluminure. Le gamin promet un livre au retour à leur mère. Dans le bureau d'un pasteur qui ne sait plus voir la beauté de la femme qui ne dort plus dans son lit, lui, le naif revenu de rien, se demande comment on peut être si malheureux au milieu de tant de livres, va transmettre un poème, et avoir quelques accointances avec un cercueil hanté.

L'histoire se fraie ainsi un chemin entre les glaciers, les ravins, les falaises, les légendes de ceux qui sont morts dedans. Peu de dialogues entre les deux, le géant et le gamin, mais parfois d'un doux surréalisme sur l'existence, rien que cela, le pouvoir des mots et du désir, et des épisodes d'un cocasse saugrenu, et aussi étrange que cela puisse paraître, pour une épopée d'un géant et d'un gamin dans une tempête de neige, quelque chose d'un conte de Noël fourré à la farce.

 

Athalie

Une belle chaine bloguesque de lecture, en passant par chez Jérôme, (mais lui a de l'avance, il a déjà lu les trois tomes de la trilogie) une lecture devenue commune avec Eeguab, ( sous le lien sa "Lyre d'Islande") avec plaisir partagée !

Pour les retardataires : le premier tome de la trilogie :  "Entre ciel et terre" par Eeguab et par moi

28/04/2013

Une collection particulière Bernard Quiriny

une collection particulière,bernard quiriny,nouvelles,nouvelles belgique,incongru mais bienUn recueil de nouvelles, disons, pour ne pas faire dans l'originalité, particulier, d'une composition, particulière et d'un fantastique particulier aussi (tant qu'à manquer d'adjectifs, autant l'avouer tout de suite ...). Quiriny s'inspire de Borges, d'ailleurs c'est lui qui le dit, de Calvino ( celui des "Villes invisibles") et il y a du Huysmans de "A rebours" dans le personnage qui lie certaines de ces nouvelles entre elles, le dandy collectionneur, Pierre Goulde. Elles ont un début et une fin, soit, mais surtout se déploient entre elles en trois séries conjointes.

La première série est celle nommée "Une collection particulière" : Pierre Goulde, fin collectionneur de raretés littéraires, présente au narrateur les différentes pièces où il amasse des ouvrages classés par lui selon leur spécialités, extraordinaires, d'exception, Goulde en possède des centaines. Il y a les livres qui ont tué leurs auteurs, ou leurs lecteurs, ceux qui ont sauvé des vies, ceux qui sont rongés par l'ennui, ceux qui se refusent à la lecture si le lecteur n'est pas en "tenue correcte exigée" ... La section que j'ai préférée sont les "en quête de perfection" : après la mort de leur auteur, les livres s'auto-améliorent, se réécrivent tout seul, en cachette, ils se retranchent des adjectifs, des phrases, se tournurent autrement, bref, se rétrécissent (ou s'enrichissent, mais c'est plus rare, à croire que la perfection serait dans l'épure).

 La seconde série pourrait être de science fiction, mais ce n'est pas tout à fait cela non plus. Quiriny la nomme "Notre époque" et y pose un postulat à chaque fois différent, postulat qui génére des situations à minima cocasses, savoureuses, malicieuses, labyrinthiques, insondables comme des rameaux de pieuvres logiques. "Notre époque numéro 1" explore les conséquences d'un monde où les hommes se sont vus octroyer une résurrection systématique, ce qui n'est pas sans changer toutes les donnes religieuses, économiques, sociales, voire littéraires ... Avoir deux vies, en effet, ne donne plus la même valeur à la première, puisque l'on dispose d'une session de rattrapage : la lecture de Proust s'en trouve retardée, la mère ne tremble plus pour son enfant, et quid de l'abonnement au gaz ?

La troisième série est plus descriptive. Quiriny invente des villes, chacune possédant une géographie problématique ; la ville où l'on ne vit qu'un jour sur deux, la ville qui entraîne dans son autodestruction tout espace qui lui est conjoint aussitôt, et aussitôt contaminé, la ville où les souvenirs ne peuvent s'effacer, la ville qui construit sa double de l'autre côté de la rive  ...

Un livre fantaisiste, jubilatoire, incongru, surprenant et drôle, érudit, nourri de références en forme de clins d'oeil, qui génére lui aussi son double, un reflet de la fantaisie plutôt torve car l'amusement jongle avec l'ennui dévastateur, la destruction, la mutilation, la disparition, l'engloutissement : moi, je me suis dit que cela pourrait faire le même effet que, si en secouant une boule de neige avec du connu dedans ( genre la Tour Eiffel), le connu se mettrait à faire "Meuh" : une tour eiffel qui se trompe de jouet, quoi.

A lire avec délectation, en tout cas.

 

Athalie

 

25/04/2013

Le roi transparent Rosa Montero

le roi transparent,rosa montero,roman,roman espagnol,roman historique,dans le chaos du mondeBien sûr, le titre fait inévitablement penser à Calvino et son "Chevalier inexistant", l'époque aussi, le Moyen Age, ses affres d'incertitudes sur son fond d'écran guerrier, le fracas des armures et le souci de qui il y a dedans. L'entreprise diffère cependant en plusieurs points ; par les formats, le Calvino est tout petit et celui-ci gros, sans être un pavé à réserver pour des vacances-liseuses, et le degré de fantaisie historique. Le Calvino en fait quasiment fi, Rosa Montero nous en fait un condensé.

Ou plutôt un concentré, un mitonné des meilleurs morceaux pour lier la sauce aventureuse à la quête mystique, la « queste » dirait Arthur si il était encore de ce monde (mais dans ce roman, c’est presque encore le cas, on entend son murmure), celle de Léola, l’héroïne mutante et bisexuée et aussi celle de sa complice, mi sorcière, mi fée libidineuse, Nynève, plus celle de quelques éclopés de l’époque, rencontrés sur leurs chemins, à elles deux, tortueux, dans un monde où les forêts brumeuses cachent d’autres secrets enfouis.

Ce roman est comme une toile tissée à la main, une tapisserie d’apparat aux pans parfois initiatiques, parfois échevelés, parfois érudits.

Quand le roman commence, dans la fureur qui semble sans fin des obscurs conflits seigneuriaux qui se règlent dans le champ voisin, à coup de masses d’armes et de jambes et bras coupés, Léola, son père et son frère courbent le dos le plus bas possible pour ne pas se faire voir, pliés sur une terre qui n’est pas la leur, permet à peine de se nourrir, à jamais grevés de leur servitude.

Tableau suivant, Léola et son Jacques, son promis d’épousailles prochaines, au bord de la rivière et des caresses … Elle a quelques rêves d’ailleurs, vagues, intangibles, lui non, mais ils n’auront pas le temps de leur divergences. La fureur des temps est décidement chevaleresque à souhait, et dur pour  les manants qui ne peuvent que subir les caprices de ceux qui se pensent plus grands qu’ils ne sont. Le père, le frère et le Jacques sont embarqués et Léola laissée à sa condition de fille serve, autant dire de proie.

Mais, en un temps, deux mouvements, la voilà homme et chevalier ; pour retrouver son Jacques, ( enfin, c’est ce qu’elle pense …), elle va croiser un maître à penser, celui qui veut mourir en gloire, puis sa fée, la guide aux jupes pansues, elle va apprendre le maniement des armes, faire ses preuves en tournoi « provinciaux », et arriver à la cour d’Aliénor. Rien que cela. Puis, enfin, chercher la paix de l’âme quelque part où la religion ne serait que tempérance. Autant dire qu’en ces temps de croisades frénétiques et de brulâges d’hérétiques, ce n’est pas gagné.

Le roman se fait fresque en bousculant, sans trop que cela se voit, la géographie et les temps historiques : Aliénor croise Héloïse et Fontevrault est un peu plus bas que la normale, mais quand on a, comme moi, des repères géométriques à géométries variables, ce n’est pas grave tant la lecture est goûtue et gouleyante.

J’oubliais le conte qui tue celui qui le raconte, ( donc, je n’en ferai rien), un maitre d’arme effrayant comme un ogre de carnaval, une princesse enfermée dans son donjon de haine dont les lèvres si douces sont si amères qu’on y risquerait pas sa bouche, et Avalon, comme un rêve d’idéal perdu par les hommes qui se redessine sur des murs de plus en plus étroits.

Un met de choix.

 

Athalie

22/04/2013

Kiki de Montparnasse Catel et Boquet

220px-Gwozdecki_-_Kiki_de_Montparnasse,_1920.jpgMoi qui lis si peu de bande dessinées, je ne me suis pas égarée pour cette nouvelle expérience en des pages inconnues, ni d'avant garde, que nenni, ni colorées, couleurs dont je ne saurais que dire ( elles sont jolies ou elles vont bien ensemble  ???). Tu es ignare, je me dis, procède pas à pas et retourne vers les valeurs dites sûres ; sujet, verbe complément ; tu verras après pour les fioritures, si tu arrives. Retour donc vers un pavé biographique en noir et blanc, bien dessiné avec des lignes claires, sans flouté, après la belle Olympe donc, la sulfureuse Kiki.

Kiki, donc, évidemment Man Ray, "Le violon d'ingres", la princesse grecque statufiée de "Blanche et noire", dont on se doute bien que la pureté d'icône s'est payée de coup de coco dans les narines après le gros rouge qui tâche des débuts, s'est fendue de quelques écarts peu artistiques en son temps de surréalisme bohème et peu guindé, la Kiki, la Bohéme, ce fut dans le sang, et la gnôle au berceau.

Le récit est très classique : enfance, milieu, fin, normal quoi pour une biographie.

Kiki est d'abord une fillette pouilleuse, déjà provocatrice, de père inconnu et abandonnée par une mère mal aimante à sa grand-mère, qui l'élève avec ses autres "batards", figure bienveillante aux frasques de l'artiste en herbe et en jupons sales : elle  fait déjà valser les les conventions des vieilles biques respectables et de l' institutrice peu réceptive à l'originalité de ses "récitations". A Chatillon sur Seine, entre deux vols de cerises, elle pousse à coup d'eau de vie du parrain et danse déjà sur les tables.

Paris, ensuite, elle rejoint sa mère, bien obligée, fardeau que l'on pousse, cette fois, à gagner des sous. Douze ans, pas de place pour elle, fleur de boulange autant que de future  mauvaise herbe de pavé, c'est par hasard qu'elle devient modèle. La cendrillon y prend goût, et s'enracine dans le quartiers des artistes. La belle n'est pas farouche, misère la nuit, misère le jour, les chopines, le précaire devient son royaume. La belle ne rechigne point à l'ouvrage et touche à tout et à tous, Modigliani, Kisling, Foujita, et Man Ray, bien sûr, Man Ray dans les bras duquel elle s'attarde un peu, ou serait-ce lui ?

La reine du quartier est montrée tour à tour frivole, ayant pour seul souci le toit et de quoi boire, vénale et de peu de poids avec pour crédo de tirer la langue aux bourgeois et la fête aux artistes, puis, à l'inverse, consciente de son rôle, artiste elle-même à ses heures, ne touchant pas que des sous vite dépensés de ses heures de pause, cotoyant des génies et le sachant, en en tirant une sorte de leçon vite oubliée cependant, dans le tourbillon suivant. Le récit va jusque la déchéance, l'oubli, les excès qui la laissent pantomine d'une gloire à laquelle elle ne semble pas pouvoir accès pour elle même.

De celle qui fit les beaux jours d'un quartier dont elle finit par porter le nom, finalement, j'ai trouvé qu'on n'en savait pas beaucoup plus que la surface attendue : femme objet ? Femme libre ? On ne sait vraiment, mais sans doute est-ce pour autre chose que l'histoire de Kiki que cette bande dessinée est vraiment très bien ; la peinture d'une belle époque que l'on aime penser "folle", alors qu'elle est d'entre deux guerres, une galerie de portraits d'artistes d'un temps bouillonnant.

 

Athalie

 

 

20/04/2013

Muse Joseph O'Connor

muse,joseph o'connor,romans,romans irlandaisUn vrai plaisir de renouer avec ce bon vieux Joseph, après avoir dû abandonner de guerre lasse "Rédemption falls" (pas moyen de passer la barre des deux premiers chapitres ...), là ce fut du pur régal jusqu'au bout, jusqu'au dernier chapitre, une lettre d'amour presque aussi sublime qu'une d'Ariane à son Solal, quand Solal était encore son Solal pour toujours. Là c'est la muse, l'enchanteresse qui l'adresse à son Solal à elle, Synge, mort depuis longtemps et pour toujours. Synge le renouveau du théâtre anglais, bien souffreteux dans sa vraie vie, et bien rigide aussi, que Molly transfigure en amoureux transi, et exigeant, jaloux et tendre.

Pour toujours, alors que O'Connor nous le dit bien dans la postface de la fin, presque tout est faux.

Molly fut bien la muse de l'auteur irlandais du "Baladin du monde occidental", mais ce roman là n'en est pas l'histoire biographique et circonstanciée, mais plutôt une histoire possible et même plus qu'une histoire d'amour entre un auteur intellectuel et une comédienne ordinaire, une histoire d'amour du théâtre, ou une histoire pour l'amour d'une comédienne oubliée.

Molly Allgood, O'Connor la cadre vers sa fin, miséreuse alccolique, elle vit dans un taudis et ne voit qu'à travers des bribes de souvenirs et des restes de ses rêves de gloire et d'amour. C'est tout cassé, quoi. Ce matin là, elle n'a plus rien à boire, plus grand chose à vendre, une seule lettre de Synge, la seule qu'elle avait encore gardée, après la remise en ordre morale de la famille du grand écrivain ( ben oui, la liaison était clandestine, pas trop montrable la fiancée populo de Synge), et les déboires de sa vie de comédienne qui d'étage en étages est tombée, loin du regard du public et des fleurs des premières.

Ce matin là, donc, elle va sortir, se procurer une ultime flasque de cognac auprès d'un tenancier compatissant, qui fait semblant encore de croire à son dernier rôle, celui de la vieille femme digne et qui se tient droite, a des principes et encore de la prestance, celle qu'elle se joue dans sa tête et s'écrit pour elle même.

Et puis ce matin là encore, elle va jusqu'à la boutique du vieux libraire, celui qui va peut-être lui acheter sa lettre, et puis après, elle ira jusqu'au studio de la BBC pour enregistrer en direct une bonne vieille pièce de ce bon vieux O'Casey, ça fait longtemps qu'elle n'a pas joué, et peut-être qu'on l'attend encore, au bout du chemin de sa vieille gloire.

La vieille clocharde se rêve en muse, en modèle, un peu oubliée quand même mais pas trop ; si elle décripte les regards portés sur elle, la vraie elle, la pocharde qui déambule bouteille à la main, elle ne veut pas les voir et se garde d'eux avec ses souvenirs qui ce matin là l'assaille. Yeats, O'Casey, sa soeur, la star d'Hollywood, sa mère, la brocanteuse, celle de Synge, la grande bourgeoise qui n'aurait pas voulu d'elle comme serpillère, les scène de théâtre où elle jouait encore, les trains entre les villes de tournée, la bouteille de moins en moins bien cachée au fond de la valise, les vacances avec Synge, leurs nuits, la chambre qu'ils n'ont jamais eu commun, et lui, lui toujours, lui et le théâtre, sans rancune ni remords, ni gloire, juste un peu, par ricochets.

Une "recréation" biographique juste passionnante.

16/04/2013

Méfiez vous des enfants sages Cécile Coulon

Araign%E9e%20g%E9ante.jpgD'abord, un livre très très bien écrit, un vrai style, genre ... je ne sais pas en fait ... travaillé ? pas ampoulé mais riche ? stylistiquement artistique ? Un style qu'on lit bien quoi, qu'on reconnait, pas qu'on a déjà lu, je ne veux pas dire cela, mais plutôt le genre dont on se dit qu'on le reconnaitra, quand on lira un autre livre de Cécile Coulon.

L'enfant sage, c'est Lua, qui va avoir une araignée dans la tête à cause de son père qui a fait une fois des heures sup d'étude d'insecte dans son bureau de la maison et qui a oublié de fermer la boite. Mais l'histoire commence par celle de la mère de l'enfant sage, Kérie, enfant sage elle-même, puis étudiante, qui plaque sa petite ville et son pas grand chose d'expériences sages pour aller en trouver d'autres à Saint Frisco, qui se révéleront quasi aussi sages, d'ailleurs.

C'est très bien écrit, c'est écrit pas sage, avec plein de sensations qui affleurent la peau comme des rayons de soleil couchant sage sur un fond de Beach Boy. Très réussi.

Le père de Lua apparaît au coin d'un retour dans la petite ville, au détour de la gare des autobus. Réglé comme un métronome suisse, bien que d'origine suédoise (je ne suis pas sûre que les métronomes suédois soient bien côtés, ce pourquoi, je précise, même si cela n'a aucune importance dans l'histoire) et avec lui, c'est toujours la même musique. Sauf pour le coup de l'araignée dans la tête à laquelle il ne va rien comprendre.

Parce qu'entre temps Kerrie et lui ont eu Lua. Et Lua n'est pas pas vraiment sage ( à mon avis, et sans vouloir psychanalyser à outrance un point romanesque, mais les rideaux rouges accrochés dans la chambre d'enfant et qui font des reflets sanglants sur les murs, ce n'était peut-être pas la meilleure idée qui soit, moi, j'ai mis des roses, mais moi, c'est en vrai, donc ça ne compte pas)

Et puis, en face, dans la maison toute pourrie, il y a Eddy, une sorte de clochard céleste qui joue du rock and roll en faux avec un manche à balai et boit des bières en solitaire. Eddy devient le vrai grand copain de Lua, le complice, voire l'instigateur de ses premières turpidudes, ses arnaques de réglisse qu'elle revend aux ignares paysans lors de tournées dominicales à vélo ( et là, moi, je me dis mais que font les parents de l'enfant sage ? Comme c'est toujours aussi bien écrit, je me sens totalement stupide de me laisser effleurer par ce cartisianisme de mauvais aloi qui n'a pas lieu d'être, et me dis "concentre-toi, Athalie, concentre-toi", le style, rien que le style savoure et ferme ta boite à araignées à toi, d'abord avant de t'occuper de celle des autres)

Sur l'araignée, quand même, il y a des pages scotchantes sur l'irrationnel parfaitement rationnel des terreurs enfantines. et sur l'enfance solitaire qui cache les secrets de sa vraie terreur à des parents trop lisses pour en être vraiment. Le père a lâché l'araignée, et la mère n'a jamais arrêté le chocolat noir, je me répète, ça doit être psychanalytique cette histoire, et c'est très bien écrit pour un truc de psychanalyse romanesque.

 

Athalie

 

13/04/2013

Etonnants voyageurs 2013

Etonnants_voyageurs_130411.jpgPrêtes pour une nouvelle édition ?

De nouvelles agapes, de nouveaux achats, la même turbulence tranquille, les sacs pleins, les verres vides enfin remplis, les petites phrases grands souvenirs, les mêmes moules marinières ? ou pas ...

(Je dis prêtes, parce qu'avec mes copines-lectrices-du -festival, on n'est que des filles, il y a bien un ou deux de nos hommes, mais il ne comptent pas vraiment (il y en a un qui ne lit qu'en anglais des livres que je ne n'ai pas encore lus, évidemment, ça m'énerve, et en français, les livres que j'ai préférés, ça m'énerve aussi, mais en général, il est d'accord avec moi ... et un autre homme un peu work addict qui vérifie sur son Ipad si il peut acheter les livres ... P. tu as le droit de me flinguer numériqement, seulement SVP))

Boyden n'est pas de retour, tant pis pour lui, on avait peaufiner notre argumentaire depuis le temps de notre stupéfaction, mais Vélibor Colic revient ... Et si c'est celui de la phase adoucie de Jésus et Tito, je vais faire dédicacer même l'étiquette de la bouteille de blanc qu'on aura, en bonnes festivalières, éclusée la veille sur la plage, face ou soleil couchant, ou sous la bruine d'une terrasse chauffée (on espérant que cette année, on aura le plein de cahouettes ou pas de frimas, voire pas de douche de pluie sur nos sandales). Parce que "Archanges", je n'y arrive pas, pour l'instant.

Une délégation conséquente aussi, vient d'Afrique du Sud : André Brinck en tête, et Déon Meyer aussi (mais je n'ai lu qu'un titre de lui, que j'ai pas réussi à finir, en plus ...), les autres auteurs de cette contrée me sont totalement inconnus et donc à explorer dare-dare ...

Le papa d'Erlandur, Indridasson, dont je réussis à écrire maintenant le nom sans une faute, ce dont je ne suis pas peu fière, depuis le temps aussi, vient se coltiner aux foules en délire fanatiques du ténébreux détective (j'espère qu'il  aura du poisson fumé sous le coude, depuis "Etranges rivages" j'en bave) parce que sinon, comme j'ai déjà tout lu,  je laisserai la place dans la file, pour aller me faire écraser les bulbes plantaires du côté de chez Baraton, vu que le jardinage versaillais, ça me fait rêver de haies qui poussent et de fontaines baroques grandeur piscines !

Les belles, intelligentes, etc .... Carole Martinez ("Coeur cousu" et "Du domaine des murmures", ben non, y'en a pas un autre, pas encore) et Maëlis de Kérangal ( "Corniche Kennedy", "Pierre, feuilles, ciseaux"," La naissance d'un pont", "Tangente vers l'est") seront là aussi à nouveau. Je vais passer devant leur stand à quatre pattes pour éviter la honte de l'année dernière, j'en ai encore de nouvelles bouffées de chaleur toutes fraîches !

Sinon, ben sinon, ça va être de la découverte, quelques pistes notées à droite et à gauche :

 Rosa Montero (je viens de finir "Le roi transparent", pas mal du tout ...), donc, à suivre, Dimitris Stéfanakis dont j'avais bien aimé "Jours d'Alexandrie", découvert en ces lieux l'année dernière.

La pêrtinente Leonora Miano dont l'article sur la politique et la littérature m'a bien fait tilt aux neurones (et dont le prénom de la nourrice était .... une cahouette en plus pour chaque bonne réponse.)

 Nick Stone, dont le "Tonton clarinette" a épaté mon homme.

Dewitt Patrick et Weller Lance dont les deux titres respectifs : "Les frères sisters" et " Widerness" me tendent  leurs petites mains depuis quelques temps.

David Vann, dont "lmpurs" me glace quand même un peu. Il semblerait qu'il y fasse plus chaud que dans les îles de "Sukkwan Island" et "Désolations", mais ce n'est peut-être pas une raison suffisante pour retourner se faire secouer le cocotier de la pulsion ...

 

Athalie

10/04/2013

Chroniques de Jérusalem Guy Delisle

chroniques de jérusalem,guy delisle,bandes dessinée,dans le chaos du mondeChroniques : de chroniquer, dire des petites choses du jour le jour, des riens qui transpirent le vrai.

Chroniquer : de regarder le monde comme il ne va pas, le regarder tourner en rond.

Chroniques : de faire des croquis d'un conflit, un rien en biais d'un mur en dur, d'un monde en fer, en fer et en béton armé de tous les deux côtés du mur (enfin, il y a un côté plus armé que l'autre, quand même).

Le fond est autobiographique ; Guy Demisle se montre, lui dessinateur, formateur, père de famille à la quête d'un peu de tranquilité quand même pour dessiner, sa femme, dans l'administration à MSF, débordée, on l'aperçoit sur quelques vignettes, et ses deux enfants. La famille arrive à Jérusalem, appartement de fonction, pour un an. Ils sont installés dans le quartier de Beit Hamina, appartement de fonction dans un immeuble plantés avec d'autres au milieu de se qui ressemble quand même plus à des dépotoirs qu'à des jardins bibliques. D'ailleurs, dans les jardins bibliques, il n'y a pas de jeux pour enfants, ce qui fait quand même un point commun parce qu'à Beit Hamina, il n'y en a pas non plus.

Le quartier détermine la population, et les codes qui vont avec, les magasins et se que l'on peut trouver dedans, plus les temps de transports et donc d'embouteillages, de contrôles et de check-point. Donc, la première leçon pour Guy Delisle, c'est de comprendre où il est, ce qui donne que la famille se trouve dans "la partie est de Jérusalem, un village arabe annexé" ce qui fait que " Pour le gouvernement israélien, on est à Jérusalem" mais pour les autres, c'est la Cisjordanie, la future Palestine, quand elle sera là ( ce qui ne semble pas être pour tout de suite, donc en attendant, on annexe, voire on colonise, on spolie et on trace une ligne au milieu d'une rue en pleine ville : un côté pour les colons, un côté pour les musulmans, pour les arabes chrétiens, c'est pas prévu, mais là, on en à Hébron, pas à Jérusalem, qui n'est pas loin mais c'est une autre division ...)

Dans ce puzzle où les pièces ne sont pas interchangeables, ce que le narrateur ne comprend pas et nous avec,  c'est qu'on comprend tout et que tout est absurde. Les pièces du puzzle sont hérissées de barbelés, la géographie est quasi au mètre près, politique, et d'autant plus politique que religieuse, tout se mêle et construit des frontières, des murs, des horaires, des quadrillages peu hermétiques et aberrants, intangibles et d'une complexité insondable, entre communautés voisines et étrangères.

Par petites touches et historiettes en apparence anodides et anecdotiques, Guy Delisle se place en touche : faisant comme si son souci n'était que la gestion du quatidien, la force de sa dénonciation "en biais" vient de là : comment faire les courses, comment mettre ses enfants à l'école, comment amener sa femme dans Gaza ( et en revenir), comment acheter une voiture, comment, les pieds dans l'eau sur une plage de Tel Aviv, regarder passer les avions qui "frappent" Gaza, comment voir le mur, ce mur qui devient l'obsession de ses croquis, comment tout voir avant de partir, et révéler le labyrinthe des codes kafkaïens et des peurs outrageantes.

Les Palestiens, on les voit peu, mais une journée de formation à l'université arabe de Jérusalem en dit plus sur l'inégalité des deux communautés que tout autre long discours que l'auteur ne fait pas  Coincés qu'ils sont derrière le mur, Bansky ou pas, le chroniqueur arrive à faire en sorte que cette invisibilité, justement, les fassent sentir là, de l'autre côté dans toute leur impuissance, comme un gardien de chèvres que le mur a privé de ses champs.

Et en plus d'être intelligent, c'est (parfois) drôle, d'un drôle qui grinçe comme la visite en hélicoptère d'un pape en "Terre Sainte" ...

Après, poursuivre la visite sur le site de l'auteur, passionnant.

Athalie

 

06/04/2013

Les oreilles de Buster Maria Ernestam

Picture in Fichier bribes.jpgEva a sept ans quand elle décide de tuer sa mère, ce qu'elle fera dix ans plus tard. C'est la première phrase du roman, donc, c'est comme si je n'avais rien dit, puisque c'est la première phrase qu'écrit la narratrice dans son journal intime, bien des années plus tard.

Eva a alors cinquante six ans, un compagnon attentif à ses défauts, une fille adulte en plein divorce mais ce n'est pas ça faute, des petits enfants plutôt judicieux, surtout la petite qui lui a offert le fameux journal intime, une roseraie en pleine floraison (Eva adore les roses, les pétales de rose et les variétés qui embaument et piquent à la fois, on comprendra pourquoi après, évidemment), des amies fidèles ( dont une trop grosse et l'autre qui parle trop, de frustration les deux atteintes), et une vieille femme acariâtre et tyrannique qu'Eva doit protéger de ses propres démons (vieille dame détestée par sa fille, vieille dame qui a fait du mal à sa fille, fille qui se venge, vieille dame qui ne se repent même pas, mise en abyme ne pas s'abstenir ...)

On revient en arrière à peu près un chapitre sur deux pour reprendre l'histoire d'Eva à ses débuts, dès la première saloperie que lui a fait sa mère, à la dernière, celle où elle va clouer le bec définitivement à la vipère. C'est un peu comme dans un conte normal, sauf que la mère est la marâtre.

Jeune, belle, élégante, la mère d'Eva est cruelle, caractérielle, exigeante, capricieuse, vorace, égocentrique, méprisante, surtout. Elle travaille dans le monde de la mode, superficielle et fêtarde, elle aime les cadeaux de prix, les hommages à un dévouement en échange de ses sacrifices à une vie de famille qui l'ennuie, dont elle se débarasse. La belle (mère ?) se vit en martyre de sa fille, la petite Eva qui l'adore de sa face blanche et la déteste de sa face noire, qui l'admire et voudrait tant en être aimée, mais la mère se dit martyre de cette fille si peu conforme à ses désirs, de la vie domestique qui l'oppresse et lui ôte toute liberté. Le père d'Eva vit à la botte des exigences de sa femme, lui passe désamour et caprices. Rien n'y fait, une accalmie durement payée succède à une hystérie survoltée. Le genre de mère qui vous taille un Noël en pièce pour un cadeau mal placé.

Les trahisons d'amour se succèdent pour Eva, du renvoi de sa jeune gouvernante tant aimée, Britta, au refus d'un hamster, les brimades fusent comme des blessures à froid. Eva se dit ne plus avoir le choix, c'est elle ou elle. Il faut tuer la bête immonde, et c'est qu'elle l'est immonde, la mère, si bien qu'Eva, on la comprend, on est de son côté. Même quand elle commence son entrainement à la cruauté, à coup d'araignées, d'escargots, puis y passe le chien du voisin, puis la profde musique paumée, puis le copain fêtard de la mère à la quequette nostalgique (le pauvre, quand même ...).

La stratégie d'entrainement de la fillette au meurtre de sa propre mère est plutôt réjouissante, paradoxalement, malgré les quelques longueurs de la vie d'Eva adulte vieillissante, quand même bien plate dans son village à l'écart de l'amour, et ses tentatives de rédemptions auprès de la vieille femme que sa fille n'aime pas et de son compagnon (toujours attentif), et de ses amies, celle qui ne maigrit pas et celle qui chasse son mari silencieux pour ne plus parler autant, et de l'épicier arabe qui était bien gentil et des rêves de l'homme noir qui la hante parfois, la Eva.

Mais finalement, un moment ma lecture a crissé des freins, le meurtre de sa mère ne tenait plus dans le parfum des roses et le goût du thé, le doux écoutement du temps d'une presque mamie à la rédemption quelque peu faiblarde et avec facilités traitée.
Une lecture agréable quand même , mais en demi teinte : cause pour moi, ça manque de tragique qui fasse boum, pas bling.

 

Athalie

 

 

 

 

03/04/2013

De Gaulle à la plage Jean Yves Ferri

Tire-bouchon-de-gaulle.jpgLe grand De Gaulle doit faire un break : " Eté 1956, lassé de l'ingratitude des français et de la médiocrité de leurs dirigeants, le libérateur de la France décide de prendre quelques vacances bien méritées". Ce préambule historique posé, Jean Yves Ferry ne s'y attarde pas et nous campe le libérateur en short militaire retroussé essayant ses premières tongs, in situ. Il lui manque cependant quelques modes d'emploi.

Escorté de son fidèle aide de camp, Le Borgnec, dont le dévouement n'a de limites que dans sa capacité poètique à suivre le grand homme, parfois quelque peu déstabilisé par sa grandeur faite subitement homme, le grand de Gaulle fait l'apprentissage pas à pas de la nature humaine du vacancier, de l'art de ne rien faire, de celui de déployer les serviettes de plage face au vent, de s'installer sous un parasol, voire de glisser un regard furtif vers des fesses humaines rudement bien balancées.

Derrière la plage, lieu principal des exploits du grand homme, on imagine l'hôtel familial en bord de mer, Bretagne sud, vue sur mer, avec la salle à manger aux nappes repassées et casier pour ronds de serviettes prévu à cet effet. Il doit avoir pour nom "Au grand large", et la pension complète propose des oeufs mimosa. C'est pas possible autrement ... (voir de la macédoine de légumes améliorée ?)

De Gaulle ne quitte donc pas son short replié, ni sa dignité militaire et présidentielle coincée au corps, ce qui produit les décalages savoureux qui font tout le régal de cet album où les "mini planches" ( je suis sûre qu'il ya un nom pour cela, mais je suis nulle en vocabulaire B.D.) enchainent les situations cocasses qui mettent le grand homme à l'échelle d'une réalité pour laquelle il est quand même peu doué ...

L'accompagne la tante Yvonne, en maillot une pièce et tricot chevillé au corps, le chien " Wehmarcht", pas encore complétement converti aux bienfaits du gaullisme, le fils, cantonné au ramassage de coquillages en attendant de passer son CAP de "sauveur de la France". Le grand homme a des vélléités d'autres vies, ne peut s'empêcher de lancer un appel de la cabine de la plage, déclenche des tempêtes, les calme, se jette, vers de Hugo à la bouche, au milieu des vagus survoltées, puis revient, tongs aux pieds quand même ( aurait-il appris quelque chose de l'humanité, pas sûr ...) vers le destin grandiose qui le rappelle. Le sien. De toute humanité désigné pour l'être.

L'homme aux si grands bras qu'il les levait tout le temps, se retrouve parfois coincé dans son geste historique, ce qui m'a fait souvenir que chez moi, quand j'étais bien petite, le tire bouchon aux bras qui se levaient et s'abaissaient, était surnommé le "Je vous ai compris", ce que bien sûr je ne comprenais pas, ce qui n'empêche que la phrase historique a toujours pour moi, le bruit d'une bouteille de vin qui fait "flop" ...

Souvenir décalé, et à peine nostalgique, comme l'humour savoureux de cet album.  

Athalie