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29/05/2013

Fille noire fille blanche, Joyce Caroll Oates

0ba0cd4302a62993bbb9e328bc6fd86b.jpgCe pourrait être un livre sur la ségrégation, le racisme dans une université américaine, après la guerre du Vietnam, dans le temps des repentances bien pensantes. Ce pourrait être un roman sur l'histoire de deux jeunes filles, une blanche, une noire, une amitié interaciale qui transcenderait les clivages sociaux, parce que la blanche est riche et super intello de naissance et que la noire est pauvre et super méritante de naissance, forcément. ça se finirait en tragédie, normal, et on aurait les larmes aux yeux de l'âme révoltée de tant d'injustice de la méchante société américaine, normal. Ce pourrait, sauf que c'est Oates qui écrit, alors forcément, c'est plus tordu.

D'abord, la blanche, Genna Meade, est l'arrière petite fille de Generva Maede, une héroïne ( des blancs) de la lutte contre l'esclavage ( des noirs), et de M. Elias Meade, shaker militant droit et honnête de la même cause des gens de couleurs. Droit et généreux et riche, il a fondé l'université de Shyler, celle où étudie son arrière petite fille ( mais en tout anonymat) et où le raciste n'existe pas, officiellement. Une université haut de gamme qui offre, forcément, des bourses d'étude aux jeune filles noires, issues de milieu modeste, forcément.

Minette Swiftt en est une  ( de pauvre méritante, je veux dire) et Genna partage la même chambre que Minette. Gena voudrait bien être amie avec Minette, parce que Genna a été élevée comme cela, il faut être amie avec les noirs, les exclus. Il ne faut pas profiter des privilèges de sa classe sociale blanche. Ces privilèges sont honteux, établis par le système faschiste américain. C'est son papa qui le lui a dit. Et son papa, il s'y connait en dénonciation du système faschiste américain. Et Genna y croit.

D'ailleurs, la preuve, c'est même sans savoir que sa future camarade de chambre était noire que Genna lui a laissé la meilleure partie de la chambre commune, celle avec la grande fenêtre, et la porte qui ferme, entre elle et sa volonté d'amitié et Minette qui n'en veut pas, toute communication. Elle applique, avec conviction les préceptes parentaux. Ceux de l'avocat Mac Meade, l'engagé volontaire des causes perdues, celles des activistes américains des activités anti américaines au Vietnam, et celles de Mad Max, le même père, en version life, celui qui n'est jamais là mais délivre au téléphone ses leçons de morale, ses psaumes révolutionnaires tout en alignant de blondes assistantes.

La mère de Genna s'est éteinte en un demi sommeil, celui d'une hippie sur le retour qui a trop abusé des "substances", un retour d'âge aux cheveux comme aux tenues trop voyantes, qui tangue dans les allées d'un super marché comme d'autres sur un navire à l'assaut d'un nouveau monde.

Genna, donc, voudrait être l'amie de Minette. Sauf que Minette s'en fiche. Minette est une noire méritante accrochée à sa Bible. Minette ne veut rien à voir à faire avec cette histoire de militants pour la cause noire, les "Blacks panthers" et autres diables communistes. Minette va à la messe. Et ce n'est pas son problème les blancs qui aiment bien les noirs.

Si il y a une morale à ce roman, c'est que la haine se construit en douce. Mais, dans cet excellent Oates, je ne suis pas sûre qu'il y ait une morale. Sauf que, piégeux à souhait, comme souvent, les trahisons se tissent entre elles.

Du même auteur sur ce même blog :

Nous étions les Mulvanney

Zarbie les yeux verts

Les chutes

Délicieuses pourritures

 

 

 

 

Commentaires

Pffffff, encore un JC Oates à lire... je participe à un challenge sur elle et ne me lasse pas de ses romans, encore moins de ses journaux, passionnants !
Bonne soirée :-)

Écrit par : Margotte | 29/05/2013

Un Oates à lire, c'est certain, quand aime bien déjà, comme toi, l'univers particulier de cette auteure ! Je lirai ces journaux, j'attends juste d'avoir encore deux ou trois titres pour mieux les apprécier. Mais ce sont des lectures que j'espace un peu, parce que je voudrais continuer à découvrir doucement. Elle touche souvent juste là où " ça gratte".

Écrit par : Athalie | 31/05/2013

Ah, un bon Oates, je m'empresse de noter. Je trouve qu'elle écrit trop, du coup je ne veux plus lire que la crème de la crème de son imposante bibliographie. Et j'ai l'impression que ce titre-là en fait partie...

Écrit par : jerome | 30/05/2013

Je suis comme toi, un peu frileuse devant l'ampleur des titres .... j'y vais pas à pas, en ayant toujours un peu peur d'être déçue ou de saturer. "Le triomphe du singe araignée" m'a calée dès la deuxième page ... Mais celui-ci est vraiment bien, je confirme. Et sinon, si tu ne l'as pas encore lu "Nous étions les Mulvanney" reste le titre que je recommande à tout va !

Écrit par : Athalie | 31/05/2013

Oui, une intrigue qui semble bien tordue. Bises

Écrit par : Philisine Cave | 30/05/2013

Tordue, mais dans le bon sens, celle qui fait se redresser les idées reçues et attendues, politique mais pas correct la Oates !

Écrit par : Athalie | 31/05/2013

Celui-ci est vraiment à lire, effectivement, pour le plaisir d'y voir l'auteure prendre le contre pied de tout ce qu'on pourrait attendre de ce genre de récit, comme l'exprime Athalie en début de billet.

Écrit par : Ingannmic | 30/05/2013

Un titre découvert chez toi ... Merci, parce que c'est vraiment un bon Oates. A contre pied, de la bien bienpensance : qu'est-ce qu'elle m'a énervée la Minette !!! La limite du coup de ce genre de récit est peut-être qu'il peut être lu comme raciste alors qu'il est évident que c'est juste l'inverse : les noirs ne sont pas tous des Oncle Bens. Et ce n'est pas grave non plus, parce que tous les indiens ne sont pas Gandhi, et tout les blancs ne sont pas Malcom X (ou l'inverse ...)

Écrit par : Athalie | 31/05/2013

J'avais été séduite par ce très bon Oates... qui n'est pas un pavé, ceux-ci m'attirent moins !

Écrit par : kathel | 02/06/2013

Le problème avec un gros Oates, c'est comme c'est souvent un peu étouffant comme truc, on étouffe plus longtemps ... Je te recommande quand même "Nous étions les Mulvaney", le seul gros d'elle que j'ai lu jusqu'ici, et qui est vraiment très bien.

Écrit par : Athalie | 03/06/2013

J'adore ton billet et j'adore Oates! Hop dans le cabas !

Écrit par : Une Comete | 03/06/2013

Merci pour le billet ... Il y avait beaucoup à dire ce livre, je me suis un peu retenue pour ne pas en faire trois pages ( parce qu'il y a aussi les pernets de Minette, les "copines" de l'unversité, le rapport au père de Genna ...) Tu verras, ça grouille ...

Écrit par : Athalie | 03/06/2013

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