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29/05/2013

Fille noire fille blanche, Joyce Caroll Oates

0ba0cd4302a62993bbb9e328bc6fd86b.jpgCe pourrait être un livre sur la ségrégation, le racisme dans une université américaine, après la guerre du Vietnam, dans le temps des repentances bien pensantes. Ce pourrait être un roman sur l'histoire de deux jeunes filles, une blanche, une noire, une amitié interaciale qui transcenderait les clivages sociaux, parce que la blanche est riche et super intello de naissance et que la noire est pauvre et super méritante de naissance, forcément. ça se finirait en tragédie, normal, et on aurait les larmes aux yeux de l'âme révoltée de tant d'injustice de la méchante société américaine, normal. Ce pourrait, sauf que c'est Oates qui écrit, alors forcément, c'est plus tordu.

D'abord, la blanche, Genna Meade, est l'arrière petite fille de Generva Maede, une héroïne ( des blancs) de la lutte contre l'esclavage ( des noirs), et de M. Elias Meade, shaker militant droit et honnête de la même cause des gens de couleurs. Droit et généreux et riche, il a fondé l'université de Shyler, celle où étudie son arrière petite fille ( mais en tout anonymat) et où le raciste n'existe pas, officiellement. Une université haut de gamme qui offre, forcément, des bourses d'étude aux jeune filles noires, issues de milieu modeste, forcément.

Minette Swiftt en est une  ( de pauvre méritante, je veux dire) et Genna partage la même chambre que Minette. Gena voudrait bien être amie avec Minette, parce que Genna a été élevée comme cela, il faut être amie avec les noirs, les exclus. Il ne faut pas profiter des privilèges de sa classe sociale blanche. Ces privilèges sont honteux, établis par le système faschiste américain. C'est son papa qui le lui a dit. Et son papa, il s'y connait en dénonciation du système faschiste américain. Et Genna y croit.

D'ailleurs, la preuve, c'est même sans savoir que sa future camarade de chambre était noire que Genna lui a laissé la meilleure partie de la chambre commune, celle avec la grande fenêtre, et la porte qui ferme, entre elle et sa volonté d'amitié et Minette qui n'en veut pas, toute communication. Elle applique, avec conviction les préceptes parentaux. Ceux de l'avocat Mac Meade, l'engagé volontaire des causes perdues, celles des activistes américains des activités anti américaines au Vietnam, et celles de Mad Max, le même père, en version life, celui qui n'est jamais là mais délivre au téléphone ses leçons de morale, ses psaumes révolutionnaires tout en alignant de blondes assistantes.

La mère de Genna s'est éteinte en un demi sommeil, celui d'une hippie sur le retour qui a trop abusé des "substances", un retour d'âge aux cheveux comme aux tenues trop voyantes, qui tangue dans les allées d'un super marché comme d'autres sur un navire à l'assaut d'un nouveau monde.

Genna, donc, voudrait être l'amie de Minette. Sauf que Minette s'en fiche. Minette est une noire méritante accrochée à sa Bible. Minette ne veut rien à voir à faire avec cette histoire de militants pour la cause noire, les "Blacks panthers" et autres diables communistes. Minette va à la messe. Et ce n'est pas son problème les blancs qui aiment bien les noirs.

Si il y a une morale à ce roman, c'est que la haine se construit en douce. Mais, dans cet excellent Oates, je ne suis pas sûre qu'il y ait une morale. Sauf que, piégeux à souhait, comme souvent, les trahisons se tissent entre elles.

Du même auteur sur ce même blog :

Nous étions les Mulvanney

Zarbie les yeux verts

Les chutes

Délicieuses pourritures

 

 

 

 

26/05/2013

Jeu de piste à Volubilis Max Ducos

jeu de piste à volubilis,max ducos,albums jeunesseQuand je cause de ma liste d'achats de livres à Etonnants voyageurs, je me garde bien d'ajouter ceux que j'ai achetés pour mes enfants (non, ils ne viennent pas avec moi, il y a assez d'une acheteuse compulsive lâchée dans les stands par famille ... et le budget d'achats d'étagères n'est pas extensible non plus...).

Par tradition, je ne leur en ramène qu'un par édition de festival et par personne, et je cherche souvent des trucs vers lesquels ils n'iraient pas forcément, des trucs un peu surprises ...Alors me voilà devant le stand des éditions Sarbacane, où une dame libraire, fort aimable et compétente, d'ailleurs, le genre à connaître parfaitement ses bouquins, me pointe immédiatement du doigt cet album de Max Ducos après que la mére qui sommeille en moi ait tenté de faire un portrait de ma fille en lectrice.

Elle a ouvert cet album et m'a raconté l'histoire en tournant les pages et j'ai plongé dedans ... Une petite fille toute mignonne vit dans une grande maison moderne qui la gêne parce qu'elle n'est pas comme les autres. Elle est grande, très grande, moderne, très moderne, un peu imposante, elle n'est pas à sa taille, elle est perdue dedans et peut-être un peu en elle même avec tout ce grand beau autour ... C'est son père architecte qui l'a construit. Pour la rassurer (mais est-ce vraiment cela ?), il lui a confié que cette maison avait un secret.

Un jour, parce qu'elle n'arrive pas à apprendre sa poésie, la petite fille se met en quête du secret. De pièces en pièces, elle suit un jeu de piste ; retrouve la place d'un carreau de faïence, suit le trajet d'une bille, tourne un robinet à fil rouge, traverse le jardin si doux aux pieds pour rejoindre le fond des hautes herbes qui lui font si peur. Elle découvre le secret. A son retour, elle saura, et pourra apprendre sa poésie.

 Une histoire qui n'a l'air de rien, une enquête en douceur, un texte léger comme une plume qui ouvre toutes les portes, des dessins superbes, aussi grands que tendres, où se nichent de minuscules trouvailles, un tapis à la Mondrian, un ou deux poissons rouges de Matisse, une colombe de Picasso, un esthétique si simple, si épuré, qu'il fait mouche sans pédanterie.

Pendant que je nageais dans les images, la sympathique libraire me disait que j'allais voir, que ma fille elle allait tout comprendre les symboles : les ronds, l'absence, le poids, le plan de la maison, le secret, le sens caché, quoi... Tout en faisant oui de la tête, ( elle en avait l'air si sûre que je ne voulais pas commencer à la faire douter ...) je me disais que si ma fille ne voyait rien, je n'aurai plus qu'à me ruiner en cours de rattrapage de symbolique pour enfant primaire, sans deuxième degré développé.

Tout ce que je puis dire, finalement, c'est que ça n'a pas marché que pour moi, les ronds, la douceur, la fine délicatesse des sentiments non-dits que voilà ... C'est pour huit-neuf ans, normalement.

 

23/05/2013

Mémoires du duc de Saint Simon (1)

1004964-Louis_XIV_par_Rigaud.jpgVersailles, ton univers impitoyable etc ...

Que je vous raconte les nouvelles du jour. Saint Simon, le perfide, a enfin réussi à s'introduire dans la proximité de la cour, comme il a des yeux de serpent, il voit tout, et des oreilles de vipère, il entend tout.

Louis XIV est vieux, 54 ans et il y a une nouvelle maitresse, pas toute jeune non plus et point très drôle, c'est La Maintenon (l'ex gouvernante de ses enfants illégitimes avec la Montespan, qu'il vient de virer de sa couche pour cause de lassitude sans doute, on ne sait pas trop). Le problème est qu'il se retrouve à gérer ses deux familles, la légitime, et l'illégitime.

Dans l'une, la légitime, il a un neveu à marier, Monsieur le duc de Chartres, fils de son frère, donc, Monsieur tout court qu'il s'appelle (enfin pas vraiment, mais c'est pour ne pas embrouiller) et de madame (la deuxième Madame, la première, c'était Henriette, elle est morte dans des conditions pas très nettes, un truc genre verre d'eau glacée qui lui a tué le ventre, ben oui, c'est fragile les princesses, moi, par exemple, je peux boire plein de verre d'eau glacé, cela me rafraichit, mais pas Henriette, ça l'a brûlée, allez savoir ... ). La deuxième madame, on la surnomme "La Palatine", d'abord parce qu'elle vient du Palatin, et ensuite ... Je ne sais pas. Mais c'est un genre d'éléphanteau germanique dans les porcelaines de Versailles.

 Dans l'autre ( la famille illégitime), Louis XIV a une fille à marier. Donc, logique, il va les marier ensemble, et deux de casé, et la batarde d'être transférée dans le giron royal. Le père du neveu à marier est contre, la mère aussi et le neveu aussi. La future mariée n'est pas au courant. Le Louis XIV a décidé et a doté (richement) donc acte. La Palatine fait la tronche, (elle n'aime pas les mélanges légitimes et illégitimes), fiche une beigne retentissante à son fils en pleine sortie de conseil royal, juste avant la messe, ( son fils qui était contre mais quelqu'un a dû oublier de le dire à sa mère), la promise (mademoiselle de Blois, pour ceux que ça interesse) se réfugie sur les genoux de son ex-gouvernante, la Maintenon. Papa royal laisse tout le monde se démerder.

Fin du psycho-drame, en attendant le suivant.

Et d'un mariage troussé !

 

 

20/05/2013

Etonnants voyageurs 2013 (2)

étonnants voyageurs 2013Au réveil de cette deuxième journée de festival, l'innovation technologique instaurée cette année pour marquer les festivaliers commence à m'énerver sérieusement.

Avant, on était tamponné, une couleur différente pour chaque jour, le premier tampon ne s'effaçant toujours pas très bien, quand on restait trois jours, on avait sur le poignet une sorte de galerie de tatouages loupés du plus bel effet quand on revenait à la vie réelle.

Cette année, donc, on a le poignet enserré dans un lien en plastique rouge impossible à enlever pendant qu'on est festivalier, c'est la preuve qu'on l'est ( que l'on a payé, quoi ). Il nous a donc fallu dormir avec, et moi, mon poignet a dû tripler le volume pendant la nuit. Le bidule me serre. Après vérification, il est water proof et ne rétrécit pas à l'eau. Donc, c'est bien mon poignet qui a grossi. Ce qui me laisse rêveuse. Ou alors, le lien en plastique est spongieux et absorde le blanc de l'apéro de la veille. Je ne vois pas pour l'instant d'autres explications raisonnables. A moins que ce ne soit un coup des huitres ?

Je laisse le problème de côté et vais d'un pas décidé à l'assaut de ma deuxième ( et dernière) journée pour cette année.

Moisson :

Un stylo feutre orange super chic pour prendre des notes dans le petit carnet en cadeau avec le sac orange et rose de la veille. Sauf que depuis, j'ai déjà perdu le carnet avec mes notes. (Mais pas le stylo, qui n'était même pas à moi)

Un coup de coeur énorme pour une femme sociologue et écrivain, exilée de sa ville et de son pays et qui est débordante de belles pensées et de courage des mots, Pinar Selek, elle s'appelle, et un regain d'intérêt pour les oeuvres de Mathias Enard, un travail graphique avec Pierre Marquès qui me parle bien ( et dont l'auteur parle encore mieux, si bien que je ne vais même pas tenter de developper le sujet, on verra quand je l'aurai lu).

Le clou de la journée, une présentation passionnante, drôle, vivante, intelligente, brillantissime de son livre par David Van Reybrouck, ( qui n'est pas mal fait de sa personne en plus, avec cet accent légèrement belge surréaliste )  ce qui fait que je me suis retrouvée avec un pavé de 595 pages sur l'histoire de la colonisation belge au Congo. Un truc historique en plus, même pas un roman. Que D. et P. me pardonnent .... ( D. et P. qui sont aussi drôles, brillants, bien fait de leur personne, évidemment .... promis, l'un de nos deux hommes-écrivains se lancent dans un roman sur l'Afrique pas enchantée ou un traité sur un marquis de l'agriculture, je lis.)

Donc, derniers achats et donc lectures prévues mais vu le stock, il va me falloir des vacances, moi ...

"Tout sera oublié" Mathias Enard

" Notre-Dame du Nil" Sholastique Mukasonga

" Congo, une histoire" David Van Reybrouck

Non, je n'ai pas acheté le roman de Pinar Selek, je ne pouvais pas tout acheter quand même, il fallait en laisser aux copines, il y en a qui ont des enfants à nourrir ... et d'autres avaient disparu dans le crachin ...

 

19/05/2013

Etonnants voyageurs 2013 (1)

 

Etonnants_voyageurs_130411.jpg

Moisson de la première journée :

Deux phrases cultes : (dont je ne me souviens plus, mais A.M. les a notées) (à lire en commentaire)

Un sac rose et orange avec écrit "Le livre de poche 60 ans" dessus, et des livres dedans et le reste de mon croissant mangé devant Vélibor Colic pendant qu'il nous racontait au petit déjeuner deux ou trois anecdotes bien ponctuées sur la guerre en Bosnie. Ben oui, j'ai petit déjeuné avec Vélibor Colic, c'est un nouveau truc du festival, j'étais juste morte de trouille ( et de froid), comment dire des choses intelligentes à un auteur avec un croissant dans la bouche et un plateau qui se casse la figure alors qu'il y a son café, à lui, dessus ? Expérience étrange, que je ne suis pas certaine de renouveler, mais je remercie toutes mes copines qui ont (en gros) passé leur soirée de la veille à me dire que ce n'était pas grave si j'avais l'air d'une andouille. Ce qui est vrai, l'important n'étant pas vraiment moi, mais ses livres à lui.

Cette moitié de croissant ( et non Vélibor ne l'a pas gardée en souvenir ...) a été ensuite rejoint par ma moitié de pannini aux trois fromages dans le sac où ma canette de schwepes agrumes a coulé. Donc, là je n'ai rien ramené.

Un coeur dessiné par Lance Weller sur mon exemplaire de "Wilderness" (Dominique, j'ai fait ce que j'ai pu ...) à cause de ma copine A.M. qui parle anglais super bien et qui le lui a demandé (elle ose tout).

Une leçon de western par Bertrand Tavernier, en grand sachem aux yeux mi-clos.

Une mention spéciale à l'éditeur de Gallmeister : so charming ...

Maylis de Kérangal et Carole Martinez : for ever.

Une plaquette d'oropolis. Il parait que c'est meilleur que le strepsil pour les maux de gorge dûs à une station prolongée dans le froid d'un petit déjeuner, ou d'une file d' attente pour voir et entendre un auteur super bien.

Une autre leçon de western par Christophe Blain, juste passionnant en défenseur occidental du western  et d'un John Wayne pas raciste et d'un John Ford humaniste. Passionnant ne voulant pas dire convainquant par ailleurs ... je veux dire.

Une rencontre marrante avec une jeune blogueuse : Manou se livre.

Une conviction : la littérature peut tout, l'écriture historique aussi, mais moins, quand même. ( Que les historiens de l'apéro me pardonnent ce résumé-raccouci à coup de marteau symbolique)

 

Des livres partout, et un certain nombre dans mon sac :

"Debout sur la terre" Nahal Tajadon

"Loving Franck" Nancy Horan

(parce les conseils des libraires comptent aussi, il n'y a pas que la tête des auteurs qui soient peu fiables)

"Wilderness" de Lance Weller

"Pas Sidney Poitier" de  Percival Everett

"Sarajevo omnibus" Vélibor Colic

"Les frères sisters" Dewitt

"Ni fleurs ni couronnes" Maylis de Kérangal (parce que c'est le seul que je n'ai pas encore lu)

"Le tireur" de Glendon Swarthout

"Mélo" Frédéric Ciriez (parce que Maylis de Kérangal le défendait)

"Chroniques birmanes" de Guy Delisle (parce que impossible de faire autrement après les " Chroniques de Jérusalem") 

 

 

 

 

 

 

13/05/2013

La répétition Eleanor Catton

repetition.jpgDès fois, le livre se rebelle à sa quatrième de couverture, et c’est le cas pour ce livre. Vu les quelques lignes à son dos, je suis dit, lecture facile, voire convenue, encore une histoire sur les affres de l’adolescence pas si innocente que cela, milieu petit bourgeois, USA, de nos jours, le vitriol de la critique du conformisme, la mise à nu de l’hypocrisie, et basta vite lu, voire déjà lu ( pourquoi dès fois, on choisit de se mettre dans cette position de lectrice, presque blasée, je me demande, enfin, je ne cause que pour moi …)

Bref, c’est cela et même temps, ce n’est pas du tout, du tout ça. D’abord parce la construction du roman est apprêtée comme une mise en scène, une répétition, ben oui, d’une pièce qui ne sera pas jouée, ou qui aurait pu être jouée, des vies possibles avec quelques coups de projecteurs et fondus au noir.

La pièce est resserrée autour de quelques personnages : des jeunes filles  dont deux sœurs, un jeune homme, deux professeurs de musique, chacun  joue sa partition pendant que des fantômes de parents s’agitent en arrière plan.

Le rideau se lève dans le studio de la prof de saxo, toutes les demi-heures, ses jeunes élèves défilent, elle les  orchestre, donne à certaines un solo, à une autre le sous-fifre. Un solo : celui d’Isolde, la sœur de Victoria, celle par qui le scandale est arrivé au lycée, elle qui a eu des relations  avec monsieur Saladin, le prof de musique du Jazz-Band des grandes. On parle même de viol. Enfin, les adultes parlent de viol ; les parents, les autres profs, le psy de service. Ils font des réunions pour parler de « ça », pour expliquer aux filles qu’il y a eu entorse aux règles et que ce n’est pas bien, du tout, du tout, que monsieur Saladin a abusé de son pouvoir et que c’est un grand méchant homme. Sauf que du côté des adolescentes, la faute n’est pas celle de monsieur Saladin mais celle de Victoria. Elles, elles le savent que Victoria y a pris plaisir, mais surtout, Victoria les a trahi, elles, en ne jouant pas le jeu attendu des confidences, des catimini, des fous rire entre ados. Victoria a joué un autre jeu, n’a pas suivi les règles de la transgression.

Isolde, la jeune sœur, assiste, entend et ne joue pas. Elle est la cadette, la suiveuse, elle ne pourra que rejouer la Première de sa sœur, toujours la première. Elle se confie à la prof de saxo, raconte les discours psy, sa sœur qui ne dit rien, son père qui raccommode « la situation » à gros points drolatiques. Ou plutôt, la prof de saxo lance sa sonde. Que veut-elle au juste ? On dirait un gros vampire tapi dans l’ombre, à attendre que ses élèves vivent par procuration son amour interdit …. De son histoire à elle, on n’a que des miettes, une ombre aussi, une autre femme.

Autre parcours, le jeune homme. En dehors de la sphère du lycée des jeunes filles et des cours de saxo, en  bas de l’immeuble, il y a une école de théâtre. Sélective, les profs y exigent un masochisme de tous les instants et ne rechignent pas à l’humiliation de leurs élèves, voire l’orchestrent, l’organisent…. En même temps désabusés de leur propre quête de la perle rare, ne craignent-ils pas la pépite qui feraient valdinguer leur système d’excellence ?

Stanley est le jeune homme, cette école, il veut y rentrer, il veut être acteur pour se faire voir, se faire voir lui, loin et proche de son père de pacotille, le psy sûr de lui qui lui fait des effets de manche au restaurant, entre deux blagues salaces  et provocations anti-relations père fils …

Que dire de ce roman ?

A rebrousse-poil, il est aussi passionnant que piqueté d’effets faits pour déranger, aussi artificiel que juste, aussi verbeux que bien écrit. Il est très intelligemment fait, cherche vos neurones, plus que vos sens et sentiments, écrit, construit, trop écrit, trop construit, sur une corde raide entre analyse et reconstitution orchestrée des tentatives de figurants pour avoir  une « vraie vie ».

 

Athalie

11/05/2013

La veuve Gil Adamson

imagesCATQLC80.jpgMa prêteuse préférée m’a dit en me le prêtant : « C’est le genre de livre que quand tu le lis, tu as envie d’aller te coucher le soir avec ». C’est vrai, du coup, je me suis recouchée dès le matin, voire dès l’après midi ( dans le canapé, quand même, il faut savoir dignité garder …)

Une histoire qui prend peu de chemins de traverse pour nous mettre dans les foulées  pressées et hagardes de la veuve. On court  derrière elle dès les premières phrases et on continue après, à l’aveugle, même quand elle ne sait pas où elle va, c’est devant, droit devant, malgré les détours et même quand les sentiers s’effacent sous ses pas, voire dans sa tête.

La veuve est veuve parce qu’elle vient de tuer son mari, et fuit à grandes enjambées parce que ses deux beaux-frères sont à ses trousses et qu’ils ne sont pas du genre compréhensifs : grands, rouquins, un regard de tueur qui en vaut deux avec leurs quatre yeux, ils parlent peu mais flairent la piste de leur vengeance avec la ténacité des taigneux.

Avant de partir de la cabane où git le corps de feu son mari volage, la veuve a pris le temps de se coudre sa robe noire de veuve. Elle a 19 ans et rien d’autre, elle est petite, elle est seule, elle est ignorante de tout, de la nature qui la voit passer, à peine alphabétisée, sauvage, et la tête remplie de voix et de visions qui l’égarent, parfois. Elle n’est pas folle. Seulement, elle a été élevée pour une autre vie ; entre son père, un ancien pasteur que la mort de sa femme a écarté de toute certitude et de toute tendresse, et sa grand-mère, qui l’ a entourée de servantes mais de peu d’affection. Ils l’ont laissée partir se marier avec le premier fier-à-bras venu qui disait qu’il avait un domaine, là-haut, pour elle.

Sauf que le domaine était une cabane, le mari un tyran d’égoïsme. La veuve est donc veuve et fuit dans sa robe, avec comme seule possession sa bible luxueuse, crayonnée de ses hiéroglyphes, et qu’elle ne sait que réciter. Elle traverse les paysages inconnus sans connaître la nature qui l’entoure et sans reconnaître les bonnes âmes qui se penchent sur son parcours : une vieille dame au domaine décrépi et à l’âme charitable, ne pourra la retenir bien longtemps. La veuve s’enfonce dans les montagnes, s’y perd et s’y meurt de faim avant que ce ne soit d’amour pour un autre oiseau rare : « le coureur des crêtes », l’homme qui fuit toutes compagnies…

Comme dans un road movie mâtiné de western ( un road movie à cheval, en quelque sorte, ou à pied quand la veuve perd ses montures ), on la suit sans que les étapes soient sûres, elle a un peu de refuges parfois entre des bras, ou sous les regards d’un indien, d’un pasteur-boxeur, un Nick Cave un peu débonnaire, des miniers, un nain, des vents glaçants, des forêts obscures, un glissement de terrain, de la crasse, de la sueur, des coins où elle reprend quand même son souffle, puis repart, toujours elle devant et nous derrière.

Un sacré souffle, et une belle course, avec des murmures de  Dalva et quelque chose aussi de Dina : une belle petite  veuve-courage bien trempée dans une encre épaisse de Canada, de grands espaces où les hommes sont rares mais ont la couenne âcre. Une silhouette de veuve moineau, pipe à la bouche, tenant bien serré la bride de sa dernière monture, la détente facile mais peu fiable quand même, que l’on regarde s’éloigner à regret … Si c’était au cinéma, faudrait rajouter un soleil couchant à la dernière scène.

 

Un grand merci A.M.

 

Athalie

07/05/2013

Les petites filles Elizabeth Bowen

imagesCAZDMCBC.jpgNe vous attendez pas à un récit modèle, ni à une histoire de petites filles qui l'auraient été. Les trois sont plutôt veillissantes et de bric et de broc quand l'une décide de retrouver les trois autres, quelques quarante ans après qu'elles ne soient vues pour la dernière fois.

Un livre en trois parties : la première est consacrée à la plus "dynamique" des trois ex-amies : Dicey, dite Dinah ou Diana. ( Là, je vous donne un sacré coup de main parce moi, je n'ai réussi à stabiliser les trois nominations différentes qu'à la moitié du livre, sans compter que les deux autres ont ausssi des surnoms que je mélangeais, ce ne qui fait que j'ai parfois manqué de concentration sur l'histoire). Donc, la première, disons, pour ne pour que vous embrouille et moi non plus, vit dans une villa de la campagne anglaise, visiblement sans souci financier, veuve, deux garçons, mariés. Quand même quelque peu excentrique comme peuvent les grands mères anglaises romanesques, elle est en train de mettre en place un  projet farfelu. Comment  de ce projet va-t-on en venir aux retrouvailles. le chemin est long. La grotte est le premier indice, le second est la balançoire aux cordes inégales. La grotte est le réceptacle du projet : il s'agit d'y réunir des objets intimes, révélateurs, donnés à Dicey-Dina-Diana par ses amis et connaissances, puis de sceller les portes pour laisser ces traces de la civilisation aux bons soins de la sagacité des chercheurs futurs, pour leur édification éclairée.

 Diana-Dicey-Dinha est secondée par une sorte de major Thompson, Franck, veuf aussi que l'on pourrait supposé transi de la veuve tant il se sert à l'aise des drinks dans le salon avec cheminée où l'on se retire le soir au coin du feu, et de Francis, un majordome-espion dont l'efficacité est versatile.

Voilà qui plante un décor fleurant bon le Earl Grey dans son mug à fleurs, avec le soupçon adéquat de rose à l'anglaise.

A cause de la grotte et de la balançoire, Dinha-Diana-Dicey fonce vers un autre projet : retrouver ses deux amies d'enfance, perdues donc de vue un jour de leur onze ans. Elle arrose les journaux de petites annonces, ce qui va considérablement énerver les deux autres. L'une est une sorte de femme au foyer au cynisme triste qui carbure au gin-tonic sans se dépardir de son quand-à-elle, c'est Sheila, dite Sheikie, ou l'inverse. La troisième est Clare, dite Mumbo, elle est devenu une femme d'affaire surbookée, solitaire, active et sinistre comme un corbeau empaillé.

Lorsque les trois se retrouvent, je me dit chic, ça va démarrer. Le ton est agressif, il y a des comptes à régler, des secrets honteux, ça va saigner dans la villa ... Les piques sont rancunières, bourrées de sous entendus. Sauf que moi, j'ai eu un problème de bande-son, je voyais un livre mais les sous-titres étaient en décalage, ou alors le décodeur était crypté, ou le film pas dans la bonne langue ... Cela m'a fait cet effet un peu pour tout, l'histoire du secret, les images des petites filles faisant le secret, des mêmes recherchant le coffre à secret. Les répliques se veulent vives et percutantes, voire caustiques à souhait, ce pourrait être un Lubisch, mais moi, j'ai loupé la cible. C'est tout décousu. Et si quelqu'un sait pour cette histoire des trois sorcières de Mac Beth, je suis preneuse.

( Pour le couteau à beurre aussi, mais je ne voudrais pas abuser)

 

Athalie

 

 

05/05/2013

Le tag des onze (incomplet ...)

P3240044.JPGTaguée par Philisine Cave, je me lance dans ce nouveau joujou, après vérification des régles, je vais tenter de les respecter, à ma façon ...

Il faut d'abord donner onze indices, (secrets ...)  sur son vrai soi, donc derrière la Athalie qui se moque, souvent, de mauvaise foi et complétement subjective, il y a mon "vrai" moi, et "moi",

1- J'ai terriblement peur des poules, des cochons et des vaches. On ne me fera jamais rentrer dans un poulailler, ni traverser un champ de vaches. Comme j'habite en ville, cet handicap ne se voit pas trop.

2 - J'ai longtemps été légèrement myope ( mais sans lunettes, à cause de différentes raisons ne tenant qu'à deux branches). Je voyais le monde en flou. Depuis que je deviens aussi (légèrement) presbyte, le monde se colle à mes rétines, et il me gêne.

3 - Je n'écris qu'au stylo à plume (et au clavier, bien obligée).

4 - Un de mes rêves serait de posséder un Mont-Blanc. Un gros.

5 - Parce que je suis terriblement snob,

6 - je mettrai de l'encre rose ou turquoise dedans, pour faire snob en décalée (le comble, étant qu'il n'y que moi qui saurai que j'ai un Mont-Blanc qui écrit en rose, vu que le stylo, il ne quitterait pas mon bureau, trop la trouille de le perdre)

7 - Je tamponne tous mes livres d'un tampon de petite fille représentant une rose, avec un tampon encreur mauve. Sauf quand ma fille a piqué mon tampon encreur mauve, ou que je ne sais plus ou je l'ai mis, auquel cas je lui pique un des siens (roses, évidemment).

8 - Je suis quasi incollable sur les maîtresses de Louis XIV et autres coucheries à Versailles. Cette compétence ayant fait l'admiration de mes enfants et de mon homme lors d'une récente visite au château sus nommé (je fais un très bon audioguide, selon eux), je suis en train de paufiner Agnès Sorel et Diane de Poitiers. Après, j'attaque la reine Elisabeth ( celle de Shakespeare, celle de maintenant, elle n'est pas glamour). Mon résumé de l'histoire de la papauté ayant eu aussi un certain succès familial à l'occasion de l'élection du dernier pape, je planche sur les Borgia. ( si vous avez des idées de romans, d'ailleurs ...)

9 - Je fais une collection de presse papier, totalement inutiles et seulement en verre avec des faux papillons et des fausses fleurs dedans. Des trucs neufs qui font vieux et qui prennent la poussière. Comme les livres, quoi.

10 - J'ai arrêté les boules de neige, j'ai une copine qui est trop forte en concurrence ( déloyale ...)

11 - Je continue les poupées russes, mais cela ne se voit pas parce que les laisse les unes dans les autres. Elles prennent trop de place et empiètent sur mes livres.

 

Deuxième étape du tag : répondre aux questions de Philisine ... Et là, ça se corse dans ma chaumière et je fume de la cafetière ...

1 - Si tu étais un mot ? Grenade, parce que le mot éclate en plein de sens et que c'est la ville de l'Alhambra.

2 - Un évènement ? La rencontre de Solal et de sa Belle du seigneur.

3 - Une couleur ? Rose Sélavy

4 - Une fleur ? Ben, une rose, mais une Pierre de Ronsard, masette ....

5 - Un mensonge ? Julien Sorel, ce mensonge sur pattes qui croit toujours en sa vérité, en passant toujours à côté.

6 - Un pays ? Celui de Oui-Oui, du Magicien d'Oz et de Brigadoon, surtout celui de Brigadoon, en fait.

7 - Une idée ? La conquête de Paris. J'adore le defi de Rastignac du haut de son piedestal du Père -Lachaise, en une soirée pluvieuse et désertée, solitaire tout mouillé. La classe de l'insolence.

8 - Un texte ? Un palimpseste.

9 - Un objet ? Un carnet de bal, celui d'Emma Bovary, tant qu'à faire.

10 - Qui t'a donné envie de bloguer ? Mes copines dont les prénoms commencent par un A., ce qui fait que Athalie s'est décapitée, sans même penser à Racine ...

11 - Quelle empreinte aimerais-tu laisser ? Un mode d'emploi parfait pour classer tous les livres d'une bibliothèque, (voire les articles d'un blog) ou un livre de recettes de cuisine imparfaites, sans les proportions, ou sans les ingrédients, ou alors toujours les mêmes ( c'est Quiriny qui a dû me taper sur la tête ... )

 

Je passe la troisième et quatrième étape ( désolée Philisine ...) : imaginer onze questions me ferait tourner chèvre  ( et comme je n'ai pas non plus onze blogs non tagués, à taguer, je ne saurais à qui les envoyer ... )

Athalie

 

 

 

04/05/2013

La coquetière Linda D. Cirino

nos_oeufs_de_poules_marans.jpgEst coquetière celle qui élève des poules pour que les poules pondent le plus d'oeufs possibles, de la meilleure qualité possible, suivant les règles de l'hygiène et de la perfection à atteindre. Eva est coquetière, et qui plus est, en des temps de perfection raciale à atteindre et d'hygiène de penser à respecter. Les poules doivent pondre des oeufs comme d'autres des enfants à embrigader.

Sauf qu'Eva ne sait pas en quel temps elle vit, ni auprès de qui, ni trop où, sauf dans sa ferme qu'elle tient même pas proprette, elle n'en a pas le temps, ni la conscience. En fait, Eva n'a pas conscience de grand chose, elle est née paysanne, elle a pondu deux enfants, elle est une sorte de brume opaque. Eva n'a pas d'amis, ni d'amours. Juste un mari qui, un jour, part à la guerre, deux enfants, formatés dans leur époque, eux. C'est le début de la seconde guerre, la mise en place des lois d'exclusion, qui ne concerne pas que les poules, mais cela, Eva ne le sait pas.

Eva a les pieds dans la fiente, tire de l'eau de l'eau du puits, nourrit les poulets, fait de la soupe des épluchures qui restent des légumes épluchés la veille pour la soupe, et écoute caqueter le soir ses deux enfants embrigadés dans la J.H qui la prennent pour quantité négligeable, le parti d'abord, la ferme après. Sans regard, sans yeux et sans oreilles, Eva peine. Parce que de tout temps les comme elle ont peiné et se sont endormis sous la couette au côté d'un homme aussi oublieux de tendresse que de conscience, aussi. Ecrasés par le devoir de continuer la même chose le lendemain. Pour les enfants, le dévouement est pour la mère patrie et l'ambition de servir la J.H, pas pour la coquetière, la mère qui les nourrit, un peu par habitude, il faut bien les dire.

C'est alors qu'arrive Nathanaël dans le poulailler. Loin d'un coq de basse cour, il est fuigitif, évadé d'un camp où il a tué pour survivre. Ses lunettes sont cassées, il échoie à la coquetière comme un poussin de conscience. Il la touche, elle s'embrase. Toujours dans le poulailler confiné, il ne lui ouvre pas que les sens, mais aussi la réalité . Et petit à petit, après les élans du corps, il va lui ouvrir celles du coeur. De petits mensonges en grandes cachotteries, Eva devient experte de la résistance dans l'ombre, entre marché, couvent et visites de l'inspecteur du respect du plan des cadences imposées pour le bien de la patrie, elle réalise que dans le filet, il y a des mailles, qu'elle peut en jouer pour les en sortir, peut-être pas elle, mais au moins Nathanaël, le cadeau surprise (toujours confiné au poulailler, ceci dit ...)

Malgré quelques longueurs et répétitions, une fin plutôt prévisible, et quelques invraisemblances au romantisme d'un amour naissant et très érotique ( dans l'idée, s'ébattre dans la fiente quand ce n'est pas un choix pervers, peut paraître tomber quelque peu à plat, quant au coup du trongon de chou qui écarte les poules des ébats amoureux, il m'a laissée, dubitative, pour le moins), " la coquetière" est néanmoins un roman qui attaque cette période historique sous un angle innatendu, celui de l'aveuglement involontaire qui révèle l'engrenage, les invitations se font obligations, moyen de contrôle et de surveillance, puis de répression larvés.

On ne croirait pas qu'il se passe tant de choix dans un oeuf.

 

Athalie

 

 

 

 

 

 

02/05/2013

Shakespeare, antibiographie Bill Bryson

william-shakespeare-1017561.jpgIl semblerait que la spécialité littéraire de Bill Bryson ne soit pas les biographies ; cela tombe bien, ce n'est pas la mienne non plus, côté lecture. Mais un billet de Luocine m'a donné envie de connaître cet écrivain (Bill Bryson, je veux dire, Shakespeare, j'ai déjà quand même un peu lu ou vu, en toute modestie). Me voilà donc en quête de glaner quelque plus sur le dramaturge par excellence, celui dont on ne sait pas grand chose, mis à part que c'est un des plus grands, à jamais et pour toujours.

Bill Bryson prend un parti pris qui m'a gênée au départ, et même un peu plus tard : en effet, s'il répète à l'envie que ce n'est pas à travers son oeuvre que l'on peut découvrir qui a été Shakespeare ; Shakespeare-l'homme, l'amoureux, celui qui avait des humeurs, des sentiments, une vie autre que par la plume, celui de chair et d'aventures, il ne cesse de le faire en catimini, pour démonter à nouveau que cette démarche est vaine. Il ne cesse de le répéter aussi, de Shakespeare, on ne sait rien, on n'en saura jamais guère plus que rien et ce n'est pas grave, puisque l'important c'est l'oeuvre et pas l'homme. Pourquoi aller gratter alors derrière ? Je ne sais pas, et en dehors de cette contradiction de pure forme, si, sur Shakespeare, on n'apprend pas grand chose (puisque l'on ne sait rien), il y a mille et un détails plus que passionnants sur l'époque où l'auteur mystérieux a quand même planté ses guêtres.

Le personnage principal de Bill Bryson est donc le mystère et il pointe d'étonnants jeux de savoir qui sont autant de méconnaissances : ainsi, bêtement, je pensais que l'on avait au moins une représentation fiable de Shakespeare, celle qu'on voit partout dans les livres, et bien non, de même pour sa signature ( ou presque), de même pour les représentations sur papier du théâtre du globe et aucune chronologie de ses oeuvres ne semble possible ... Eclairants  mystères.

Bill Bryson se réfère à plusieurs sources, les croise, et sans jamais être lassant, montre les failles et les impasses. Sur Shapespeare, donc, on ne saura rien de plus que le peu à savoir, mais sur Londres, les théâtres, la vie des gens de théâtre, les coutumes, les petits riens qui font la vie du temps crotté et superbe de l'Angleterre d'Elizabeth, par contre, les singularités font mouche. Saviez-vous, par exemple, que se noircir les dents pour qu'elles semblent pourries par l'abus de sucreries, était du dernier chic ? dents pourries = dents de riches ... que les vêtements et les lits se léguaient par testament ? Et que Shakespeare se distingue ainsi par le sien, puisqu'il laisse ses vêtements à une femme (pourquoi ? Ben ...) et le deuxième lit à sa femme, alors que normalement le mari léguait le premier à  sa veuve. Le deuxième lit était celui du couple, le premier était celui des invités, donc en principe le meilleur (puisque le moins utilisé), ce que Shakespeare ne fait donc pas. Pourquoi ? Ben, voilà ... Bill Bryson pose ses hypothèses et va voir vers un autre mystère ...

Ainsi, la conservation des textes et leur édition dont le biographe reconstruit l'histoire chaotique en un jeu de piste, quasi limpide à suivre et d'où l'on comprend, finalement, qu'on a affaire à un presque véritable miracle qu'autant de pièces aient pu être conservées et authentifiées. Et donc, malgré la cinquantaine de figurants prêts à prendre le rôle du plus grand fantôme des dramaturges, il reste à conclure qu' on ne sait pas grand chose sur le vrai, mais que ce n'est pas grave.

Une antibiographie qui porte par conséquent bien son sous-titre.

 

Athalie