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01/06/2013

Knockemstiff Donald Ray Pollock

knock2.jpgToute la saleté, la crasse, la raclure, la merde, la bêtise, l'ennui, l'humiliation, le désespoir, la honte, la saloperie, l'ignoble, l'ignominie, la violence, la violence des trempes, à soi, aux autres, aux fils, aux pères, aux pères par les fils mais surtout aux fils par les pères, aux filles, aux mères, à ceux qui restent, qui s'enfoncent, qui s'engluent, toute cette fange, cette lie boueuse à n'en plus pouvoir d'être fangeuse, s'est concentrée sous le scalpel de Pollock à Knockemstiff. Et, ce n'est pas beau à voir, les cloaques de l'Amérique profonde des laissés pour compte, des sans voix, des sans repères, des oubliés de la terre. Je n'ai jamais lu Dante, mais les cercles de l'Enfer, version rock and roll à la Nick cave, c'est par ici que ça se passe. Pas beau à voir et une claque à lire pour le lecteur (Jérôme), et la lectrice (moi, après "Le diable tout le temps") qui aiment se frotter l'esprit au papier émeri numéro 10, double face, s'il vous plait.

"Knockemstiff" est un recueil de dix huit nouvelles ( publiées aux USA avant "Le diable tout le temps"). Ce sont des nouvelles cul-de-sac, qui ne mènent à rien, ne mènent nulle part ses personnages rebuts, menés eux par un sexe de pulsions, soutenu par n'importe quelle substance avalée pourvu qu'elle détruise le peu d'humain qui restait dans ces sacs à viande. Et certains terriblement, si terriblement touchants, pourtant ...

" La vie en vrai" ouvre le bal des vampires : une famille tente une sortie au cinéma en plein air de la ville. Travelling avant en cinémascope, ouvrez les papilles .... : " Le bâtiment en parpaings au milieu du drive grouillait de mode. Le projecteur faisait un raffut pas possible juste devant, le stand à confeseries était au milieu, et les chiottes à l'arrière. Dans les toilettes, une rangées d'hommes et de gamins était alignée, la bite sortie au-dessus d'un longe auge en métal peinte en vert. Ils regardaient tous droits devant eux un mur couleur de boue."

La seconde "Dynamite Hole" pulvérise la moindre trace de ce qu'il pouvait rester encore de la pureté d'une petite fille.

Après, il y a l'histoire de l'amoureux de Tina Elliot, la pin-up du coin, un truc maquillé à la poupée barbie pour ploucs, le short très court et le tee shirt au slogan aussi romantique que méditatif " Fais-le à ton voisin et tire-toi".... Une ultime séance photo dans la station service et la belle se tire avec son prince charmant vers son rêve d'ailleurs, une caravane au bord d'un champ de pérole au Texas. L'amoureux reste. Amoureux de sa fée, même si si tous les péquenots du coin lui était passés dessus, à sa fée. C'était son rêve à lui, Tina.

Et cela continue. Dès fois, j'aurais bien aimé ne pas commencer l'histoire suivante, ou ne pas aller vers la fin de celle qui commençait. Pas bien, mais quand même ...  " On achève bien les chevaux" à la sauce Tabasco déliquescent, sperme à gogo, came et alcool. Le décor est toujours le même, mobil home, tôle, banquettes de drive ouvert la nuit, banquettes de vieilles voitures abandonnées, banquettes de vieilles voitures où une vieille tante ramène sa conquête du soir, matelas tâchés.

Plus personne ne tient debout là-dedans, les pères s'effritent, les mères s'oublient, pâles fantômes frappés, les ados se cognent aux paluches trop attentionnées des routiers alors qu'ils voudraient s'enfuir des tôles et des trempes de ces hommes brisés dans les veines desquels ne coulent que bière, rage et rancoeur, qui n'aiment pas ceux de leurs fils qui ne se coulent pas dans leur propre naufrage.

La dernière nouvelle "le dernier round", laisse juste filtrer une lumière rase, face à un père qui ne survit que par la haine, tenu à sa pitoyable survie par des tuyaux et une télé qui hurle des matches où les noirs perdent, ce qui lui permet de se penser en race supérieure, tuyaux dans le nez et bière à la main, la dernière phrase dit : "Le combat était presque fini". "presque", ça laisse un goût de presque victoire, un sens à donner au manège des bêtes brutes qui tournent en rond dans l'espace qui leur a été laissé par la misère.

 Je ne sais pas. Mais si Donald Day Pollock continue à me fiche des claques comme celle-là, je vais finir par avoir de vrais bleus à l'âme.

 

 

 

Commentaires

Rhoooo, qu'est-ce qu'il est bien ton billet ! Je savais qu'avec un bouquin pareil passant entre tes mains on aurait droit à un billet d'anthologie. Tu me donnes envie de le relire dare dare, chapeau bas m'dame.
Et si tu veux continuer dans le même genre, je te conseille Chiennes de vies de Frank Bill. ça dépote sévère. Le 1er ouvrage de l'auteur, élu meilleur polar de l'année par le magazine Lire (même si je vois pas en quoi c'est un polar). Va falloir que j'en parle un jour ou l'autre...

Écrit par : jerome | 02/06/2013

Tant mieux si ce billet te plait, j'espère qu'avec ton lien, la vision du livre est a peu près juste ... Je note "Chienne de vie", jamais entendu parler, mais j'irai voir ton billet, évidemment.

Écrit par : Athalie | 02/06/2013

Hey Athalie.J'ai déjà dit que je n'avais pas beaucoup aimé Le diable tout le temps.A très bientôt.

Écrit par : Eeguab | 02/06/2013

J'ai vu ... ce pourquoi je n'insisterai pas pour celui-ci, il est une sorte de condensé hyper-réaliste des thèmes furieux du "Diable tout le temps" ...

Écrit par : Athalie | 02/06/2013

Et bien... c'est du lourd ! Je vais éviter ce genre de lecture au mois de juin, mois déjà plombé, c'est donc pas la peine d'en rajouter...
Mais j'aime bien ton billet ! et puis, il est bon de temps de temps de se rappeler que non, la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Enfin, nous ne sommes pas tous embarqués sur la même barque pour le traverser...
Bonne journée à toi !
PS : dans le même genre, j'ai lu il y a déjà un moment des nouvelles de Guillermo Arriaga, "Mexico quartier sud" : LA claque !

Écrit par : Margotte | 06/06/2013

Merci de ton passage et de ton conseil, je note ce titre que je ne connais pas. Ce type de littérature hyper réaliste, noire et qui irrite la peau et l'âme est à consommer, même si elle dérange. A un moment propice pour se prendre la claque ....

Écrit par : athalie | 06/06/2013

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