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10/06/2013

Archange Vélibor Colic

michel-ange-jugement-dernier.jpg" La teinte du papier sur lequel cet ouvrage a été imprimé est le résultat d'une recherche soucieuse d'un plus confort de lecture : le coéfficient de lisibilité est en effet jugé optimal, sous condition d'un bon éclairage ambiant". Normalement, quand j'ai fini un roman, je le sais, je ne reste pas les yeux fixés sur le numéro d'impression, ni sur le code barre, je ne cherche pas où peut bien se situer Mercuès (France) qui abrite l'imprimerie France Quercy. Normalement. Seulement là, j'ai relu au moins deux fois ces quelques lignes expliquant le choix du papier rose, au lieu du blanc. Puis, j'ai fini par comprendre, que ça parlait du rose, pas du confort de lecture de ce que raconte les lettres sur le rose, et que l'éclairage ambiant, je l'avais dans le baba.

Ce n'est donc pas un livre normal. C'est un roman a capella, à quatre voix successives. La première est celle d'un presque mort, un homme devenu singe crouteux mangé par sa vermine du corps et de la tête. Un sale type, dégueulasse qui s'est cru être un homme pendant la guerre de l'ex-Yougoslovie. Maintenant, il est clochard sur un banc, à Nice, on le prend pour un fou, on le surnomme "le Russe". Il n'est plus rien qu'objet de dégoût. Avant la guerre, il était ministre et poète. Pendant la guerre, il était un tueur illuminé. C'est un type qui dit : " Le baratin sur le crime et le châtiment, mon oeil, rien qu'une fable inventée pour les victimes" (pas "par", "pour"). C'est un type qui dit qu'il pourrait compter jusque 100, 200, mille, ses crimes, les "orgasmes concentrés à la pointe de (son) couteau, les seins et les oreilles qu''il) a coupé comme s'(il) avait taillé la tendresse". Mais il parle du premier, le numéro un, il est hanté par lui, l'histoire de la jeune fille violée, celle qui avait l'air d'une fleur.

Le second homme qui parle, qui geint plutôt, c'est Le Duc. Celui qui avait dit "Une fleur mon cul" et qui était passé en deuxième, justement, alors que le premier avait à peine fini et qu'elle avait déjà les ailes coupées.Le Duc est à présent réduit à un tronc, dans un hopital. Il tête un biberon en cherchant à mordre la main qui le lui tient. C'est un type qui dit : " Je suis un tronc, il n'y a pas de chances qu'un jour j'attrape des rhumatismes. Ou que je pue des pieds. Avant la guerre, il était au gouvernement. Pendant, il avait décoré son chien et parfois il le chevauchait, pour rire. Maintenant dans ses rêves, un ange vient pour le baiser et l'enculer. Mais le rêve s'arrête avant.

Le quatrième est le fils du troisième. Celui-là, il est mort, alors il apprend l'enfer, en attendant mieux. Il était passé en troisième. Elle était déjà morte.

La troisième voix est celle de l'ange, Seuka. Elle dit : " Avant, j'avais les yeux d'une biche, la taille d'une guêpe et la bouche d'une fraise mûre". Maintenant, " je suis cette merde qu'on appelle une âme. Je pue ... Dieu existe et c'est un chien". Elle erre entre les deux mondes, l'Enfer et son bourreau, ses bourreaux et ses victimes.

Les mots des quatre voix s'enlassent et s'entrelassent en  une poèsie qui serait morbide si elle n'était incantatoire. Il faut juste ne pas fermer les yeux pendant quelques pages, comme quand on a envie de fermer les yeux parce que les lumières sont trop fortes et éclairent ce que l'on ne voudrait surtout pas voir pour après se retrouver encore vivant. C'est un roman aussi écorché que lumineux, un roman qui raconte le temps d'après celui de "Jésus et Tito", les deux côtés de l'histoire. 

 

Commentaires

Mais c'est pas possible, comment veux-tu que je résiste à un billet et à un roman pareil ? C'est comme si tu me susurrais des mots doux à l'oreille...

Écrit par : jerome | 11/06/2013

Des mots doux, il n'y en a pas tellement ... Mais c'est un texte choc et rude qui râpe, comme tu aimes ! Rien à voir, mais je viens il y a deux minutes de mettre le premier tome de " La rose écarlate" dans les mains de ma fifille ........ Chut ........... Je reviendrai te dire ........

Écrit par : athalie | 11/06/2013

Bon, il est dispo à la médiathèque, je vais le chercher demain ! Sinon pour La rose écarlate, tu lui a mis le doigt dans le pot de confiture, il ne faudra pas te plaindre si elle te réclame la suite au plus vite !

Écrit par : jerome | 11/06/2013

C'est déjà fait, pour la réclamation du deuxième tome de "La rose écarlate", je veux dire. Pour Vélibor Colic, pas de peau à confiture. J'espère que tu en sortiras entier.

Écrit par : athalie | 12/06/2013

Bon sang, j'ai failli passer à côté de cet billet (on est con, parfois : le nom de l'auteur ne me donnait pas envie de le lire).
Heureusement j'ai surmonté ce stupidissime a priori, je note, je note, je note !!!

Écrit par : Ingannmic | 14/06/2013

A la française, le nom se prononce "tcholitch", à l'écrit, il y a des accents sur les c, mais mon clavier ne comprend pas le bosniaque ... Pour le bouquin, il touche aussi aux tripes !

Écrit par : athalie | 15/06/2013

C'est un de ces romans que j'avais lu en apnée comme pour me préserver de la dureté du sujet. Et du coup, j'en garde un souvenir confus... Conclusion: faut toujours respirer en lisant :-) (pff, pas très inspiré, mon commentaire)
Là, je viens de me taper une bonne tranche de Lonesome Dove, installée au soleil dans mon bout de jardinet.

Écrit par : Anne M. | 16/06/2013

Non seulement je te remercie du prêt de ce livre mais en plus me réjouis que ton commentaire puisse donner naissance à une nouvelle phrase culte : "faut toujours respirer en lisant", Je vais la recaser, c'est sûr ...
Veinarde d'avoir passé un moment de soleil avec Augustus ... Il va bien ? Moi j'étais avec Enard, un truc sur la guerre en ex-Yougoslavie ... Non, je ne fais pas une fixette. C'est juste Vélibor Colic qui me poursuit. Au fait, tu saurais comment mettre des accents sur les c ? depuis la remarque de Ingannmic, ça me chatouille.

Écrit par : athalie | 16/06/2013

À propos d'Augustus : quand je vois le peu de page qu'il me reste à lire (dernier quart du livre) et la vitesse de progression du convoi, je me dis qu'ils ne vont jamais arriver dans le Montana avant la fin du livre (no spoiler dans la réponse, please)
Et a propos des accents sur le C de Colic, je ne me souviens plus de leur forme... Je te redis ça

Écrit par : Anne M. | 19/06/2013

Je dis ça mais je ne dis rien, il y a deux tomes ...

Écrit par : Athalie | 20/06/2013

Les commentaires sont fermés.