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17/06/2013

Notre-Dame du Nil Scholastique Mukasonga

apparitions_kibeho.jpgCe n'est pas une histoire qui se déroule lors du génocide des Tutsi par les Hutus, comme je le croyais, c'est une histoire de l'avant, de l'entre-deux, de la préparation de la chute du décor dans le fracas des armes blanches. Moboutou est encore au pouvoir, la révolution sociale a imposé la pratique des quotas et fixé le nombre de Tsusi autorisés à travailler ou à étudier. Le lycée de jeunes filles de Notre-dame du Nil semble loin des remous alors qu'il en bruisse.

"Il n'y a pas de meilleur lycée que le lycée de Notre-dame du Nil. Il n'y en a pas de plus haut non plus (...). on est si prêt du ciel", dit la mère supérieure en joignant les mains". et pas loin de l'enfer non plus, ce qu'elle se garde bien de voir.

Dans ce lycée, donc, il doit être formé l'élite féminine du Nouveau Rwanda, des femmes lettrées pouvant être actives, et aptes à l'emploi, efficaces, modernes ... Mais sous la direction des soeurs chrétiennes, cela fait comme une drôle de dichotomie ... Elles, elles sont  garantes du respect des bonnes moeurs de la civilisation blanche coloniale. Les jeunes filles portent l'uniforme, et la confection des bandes hygiéniques reste un art du non-dit.

Ce monde est clos ; les soeurs veillent à la garantie morale et virginale des jeunes filles, du moins, en apparence, l'aumonier à leur pratique de la charité ( même celle à son égard) et chaque année l'intendante distribue le même nombre égal de boites de Fanta lors du pélerinage annuel au pied de la vierge qui surplomble la source mythique du Nil. C'est une vierge de Lourdes dont le visage a été repeint en noir pour faire local. Du coup, elle a le nez droit des Tutsi.

Le roman commence dans cette ambiance surannée où deux idéologies se superposent, le temps semble s'être arrêté avant la ruée au meurtre. Les professeurs sont des belges compassés que les élèves cotoient de loin, ou de jeunes français en rupture de ban après 68 qui portent guitare, cheveux longs et lisent "Salut les copains", objets de scandale et de curiosité ... Les jeunes filles sont majoritairement hutus. Filles de ministres, de haut fonctionnaires, leurs études haut de gamme ne sont que le prétexte donné à la "modernité" du nouveau régime. Bien loin d'être actives ou efficaces, elles seront données comme vitrine à celui que choisira leur père, pour la fierté de la famille et du clan. Elles le savent et jouent le jeu.

Gloriosa est la jeune fille la plus puissante du lycée,  convaincue  des méthodes politiques qu'elle a vu pratiquer : on règne par la peur et le mensonge, on les orchestre et on lâche les chiens. Elle est Hutue, bien sûr. Véronica et Virginia sont Tusti, elles sont là par le biais du quota, elles ont réussi la sélection du concours national. Ells sont là pour être les meilleures du lycée avant d'être exclues des postes, vu que le diplôme n'est rien sans la carte d'identité.

Véronica rêve d'être actrice, peut-être en Europe, peut-être grâce au vieux fou blanc, l'ancien planteur de café qui voit en elle la réincarnation d'Isis, la reine des Tutsis, venus d'Egypte dans le temps sacré d'avant. Virginia est la gloire de sa mère qui croit malgré tout que le diplôme gagnera sur la carte d'identité.

C'est une histoire de jeunes filles prises entre plein de feux différents, naïves ou manipulatrices. Elles naviguent entre la fascination pour la grosse moto d'un petit ami, les cheveux blonds d'un prof, le chapeau de la reine Victoria, les légendes de leurs mères, la cuisine de leurs champs, les boites de corneed beaf, les fantas à l'orange, les pouvoirs des guérisseurs, en attendant les crocs des chiens lâchés.

J'ai donc adoré ce titre tout comme Manou

 

 

 

Commentaires

Ouaouh, j'adore ta critique !!! ton article est très différent du mien mais tellement juste... (si l'écriture est une arme, là tu m'as tuée :-) J'espère que le roman t'a plu en tout cas. Si tu as envie de lire à nouveau cette auteur, La femme aux pieds nus est magnifique aussi.

Écrit par : Manou | 17/06/2013

Mince, il me semblait que l'on disait à peu près la même chose, en fait ... ( sauf que tu es plus claire, mais moi, j'ai arrêté d'essayer, j'arrive pas !)et remince, je pensais que cela se voyait que j'ai adoré ce bouquin. Du coup, je vais le mettre en gros dans l'article et rajouter ton lien, comme ça à nous deux, ce sera "juste parfait" :-).
je compte bien lire "La femme aux pieds nus", que tu m'avais conseillé à "Etonnants voyageurs".

Écrit par : Athalie | 17/06/2013

Dès qu'il sort en poche, je craque. Tu sais te montrer tellement convaincante (et j'ai bien compris que tu as adoré ce bouquin !).

Écrit par : jerome | 17/06/2013

C'est un livre qui m'a agréablement surprise, je pensais lire une sorte de reconstition historique, mais en fait, il est plus subtil, sans doute parce que grandement inspiré de l'expérience de l'auteure, si j'ai bien compris ce qu'elle a évoqué à Saint Malo. La parution en poche serait pour septembre, à suivre, donc ....

Écrit par : Athalie | 18/06/2013

J'avais beaucoup aimé La femme aux pieds nus, il me tarde en effet de lui celui que tu présentes fort élégamment ! Plein de bises.

Écrit par : Philisine Cave | 17/06/2013

Je compte lire "La femme aux pieds nus" et j'ai repéré encore deux ou trois titres de Léonora Miano que je ne connaissais pas. L'été va être "africain" ...

Écrit par : Athalie | 18/06/2013

Je l'avais beaucoup aimé aussi quand je l'avais lu il y a de cela quelques mois autant dire à sa sortie... avant que tu ne m'accuses encore de faire de la rétention de chef d'oeuvre , je viens de finir sur les conseils de Xavier L'enchanteur de Barjavel ( no comment sur son passé de collabo, il est toujours moins ignoble que Céline...) et dois avouer que dans ma maison de fous où toujours plus d'enfants et donc toujours plus de chats avec des gars qui passent des bacs ou des concours de prof, des filles qui pleurent des qui me confient leur progéniture des qui me saoulent avec leur option euro anglais et que je dois entendre 100 fois me répéter dans une langue que je ne maîtrise pas qu'elle se name Margaux (et ça je le sais vu que c'est moi qui lui ai choisi son prénom...) je n'avais tous les soirs et tous les matins qu'une hâte: filer dans la grande et la petite Bretagne jouir d'un Merlin espiègle et séduisant en diable ...

Écrit par : Arkvador | 19/06/2013

Je découvre seulement maintenant ta réponse à mon commentaire (arf, aurais-je un souci de boite mail ?!) et je te remercie d'avoir mis en lien mon article, c'est très sympa. Je te rends la pareille de suite !
Bizz

Écrit par : Manou | 08/07/2013

Je trouvais que les deux notes se complétaient bien et puis on avait parlé enseble de ce livre. Je mets rarement des notes en lien parce que souvent comme je ne lis qu'en poche, il y a déjà plein d'articles déjà parus mais on était en quasi simultané.

Écrit par : Athalie | 09/07/2013

Les commentaires sont fermés.