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30/07/2013

Peter Pan 1. Londres Loisel

peter pan,loisel,bandes dessinées,pépitesUn passage chez ManU, où je vois une note sur cette série. J'avais adoré, je ne m'en souviens plus du tout ( juste que ça parle de Peter Pan et que ce n'est pas pour les enfants). Tiens, à relire. Le hic, étant que j'avais lu cette série au temps béni où je fréquentais les bibliothèques et où j'y empreintais des livres, enfin, surtout des BD, en fait. Les romans, je n'ai jamais pu, ou alors des que je ne lisais pas pas, ce qui n'était pas très productif. Et puis, j'ai arrêté les BD. Et ma carte d'abonnement n'a plus servi qu'à alourdir la liste d'emprunts de mes enfants.

Un passage dans une librairie avec mes dits enfants. Je leur annonce  en y rentrant : "Evidemment, je ne prends rien pour moi, j'ai assez, c'est juste pour vous, pour les vacances, là où l'on va cette année, il n'y a pas de librairie, enfin si, mais pas en français." En fait, je tentais juste de leur refiler ma principale trouille ne pas en avoir ( des livres) assez d'avance, ce qui a assez bien marché, vu la somme retirée par ma carte bleue.

Par hasard, je traine au rayon BD, juste histoire de les empêcher d'en acheter, vu que les BD, ils vont me les lire en une heure à peine, et que des heures, on en a plusieurs à tenir, voire des semaines. Mes affreux lecteurs lisant dans la voiture, en plus, comme moi, d'ailleurs, il faut assurer la logistique livresque avec fermeté. ( Quand ils me liront, j'entends déjà les sourires en coin  ....)

Par hasard toujours, je tombe sur Loisel. Non, j'ai " Le Turquetto" en route, qui a l'air drôlement bien et trente deux livres dans ma valise, ni virtuelle ni numérique, de vrais livres que je ( dit mon homme) vais porter de mes petites mains jusque dans ma future villégiature pour trois semaines ...

Evidemment, ce qui devait être, fut ...

Des dessins, je ne dirai rien. Je pourrais dire que Loisel dessine super bien, avec plein de détails, que la fée Clochette est super jolie, mais elle rougit facilement, et moi aussi ( de honte pour la qualité de ce commentaire, en ce qui me concerne).

Loisel réécrit Peter Pan et c'est beau et triste comme un conte de Noël de Dickens ( Je n'ai jamais lu Dickens, mais c'est comme cela que je l'imagine). On découvre un Peter Pan transposé dans le monde d'Oliver Twist ( j'ai vu le film, ça ressemble). Les bas fonds londoniens au temps de la violence victorienne, les sales trognes des miséreux, la cruauté faite aux enfants, les tavernes, la neige qui tombe à si gros flocons qu'elle " habille les pauvres" , les putains salopes et vicelardes, pas une seule au grand coeur qui prendrait la pauvre Peter sous son aile, au contraire ... Peter se réinvente une vie meilleure en se faisant conteur pour une bande d'orphelins qui boivent ses mots chauds, doux et tendres au travers de la porte du " Children hospice". Il leur mime les gestes de la comédie de la vraie maman des rêves d'enfants, celle qui sent la vanille en le bordant dans les draps du soir ...

La magie des histoires a été donnée à Peter par Mr Kundal, un veil homme qui s'est fait son protecteur. En plus de la soupe, il lui a appris à lire, à compter et à croire en la force de l'imaginaire ( il vaut mieux, vu que la réalité de Peter, ce n'est pas vraiment très féérique, on s'en doute, avant même de voir la harpie qui lui sert de famille unique). Cette nuit là, Mr Kundal va lui raconter une partie de son histoire, celle de son père, marin disparu, et lui confiera un livre, d'autres histoires dont celle d'un autre marin, Ulysse. Et Peter de commencer sa propre Odyssée grâce à la sirène Clochette, drôlement jolie donc.

On est très loin de Walt Disney, et moi je préfère ( même si je n'ai jamais vu l'adaptation de Walt Disney) et mes enfants aussi ( ils n'ont jamais vu l'adaptation non plus, donc je suis assez sûre de moi sur ce coup là !)

N'empêche qu'on a à peine temps le temps de faire connaissance avec le monde du Capitaine Crochet à la recherche du trésor que l'on sait et gardé par le gardien que l'on sait, que c'est fini. Même en regardant tous les détails des super beaux dessins, je n'ai pas mis plus d'une demi heure à le lire cette super BD. En plus, frustrée, parce que je n'avais pas la suite, là maintenant tout de suite ! C'est rageant, du coup, je l' ai refilée à mon fils aussitôt, histoire de rentabiliser le temps de lecture.

Au fait, on ne sait jamais, si d'aventure les lectures de mon fiston vous passionneraient ( ce dont je ne doute pas, bien sûr ...), son bébé blog, c'est ici et pour les fautes d'orthographe, je denie toute ingérence dans son éducation !

 

 

 

28/07/2013

Nouilles froides à Pyongyang Jean-Luc Coatalem

 

nouilles froides à pyongyang,jean luc coatalem,récits de voyages,corée du nord,récits autobiographiquesNote inachevée de mon homme :

"J'ai acheté ce bouquin au rayon "culturel" du Super U de mon quartier. J'aurais pu prendre le bus pour aller dans une librairie du centre-ville pour avoir meilleure conscience, mais je ne l'ai pas fait alors, lapidez moi. C'est quoi un circuit court en littérature ? ça n'existe problablement pas.

"Nouilles Froides à Pyongyang" se présente comme un récit de voyage, genre qui me fait imédiatemment craindre le pire: j'en ai rien à secouer des descriptions interminables et des émotions ressenties devant Petra, la route de la soif ou l'étang de Loudéac (22). Bref, Coatalem decide d'aller en Corée du Nord en se faisant passer pour un repésentant d'une agence de tourisme, accompagné d'un ami qui n'a jamais quitté l'hexagone. Ils sont pris en charge par par des Kims (tout le monde s'appelle Kim) et découvrent un pays ou la vacuité se bat avec l'ennui et la misère. On sait tous que la Corée du Nord est une dictature épouvantable mais ce que Coatalem nous apporte, c'est la vision d'un voyageur où il n'y a plus de voyage. On est au-delà du récit de voyage, on se rapproche du théâtre de l'absurde. Certes, l'analyse géopolitique ne dépasse pas souvent l'anecdotique mais, comme un photographe, Coatelem nous envoie des polaroids qui permettent au lecteur d'en savoir un peu plus."

Comme mon homme n'a jamais fini sa note, restée à l'état de brouillon pré-enregistré, ( au lieu de conclure par écrit, il m'a juste dit à l'oral, "C'est très bien" et est passé à autre chose, c'est-à-dire la lecture d'un roman que j'avais déjà lu et que j'avais aimé, pratique courante chez lui et énervante pour moi ...) Me voilà donc obligée de lire le bouquin pour pouvoir terminer sa prose (malgré un à-priori très négatif de ma copine A.M. sur la parole de l'auteur qu'elle a entendue à "Etonnants voyageurs") . Coincée entre les deux, j'ai donc plongé le nez dans ces "Nouilles froides".

Sans répéter ce qu'a écrit mon homme mais pour compléter quelque peu sa prose : ce voyage est un anti voyage. Dans un voyage, on visite, on traîne, on rencontre, on découvre. Là, non. L'auteur et son comparse, le dandy de salon Clorinde, sont sérieusement encadrés par les Kim : Kim 1, 2 et 3 sont leur trois guides qui s'encadrent eux mêmes en même temps, et le pays tout entier est encadré à son tour par les deux autres, le mort, Kim Jong-il, "le cher leader", " le cerveau parfait" et son fils, en activité dictatoriale, Kim Jong, "le grand successeur". La propagande, la délation et la peur ont rendu les paysages muets et les habitants sourds. Le périple avait été prévu d'avance et bouclé mais à l'arrivée, rien de ce qui était prévu n'est possible, fermé, en rénovation, ou juste pas possible. Mais tout est bouclé quand même, en pire : hommages obligatoires à la statue du dirigeant, achats obligatoires de bouquets de fleurs pour rendre hommage à ..., J.L. Coatalem ne visitera donc pas grand chose, un village de carton pâte qui se voudrait idéal, mais dont tous les enfants censés être visités dans l'école modèle ont disparu, une station balnéaire désertée par ses habitants ( et cadre d'une unique vision un peu lumineuse et qui en parait artificielle du coup ..), le tombeau fermé d'un empereur depuis longtemps défunt, les longues avenues désertes ... On a donc droit à un long défilé de chambres d'hôtel à l'hygiène douteuse et au confort déficient ( il est fait mention à chaque fois des toilettes qui ne fonctionnent jamais) où les deux comparses sont calfeutrés sans autre dépaysement que les livres apportés avec eux, ou la lecture des propectus de propagande récoltés par l'auteur dans la journée (et là, je couine ... l'auteur discute avec ses guides en français mais lit le nord coréen ? ou les prospectus sont traduits en français ?).

Leurs lectures finissent d'ailleurs par remplacer les paysages qui défilent derrière les vitres des portières qu'ils ne peuvent ouvrir selon leur gré, même pour les pauses pipi ( ce que l'auteur rappelle plusieurs fois, aussi, à croire que ce détail devrait faire spécialement sens ....), et même par alterner avec ce récit du non-voyage, J.L Coatalem nous résumant en partie "Mardi" de Melville, la seule évasion exotique qui lui reste, finalement.

Ce pourrait être drôle, mais il faut croire que je n'avais pas envie de sourire avec nos deux intellos en vadrouille dans une dictature. Bien sûr, l'auteur rappelle les atrocités du régime, cherche à nous les montrer mais c'est comme en passant, pour nous dire qu'il n'est pas dupe des apparences, de la corruption, qu'il est conscient de la misère, sans vraiment s'engager dans une documentation qui donnerait du souffle au récit, pour moi trop centré sur lui, son ennui, sa "turbulence" ( auto-portrait de l'auteur en visiteur désobéissant, mais pas trop), ses clairvoyances ( le genre on voit qu'il voit que c'est une dictature ...). Pour finir, je me suis interrogée sur l'utilité du comparse, le dandy dans le rôle se cantonne à lire du Paul Valéry dans la Pléïade, le pauvre !!! ( Ah, non, il a aussi aîmé ses chaussures en daim, je crois, lors d'une expédition dans la montagne, où tenez vous bien, il n'y avait même pas d'auberge accueillante en haut, il a fallu redescendre en bas pour que les deux touristes puissent manger, ce qui est un comble dans un pays où la population meure de faim). Ou alors, il est là pour faire contraste ? Comme un contre poids à l'indigence vestimentaire de ces masses terrorisées et condamnées à porter tous les mêmes fibres synthétiques qui doivent gratter sous les bras ?

Le pire, c'est mon homme : "Tu lis "Nouilles froides à Pyongyang" ? Finalement, avec le recul, c'est moins bien que je le pensais". Tout ça pour ça ...

 

 

 

 

26/07/2013

Nous n'irons pas voir Auschwitz Jérémie Dres

dt_common_streams_StreamServer.jpgC'est par un long périple que l'on arrive à un livre comme celui-ci, roman graphique, comme on dit en noir et blanc, au graphisme minimaliste ( enfin, que je dis moi, n'y connaissant rien en graphisme même a minima), pour l'auteur mais aussi, parfois pour le lecteur. Pour Jérémie Dres, c'est la recherche de son histoire familiale, pour moi, une histoire de rencontres qui m'amena un moment à marcher dans ce même pays que lui, à savoir la Pologne, sur d'autres traces que les siennes, mais assez proches pour qu' elles soient en écho ( notamment concernant l'attitude des autorités polonaises vis-à-vis de la conservation de la mémoire juive).

Le titre de cette bande dessinée pourrait paraître provocateur, mais tel n'est pas le but de cette histoire, ne pas aller à Auschwitz n'est pas nier Auschwitz, mais vouloir voir à côté de la "Catastrophe" en plus de voir la "Catastrophe". Cette démarche est le choix des deux frères, les deux protagonistes, Jérémie, l'auteur, donc, et Martin, plus "accompagnateur".

Unis par le souvenir de leur grand-mère, ils ont planifié leur séjour : Varsovie, puis Cracovie, pour un festival de la culture juive polonaise. Le hasard les mènera aussi dans la campagne, à Zolechow, une sorte de berceau en milieu hostile. Car on n'a cessé de les prévenir, les Polonais ne voient pas les gens comme eux d'un bon oeil, ne voient pas leur retour, ou leur recherche, comme un retour ou une recherche mais comme un acte d'intrusion, voire d'accusation.

Leur grand-mère n'a d'ailleurs pas cessé de leur répéter : "pas une Polonaise, ni une Allemande". Donc, acte, même si eux, ni pratiquants ni militants, semblent tout d'abord là en simples observateurs, tout étonnés de découvrir qu'ils ne sont pas les seuls chercheurs.

A Varsovie, ils cherchent les traces de leur famille polonaise, à partir de la seule personne qu'ils en ont connue, Téma Dres née Barah, à Varsovie et exilée à Paris dès 1921 et des seuls souvenirs qu'elle leur a racontés : sa mère, la chapelière, son père, l'entrepreneur de maison, quelques brides d'une histoire individuelle, l'histoire d'une maison à six étages qui n'en a plus que trois par la grâce d'une reconstruction " à l'identique" de la vieille ville de Varsovie .... De ce passé, ils retrouveront quelques pierres, mais surtout, ce qui est décrit, est la conservation problématique de l'histoire juive en Pologne, pendant la Shoah et avant la Shoah. L'auteur se place de maintenant : ce n'est pas ces "cinq années d'anéantissement" qui font de la Pologne le territoire du cimetière génocidaire qui est son point de mire, mais "le reste", c'est-à-dire " plus de mille ans de vie et d'histoire du peuple juif" en ce pays.

Ce que les frères constatent est qu'il en reste bien peu de choses de cette pourtant longue histoire, beaucoup de cimetières oubliés et d'oublis enterrés. Ils cheminent entre ce passé fantômatique et le présent en focalisant sur les tentatives de restauration de l'identité juive, ils rencontrent des rabbins ( dont un américain qui parle à peine polonais ...), des ex-exilés de 1968 ( rien à voir avec le 1968 que l'on connait), des juifs "nouveaux" qui se découvrent juifs et ne savent qu'en faire, d'autres, jeunes et branchés, ou encore des vieux militants d'une pléthore d'associations de pléthore d'obédiences, conservatrices, orthodoxes, réformées ... Ils apprennent et nous avec, de l'auteur de "La fin de l'innocence", Jean Yves Potel, comment les Polonais ont tenté de se blanchir, d'effacer le souvenir de la présence juive avant, de faire oublier leur rôle pendant, de masquer un antisémitisme prégnant encore après, sous couverture d'antisionisme, voire de méfiance anti communiste.  

Une bande dessinée documentée et documentaire qui alterne avec le parcours plus intimiste des deux frères. Un texte très personnel de Martin Dres clôt d'ailleurs les dessins de son frère, suivi de la reproduction de quelques photos de la famille et des résultats de leurs recherches. Ces ajouts ouvrent l'enquête sur le passé pour conclure cette histoire du présent. Bien vu.

On peut aussi compléter en allant voir le site officiel du livre qui présente le cheminement sous forme d'archives phographiques du voyage initiatique avec résumé et articles de presse. Et j'en profite aussi pour rajouter deux liens : le premier vers une note de Dominique qui présentait un livre ( que je n'ai pas encore lu) qui semble passionnant pour qui le sujet intéresserait : "La peur" de Jan Gross et un autre vers une présentation de celui de Jean Yves Potel, "La fin de l'innocence" ( que je n'ai pas encore lu non plus, nom d'une pipe !).

 

L'illustration choisie est celle de l'opération "I can stell see their faces" lancée en 1994 par Golda Tencer, ce sont des affiches immenses accrochées aux façades des maisons de la rue Prozna à Varsovie, réalisées à partir de photos de famille conservées par les survivants. Selon l'auteur, Jérémie Dres, ces façades sont délabrées et peu entretenues, (vouées à l'oubli ?).

 

 

 

24/07/2013

Nos plus beaux souvenirs Stewart O'Nan

chautauqua_t_shirt-r4b325d2cd49b41b9a5ed9f0b16f41d29_804gy_152.jpgOuf ! les vacances sont finies ! Pas les miennes mais celles de la famille Maxwell, et tout le monde a survécu, même moi. Pourtant, ce n'était pas gagné, pour eux, surtout pour eux, parce que moi, finalement, je n'étais que de passage ... Pourtant, leurs vacances ne durent qu'une semaine. Une semaine, ça peut-être long ou court. Et là, c'est long, surtout pour eux, pour moi aussi quand même un peu .... surtout vers la fin, quand ça s'étire en heures, la semaine, le départ ...

Les vacances commencent un samedi, tous les membres de la famille convergent de leur point de départ à leur point d'arivée, le cottage famililial, les pieds dans le lac de Chantagua, au nord de l'état de New-York. Il y a la mère, Emily, la tante, Arlène, qui viennent dans la même voiture, dans une autre, le fils Max, la femme Lise, leurs deux enfants, les vélos sont accrochés à l'arrière, et dans le minibus, jonché de boites de nourriture toute faite, la soeur et ses deux enfants aussi, une fille (un peu rebelle, mais bon, la mère est un peu flinguée aussi, en plein divorce et dépressive), un garçon, juste comme il faut, d'ailleurs il s'appelle Justin et fera fort peu parler de lui pas la suite, donc autant le faire maintenant.

Depuis des années, la famille se retrouve là, au bord du lac. L'année prédente, ils n'ont pas pu parce que le père, Henry, était en train de mourir. ça leur a presque manqué, en fait, le père aussi évidemment. Et cette année, c'est la dernière fois parce qu'Emily a décidé de vendre de le cottage. Pas pour les embêter, non, mais parce qu'elle a demandé avant qui en voulait faire quoi et personne n'a rien dit, alors que maintenant, ils se révèlent contre. Mais pas de grands débats ni de grandes fureurs dans cette famille-là où les rôles paraissent fixés et boulonnés. Emily décide et fait la cuisine, ils se méfient d'elle, elle griffe parfois, ses enfants semblent lui en vouloir de son indifférence, de sa place, de ses décisions, d'une sorte de mépris ou de trop grande attente envers eux. Ou les deux ensemble.

Au lieu de parler, donc, ils accomplissent des rituels ; un peu toujours les mêmes, cautionnés par les années comme presque leur seul garant que ce sont bien des "vacances" : le parcours de golf, la sortie à pneu sur le lac, le barbecue, l'embarcadère comme point de fuite, le banc comme horizon, la promenade du chien, devenu plus vieux, c'est tout, le restaurant et le feu d'artifice du dernier soir. Quelques variantes quand même pour cette dernière année : le putt' and putt' a fermé, l'enlèvement de la serveuse de la station service du coin et une visite des chutes du Niagara pour cause de pluie.

N'allez pas croire pour autant qu'il se passe quelque chose, il ne se passe rien. Il y a bien Sam ( le petit fils) qui vole la montre de sa belle cousine, les deux cousines qui voient un beau garçon en se promenant, une panne d'électricité pour une raison inconnue, un soir, et deux soirs de suite, ( mais oui, mais oui ...), l'alarme de la maison des voisins qui se déclenche pour une raison qui restera inconnue, et le pauvre Justin qui se trompe de liquide pour le lave vaisselle et du coup, il y a de la mousse partout dans la cuisine.

Dans ce vase clos d'ennuis et de rancoeurs assourdies, se croise Mag, la looseuse, celle qui n'y arrive pas, qui est en train de divorcer, celle sur laquelle on peut compter pour toutes les déceptions de ses parents, son frère, Ken, sur lequel  on comptait un peu plus, mais non, finalement, il vivote rêvant de gloire photographique, hermétique à toute imagination, il fait de son mieux, sa femme Lise, enfant gâté, hermétique à tout ce qui n'est pas elle et lui, même à leurs enfants et surtout à sa mère, Emily, dont se demande quand même ce qu'elle a bien pu faire (mais on ne le saura pas). Ferme la marche, la tante au chien, l'institutrice célibataire qui aurait bien voulu garder la maison, mais, bon, elle prendra la télévision qu'on lui donne.

Autour d'eux, du cercle qui tourne en rond, s'alignent les bibelots, les beaux souvenirs s'y accrochant comme à de dérisoires pendules du temps qui est passé : six verres avec dessus une voiture ancienne différente, le père y buvait un whisky, parfois, une salière et une poivrière en forme de petits cochons, un briquet zippo, un puzzle que personne ne finira jamais.

C'est l'infraordinaire qui raconte l'ordinaire et prend la place des paroles. C'est beau, mais c'est lent, je ne savais pas que l'ennui pouvait être raconté d'aussi prégnante façon. C'est d'une beauté qui s'écoule lentement, en quelque sorte .

Il semblerait que l'on retrouve Emily dans un autre roman de cet auteur, " Emily", peut-être que là on en sait davantage ... Mais j'en doute, pas le style thriller, le bougre d'O'Nan!

 

21/07/2013

L'indien blanc Craig Johnson

l'indien blanc,craig johnson,romans,séries policières,romans policiers,romans américainsTroisième tome des aventures de Walt Longmire, le shériff préféré d'un certain nombre de lectrices, dont moi, il s'annonçait moins nature writing, centré sur un drame se déroulant en dehors du petit comté d'Absoraka, Wyoming, où sévit d'habitude le super héros, souvent cabossé, et sa bande de bras cassés. Après deux scènes loufoques et décalées, Walt commençant sa campagne de réélection par une séance de lecture calamiteuse auprès d' enfants que "La belle au bois dormant" laissent parfaitement de marbre, puis une intervention de Walt, toujours, en pompier d'un couple en plein duel au soleil, il part pour Philadelphie, rendre visite à sa fille, Cody, "la plus grande juriste de tous les temps".

Henry conduit le shériff à destination avec le chien, toujours sans nom et sans laisse. L'indien blanc, ce n'est pas lui, lui, il est toujours indien-indien et va installer son expo de photos, celles qui ont été triées dans l'épisode précédent, comme quoi, mine de rien, les choses avancent dans cette série.

Walt en papa pépère en vacances, pourquoi pas ... Papa poule inquiet pour sa grande fifille qui semble s' être fiancée avec un certain Davon, ce qui ne lui plait guère d'office, par principe, et en plus d'être le fiancé potentiel de sa Cody d'amour, le Davon est allergique aux chiens. La rencontre s'annonce mal. Et moi, le Davon, tout de suite, je ne l'ai pas senti non plus, mais évidemment, pas pour les mêmes raisons, c'est juste que Davon, je l'ai associé à une savonette à cause d'une certaine marque de cosmétique. Impossible de me défaire de l'image d'un truc blanc qui mousse et glisse sous la douche. Il s'avérera d'ailleurs que je n'avais pas tout à fait tort.

Evidemment, rien ne se passera comme prévu. Walt va bien retrouver sa fille mais directement à l'hôpital, sans passer par la case retrouvailles, elle est dans le coma justement à cause du gars Davon, qui lavait bien des trucs, mais des trucs pas clairs. Evidemment, le papa shériff va se lancer à la poursuite dudit gars, puis de d'autres, responsables collatéraux. Il aura évidemment toujours, son compte de gnons, donnés et recus, plutôt reçus d'ailleurs, de pansements, d'entorses en tout genre, de courses poursuites, à pieds, en voitures et à cheval ( au sens propre !), avant de finir, lessivé mais vainqueur, à bout des méchants. 

Côté coeur, c'est aussi la course entre la mère de Vic ( ben oui, elle habite à Philadelphie ...), un piège à embrouilles, et Vic elle même, un autre piège à embrouilles, mais cela, on le savait déjà : une rivalité entre deux sourires de louves et Walt, cette fois-ci, ne s'enfuira pas tout à fait assez vite des appâts tendus.

L'histoire policière, heu ... un jeune intello qui a viré indien, un jeu de piste dans la ville, un truc comme cela, je crois .... finalement, l'intrigue amoureuse est la moins tordue. C'est dire. Comment Walt arrive au bout de l'écheveau tout en veillant sa fille chérie ? ben, c'est à cela qu'on reconnait les super héros ! ( Henry fait homme médecine, il faut le dire, et panneau conducteur aussi)

Un tome un peu en dessous des deux premiers, j'ai trouvé, l'enquête ne tenant que peu la route, mais pas question d'abandonner Walt Longmire pour un embouteillage narratif subsidiaire ...

 

19/07/2013

Suite du tag des onze, dit aussi Liebster award ...

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgIl y a quelques temps circulait sur les blogs,  un tag. Tout ceux qui y ont participé,  dont moi, en connaissent le principe, donc, je ne reprends pas les règles, que d'ailleurs je n'avais pas vraiment suivies : Yv si, mais à sa façon ... très personnelle et qui m'avait bien fait rire,  Yv ne taguant personne, je me suis donc mêlée de ce qui ne me regardait pas.

Voici donc les onze questions d'Yv et mes onze réponses ...

1- Aimez-vous Brahms ? pas quand Mendelhsson est sur le toit, ni quand il Danse avec l'ange

2- Où faire pipi à Paris ? Dans les coulisses du musée, sauf si il faut y Traquer les ombres dans Les lieux sombres

3-Qu'allons-nous faire de grand-mère ? Ce qu'il advint du sauvage blanc ou alors elle peut partir pour  Le voyage de l'éléphant mais en évitant grand père, celui qui avait (justement) un éléphant, (mais pas le même).

4-Voulez-vous effacer/archiver ces messages ? ou en faire Une collection particulière Quand souffle le vent du nord ?

5- Mon père, c'était toi ?  non, ton père c'était plutôt Jésus et Tito, Le diable tout le temps, quoi ... Mais il avait quand même L'âme des guerriers, La giffle facile mais aussi Le goût des pépins de pomme.

6- Peut-on aimer une morte ? Sur un lit de fleurs blanches peut-être mais alors on est quand même sur La mauvaise pente.

7-Où on va papa ? En un monde parfait, Là où les tigres sont chez eux

8-Que reste-t-il de nos divorces ? L'art de pleurer en choeur avec Pour seul cortège, Les déferlantes ...

9- Le bonheur, quel intérêt ? L'équilibre du monde car Le bonheur ne saurait attendre.

10- Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? Les chutes ou alors faire Paris-Brest à pied, parce ce n'est Pas facile de voler des chevaux

11- Comment va la douleur ? Du domaine des murmures

 

Il faut aller voir les onze d'equab aussi, auxquelles je répondrais un jour, un autre défi à relever !).

15/07/2013

Le trône de fer I George R.R. Martin

10965668-texture-d-39-un-mur-delabre-dans-un-ton-brun.jpgC'est LA saga que je voulais commencer, depuis un certain temps déjà, depuis une certaine note d'Ingannmic. M'y voilà enfin à me régaler de ce bon gros feuilleton à gros bouillons de bruits de de fureurs en des temps ancestraux, mi- moyennageux, mi fantasy-gothique. Et cela tombe bien en ces temps de hamac, vu que c'est une lecture de hamac ( qui peut être virtuel ...). Mais pas une lecture de serviette de plage, la serviette est trop plate et le livre trop lourd à porter, en plus, il faut le garder ouvert. Donc, pour garder un gros livre ouvert allongée sur une serviette, c'est trop compliqué, il faut le tenir en l'air, on risquerait de se faire du muscle.

En plus, au début, il faut garder deux fois le livre ouvert, une fois à la page que l'on est en train de lire, donc avec au moins un doigt, et un autre à la page de liste des personnages, donc avec un deuxième doigt et pouvoir faire l'aller retour entre les deux. Des personnages, il y en a beaucoup, normal pour le début d'une saga qui se met en place, il faut donc faire connaissance avec tout le monde, ce qui fait pas mal d'aller -retour.

Je prends juste un exemple, un facile. Dans la "Maison Lannister", " Jaime, dit le régicide, frère jumeau ( sic) de la reine Cersai et Tyrion le nain, dit le lutin, ses enfants". Et c'est là que l'on se dit, pourvu qu'il n'y en ait pas trop des enfants ... Ou alors qu'il y ait une deuxième liste au milieu du bouquin (parce que dans mon bouquin, il y a deux tomes et une seule liste, et que je voudrais tant qu'à faire continuer à y comprendre quelque chose à la saga, vu qu'elle est drôlement bien.)

Donc, la période indéterminée et les personnages idoines, roi, reines, seigneurs, princesses, tyrans, régicides ; tous les indrédients y sont. Quatre maisons proches du pouvoir pour le royaume des sept couronnes, ce qui ne tombe pas juste. Je n'ai pas compris pourquoi mais cela ne gêne pas. Ce qui est sûr, c'est que ça sent le roussi et que cela on le comprend vite.

 En même temps, la saga prend son temps pour s'installer, ce qui est très bien, le rythme permet au lecteur de s'installer, de se caler et de prendre ses repères dans la mise en place des intrigues. Les chapitres avancent par personnages, le nom est bien marqué dessus, donc on se perd pas . Bon, au début, il faut vérifier sur la liste, mais rapidement on s'y retrouve, vu que l'auteur, pas bête, il prend toujours un peu les mêmes : les membres de la maison Stack. Enfin, pour ce premier tome, et j'espère bien que cela va continuer parce que je les aime bien, moi les Stack, on voit bien que cela va être les gentils. Rien que le papa qu'est droit, honnête, qui aime sa femme, ses enfants, qui a des valeurs, de la fidélité, de la lucidité ( quoique ...), et du courage : sa femme et ses enfants pareils, même son batârd. ( Je ne vous fais pas la liste, ni la présentation détaillée de chacun, trop long, je dégrossis la saga). Les autres grands seigneurs des autres grandes maisons ne sont pas tous comme Ned (le papa), certains sont fourbes, méchants, ambitieux, traîtres et tout et tout. Surtout ceux de la maison Lannister, et surtout le Jaimes ( le demi frère de la reine, resic ...). Le Tyrion, le nain, il est plus rigolo, s'en méfier quand même parce que son infirmité ne garantit pas sa faiblesse et lui a fait une langue retorse.

Donc, en gros, vous avez un royaume qui prend l'eau. Il a été conquis par le roi actuel, Robert, qui a dégommé le précédent, trop cruel, avec l'aide de tous les grands seigneurs actuels (ou presque), pour prendre sa place. Sauf que depuis, Robert, gouverner l'ennuie et lui pèse, il préférait la fureur de la conquête et se noie dans les plaisirs grossiers pour compenser. Il se laisse rouler dans la farine et pour tenter de s'en sortir, il fait appel à l'ami fidèle, Ned, qui n'avait pas vraiment envie de s'y coller, mais bon ...

Sauf que Robert n'écoute pas grand chose d'autre que ce qu'il a envie d'entendre, que les complots sourdissent, que les intérêts se confondent.

Ned fait ce qu'il peut mais "l'hiver vient", la métaphore qui désigne la guerre, mais pas que vu que dans ce pays là l'été désigne la paix, que le royaume était en été depuis un moment et qu'avec l'hiver ressurgissent les créatures. "Les Autres", se raprochent du mur du Nord, gardé par les gardes noirs. Mais le mur se dégrade, et les gardes, de moins en moins nombreux, n'arrivent pas à faire entendre leur voix par delà les vents du nord des fratricides qui se préparent.
J'adore.

 

Et une nouvelle conquête ( mais pas pour Robert) : une comète

 

 

14/07/2013

Brooklyn Colm Toibin

lsas_nanawithfriends.jpgUne belle histoire simple, très simple, de mots justes, de personnages justes, de beaux personnages, justes et simples, comme un bon, voire, très bon livre.

Une histoire en quatre parties, comme quatre décisions à prendre, deux lieux, deux amours et un peu plus autour, deux moments, un passé, un avenir, et un gros présent qui pèse de son poids sur les deux.

Eilis est irlandaise, entre sa soeur, Rose, et sa mère, elle comptait bien y vivre dans sa petite ville, dans sa maison depuis toujours, dont tous les recoins sont les siens, les amies, l' épicerie, les voisins. Rose joue au golf, travaille, choisit les vêtements, Rose est raisonnable et Eilis aussi. Elle chercherait un emploi de comptable, puis elle irait à un bal, rencontrerait plus tard, bien plus tard, pour l'instant ce n'est pas son affaire, un jeune homme charmant, qui aurait des faux airs de cet énervant Jim Farrel, si peu cavalier et si méprisant qu'elle l'oubliera vite.

D'autant plus vite que la rencontre fortuite entre sa soeur Rose et un prêtre de Brooklyn, d'origine irlandaise et de passage au pays, va bouleverser les choses et la conduire à quitter tout ce qu'elle n'avait jamais songer à quitter, et à traverser l'Atlantique pour l' inconnu dont elle ne veut pas. Mais Eilis est raisonnable, il faut qu'elle parte. Ses trois frères déjà l'ont fait pour se construire un autre avenir que le chomâge. Mais moins loin, en Angleterre et ils étaient tous les trois. Eilis, c'est avec sa valise et sa bonne éducation, sa réserve et sa timidité, ses longues chemises de nuit qu'elle doit prendre le paquebot. Rose restera, solitaire, auprès de la mère, solitaire, une autre forme de sacrifice. Eilis ne choisit pas mais fait ce qui doit être fait, en brave petit soldat de l'exil économique.

A Brooklyn, elle trouve pension et devient vendeuse dans un grand magasin, brave petite vendeuse, elle affronte le froid piquant des grands carrefours, celui de la tristesse, du vide cinglant et morne de ses jours entre la pension à l'horloge réglée au rythme des ventes, que vient troubler le vent des soldes de synthétiques, et le soir, les jacasseries des filles de la pension, entre deux diktats de l'irrascible Magde Keboe, la propriétaire. Toutes d'origines irlandaises, évidemment, il y a celles qui s'émancipent, se coulent dans la mode américaine, et les autres, qui font le pied de grue et la fine bouche.

A travers Eilis, c'est toutes les facettes du petit monde irlandais de l'exil à Broolyn dans les années 50 que l'on découvre, les repas de Noël de la paroisse, tous ces hommes venus là pour bâtir les grands ponts et parfois laissés sur le côté des grands boulevards ... Pour les filles de la pension, la grande affaire est le bal, le nouveau bal de la paroisse, avec qui y aller ? Y aller ou pas ?Danser ou ne pas danser ? Avec qui danser ou ne pas danser ?

Le mode d'emploi de l'exil n'est pas donné clef en main, Eilise s' y construit, de cours du soir en promotion au magasin, chargée du nouveau stand de collants de couleur pour femmes de couleur, une révolution. L'achat même d'un maillot de bain peut révéler bien des zones d'ombre ... Et un petit italien se mêle de la danse et la belle personne doit se regarder, puis regarder, et grandir, pour les choix soient enfin les siens, ou presque ...

Un beau roman de l'exil, de chaque côté de l'exil ( car le retour, ou le pas retour, peut aussi en être un autre), mais surtout un beau roman tout court, de l'amour, de soi, d'un homme, d'une fidélité à soi sans (trop) rogner sur les entournures des autres.

 

 

 

12/07/2013

Le sanglot de l'homme noir Alain Mabanckou

le sanglot de l'homme noir,alain mabanckou,essais,négritudeQuitte à paraître obtue, il est très rare que je lise autre chose que des romans en soutenant que "L' histoire est l'enfant de la littérature ( Stéfanakis) ou que "L"histoire n'est pas la vérité du monde, la vérité, c'est le roman" (Robles). En fait, je collectionne les citations d'écrivains qui sont d'accord avec moi, en toute mauvaise foi, comme le savent les historiens de ma connaissance que je saoule régulièrement et qui le mérite de me laisser dégoiser ....

"Le sanglot de l'homme noir" n'est pas un roman, ni un roman historique, mais un recueil de quelques articles, essais ... très faciles et passionnants à lire. Mabanckou y propose des réflexions sur la représentation de l'identité "noire", "la conscience d'être noir". Il dit qu'elle est "une démonstration" fondée sur une idée reconstruite : la misère africaine serait de la faute des blancs, des colonisateurs qui auraient détruit une situation pré-coloniale idyllique : une Afrique du passé, fantasmée, unie dans sa diversité, riche de sa culture orale, de ses traditions millénaires et donc vues comme forcément bonnes. A cette vision qu'il récuse, il oppose d'autres constats : le rôle actif des tribus dans la vente des esclaves aux blancs, l'absence de littérature écrite, de langues aptes à la création littéraire, pour des raisons qu'il developpe, bien sûr, il ne dit pas évidemment que le français est supérieur à ces langues ...

Cela peut sembler assez provocateur mais le propos a le mérite de poser les questions autrement : il ne s'agit pas de flanquer le concept de "négritude" en bas de son piedestal, mais de le secouer un peu, de le dépasser en cessant de limiter l'identité africaine à celle d'un avant utopique et donc de regarder devant, sans toujours souhaiter un "retour" à une intégrité culturelle et linguistique "pure" que seuls les blancs auraient fait disparaître. Pour lui, l'histoire n'est pas si simple et s'est faite à deux. Pour avancer, les sanglots sont vains, le regret doit céder la place aux constats et à une bascule de la pensée plus dynamique. Et moi, je cède la place à l'auteur : " Il ne suffit plus de se dire nègre, de le hurler sur une place publique pour que dans la mémoire de l'autre défile quatre siècles d'humiliations. Il ne suffit plus de se dire originaire du sud pour exiger du nord le devoir d'assistance. Car l'assistance n'est que le prolongement subreptice de l'asservissement".

Et de montrer aussi comment la posture " du nègre en sanglot" fait le lien avec les idées d'extrême droite sur l'immigration en positionnant le "noir" comme autre, justement, en expliquant que tous les "noirs" ne sont justement pas frères de sang, qu'écrire en français n'est pas, selon lui, une collaboration avec l'ennemi mais une appropriation à faire, plutôt qu'à subir.

Son remontage de bretelles n'exclut pas et n'efface pas la responsibilité des "blancs", disons que cette simple opposition ne semble pas suffire. Mabanckou passe par l'exemple, le récit d'anecdotes, il se met en scène et met en scène ses remarques, les textes sont brefs, vivants et parfois aussi drôles ...

" Le sanglot de l'homme noir" visiblement n'a pas toujours plu, on peut le comprendre, il a le mérite, du moins pour moi, d'avoir un peu tordu le cou à certaines idées reçues et m'a fait regarder les choses un peu en biais. Ce qui ne peut jamais faire de mal.

09/07/2013

Pas Sidney Poitier Percival Everett

percival everett,pas sidney poitier,romans,romans américains,pépitesUn des problèmes quand on achète un livre sous le nez d'un auteur dont on ne connait rien mais dont on veut lire un livre, c'est que l'on peut avoir un grand moment de solitude, surtout quand l'auteur ne parle qu'anglais et parle peu .... Du coup, A.M. et moi ( enfin, surtout A.M. vu qu'elle parle anglais), on lui demandé à l'auteur lequel prendre : ce qui est assez idiot en soi, soit, mais qui permet de dire quelque chose au lieu de rester bêtement aussi à regarder les couvertures qui ne disent rien elles non plus et que l'auteur derrière reste silencieux à vous regarder regarder.

Percival Everett a désigné du doigt un de ses livres "Horses" ("Blessés" en fait, de son vrai nom), en disant "Celui-ci parle de chevaux" puis un autre " Pas Sidney Poitier" en précisant "Et celui-là, non" ...  et en anglais dans le texte, le sourire des yeux en coin... A.M. est repartie avec "Horses" et moi avec "Pas Sidney Poitier", ne sachant encore que cet exemple pince sans rire en disait long sur le système du burlesque qui en dit bien plus long que ce qu'il semble dire à l'oeuvre dans ce livre (mais, je n'ai rien contre  les chevaux et donc rien contre le prêt d'un livre de Percival Everett qui parlerait de chevaux ...)

Et là pour en parler du livre , ben me voilà recoite et remoite. Ce que je puis dire avec certitude, c'est qu'il n'y a pas l'ombre d'un cheval là dedans. Enfin, si, mais un tout petit, et même pas en vrai, en rêve, un petit rêve qui n'en est pas vraiment un en plus. Je sais, je m'embourbe, donc je recommence.

Pas Sidney Poitier est le nom du héros, ce qui est vrai, qu'il n'est pas Sidney Poitier, je veux dire. D'accord, il est noir, il beau, il est né dans un quartier pauvre d'une mère folle à lier. Sauf que, c'est l'inverse qui se passe de ce que l'on attend. En fait, on a un livre qui inverse tous les clichés du livre "dénonçant le racisme contre les noirs aux USA" tout en "dénonçant le racisme contre les noirs aux USA et les clichés", et même chez les noirs clairs aux USA, parce que Sidney est un noir foncé, ce qui a une certaine importance.

D'abord, Pas Sydney Poitier est riche, très très riche et même pas méritant. Il n'a rien fait pour mériter ça, c'est juste sa mère folle à lier, ( quoique ...) mais douée pour les placements financiers qui lui a assuré sa vie entière sans rien faire. (Elle faisait drôlement bien les cookies aussi, mais là, je dévie).

Ensuite, orphelin très jeune, Pas Sidney Poitier ne va pas être adopté par une famille blanche charitable et intégrer le lycée pour méritants du coin à cause de bonnes notes et contre les sarcasmes racistes. Non, il va vivre sa vie d'orphelin à côté d'un vague tuteur-mentor, très riche aussi, aussi frapadingue que la mère et la plupart du temps absent. Quant aux bonnes notes, ce n'est pas vraiment son souci  ...

Pas Sidney Poitier est quand même une victime, un laissez à l'écart, mais pas tant à cause de sa couleur (même si il est foncé pour un noir ...), ni même à cause de sa richesse, mais à cause de son nom qui induit souvent en erreur : une farce burlesque qui conduit le héros a une sorte de road movie chaotique, notamment bucal ( mais là, pas possible d'en dire plus ...).

Pas Sidney Poitier n'est donc pas méritant, pas charitable, pas dépensier, pas séducteur, Pas Sidney Poitier vaque, ne sait que faire, tente quelques trucs, sosie involontaire et indifférent ... En rêve, il se métamorphose en différentes figures du nègre afro-américain, celui des westerns en technicolor, ou de la littérature de la rédemption (même si ce n'est pas juste pour le bouquin, je pense quand même à "La couleur des sentiments"), de l'Oncle Bens à l'esclave fuigitif ... Dans la vraie vie, il rencontre le non-sens raciste et le vit ainsi, comme un non-sens, révélant en creux les haines viscérales et larvées de ces petits blancs dont le rêve américain est ici bien proche de celui des paumés de Donald Ray Pollock, ( ici et ) on peut y voir un écho, sauf que là comme c'est une fable burlesque, c'est le noir qui gagne ( enfin presque, en fait, parce que ce n'est pas sûr non plus ...)

Intelligent, fichtrement fin, drôle, grinçant des rouages.

 

06/07/2013

Mendelssohn est sur le toit Jiri Weil

Statues.jpgL'essentiel du roman se déroule à Prague, alors requalifié en "Protectorat de Bohème-Moravie", Reinard Heydrich y a décrété la loi martiale, les arrestations s'amplifient et commence la déportation des juifs vers le ghetto modèle de Térézin. Il se termine vers 1943, la défaite du troisième Reich se profile mais il ne reste plus de juifs à déporter de Prague, le quota fixé ayant été atteint ( comprendre 70 000 personnes sur 118 000, l'auteur, Jiri Weil, fit parti de ceux qui réussirent à rester cachés).

L'histoire suit quelques parcours tronqués, le fil conducteur est plutôt une sorte de "motif statuaire". On suit des statues, en quelque sorte ... Elles balisent différents moments à différents endroits de la ville. La première est celle de Mendelhson boulonnée sur ce qui est devenu sous le "protectorat" nazi,  le palais des Arts à la gloire de la musique, aryenne, forcément. Mendelhson étant vaguement d'origine juive, et Heydrich nazi perfectionniste, il a ordonné que la statue soit déboulonnée du toit. Sans délai.

Le souci est que sur le toit, il y a plusieurs statues et le nom n'est pas marqué dessus. Les petits fonctionnaires chargés de cette mission de la plus haute importance sont bien incapables de savoir laquelle est la bonne. Selon les critères en cours, ils vont bien sûr en mesurer les nez, mais le plus long se révèle être celui de Wagner, sauvé in-extrémis de la dégradation par son béret ... Ce pourrait être drôle, c'est juste absurde ... De boulons en boutons, cette pantalonnade va faire cascade et par ricochet, toucher une série de petits fonctionnaires agités et zélés, puis d'autres ...

C'est par cette petitesse des actes que tient la force du roman, on entre dans la collaboration et la compromission par une suite de petites portes : pour un résistant qui tente de sauver deux fillettes au fond d'un placard, on a le responsable du musée juif qui sauve sa peau en jouant le guide touristique pour les visiteurs du Reich, acceptant toutes les mises en scène, il orchestre, classe et range dans des vitrines tous les objets qui viennent en masse des synagogues dévastées. Un autre se doit de cotoyer les sbires gestapistes, fournisseurs de l'entrepôt où sont stockés les biens des "disparus" et où tout le monde se sert. On y croise la statue de la justice .... gênant rappel ...

Pendant ce temps, les déportations s'accélérent et le bras armé de Roland n'empêchera rien, et l'exécution de Heydrich non plus. Un autre rouage prend sa place et la machine continue de fonctionner. Des personnages disparaissent, ce qui ne change  rien non plus. Acucun pathos, juste des faits, des gens, malmenés par le quotidien d'une survie forcément jouée à l'aveugle.

La préface du roman ( je ne l'ai lu qu'après) donne une clef de lecture intéressante : la version du livre que l'on peut lire aujourd'hui n'est pas exactement celle écrite par l'auteur, son "vrai" texte ayant été refusé par la censure communiste parce qu'il ne mettait pas " suffisamment en relief le rôle de le rôle de la résistance communiste et les victoires de l'armée rouge". C'est le moins que l'on puisse dire ... Un dernier chapitre donne un idée de la version "non censurée", la causticité y est plus rude encore.  

Un grand merci à C. grâce à qui j'ai pu découvrir ce titre, très difficile à trouver, noté comme "épuisé" dans la plupart des sites en ligne. Et c'est vraiment dommage.

 

05/07/2013

Debout sur la terre Nahal Tajadon

debout sur la terre nahal tajadon,romans,romans français,romans historiques,dans le chaos du mondeCe roman se situe en Iran, à peu près à la même époque que le génialissime "Persépolis" de Sajtrapi, le moment où le pays va basculer du règne du pétro-dollar du Shah à la révolution du tchador. Ce pourrait être une sage historique, mais non, pas vraiment. L'évolution du pays est suivie par celle de quelques personnages, un peu comme un cercle vicieux qui se referme sur lui même. Il y a des riches et des pauvres et pas grand chose au milieu et pas grand chose qui les lie. La frontière entre les deux mondes est ainsi bien marquée, et montrée.

Du côté des riches, il y a les pas intellos, en arrière plan, et les intellos, au premier plan, encore plus décalés du réel des pauvres que les premiers. Les riches pas intellos sont ridiculisés, profiteurs sans aucun scrupules, consommateurs disproportionnés de week-end à Paris pour une coupe de cheveux à la mode ou un nouveau sac Hermès de plus. Les riches intellos aussi sont ridicules, mais moins quand même au fur et à mesure, une pitié s'installe pour ces aveugles qui n'ont pas vu le mur s'écrouler sur leur monde de privilègiés.

Monsieur V. biographe de Victor Hugo, a soutenu toutes les réformes, tous les régimes, soigné jusqu'au bout de ses chaussettes rouges, il se gargarise de son statut d'homme qui a été pris en photo avec Néru, c'est un fantôche qui va être balotté et mis en touche par la déferlante. Ferreydoun est le "jeune heureux" réalisateur du feuilleton à succès de la TV iranienne, lui non plus ne verra rien venir. C'est un séducteur, jouisseur et chevalier servant de la belle et singulière Ensiyeh, richissisme héritière des terres de son père. Dans le roman, ce personnage porte aussi l'héritage de l'Iran des mille et une nuits. C'est par elle que l'histoire s'ouvre sur le passé des Khan, ces chefs de tribus ex-guerriers glorieux qui vont se voir forcés d'oublier leur splendeur pour devenir des gardiens de troupeaux de cultivateurs. Mais ces temps sont finis. Petit à petit, les réformes vont imposer la modernité, interdire le voile, permettre au luxe de s'étaler, indécent. Pendant que ceux-là s'arrosent du fameux "Habit rouge", les autres triment.

Les autres, dans le roman, sont résumés en quasi un seul personnage, Massoud, l'électricien. Au début, il en pince pour la modernité glamour des films d'amour qui passent au Chrystal Palace et pour la vendeuse du Monoprix en mini jupe qui fait des bulles avec son chewing-gum, et puis la parole révolutionnaire va le prendre et le porter en haut de la vague qui va balayer les premiers, ceux qui se sont abreuvés sans avoir vu la source se tarir.

Les riches sont balayés, certes, mais le roman n'est pas si tranché et leur laisse le droit à la nostalgie et un naufrage à la Titanic, avec un peu de classe, quoi ... tandis qu'ils doivent laisser la place à un autre monde dont les perversités se mettent aussi en place.

J'ai manqué un peu quand même d'arrière plan plus historique, les épisodes s'égarant parfois dans le burlesque, puis dans le pathétique ... Il n'en reste pas moins un roman de bonne facture, bien charpenté et documenté, même si cela ne se voit pas ( le côté documenté, je veux dire ...)

 

03/07/2013

Les débutantes J. Courtney Sullivan

collier-le-bal-des-debutantes.jpgLe titre dit l'essentiel. Après, on glose ( ou l'on glousse, vu le contexte entre fifilles )

Quatre jeunes filles débutent, elles débutent deux fois, une fois à l'université, et une autre fois, dans la vraie vie, après l'université. Ce qui fait que le livre est en deux parties. Facile.

A l'université, les filles se rencontrent. Il y a Célia, la jolie meneuse de bande à la langue bien pendue mais qui a tendance à picoler un peu trop et s'envoie des mecs sans trop regarder à la qualité. Ce qui va lui jouer des tours, forcément, pas des plus sympathiques. C'est celle qui la maman la plus gâteau. Et pourtant ...

Bree, la belle blonde aux courbes de rêve, la plus Barbie, arrive fiancée à Doug, se retrouve amoureuse de Lara, tiraillée entre amour saphique et idéal familial, elle va mettre des plombes à choisir avec qui rompre. C'est elle qui a la maman la plus regardante.

Sally, maniaque de l'ordre et de la normalité comme des refuges, elle choisit le mariage et l'homme comme autoroute à péage vers l'équilibre du bonheur, après un petit itinéraire bis, quand même. Elle est orpheline, et donc dans ce roman là, c'est celle qui manque de repères, côté maman. Côté papa aussi, mais ça compte moins.

Et enfin, April, la plus féministe, la plus engagée, la plus rebelle aux codes "fifilles à garçons pour la vie". C'est celle qui a eu la maman la plus débraillée, du genre à fumer des trucs avec ses potes au lieu de lui changer la couche, de la trainer dans des manifs pacifistes au lieu de lui dire qui est son père. Du coup, c'est la plus déstabilisée, en manque de modèles, elle va se trouver une égerie. Pas la bonne, forcément.

A l'université, elles étaient plongées dans leur mini aquarium, leurs quatre chambres côte-côte, dans la résidence King, dans l'université de Smith. Une université que l'on ne choisit pas hasard, une université de filles seulement, à la solide tradition féministe, une singularité qui permet, entre autre, de devenir lesbienne, mais ce n'est pas obligé non plus. On peut juste se contenter de se rouler des pantins, de se promener en petite tenue, de boire de la bière tiède, de grossir dans un laisser aller intime fait de bas de pyjamas et de soirées vautrées sur des lits à se faire des confidences ou s'analyser le nombril.

Toutes les quatre étant issues de familles middle-class, leurs variations familiales en font une sorte de panel représentatif, mais de quoi ? Je ne sais pas trop en fait.

Leurs états d'âme étalés, dévoilés, disséqués m'ont laissée de côté, leurs bavardages et atermoiements sentimentaux m'ont paru futiles et même superficiels. Rien qu'accroche et qui griffe, seulement des batailles d'ongles laqués. Elles sont bien mignonnes, attachantes dans leur volonté de ne pas grandir ou si, de se conformer ou pas, la grande question de la deuxième partie. On voit bien le propos. Pas prêtes pour la vraie vie, elle se cherchent des nids ( des nids différents pour chacune évidemment, à cause du panel ; le célibat assumé, le mariage assumé, l'homosexualité assumée, le féminisme combattant), elle se frottent les ailes pour se tenir chaud entre elles avant de s'envoler.

Un peu anesthésiant, version féminisme light et condition de la jeune fille pas facile facile, un poil édulcorant comparé à d'autres liqueurs plus fortement dosées comme Nous étions les Mulvanney ou A suspicious river.

 

01/07/2013

Chronique d'un été Patrick Gale

chronique d'un été,patrick gale,romans,romans angleterreBon, je vais tenter d'être claire, ce qui ne va pas être facile (pas à cause du livre mais de moi ...) . Ce livre est en fait la chronique de deux étés ( deux fois quinze jours, pour être précise) que trente et quelques années séparent, mais où en gros ( très gros), il se passe à peu près la même chose dans la même maisonnette au bord de la même plage avec à peu près les mêmes personnages et la même intrigue et avec un enchainement à peu près similaire des secrets de famille comme bombes à fragmentation retardataires.

Dans le deuxième été, Will, le fils libraire homosexuel, invite ses parents en vacances : le père, John est à la retraite, la mère Frances est atteinte d'une forme précoce de la maladie d'Alzeimer. Will a un homme caché dans sa vie, sinon, il n'y aurait pas de bombes à éclater.

Dans le premier, été, j'entends, John était directeur de prison et Frances était sa jeune mariée. Enfin, jeunes, ils ne l'étaient pas vraiment, pas au sens où on peut l'entendre, mariés, surtout. Ils sont propres sur eux, compassés, amidonnés. Ils s'aiment avec gêne. Physiquement surtout. John est poli, consciencieux dans son travail, de sang-froid et de bon ton. Au lit, il lui manque, un certain, disons ... savoir-faire ? Frances est bien sous tout rapport, elle aussi, un peu plus agitée de l'intérieur quand même ... Quand elle joue du piano, par exemple, la musique lui donne des frissons un peu "fous fous", du coup, elle a arrêté.

Chose étrange, ces deux là, raides comme des abats-jours rabats-joie, ont quand même réussi à faire un fils, Julian ( en fait, c'est Will, dans le deuxième été), un petit garçon rêveur, solitaire, grand lecteur, un peu timoré, on l'imagine forcément très bien coiffé et la chemise bien rentrée dans le pantalon. En ce premier été, la petite famille s'offre une folie, quinze jours de vacances, en Cornouailles, dans un bungalow les pieds dans l'eau. Dans le rôle des éléments perturbateurs : le beau-frère écrivain un peu sexy boy et sa petite fille, Skip, un peu plus sauvagonne délurée que Julian. Il faut dire aussi ( parce que c'est important) que Frances compte bien tenter ( avec son mari), un deuxième enfant en cet été là.

 Ce qui en soit, vu la retenue du style, ( sans parler du lit qui grince) ne constitue pas un suspens trépidant. C'est joli, finement tricoté de sensations et de sentiments, d'évocations de baignades, de scènes simples et douces,  m'enfin, ça tarde un peu à grincer du sable. Ce qui retarde encore, c'est l'effet balancier entre les deux étés, chacun étant raconté en alternance et annoncé de loin en écho. Les deux imbroglios familiaux se nouent et se dénouent quasi en même temps, ce qui fait que d'abord tout est calme, puis du plat on passe au compliqué avec inversion dans les invités, les éléments perturbateurs, je veux dire, et les jeux de l'amour et du hasard.

Mis à part cette réserve sur la construction du truc en ralenti, de jolies choses sont dites sur la langueur contenue des âmes strictes, recroquevillées sur l'amour peut-être imparfait mais partagé. Le couple de John et Frances, finalement, devient le plus attachant de cette chronique car le plus complexe sous sa couche glaciaire. Je dois avouer qu'à côté, la dichotomie sexe et amour homosexuel m'a plutôt laissée coite. 

 

Du même auteur sur ce même blog : Tableau d'une exposition (que j'avais préféré)