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04/08/2013

Le turquetto Metin Arditi

romans,romans suisses,romans historiques? le turquetto,metin arditiConstantinople 1531, un lieu une date, un rêve, celui d’Elie, petit juif à face de rat de devenir peintre, et une honte. Elie a honte de son père, un vieillard encore jeune, malade et épuisé qui se pisse du sang dessus et va mourir. Le père est pourvoyeur d’esclaves, il va vendre de belles caucasiennes pour les sérails, aidée par la vieille Arsiné, qui a tendu le sein au petit Elie et a éduqué bien des jeunes femmes aux services des autres corps. Mais son temps est fini. Mais Elie est aussi une honte pour son père, sa communauté. Dans sa religion, celle du livre, du mot, on ne doit pas reproduire les figures humaines, ni évidemment celle de Dieu. Or Elie dessine tout ce qu’il peut et tout ce qu’il voit : les belles esclaves dénudées, les volutes, les fresques, même celles des églises catholiques : la vierge qui va au ciel et les anges byzantins des plafonds. La peinture, il ne connait pas, il utilise de l’encre pour les pleins, les déliés, les profondeurs, de la belle encre que fabrique l'artisan puriste de la rue des fabricants d'encre, de celle qui ne s'effacera pas ... Elie embellit les visages, les caresse de sa plume, les recréé.

Elie caresse même l’idée d’entrer dans un couvent, pas pour la gloire de Dieu, n'importe lequel, se convertir ne le gêne pas si on le laisse reproduire ce qu’il voit. Sans honte. Elie n’est pas très religieux en ces temps où pourtant, elle conditionne tous les statuts, les rangs et les droits, surtout on le sait celle des communautés juives. Et c’est en s’engouffrant dans une brèche de l’histoire qu’Elie le juif deviendra le Turquetto, peintre chrétien, à Venise.

S’engouffrer dans une brèche de l’histoire, c’est ce que Metin Arditi a fait aussi. Il est parti d’une particularité d’un tableau, « L’homme aux gants », longtemps attribué au Titien, dont il s’avère que la signature est en deux temps : un T, en gris foncé, et ignacianus, ajouté ensuite, en gris bleu. Ce qui laisse supposer que le tableau ne serait pas du grand maitre, mais d’un de ses élèves, passé à l’obscurité. C’est là où se glisse l’ombre d’un Elie oublié. L’auteur ne cherche pas à résoudre l’énigme, il brode autour, une bien belle toile surgit alors, avant de boucler la boucle et de laisser se refermer les destins : une Venise d’intrigues, de rivalités religieuses, de coups en douce et d’apogée de l’art, où les communautés s’affrontent à coup de commandes de « Cènes » et de « Vierges à l’enfant ». Ainsi s’étalait la puissance de l’église Catholique sous couvert de messes basses dans les ruelles des canaux et de coups tordus dans les ateliers des peintres et les refectoires des couvents … Une Venise de l’intolérance aussi bien qu’un objet d’art où l’on croise le Titien et une bien belle modèle rousse.

Le personnage du Turquetto se faufile entre les silhouettes rehaussées, sur cette trame bien brossée de rédemption et de toute honte bue et révolue. ( quelques bémols pour l’accession à la rédemption quand même, le chemin de croix est un peu gros, mais bon, tant pis, le reste est si bien)

Commentaires

Avant, L'homme au gant était dans la même salle que la Joconde, j'aimais beaucoup aller le saluer. Maintenant on l'a déplacé loin de la foule...

Écrit par : keisha | 05/08/2013

Je ne connaissais pas l'existence de ce tableau avant de lire ce roman, je regrette bien de ne pas l'avoir vu " en vrai", mais si il est toujours au Louvre, j'irai lui faire un bonjour à l'occasion, peu importe qu'il ne soit pas du Turquetto ni du Titien, il m'a bien fait rêvé avec l'aide de Metin Arditi ...

Écrit par : Athalie | 05/08/2013

lu il y a quelques mois je n'ai pas fait de billet mais j'ai assez aimé ce récit même si je suis un peu moins enthousiaste que toi

Écrit par : Dominique | 05/08/2013

J'a quand même quelques réserve sur la fin, le coup de la "céne" dans la prison, par exemple, est quand même un peu tirée par les cheveux, mais bon, j'étais emportée par mon élan, j'ai glissé sur les incohérences, pas de peau de bananes qui tiennent

Écrit par : Athalie | 05/08/2013

J'avais oublié "la face de rat" du petit turc !!! Un bon souvenir et la plume rapide de Metin Arditi nous embarque, quel que soit le sujet !! Contente que tu aies aimé ! Je fais voyager Prince d'Orchestre, il est parti mais quand ce sera au tour d'Eeguab, il peut aller chez toi si tu le souhaites ? :)

Écrit par : Asphodèle | 05/08/2013

Il est vrai que l'on oublie vite que le personnage est supposé être laid, la plume est rapide, alerte, je l'ai avalé ce roman d'une traite ou presque. Du même auteur, "Loin des bras" est très bien aussi. Et merci pour ta proposition, mais "Prince d'orchestre" m'attend sur mon étagère des "pas encore lus mais bientôt" ...

Écrit par : Athalie | 05/08/2013

Un très bon souvenir de lecture, je ne suis pas fan de romans historiques, sauf quand l'art s'en mêle !

Écrit par : kathel | 05/08/2013

J'ai d'ailleurs hésité à le taguer comme "roman historique", vu que l'histoire principale est totalement fausse ... Et il s'agit effectivement bien plus d'art, la description de la Cène du Turquetto m'a fait regretter qu'elle ne soit que fiction !

Écrit par : Athalie | 05/08/2013

Les commentaires sont fermés.