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11/08/2013

Le tireur Glendon Swarthout

colt 2.jpgUne légende se meurt mais ne se rend pas, pas comme elle aurait dû disparaître en tout cas. Entre en scène un vrai dur de l’Ouest, à cheval et monté sur un coussin rouge, volé dans un bordel, comme il se doit. Sauf que ( désolée …) la légende a drôlement mal au cul. La légende se nomme J.B Brooks, selon les visions, il est un assassin ou « un tireur ». Mais de toutes les façons, il est la légende de l’ancien Far-West qui se meurt aussi, celui des saloons, des bordels à frou frou, des stetsons percés d’un trou, des parties de poker qui se dissolvent dans les balles des tirs croisés. Il y a même un tramway à cheval dans les rues de Santé Fé d’après le Rio Grande, c’est dire. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la légende n’est pas vraiment la bienvenue dans cette ville qui voudrait bien en faire un fantôme plus rapidement encore qu’il ne tire. On dit qu’il a tué trente hommes. Il dit qu’il n’a pas eu le choix, il a défendu sa vie et a toujours vécu selon son code d’honneur qui ne souffre que peu de contradictions. Sa marque de reconnaissance, les deux révolvers dans les poches cousues de sa redingote. Il meurt juste après la reine Victoria. Il l’a lu dans le journal . Sauf qu’elle et lui n’auront pas la même place dans l’histoire, sans compter que, un cancer du colon, ça manque de classe et de gloriole pour le dernier meilleur tireur de l’Ouest. L’homme n’est pas vieux mais il est au bout de sa course vaine, et c’est la dernière. Dans le journal, aussi, des échos de ce monde qui change, qui n’est plus le sien ; la mode des bloomers pour les new yorkaises le concerne peu. Sa décrépitude, il va la vivre en solitaire, de plus en plus coincé dans la chambre de la pension de madame Rogers, veuve, flanquée d’un fils qui se rêve en vieux dur. Il n’a rien acquis, ce n'est qu'une fois sûr de sa fin prochaine, qu' il va tenter de la maitriser, de la mettre en scène, d’abord pour sa réputation, puis pour un drôle de sentiment d’amitié pour sa logeuse. Il croit pouvoir faire des choix, il ne fera que ceux qu’on lui laissera faire. Les seuls hommages qu’il reçoit sont ceux des profiteurs de sa future mort : un journaliste qui voudrait reconstruire la légende, un photographe qui va vendre son image, le croque mort, sa dépouille, et une ancienne maitresse qui brade tout. Ils se succèdent et le tireur à l'agonie orgueilleuse pense encore que c’est lui qui les roule en détournant pour un autre profit, pour une fois presque altruiste, les gains de la mort de sa légende en carton pâte.

« Roman crépusculaire » écrit au cordeau du sujet-verbe-complément, peu d’images, les faits s’alignent, sont pointés dans un « c’est comme cela » efficacement lié au personnage : une dernière chevauchée où seuls trainent quelques restes d'une gloire que s’arrachent les chacals. Seule la logeuse aurait pu sauver quelque chose mais c’est trop tard pour tout le monde. Le Far Ouest disparait dans une dernière mise en scène qui ne fait rêver qu’un jeune homme un peu paumé.

Un texte court et sec comme un dernier souffle du Rio Grande.

Merci à Jérôme et à bien d'autres amateurs (et une trice) du genre et des éditions Gallmeister pour le très bon conseil.

Commentaires

"crépusculaire" c'est exactement le mot qui convient. J'en garde un délicieux souvenir. Le défilé de tous les profiteurs dans sa chambre et la façon dont il les reçoit m'avait semblé aussi pathétique que drôle.

Écrit par : jerome | 11/08/2013

Un beau roman, brut de brut, qui est une sorte de classique.

Écrit par : keisha | 12/08/2013

J'ai vu que tu utilisais toi aussi cet adjectif qui convient aussi bien pour le personnage que pour son époque qui se termine. C'est ce que j'ai bien aimé dans ce livre, le parallélisme entre les deux, il ne part pas tout seul le bougre !

Écrit par : Athalie | 12/08/2013

@ Keisha, c'est à toi que je pensais évidemment en spécialiste de ce genre du western et de leur effices éditions, je crois même avoir lu dans un de tes commentaires que tu avais même des tee-shirt à leur effigie, j'ose le dire, je suis assez jalouse ... Je retente de mettre un lien vers chez toi dès que j'aurais réussi à trouver ton article (ma connexion est assez vacancière ...)

Écrit par : Athalie | 12/08/2013

Tout à fait mon genre : l'Ouest qui fiche le camp, ça me parle. un peu moins le style minimaliste, mais bon...

Écrit par : Sandrine | 15/08/2013

Le style est minimaliste mais dans le bon sens du terme, juste aussi efficace qu'il faut pour le sujet. Il vise juste dans la cible : court, direct, en plein dans le mille.

Écrit par : Athalie | 16/08/2013

Les commentaires sont fermés.