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17/08/2013

Mélo Frédéric Ciriez

mélo,frédéric ciriez,romans,romans françaisOn suit trois personnages, un par partie, reliés par peu de chose, le lieu unique où ils évoluent, Paris, deux objets, un portable et des SMS, un briquet rouge à lèvres qui a pour principale fonction de projeter quasi grandeur nature des images de femmes nues où on le souhaite, les murs, sa peau, le creux de sa main, le long de sa cuisse. Des femmes en vrai mais pas vraies, pour tous les goûts, de toutes les races, de toutes les couleurs, de peaux ou de cheveux, comme dans le fond des petits verres de saké.

Chaque personnage est marqué par l’obsession, sous différentes formes, de soi.

Le premier personnage est tout ce qu’il a de fade. Syndicaliste de bureau, solitaire et dépressif ( il n’a même pas le droit au substitut sexuel du briquet lumineux, lui, pourtant, c’est peut-être lui qui en aurait eu le plus besoin …), il est mort dans sa voiture, une Xantia blanche, ce qui semble avoir une importance à cause du nom de la voiture. Avant, il a eu une vague enfance, de vagues heures d’étudiants, il vaque à une fête, et surtout, il conduit sa voiture sur le périphérique en écoutant la radio raconter une histoire de légende urbaine. De lui, on ne sait pas grand-chose de plus, ce qui fait qu’on ne regrette pas vraiment de l’avoir connu vivant, ( d’ailleurs, l’a-t-il vraiment été ?).

Le second personnage est relié au premier par la connaissance en vrai, ce sont juste donc des connaissances, le second envoie au premier  des SMS sans savoir qu’il est déjà mort pour que le syndicaliste vienne assister au triomphe du deuxième, un sapeur congolais qui se nomme de lui-même Parfait.  Parfait, il se veut, Parfait il se fait, pour cette nuit là qui va être celle de son triomphe. Avant, dans la vraie vie, il est conducteur de camions poubelles, dans le dixième arrondissement de Paris. Il se parfume à Anteus de Chanel  pour tenir le rythme. Puis, il se sape et se prend pour le roi, cette nuit là doit être celle de son apothéose.

Le troisième personnage est une jeune fille, Barbara, son obsession à elle, c’est la vente directe, dans les rues de Paris qu’elle sillonne en rollers, à titre expérimental et individuel  pour l’instant mais son rêve est d’inonder les trottoirs de jeunes vendeuses à tee-shirts  et à roulettes, paniers sur l’épaule. Son panier, elle l’appelle  « Gloryfier », les briquets à femmes nues, c’est elle qui les vend (elle les utilise aussi un peu, mais pas autant que Parfait qui s’en sert en miroir ….), au milieu du fatras de camelote qu’elle refourgue avec bénéfices aux touristes : brumisateurs, parasols de tête,  qu’elle tient d’une main de maître sur ses épaules qu’on imagine frêles, même si la jeune fille est de tête de jambes solides, et un peu de courses folles, aussi.

Un roman très bien écrit ( trop ?), drôlement intelligent, truffés de petites trouvailles narratives originales, mais seule Barbara m’aura vraiment entraînée dans son sillage. L’originalité des situations pourtant simples et quotidiennes sont indéniables : les bureaux du syndicaliste au-dessus de l’agence de mannequins « Elite », la description de Paris vue par ses poubelles, les silhouettes de ces femmes nues venues d’ailleurs qui éclairent un moment un coin d’escalier, un studio minable relooké, un coin de peau …. Des digressions sont glissées  dans cet « infra-ordinaire » scruté à la loupe ; les noms de voitures qui portent des noms de déesses anciennes et oubliées …

Des agacements aussi, surtout lors de l’interminable logorrhée de Parfait, le sapeur imbu de lui-même au point que l’on n’en puisse plus de lui-même ( je me doute bien que c’est l’effet voulu), et au hasard de quelques tournures répétées ( c’est voulu aussi, je me doute) jusqu’au systématisme, c’est travaillé au quart de poil de mots près, (trop ?)

Cependant malgré mes quelques froideurs, ( mais ce n'est pas un roman qui se veut chaud non plus) chaudement recommandé par Manou, et par Maylis de Kérangal ( oui, je frime un peu, mais c'est juste que Manou m'en parlait et que Maylis de Kérangal était devant nous sur le stand du salon du livre de Saint Malo et était d'accord avec elle, je ne pouvais donc résister ...)

Commentaires

Un roman trop travaillé, ce n'est pas forcément ce qui m'attire. Il y a souvent un manque de spontanéité qui me dérange quelque peu.

Écrit par : jerome | 18/08/2013

Je ne voudrais pas être trop négative, ce pourquoi j'ai mis des points d'interrogation, il y a quelle chose dans ce roman, mais pas de spontanéité, c'est sûr, on sent que tout est voulu, jusque l'envolée de Barbara, après le marasme des deux autres. Il y a aussi beaucoup d'idées (trop ?), mais une chose est sûre, je n'ai pas décroché: même si je ne comprends toujours pas pourquoi ...

Écrit par : Athalie | 19/08/2013

je suis curieuse, mais je me contenterai d'un emprunt en bibliothèque...

Écrit par : kathel | 20/08/2013

Je serais vraiment curieuse moins aussi de connaïtre ton avis, un roman qui m'a laissée perplexe, sans pouvoir vraiment situer pourquoi.

Écrit par : Athalie | 22/08/2013

Je l'ai également lu. Plutôt une bonne surprise. Est-ce du manque de spontanéité ou du style ? Son style (?). Il est vrai qu'une fois le livre refermé, on se sent un peu bousculé. Est-ce l'effet de la précision...justement.

Écrit par : Kyan | 26/08/2013

Bonjour et bienvenu en ces pages ... Vos interrogations rejoignent les miennes, il y a du style, c'est indéniablement, et plutôt bon ( je veux dire qu'il suscite l'intérêt et laisse son lecteur attentif), des trouvailles, des situations inédites, et pourtant, quelque chose n'est pas vraiment passé, je ne sais toujours pas quoi ...

Écrit par : Athalie | 26/08/2013

Coucou Athalie, je viens de voir seulement maintenant ton article, mea culpa ! :-)
Je comprends ce que tu dis de Melo, il y a aussi une forme de distance, de travail dans l'écriture qui peut éloigner le lecteur mais quel verbe n'est ce pas ?!
De mon côté j'ai acheté Naissance d'un pont, dès que je l'aurai lu et critiqué attends toi à être taguée ! Grosses bises.

Écrit par : Manou | 16/09/2013

La mise àdistance est voulue, c'est sûr, mais à trop mettre à distance son lecteur ne le perd-on pas ... En tout cas, je ne regrette pas ton conseil ! Et pour "Naissance d'un pont", je guette ton avis, à échange, échange et demi ... (je parie une rencontre à "Etonnants voyageurs" que tu vas aimé)

Écrit par : Athalie | 17/09/2013

Les commentaires sont fermés.