Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/08/2013

Sarajevo Omnibus Vélibor Colic

sarajevo omnibus,vélibor colic,romans,romans historiques,romans bosnieAprès un roman « a capela », « Archanges », Vélibor Colic ( prononcer « tcholitch ») dit avoir fait un roman en forme d’  « omnibus cinématographique » : il transporte effectivement pas mal d’images et comporte cinq wagons : un pont, un archiduc, un livre sacré, un salaud de la pire espèce, et enfin, un affabulateur mirifique, entre autres voyageurs dans le temps. L’espace, lui est immobilisé : Sarajevo.

Moi, je dirai plutôt ( n’en déplaise à l’auteur) que c’est un livre vitrail avec des vitraux qui tournent comme un kaléidoscope. (Mais non, cela ne donne pas le

Et pourtant, c’est autour d’un fait que l’on relie plutôt  généralement à la grande histoire occidentale que l’auteur brode sa toile de petites silhouettes aux couleurs vives : l’assassinat de l’archiduc Ferdinand, héritier de l’empire austro-hongrois, et de sa femme, la toute germanique Sophie. Cette journée, elle est tournée dans tous les angles, vues par les à-côtés, abordée tournis, parce que c’est drôlement bien fait, ça danse). En tournant autour d’un même évènement, Vélibor Colic multiplie les facettes de l’histoire en la concentrant dans la ville de cette ex-Yougoslavie qui est en réalité ( dans le livre, donc) une civilisation à elle toute seule. Je ne sais pas à quoi ressemble Sarajevo, mais ici, c’est le lieu de l’orient aux accents européens : juifs séfarades, musulmans, chrétiens s’y croisent et s’y côtoient mêlant leurs héritages.sous tous les angles des morts, les deux célèbres, plus une autre anonyme, ou plutôt oubliée par la Grande Histoire de l’Occident. L’auteur la rattrape par la petite, toute aussi grande.

Il commence par un premier tableau d’un livre d’images, ou plutôt d’enluminures presque effacées : la construction du pont latin, le lieu où ripèrent les cinq balles bien des siècles plus tard, où le ton est plus sûrement celui d’un apologue, oriental, toujours, que celui d’une fresque historique. Il se termine par une morale qui m’a fait sourire : « Dieu nous donne des mains, mais il ne bâtit pas de ponts »

Puis l’auteur se rapproche de la chronique historique. Il s’en va faire resurgir le groupe des comploteurs de « La main noire », à l’origine de l’attentat, son fondateur, Apis, buveur et fumeur de cigarettes à bouts dorés, un comparse, futur écrivain prix Nobel, égaré en ce monde, l’instigateur russe, vieux beau d’un monde finissant avec lui, et puis celui qui va tirer, Gavrilo Princ. Puis, il zoome sur ceux qui étaient là, sur le pont, qui ont vu quelque chose ou ne se sont doutés de rien : un curé, ex-fêtard converti, un imam qui a peur de sa femme, et surtout le rabbin, Abramovicz. Le rabbin, il s’est réveillé ce matin là dans les brumes des plumes des rêves sans savoir que ce jour serait celui où il recevrait la cinquième balle, celle qui a été perdue par l’histoire. Ce rabbin est le gardien de la Haggadah, le livre venu à Sarajevo avec l’exil des juifs, depuis l’Espagne, depuis ce qui a paru être une terre d’exil à une autre terre de paix. Il a une âme d’enfant et une barbe blanche. Sa sagesse lui vient des temps d’avant. On va même jusque dans la voiture impériale, pour boucler la boucle et repartir dans l’avancée de l’histoire, de la ville et donc du monde.

Le fil que tire ensuite Vélibor Colic est celui du deuxième gardien du livre, la toujours Haggadah, le tapis magique de l’histoire. Cette fois, il est poursuivi par la folie nazie incarnée dans un sinistre sire à la pâle figure, Ernst Rosembaum. Face à lui, l’auteur plante la figure du martyr, Daoud Cohen,  et d’un Imam, complice d’un sauvetage livresque qu’Indiana Jones n’aurait pu imaginer (trop simple pour un vrai héros).

Toute la simplicité de la fraternité perdue se déploie dans le dernier fil, la fable historico-épico-burlesque du grand père maternel de l’auteur, revue et corrigée par lui-même, une légende dorée qui  parle de femme serpent que les, d’une montre perdue telle Jonas dans les flots, de multiples morts toutes plus héroïques les unes autres, et d’une traversée de l’Italie en vélo.

Tout cela en peu de pages, c’est dire si on en a pour ses quelques sous d’Histoire et d’histoires pas historiques mais malaxées d’odeurs d’un temps qui était celui d’avant, celui que Vélibor Colic reconstruit comme un pont, à son tour : « Ce n’est qu’une fiction. J’ai voulu l’imposer comme une histoire vraie, parce que, par essence, chaque roman est vrai ». Et toc !

Commentaires

Très très tentant. Vraiment.

Écrit par : Eeguab | 21/08/2013

Un auteur dont j'ai apprécié les trois romans lus depuis l'été dernier, dans trois tonalités si différentes que je ne peux dire lequel j'ai préféré, mais par rapport à la violence d'"Archanges", celui-ci est, comme "Jésus et Tito", presque apaisé, en dépit de la guerre sousjacente. A tenter !

Écrit par : Athalie | 22/08/2013

Je suis moins tenté. Ce coté "kaléidoscope" ne m'emballe pas plus que ça. Sinon t'as vu, Jean Hatzeld sort un roman sur la guerre en Yougoslavie la semaine prochaine (Robert Mitchum ne revient pas). Me tente beaucoup celui-là par contre.

Écrit par : jerome | 22/08/2013

Tu n'es pas tenté par un Vélibor apaisé ? Le kaléidoscope est très bien fait pourtant ... Par contre, pas vu le dernier roman de Jean Hatzeld, je suis encore un peu loin de la rentrée littéraire, il faut dire ! D'ailleurs, (ignorance crasse que j'ose avouer) : c'est qui Jean Hartzeld ? (ma connexion ne me permet pas de faire la maligne en allant vérifier si ce n'est pas l'auteur de la trilogie sur le génocide du Rwanda que je n'ai jamais réussi à lire, non pas que ce ne soit pas bien, mais ma sensibilté fait parfois des siennes. Bon, Robert Mitchum, je connais quand même, et la guerre en ex-Yougoslavie, pas beaucoup mais cela m'interesse aussi, ce qui me ramène (encore) à Vélibor Colic ...

Écrit par : Athalie | 23/08/2013

Jean Hatzeld c'est un journaliste écrivain, il a écrit des textes magnifiques sur la Rwanda notamment.

Écrit par : jerome | 23/08/2013

J'avais noté Archanges suite à ton billet.
Je rajoute donc ce titre..

Le commentaire de Jérôme sur Hatzfeld m'interpelle aussi.. J'ai "Une saison de machettes" sur ma PAL depuis un moment, je n'ai pas encore osé m'y attaquer, j'imagine qu'il s'agit d'un récit très dur..

Écrit par : Ingannmic | 24/08/2013

@ Jérôme, je n'ai rien lu de lui, mais je l'ai vu et surtout entendu au festival Etonnants Voyageurs il y a quelques années. Vu la qualité, la pertinence, l'intérêt, la profondeur, de ce que j'avais alors pu saisir de ce qu'il disait, je vais regarder ce roman dès mon retour en librairie non virtuelle. Merci de m'avoir signaler cette sortie !

Écrit par : Athalie | 26/08/2013

@Ingannmic, j'avais commencé "Une saison de machettes", après quelques pages, je l'avais mis de côté pour un moment plus adapté. Je n'ai pas trouvé cette adaptation pour l'instant ... Evidemment, cela n'a rien à voir avec la qualité du peu que j'ai lu, mais, la violence des faits qui allaient être évoqués m'a fait retarder le moment de la découvrir. Et pourtant, en général, je répugne pas à me coltiner du dur. Il est toujours sur ma pile, je lirai ce texte un jour ( si j'ai bien compris, c'est le premier d'une triologie consacrée au génocide)

Écrit par : Athalie | 26/08/2013

Les commentaires sont fermés.