Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/08/2013

La vie devant ses yeux Laura Kasischke

la vie devant ses yeux,laura kasischke,romans,romans américainsLa première scène est courte, c'est la clef de voûte. Pour une fois ( du moins dans ce que j'ai lu pour l'instant de cette auteure prolixe), le cable de tension super volt est branché directement sur le cerveau du lecteur, au lieu d'arriver en douce, en frôlant l'épiderme de loin en loin jusqu'à ce que l'on succombe. Non, là c'est direct l'électrochoc. Dans les toilettes d'un lycée américain, deux amies, une blonde une brune, minaudent devant le miroir dans le cliquetis de leurs bracelets. Des bruits dans le couloir, on comprend vite ce que cache le tac-tac-tac, des cris, un prof peut-être ... Le tueur ouvre la porte : ne tire pas, fait (un peu) durer, complique sa tuerie. Il en tuera une des deux, mais elles doivent d'abord choisir : l'une ou l'autre, et le lui dire "Tue la", "Ne me tue pas", "tue moi", ce qu'elles font. Fin des cinq premières pages.

La perversité, c'est sa tasse de verveine à la Kasischke, et comme je n'en suis pas à mon premier essai, je m'y attendais un peu, donc je me suis pris le court jus dans le transat, sans même renverser mon horchata. Et j'ai continué. Dès la page suivante, on fait un saut dans le temps en avant, la survivante a quarante ans, elle se nomme Diana. Elle n'est pas tombée dans le trou temporel, elle s'est donnée une vie parfaite et lisse, une "vraie-fausse" vie de mère et de femme de la middle-class américaine (une autre tasse de verveine pour Kasischke et un autre verre d'orchata pour moi). Diana conduit son monospace, Diana va chercher sa petite fille parfaite à l'école, Diana a un mari parfait (sauf qu'il ne débarrasse jamais son petit déjeuner, mais j'imagine que c'est pas exprès, ça lui fait une occupation à Diana, quand elle rentre), Diana a une maison parfaite, dans un quartier tout ce qu'il a de plus parfait aussi. Diana n'a jamais quitté la ville, Diana passe donc devant le monument commémoratif où le nom de son amie est inscrit parmi les autres. Cela ne lui fait rien. Diana a acheté les rocking chair qu'elle enviait aolescente, du haut de son immeuble et les a mis sous son portique à elle, avec son mari assis dessus qui lui fait des coucous quand elle rentre. Diana a quarante ans, mais pas encore trop de rides, Diana rentre encore dans sa jupe en jean. Diana est une artiste, elle dessine, rien qu'en noir et blanc, des dessins dans son atelier.

Sauf que Diana dérape, Diana commence à voir des images en mode décalé et grossissant, les paquerettes se répandent en mode putride dans le jardin,, le poney en plastique au fond du jardin lui fait les yeux doux, le dessin de la veille n'est plus tout à fait celui du lendemain, les voisins ont changé de forme, le facteur se démultiplie ... Les choses qui l'entourent s'aggripent à ses regards, puis le tremblement se rapproche, la petit fille gentille et le gentil mari s'éloigne, son monde lui échappe, des pièges se mettent sous ses pieds, Diana vacille. Sa jupe en jean est-elle vraiment convenable ou juste obscènement trop courte ? Qui écrit la vraie histoire dans les devoirs de la petite fille ? Tout devient trouble, le mystère opaque envahit le conte de fée ... Mais il y a-t-il seulement conte de fées ? Où est la sorcière ? Diana elle même ? La religieuse castratrice ? Le professeur de science que l'on disait amoureux du squelette de jeune fille qu'il avait accroché dans la salle de classe ? Le mari ?

 La narration alterne entre ces visions troublées et les flashs back, quand elles étaient deux et qu'elle avait des bracelets au bras qui cliquetaient.

Même si je resterai une lectrice de Laura Kasischke, celui-ci m'a un peu lassée finalement après un départ en fanfare électrique et une écriture toujours aussi incisive, trop de mystères entretenus a fini par noyer le fil conducteur dans le flou. Reste à découvrir l'avis de Eeguab, avec lequel cette lecture était commune.

 

Commentaires

dès tes premières lignes, je me disais que je ne le lirai pas, mais évidemment je suis allée au bout de ton billet car j'aime te lire et bien c'est décidé je ne lirai pas ce livre
Luocine

Écrit par : luocine | 30/08/2013

Je ne sais pas si tu as lu l'avis d'Eeguab, mais il n'est pas très enthousiaste non plus ... Ce n'est pas le titre que je conseillerai pour découvrir, ou pour prolonger la découverte de cette auteure. J'en reviens toujours au premier que j'ai lu, "En un monde parfait". "Les débutantes serait aussi très bien, semble-t-il. Sans doute le prochain que je lirai d'elle, mais dans un certain temps, je vais aller voir d'autres ciels moins bouchés ...

Écrit par : Athalie | 30/08/2013

Moi non plus je n'avais pas complètement adhéré à ce roman, le premier que j'ai lu de cette auteure : trop de longueurs et pas assez de subtilité...

Écrit par : Ingannmic | 30/08/2013

Il y manque effectivement quelque chose, en plus, c'est bête, mais je me disais tout le temps, mais pourquoi ça ne lui prend qu'à quarante ans le remords (si l'on peut désigner ainsi ces visions) à la Diana ? C'est platement réaliste comme réaction, n'empêche que ....

Écrit par : Athalie | 31/08/2013

Je crois que je vais en rester là pour Kasischke. le climat général m'a peu enthousiasmé et Diana ne m'a pas fait vibrer du tout. On recommence quand tu veux pour une autre LC. C'est très stimulant.

Écrit par : Eeguab | 30/08/2013

C'est dommage, une rencontre un peu ratée ... De cette auteure, il y en a des plus "vibrants", c'est sûr ! On fera mieux pour une prochaine LC ! (pas d'idées de titre pour l'instant ....)

Écrit par : Athalie | 31/08/2013

D'elle j'ai lu "Rêves de garçon" (très bien) et je termine son tout nouveau "Esprit d'hiver". Les personnages sont toujours les mêmes : la mère très middle class et sa fille parfaite mais forcément pas si parfaite. Et puis cette tension qui monte, une pincée un peu fantastique, on rêve ou pas on sait plus trop, y a des flashbacks à foison et au final... BAM !
J'aime bien en fait^^

Écrit par : jerome | 30/08/2013

J'avais aussi, et de loin, préféré "Rêves de garçon", plus percutant, si j'ose dire. C'est vrai que c'est toujours un peu la même chose, les mêmes personnages, la même ambiance ... Mais j'aime bien aussi ! Le truc qui manque dans celui-ci, c'est justement le BAM final ( enfin si, il y en a un mais il du genre pétard mouillé )

Écrit par : Athalie | 31/08/2013

J'ai esprit d'hiver qui m'attend sur la table de chevet, je n'ai encore jamais lu Kaschichke ...mais je crains notre rencontre. Ton billet me fascine et me fait un peu peur à la fois...

Écrit par : sous les galets | 09/09/2013

C'est une rencontre pourquoi étrange, parfois dérangeante, parfois irritante, parfois décevante, une lecture d'une auteure qui laisse peu en paix ... Tu verras, si tu plonges, tu peux couler ou flotter. Certains de ses livres m'ont déçue, mais rien à faire, j'y retourne, peu m'importe en fait ce qui est dit d'elle, elle m'a topé !

Écrit par : athalie | 13/10/2013

Pourquoi mais pourquoi je n'aime pas Kaschichke....

Écrit par : Une Comete | 13/10/2013

J'ai vu ta note sur "Esprit d'hiver", je n'ai pas laissé de commentaires parce que comme je ne l'ai pas lu, je ne sais pas si c'est une future déception ou un futur régal. Ce que je sais, c'est que je le lirai. Mais tu aimes Oates, me semble-t-il .... Tu l'aurais même croisée ... on rapproche souvent les deux, ambiance oppressante oblige ! Oates se renouvelle peut-être davantage, ce pourquoi ?

Écrit par : Athalie | 13/10/2013

Les commentaires sont fermés.