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08/09/2013

La belle écriture Rafael Chirbes

la belle écriture,rafael chirbes,romans,romans espagneAh, la belle écriture que voilà, sensible et juste lente à souhait qui déploie son murmure en un texte court, pas un soufle de trop, ça cause comme une corde de violon tendue et que l'on frôlerait, pincerait de deux doigts, ou comme la chanson grêle d'un orgue de barbarie, qu'on aurait laissé dans un coin au prétexte qu'un juke box couine plus juste.

La voix de la récitante est celle d'une vieille femme, elle parle à son fils, absent, d'un temps qui n'est plus, qu'il n'a pas connu, qu'il méprise sûrement, sans savoir. Alors, elle dit, maintenant solitaire, depuis sa vieille maison encore debout alors que les immeubles ont poussé autour, le temps où le village l'entourait, parfois hostile, fermé, austère, mais où il y avait les gens qu'elle aimait. Elle dit, elle remonte le temps comme on remonte le ressort du temps d'avant.

Par à coup, les images remontent donc, celle de l'attente de son mari, encore jeune, Tomas, parti avec les Républicains avec son frère aîné, Antonio, peut-être morts, peut-être fusillés, sûrement humiliés, l'attente de son retour, leur retour ensuite, le lent retour aux mouvements après l'immobilité,  forcée, de la honte. Les républicains ont perdu, le nouvel ordre s'installe, autour d'eux, sans eux, ils sont les parias, comme les ânes de la noria, elle le dit, ils poussent et tirent. Le temps de s'aimer arrivera plus tard.

Et puis, il y a aussi le temps de l'avant de la guerre, celui où ils étaient tous ensenble autour de la table, et comme le dit Antonio, ils ne manquaient pas de l'indispensable. Que l'indispensable, c'était aussi d'être ensemble, le dimanche, à Bovra, chez la grand-mère Angéla, dans ce coin d'Espagne : il y avait l'oncle Antonio, celui qui chantait si bien les airs de Caruso, elle, la narratrice, son futur et bientôt mari, celui qui aimait tant son grand frère qu'aucun sacrifice ne sera trop grand, que quand le temps des malheurs sera sur eux, il ne voudra pas vraiment voir que les trahisons commençaient, qu'Antonio faisait des accros que la narratrice ne pouvait recoudre ... Jusqu'à l'arrivée de l'intruse, qui aimait la ricoré et les choses de la ville, les parfums, et dont la belle écriture va briser les coeurs de ces taiseux, et mettre fin au temps d'avant, celui où ils sortaient de la honte et auraient pu trouver le temps de s'aimer.

Sans rancoeur, au rythme lent de la parole des simples, la narrateur égrène les moments de lumières, éclaire à peine les zones d'ombres des drames qui se sont reclus. C'est tout simplement rugueux et doux à la fois.

Encore une découvert d'un auteur que je ne connaissais pas, grâce à une amie (merci A.M.) 

 

Commentaires

beau billet et énorme envie de lire ce livre dont tu parles si bien
Luocine

Écrit par : luocine | 12/09/2013

C'est un très beau livre, tout petit et tout plein de belles et tristes choses, mais des choses tristes dites en douceur. Un auteur que je découvre et que je ne vais pas lâcher. Vraiment, je le recommande de tout coeur !

Écrit par : Athalie | 13/09/2013

Je ne connais pas ce roman, mais "les vieux amis", du même auteur, est un roman que j'aime beaucoup. Un de ceux que j'ai achetés à plusieurs exemplaires pour l'offrir à des amis.

Écrit par : Edith | 14/09/2013

Je pense que je vais tout lire de cet auteur, petit à petit, mais c'est un vrai, vrai, vrai, vrai bonheur ... Merci d'être passée en ces modestes pages pour le dire.

Écrit par : Athalie | 15/09/2013

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